Conférence sur l’inclusion au congrès ABF

Publié : le 21 mai 2012 par raphaelleb dans Actualités

Notre groupe de travail organise sa première conférence-débat dans le cadre du congrès de l’ABF à Montreuil. La rencontre est prévue le jeudi 7 juin 2012 à partir de 16h à 17h30 dans l’Espace-rencontre 1. Il s’agira d’une conférence-débat avec 3/4 d’interventions et 3/4h de débat.

Affiche du congrès ABF 2012

Les trois intervenants sont

  • Sylvie Tomolillo : Bibliothèque Municipale de Lyon, Responsable du Point G, Centre de ressources sur le genre
  • Christine Detrez : Ens Lyon, McF en sociologie, responsable du séminaire “sociologie de la culture et de la réception”.
  • Denis Merklen : EHESS, McF en sociologie, responsable du séminaire de recherche « Cultures populaires et rapport à l’écrit »

Le titre de la conférence est “Inclusion et bibliothèques : une vision positive de l’accueil des publics dits minoritaires” et le speech est le suivant :

Si les bibliothèques sont par excellence un lieu public de découverte de soi-même, de construction de sa propre individualité, il apparaît que se penser comme lieu d’inclusion de manière positive semble aller moins de soi que de se poser comme lieu refuge, garante d’un refus des exclusions. D’où nos questions : Cette conception plus négative n’a-t-elle pas de conséquences ? Les publics en recherche de cette fameuse inclusion de fait de leur statut d’exclus ou de minorités (terme excluant s’il en est) trouvent-ils réellement à se construire dans nos bibliothèques ? Savent-ils seulement qu’ils peuvent y trouver à se construire, à se trouver et à se reconnaitre ? Le discours positif sur l’inclusion ne permettrait-il pas à ces publics d’élaborer avec les bibliothèques une connivence qui échappe parfois à leurs relations avec les autres espaces publics ?”

On espère vous y voir nombreux. Ce sera pour nous aussi l’occasion de présenter notre groupe et de répondre à vos questions.

à bientôt, donc.

Raphaëlle

Genre et jeux vidéos

Publié : le 5 mai 2012 par raphaelleb dans Actualités, Questions de genre
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La question des jeux vidéos en bibliothèque se pose souvent en ce moment : ateliers de jeux vidéos à l’ABF ou au congrès des milieux documentaires, bibliothécaires théoriciens du jeu vidéo, sessions de jeux vidéos en médiathèque (voir la carte de France des jeux vidéos en bibliothèque),  articles dans le BBF…bref, beaucoup de bibliothécaires s’y intéressent. Si vous voulez compléter l’équation bibliothèques et jeux vidéos avec une petite touche de “gender studies”, rdv du 12 au 14 juin 2012 pour le colloque : Genre et jeux vidéos.

Le colloque sera organisé par l’IUFM de Lyon, international (donc prévoyez quelques interventions en anglais) et plutôt axé recherche que pratique. Le speech d’appel pour les communications était le suivant :

Il s’agira dans ce colloque d’interroger, dans une perspective de genre, les jeux vidéo, leurs modes de productions, leurs relations aux autres produits culturels.”

On y parlera certainement peu des bibliothèques, en revanche, cela peut donner des idées pour une médiation non-genrée des ateliers de jeux vidéos proposés dans nos médiathèques. Si quelqu’un y va, on est preneur d’un compte-rendu pour ce blog !

en attendant plus d’infos par ici.

Raphaëlle

 

Eloge de la lecture, de Michèle Petit (2002)

Publié : le 5 avril 2012 par Missbouquinaix dans CR Lectures
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L’auteur

Michèle Petit est anthropologue au CNRS. Après une étude sur la lecture en milieu rural, elle a coordonné une recherche sur le rôle des bibliothèques dans la lutte contre les processus d’exclusion. Elle a également écrit L’art de lire ou comment résister à l’adversité.

L’essai

Ce texte part de nombreuses rencontres et analyses sur les expériences singulières et les résistances que l’écrit suscite. Tout est intéressant dans cet ouvrage, quand on veut comprendre ce que la lecture peut apporter, quoi de mieux que des témoignages personnels couplés à une fine analyse anthropologique ?

“Si lire est souvent un geste de l’ombre, de la nuit, ce n’est pas seulement parce que le temps des activités “utiles” est enfin suspendu, mais aussi parce qu’on crée un jardin préservé des regards. On lit sur les bords, les rivages de la vie, à la lisière du monde.”

Les thèmes abordés

- La distinction entre la lecture scolaire, la lecture plaisir, et la lecture pour se construire (qui est la moins connue alors qu’il s’agit de donner une signification à son expérience personnelle dans une société où les traditions disparaissent de plus en plus vite et où les individus semblent en manque de repères culturels).

- L’importance de la liberté des lecteurs, qui peuvent interpréter et changer le sens du texte comme bon leur semble. Les auteurs n’y ont pas de droit de regard, ni personne d’autre par ailleurs. Pendant longtemps, il y a eu une peur institutionnelle de l’accès direct au livre et de la solitude du lecteur qui peut penser par lui-même. D’où les nombreuses actions de censure directes, ou celles, plus douces, de “prescriptions” de “bons livres” aux ouvriers à la fin du XIXe (et jusqu’au milieu du XXe par ailleurs). “Dans des sociétés peu lettrées, lire un livre, c’était s’égarer dans un monde dangereux, affronter le diable.”

- La lecture crée un espace à soi, un monde intérieur, presque protecteur car enveloppant. Une lecture ne doit jamais être une obligation mais un besoin. Elle est souvent transgressive car elle offre la présence des différents possibles de la vie : elle donne la possibilité de sortir de son isolement, de son enfermement et de se dépayser en proposant des schémas différents. Dans un univers négatif et agressif, les mots peuvent être un refuge : “c’est cette promesse d’un ailleurs, de ne pas être assigné à tout jamais à demeure, qui rend des enfants heureux; qui évite à certains d’entre eux, coincés dans des univers ravagés par la violence, de devenir fous;, et qui permet aux uns comme aux autres de rêver et donc de penser.”

- Le temps de la lecture est du temps pris sur le temps social, un temps pour soi; où l’on peut prendre son temps, laisser place à l’imagination (car pour créer, il faut avoir rêvé …). C’est pourquoi la bibliothèque peut être vue comme un lieu de perdition, un lieu qui pousse à sacrifier du temps normalement consacré aux autres !

- Il ne faut pas oublier qu’avant le temps des jeux vidéos, c’était la lecture qui était considérée comme néfaste par certains, par peur d’une identification trop forte aux personnages, aux histoires, en dehors de la réalité … Aujourd’hui toutes les inquiétudes sont reportées sur la télévision et les jeux vidéos, la lecture se trouvant parée de toutes les vertus. Et pourtant, il est vrai que la lecture porte en elle une incitation à l’identification : lorsque nous lisons, inconsciemment nous recherchons des situations que nous avons connues, des mots qui peuvent exprimer nos sentiments. Comme le dit Proust, “en réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même.”

- Mais les besoins de lecture sont aussi parfois difficiles à identifier, à décrypter, car ce peut être des situations très éloignées de nous qui nous permettent de comprendre la nôtre. C’est en partie pour cela que les mythes de l’Antiquité ont rencontré tant de succès : la mise à distance et le dépaysement offrent “un détour, une médiation par le lointain temporel et géographique, par la mise en forme d’un texte légitime, reconnu, partagé, de manière à objectiver son histoire personnelle, à la circonscrire hors de soi.”

C’est à dire qu’”Il ne s’agit jamais d’enfermer un lecteur dans une case mais de lui lancer des passerelles, ou plutôt de lui donner les moyens de fabriquer les siennes propres”

- Ce qui peut empêcher de lire : le regard social (du temps volé aux activités “utiles”); conflit avec valeurs et façons de vivre. “Grandir dans une culture, c’est en principe accepter toutes ses limites. Cependant, il se pourrait bien que la littérature n’existe que pour mieux nous obliger à transgresser ses limites.” (Le Clézio) “Mais la curiosité, l’exigence poétique [...] le besoin de lire des récits, le désir de symboliser son expérience, de la mettre en mots, ne sont l’apanage d’aucune catégorie sociale, d’aucune ethnie.”

Le mot de la fin

“Le monde n’est habitable que si sont ménagés des lieux qui permettent du mouvement, du détachement, du repos, des passages, des mises en rapport insolites; des espaces qui ouvrent sur autre chose, récits d’ailleurs, visages inconnus, légendes ou sciences. Un livre, c’est cela, tout simplement.”

Rencontre sur le genre en Rhône-Alpes

Publié : le 30 mars 2012 par raphaelleb dans Actualités
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Mercredi 4 avril est organisé une rencontre sur le genre dans l’objectif de structurer études et recherche dans ce domaine en Rhône-Alpes. En effet, les “gender studies” ou “études sur le genre”, si elles ont mis longtemps à arriver en France sont maintenant bien intégrées dans les universités et centres de recherches français, ou du moins dans des groupes de recherche, dans des travaux de chercheurs et d’étudiants, mais sans avoir de véritables structures. Aujourd’hui, les choses sont en cours de  changement et on note :

  • la création d’un Institut du Genre-GIS par le  CNRS,
  • la décision par le CNRS également de faire des études genre un des  « grands  défis » pour les prochaines années,
  • la mise en place d’un groupe  « genre » dans le cadre de la Stratégie nationale  pour la Recherche et l’innovation par le Ministère de l’enseignement  supérieur et de la recherche

C’est dans ce contexte que tous les acteurs des études et de la recherche sur le genre en Rhônes-Alpes sont amenés à se réunir pour réfléchir à une possible structure régionale. La réunion se tiendra donc Merdredi 4/04, de 11h30 à 13h, à l’ISH, 14 av Berthelot, 69007, 4ème étage, salle Marc Bloch. La réunion a été lancée par le Séminaire interdisciplinaire sur le genre de l’ISH, en les personnes de  Pascale Barthélémy, Christine Planté et Laurence Tain.

Je vais me rendre à cette réunion d’une part parce que je suis intéressée par l’avenir de ces études sur le genre, mais aussi parce que je souhaite y voir poser deux questions :

  1. La documentation : sera-t-elle prise en compte dans une nouvelle structure régionale ? Sous quelle forme ? Si on imagine une structure de recherche régionale, on suppose aussi des financements. Ceux-ci permettraient-ils la création d’un centre de documentation spécialisé ? Si ce n’est pas le cas, qu’est-il envisagé et avec quelle bibliothèque ? En effet, à Lyon, plusieurs bibliothèques ont des fonds intéressants les études sur le genre : Lyon 1 et sa collection Aspasie, Lyon 2 et les collections de sociologie, anthorpologie et histoire, Lyon 3 et les collections de la philosophie et d’histoire, l’ENS et la BIU-lsh sur les mêmes disciplines et enfin la bibliothèque municipale et son point G. Par ailleurs, le centre de documentation de l’ISH fait un travail remarquable d’accompagnement à la recherche qui serait bien utile aux chercheurs travaillant sur le genre. Comment toutes ses bibliothèques vont-elles être amenés à participer à cet avenir des études et recherches sur le genre dans la région ?
  2. Les non universitaires : il se trouve que les groupes de travail sur le genre avaient le mérite de réunir universitaires et non universitaires. Une telle structure de recherche laissera de la place pour ces derniers ? Comment les associations pourront s’y engager, avec quel statut ? Il s’agit par là de penser que la recherche est un travail collectif qui peut réunir différentes approches dont certaines non universitaires. Le centre Gabriel Naudé à l’Enssib accepte dans son équipe de recherche des conservateurs des bibliothèques qui ne sont thésards, ni doctorants…Est-ce que la future structure permettra ainsi un accès aux financements à ceux qui travaillent sur le genre au quotidient et souhaitent participer à la recherche sans pour autant chercher à obtenir un niveau universitaire.

Puique j’y vais, je vous raconterai ça. Et peut-être, pour les collègues de la région, nous retrouverons-nous là-bas.

Ce fut entre 1999 et 2001, lors d’un cours à l’IUT Charlemagne à Nancy, que Claude Poissenot débuta une série de cours en interrogeant ses élèves ainsi : ”Qui nous dit qui nous sommes?”

Je le regrette mais je ne prends pas le temps maintenant de fouiller dans mes archives afin de voir si oui ou non j’ai conservé les notes de ce cours. Je vais  donc procéder avec ma mémoire.

Celle-ci m’indique que les réponses des élèves à la question “Qui nous dit qui nous sommes?” avaient été les suivantes : la famille, les amis, les enseignants, les thérapeutes, les fiches d’état civil, les médias, les sondeurs, les sociologues, les publicitaires, les gourous…

Puis nous, étudiants, avions fait des commentaires. Nous avions dit que tous ne portent évidemment pas la même attention à notre égard. Ils sont plus ou moins intéressés : s’attirer des faveurs, vendre un produit, rendre dépendant, faire croire à une chose irréelle, voilà ce que certains attendent en retour de leur communication avec chacun d’entre nous.

Si cela est vrai, nous pouvions penser que la construction de soi se réalise au milieu d’une forêt d’informations, informations qu’il faut savoir très souvent décoder, notamment par un ”Quel est son intention?”, si l’instinct ne suffit pas à percevoir la volonté du communiquant.

Poser la question “Qui nous dit qui nous sommes?” était une façon pertinente d’introduire une série de cours de sociologie, qui plus est à des élèves inscrits dans un département nommé “Information – Communication”.

Cependant cette introduction n’a propablement pas aidé les étudiants à se construire, ce n’était pas le but, mais pourquoi pas à focaliser leur réflexion sur leur propre identité et le processus de leur construction.

Gérald Loye

NB : Claude Poissenot est sociologue, enseignant à l’IUT “Métiers du livre” de Nancy. Ses travaux portent notamment sur les publics des bibliothèques mais aussi sur la lecture et ses représentations. Il travaille à l’écriture d’un nouveau modèle de bibliothèque plus en phase avec la population desservie. A cette fin, il a conçu un site web accessible à tous les intéressés (http://penserlanouvellebib.free.fr)
[Source de la note sur Claude Poissenot : http://www.livreshebdo.fr/weblog/claude-poissenot/23.aspx]

Devenir membre de legothèque

Publié : le 8 mars 2012 par raphaelleb dans Actualités

Pour que ce groupe puisse vivre, échanger, se rendre utile, nous aurions bien besoin de membres supplémentaires. Nous vous lançons donc un appel : Rejoignez-nous !

Pour devenir membre du groupe « bibliothèques, construction de soi et lutte contre les stéréotype » ? Rien de plus simple. Il n’y a qu’une seule condition : être adhérent de l’ABF. Vous trouverez toutes les informations pour cette adhésion ici : http://www.abf.asso.fr/pages/adhesion.php?etape=nouveau

Devenir membre c’est aussi s’engager d’une certaine manière dans les problématiques qui nous intéressent. C’est pourquoi nous invitons chaque membre à rédiger au moins un article par an sur le blog du groupe : http://legothequeabf.wordpress.com . L’article sera soit envoyé au bureau, soit directement rédigé sur le blog (nous vous donnerons alors un accès au blog en tant qu’auteur) mais sous forme de brouillon, qui sera validé et publié par le responsable du blog en fonction du nombre d’articles prévus ou de l’actualité de la période.

Devenir membre, c’est enfin être informé. Un bureau a été formé avec les premiers adhérents ; nous avons pris en charge le suivi quotidien de nos outils de communication (boite mail : legotheque@gmail.com , blog : http://legothequeabf.wodpress.com, twitter : @legotheque…), les relations avec l’ABF et l’organisation de la conférence prévue pour le congrès de l’ABF en juin. Pour vous tenir informés de ce que fait et projette le bureau, nous organiserons une fois par an une assemblée générale et vous recevrez une lettre interne au groupe tous les trois à quatre mois pour vous informer de différentes choses : nouvelles actions, nouveaux projets, appels à participation, nouveaux adhérents…

Pour finir, si vous souhaitez vous engager davantage, n’hésitez pas à partager vos idées, projets, envies…pour que nous fassions évoluer ce groupe tous ensemble. Pour toutes choses, renseignements, questions, partage d’informations : contact : legotheque@gmail.com

Ouvert depuis juillet 2010, le centre LGBT Côte d’Azur à Nice s’est doté d’une bibliothèque inaugurée le 2 février dernier. Couplée au vernissage des photographies de lecteurs de François Morey, que nombre d’internautes facebookiens avaient déjà commencé à admirer sur le web, cette inauguration a été largement saluée et suivie. Y compris par les politiques.
Quelques minutes d’interview (bibliothéconomique, avouons-le) avec l’ami François, l’un des créateurs-organisateurs de cette bibliothèque et conservateur à la retraite, pas vraiment à la retraite…

 ***

Portrait François Morey

DGP : Comment est née l’idée d’installer une bibliothèque au Centre ?

FM : Le centre LGBT a ouvert au public en juillet 2010 après plusieurs années de gestation. Il y a eu un don d’un millier de livres dont une partie sur la problématique LGBT. J’ai découvert le centre un an avant son ouverture au public. Et ayant appris qu’il y avait eu ce don de livres, je me suis proposé pour l’étudier. Sur les mille ouvrages, une bonne centaine concernait à proprement parler la question LGBT. Le centre a très rapidement accepté de vendre les livres non LGBT pour disposer de nouveaux crédits d’acquisition pour la bibliothèque. D’ailleurs, à l’annonce de la création de cette bibliothèque LGBT, d’autres dons ou dépôts, d’individus comme d’associations, sont venus renforcer le fonds initial, qui atteint désormais 340 documents hors revue. Voilà l’origine.

DGP : Est-ce que tu connais d’autres expériences comparables en France ?

FM : Oui, il y a par exemple une bibliothèque importante au centre LGBT de Paris. Et puis aussi à Angers, il y a Quazar, à Bordeaux c’est Le Girofar, à Clermont-Ferrand, à Grenoble, à Lille, Lyon, Reims l’association Ex Aequo, l’Adheos à Saintes, à Rennes, à Tours et puis Couleurs Gaies à Metz…
L’expérience de La Rochelle est intéressante aussi, je vais m’en inspirer : l’association s’appelle aussi l’Adheos, comme à Saintes, elle n’a pas de bibliothèque mais une page Internet avec des brochures téléchargeables.
A Nice, le catalogue de la bibliothèque est en ligne. Le centre LGBT Île-de-France a fait de même. Quelques-uns de ces centres ont des listes de livres en fichiers téléchargeables, mais on ne peut pas parler de catalogue informatique.

DGP : Est-ce que se dessinent des axes particuliers au sein du fonds du centre niçois ?

FM : Se dessine surtout un constat : sur les 283 livres catalogués, il y a 168 romans et 9 bandes-dessinées. Il faut relever une particularité : tous les dons qui ont été faits l’ont été par des mecs. C’est donc une bibliothèque gay bien plus que lesbienne ou trans. Suite à cela, j’ai demandé à avoir un budget d’acquisition pour rééquilibrer : en lien avec les groupes de travail Femmes et Transgenres, j’ai acheté des bouquins récents sur les thématiques absentes : les femmes, le féminisme, la transsexualité, le genre, etc.
Côté matière, la classification Dewey, qui a été retenue, permet une réponse plus précise : on trouve en priorité les sciences sociales, les arts, la littérature, la philosophie et la psychologie.

vue de la bibliothèque

DGP : Et il y a des périodiques ?

FM : Oui, nous avons des périodiques mais ils ne sont pas encore catalogués. Il y a une collection presque complète de Tétu, qui a offert un abonnement gratuit1. La revue belge Tels quels, de l’association belge francophone du même nom qui rayonne sur des villes francophones de Belgique et qui envoie aussi gratuitement chaque numéro.
Nous recevons aussi un numéro de Sport friendly, produit par l’association Front Runners, association de coureurs à pied, qui a une antenne à Nice.
Enfin des gratuits : Nous et Marcel. Mais la presse gratuite LGBT est très mouvante et ces titres n’existent peut-être déjà plus.
A cela s’ajoutent quelques numéros de Masques qui ont été donnés. De même, je crois que nous avons quelques numéros de Gai Pied.
Je suis en contact avec la bibliothèque du centre de Paris avec laquelle on pratique assez facilement l’échange des doubles.

DGP : Est-ce que tu es en contact avec la Bibliothèque municipale de Lyon qui a ce fonds LGBT, Le point G ?

FM : Non aucun contact. En revanche, à l’IUFM de Lyon, il y existe le fonds Aspasie, très intéressant, sur l’histoire des femmes et la question du genre dans l’éducation. Une bibliothèque que j’ai visitée.

DGP : Et en termes d’usage…

FM : C’est trop tôt pour en parler ! La bibliothèque a été inaugurée le 2 février 2012 ! Pour le moment, nous avons cinq – six lecteurs ; le centre est peu ouvert, seulement les mercredis, samedis et un lundi sur deux… Je suis en train de former des bénévoles pour assurer les inscriptions, les prêts et les retours. Nous travaillons à partir du logiciel gratuit PMB. Tous les livres sont équipés d’un code barre…

DGP : En budget d’acquisition, tu as combien ?

FM : On a pris la décision d’ouvrir la bibliothèque seulement au mois de décembre ! Déjà en décembre, le centre a décidé de réserver 1 000 €. Pour l’année 2012, je dois faire une demande de budget. Je vais aussi faire une demande de subvention auprès du Centre national du Livre et de la Direction régionale des affaires culturelles de PACA.

DGP : Sur le plan documentaire, dans quelle logique se place la bibliothèque ?

FM : La politique documentaire que j’essaie de mettre en place, c’est d’avoir les ouvrages qui documentent les questions LGBT. Avoir aussi les œuvres écrites par des auteurs LGBT ou gay friendly, et avoir les romans dont l’action prend place dans un cadre LGBT. Pour les plus jeunes, nous avons acheté en décembre des ouvrages comme Ne m’appelez plus Julien, des bouquins – albums ou romans – qui dédramatisent et permettent l’identification et le dialogue entre les parents, les enfants et les enseignants. D’ailleurs, les achats en ce cas se sont fait à partir d’une liste du Beit Haverim2 qui est aussi une liste de livres recommandés généralement par les CDI des établissements scolaires. Dans notre centre, plusieurs personnes sont aussi intervenants en milieu scolaire dans le cadre des actions de lutte contre l’homophobie et les discriminations.

DGP : Vous faites de la com’ en direction des établissements scolaires, lycées, collèges ? Le Rectorat ?

FM : Le centre LGBT fait de la communication y compris vers les établissements scolaires… Le dépliant du centre développe sur plusieurs rubriques les questions afférentes : culture, jeunesse, etc.

Nice Matin le 6 février 2012

DGP : Et par rapport à la communauté politique ?

FM : Christian Estrosi, maire de Nice, a inauguré le centre. Pour l’inauguration de la bibliothèque, il s’est excusé et s’est fait représenter par une adjointe qui a été bien présente.
C’est la municipalité qui a fourni le local au centre contre un loyer très raisonnable.
Le centre reçoit aussi une subvention de la Région PACA. Il n’y a, par contre, par de subvention venant du Département.
Et puis, d’autre part, il y a eu un don de Randstad une compagnie d’assurance qui a fait de la lutte contre les discriminations une politique affichée.
L’office de tourisme développe une politique de formation pour les luttes contre les discriminations et pour l’accueil des publics LGBT. J’ai participé à des journées de formation, notamment en direction des hôteliers et des restaurateurs, qui obtiennent ensuite un diplôme et un label.
L’office de tourisme développe une politique de formation pour les luttes contre les discriminations et pour l’accueil des publics LGBT. J’ai participé à des journées de formation, notamment en direction des hôteliers et des restaurateurs, qui obtiennent ensuite un diplôme et un label.
Dans le cadre de l’ABF3 en PACA, enfin, j’ai été très heureusement surpris du bon accueil général réservé à l’annonce de la création de la bibliothèque. Je m’attendais à ce que ce soit plus mitigé. Je n’ai eu que des réactions positives, intéressées. C’est agréable à vivre. Ceci dit, à Nice, il y aussi des agressions homophobes. Mais le centre n’a jamais eu de problème de cet ordre.


DGP : Est-ce que tu penses que la situation est plus favorable à Nice ?

FM : Je ne sais pas. En regardant, les statistiques de santé, on voit que nous sommes la seconde région de France en termes d’expansion de l’épidémie de SIDA. C’est-à-dire qu’il s’agit d’une population à risque plus nombreuse. Or la réputation de Nice, c’est d’être une ville de retraités – la preuve j’y suis ! – mais aussi une ville gay… Mais cette réputation n’est pas tout à fait conforme. Il y a, aussi, une population avec une culture méditerranéenne machiste et homophobe.
Je suis frappé chaque fois que je prends le tram ici… Les interjections du type « pédé », « tapette », « enculé » fusent régulièrement, sans pour autant que les locuteurs comprennent vraiment le sens de ce qu’ils disent… C’est peut-être un phénomène plutôt méridional. Je vois moins cela à Paris. Mais c’est vrai aussi que je n’y rencontre pas non plus les mêmes catégories sociales.

DGP : Si je pouvais venir demain au centre, tu me conseillerais quoi à lire ?

FM : Euh… Patrice Salsa. Les trois derniers, d’un coup. Un garçon naturel aux Éditions du Rouergue, La Signora Wilson chez Actes Sud et puis Le joueur de théorbe chez Urdla, un imprimeur de Villeurbanne.

Couverture de Un garçon naturel


DGP : Côté animation culturelle ?

FM : On a déjà organisé des rencontres avec des auteurs, par exemple avec Daniel Lance qui a écrit sur Jean Genet. On a fait un débat avec lui autour de Genet.
J’ai programmé une expo commandée à Pochep, un dessinateur de BD. Il a publié quelques BD papier et puis il publie sur son blog – un pédéblog… L’idée c’est de faire faire à des auteurs de BD des fausses unes de journaux gays, par exemple Gai Pied, en s’inspirant du titre réel. Et puis on exposera soit fin 2012, soit début 2013 et on organisera une rencontre avec lui…

Interview réalisée le 26 février 2012
par David-Georges Picard

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1 ndla : les numéros en cours sont consultables sur place et non empruntables à domicile.
2 ndla : Groupe juif gay et lesbien de France, http://www.beit-haverim.com/
3 ABF : Association des bibliothécaires de France

Décidément, les questions de genre dans la littérature de jeunesse intéressent les professionnels (cf. nos billets précédents).

A l’occasion de la journée des femmes, le groupe ABF Auvergne organise le jeudi 15 mars prochain à Moulins, dans l’Allier (03), une journée d’études sur la représentation du féminin dans l’album.

La journée accueillera des interventions d’éditeurs, de chercheur et de représentants du Musée de l’illustration jeunesse, hôte de la journée, afin de revenir sur ces représentations et réfléchir aux enjeux et aux interrogations qu’elles posent aux bibliothécaires.

logo du musée de l'illustration Jeunesse

Une journée qui permettra également de comprendre le changement récent de nom (du Centre de l’illustration contemporaine au Musée de l’illustration jeunesse), de découvrir l’exposition en cours et la politique d’acquisition du Musée.

Histoire des femmes à la BnF

Publié : le 14 février 2012 par raphaelleb dans Actualités, Questions de genre
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La BnF lance tous les ans un appel à chercheurs pour traiter de sujets se rapportant à ses fonds. Parmi tous les sujets proposés cette année, il y en a spécifiquement sur l’histoire des femmes à la bibliothèque nationale.

Logo BnF

Voici le descriptif du sujet :

L’histoire des femmes à la Bibliothèque nationale se lit en filigrane de nombreuses études historiques menées sur telle ou telle époque, mais aucune étude d’envergure n’a encore été lancée sur le sujet au delà de quelques articles biographiques consacrés à quelques personnalités marquantes, lectrices ou membres du personnel de la Bibliothèque. La richesse des archives de la Bibliothèque sur ce thème ne cesse toutefois d’être prouvée et se prête à tous types de recherches, de l’approfondissement d’une thématique particulière jusqu’à une grande synthèse originale, sans exclure aucune discipline ni méthodologie.

Les sources permettent de dégager une périodisation caractéristique de la féminisation dans les institutions publiques et de la société française : les premières ouvrières des ateliers de restauration du Second Empire, les premières lectrices, la première femme directeur de département (Myriam Foncin nommée en 1942 à la tête du département des Cartes et plans), la rupture du plafond de verre et l’accès aux fonctions de direction et d’administration générale.

La spécificité de la BnF aujourd’hui peut également constituer une piste d’intérêt, avec un recrutement des agents largement indifférent au sexe dans l’attribution des affectations, magasiniers porteurs de charges y compris. Aux échelons supérieurs de l’organigramme, l’établissement public présente un management supérieur presque absolument équilibré entre hommes et femmes depuis le niveau des chefs de service : est-ce une caractéristique de la Bibliothèques ou des bibliothèques, des établissements culturels en général, un modèle transposable dans d’autres institutions ?

Volumétrie : à préciser en fonction de la problématique retenue.

Pistes de recherche : Pouvant s’inspirer de domaines aussi variés que la bibliothéconomie et l’histoire des bibliothèques, mais aussi la sociologie et les études de genre, cette recherche pourra également s’appuyer dans un premier temps sur les travaux antérieurs consacrés à la Bibliothèque (thèses, mémoires, articles), qui permettront de constituer une indispensable bibliographie commentée. Le recours aux archives administratives (dont les rapports annuels et les études internes sur les emplois et les personnels), aux archives orales, mais aussi aux publications (catalogues ou expositions dirigées par des conservatrices, récits de lectrices, réseaux sociaux…) devrait assurer une visibilité forte aux résultats obtenus : publications, présentations en lien avec le comité d’histoire de l’institution, éventuellement valorisation d’une partie des sources par la numérisation.

Si vous êtes intéressés, vous avez jusqu’au 30 mars 2012 pou prendre contact avec Aurélien Conraux, chef de la Mission pour la gestion de la production documentaire et des archives. Tél. 01 5379 5019, aurelien.conraux@bnf.fr

De nombreuses initiatives se tiennent dans les établissements pour proposer des bibliographies et des animations autour de la construction de soi.

Ainsi, en novembre 2011 s’est tenu à l’Université Paul Verlaine de Metz un colloque intitulé « Enfance et genre ; Comment le sexisme vient aux enfants ? Des stéréotypes sexistes aux conséquences sociales et sociétales ».  Pendant une semaine, plusieurs communications croisant de nombreuses disciplines (sociologie, psychologie, anthropologie, histoire, philosophie) ont essayé d’explorer la question de la construction sociale des genres et de répondre à des questions autour des modalités de construction du genre :  Dans une société et un espace donnés, comment se construit-on fille ou garçon ? femme ou homme ? (cf. programme)

Parmi les intervenant-e-s, se trouvaient le réseau des Bibliothèques et médiathèques de Metz, venu proposer une intervention sur la production éditoriale jeunesse et notamment celle destinée aux adolescent-e-s., une expérience que Miss Média raconte de manière très éclairante sur son blog.

Ce travail s’est vu complété par l’établissement d’une riche bibliographie intitulée “Lectures en tous genres” et proposant une sélection de romans, documentaires, livres illustrés ou encore bandes dessinées revenant sur les stéréotypes sexistes et sur la construction du genre.

“On peut mettre en lien le contenu de la bibliographie avec l’image de sa couverture : dans le flot de la production sexuée voire sexiste, les jeunes sur le radeau ont à leur disposition et lisent des livres colorés. Et si l’adolescence est un passage, si la traversée entre le monde des enfants et celui des adultes est parfois difficile et houleuse, ces livres peuvent accompagner ceux qui en ont envie, les aider à se connaître, à se construire.”

explique-elle sur le blog.

La bibliographie est disponible sur le compte Calaméo de la bibliothèque