Le meilleur de notre veille #9

Voici quatre éléments collectés par les Légothécaires en cette fin d’année 2014.

Au programme, les assemblées représentatives de l’Etat-Nation France, une enfant qui conseille un éditeur et une ouverture de blog pour créer un dialogue.

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Le Projet Crocodiles, ou comment parler du harcèlement de rue aujourd’hui

A l’origine, le projet crocodiles est un Tumblr (projetcrocodiles.tumblr.com), où l’auteur, Thomas Matthieu, raconte en dessins le témoignage de femmes victimes de harcèlement de rue. Son parti pris ? Dessiner les femmes de manière réaliste, c’est à dire avec un visage humain, et dessiner les hommes sous les traits d’un crocodile. Ce parti pris, Thomas Matthieu l’explique à la fois dans le livre, mais aussi dans un article paru il y a un an sur le site de l’Obs et dont nous reproduisons ici certaines citations: « Tous les personnages masculins de ces histoires, pacifiques ou agressifs, sont représentés comme des crocodiles. Mais Thomas Mathieu l’assure : « Tous les hommes ne sont pas des prédateurs ». « J’aurais pu dessiner des hommes en hommes et dire que les autres sont des cas isolés. Mais je ne crois pas en une frontière nette entre le mec bien et le crocodile macho ou agresseur. Ce n’est pas mon rôle de juger où se situent les niveaux de gris, je laisse cette liberté-là au lecteur. » « 

Prenant de l’ampleur, le projet a migré dans sa forme, en devenant un livre publié aux éditions Le Lombard, mais également une exposition.

Le livre, dont vous pouvez retrouver une partie de l’introduction dans cette note du tumblr, comporte à la fois des histoires illustrées, mais aussi des post-faces de figures emblématiques d’Internet, qui ont déjà pris position sur le sujet et dont nous avons pu déjà parler au sein de Légothèque (dans notre Diigo par exemple).

Quant à l’exposition, elle fait partie d’une initiative lancée par la mairie de Toulouse concernant les violences faites aux femmes, et devait prendre place dans un square, au milieu d’autres illustrations. Si cette initiative sort aujourd’hui (voir ici et ), c’est que certaines planches ont été jugées « dérangeantes » par une élue, qui a demandé le retrait du projet dans l’exposition. Le contexte du montage de l’exposition n’étant pas tout à fait clair, et si l’on peut s’interroger sur l’opportunité d’une telle action de retrait, aussi soudaine a priori, il est aussi important de s’interroger sur la représentation d’une réalité pas toujours acceptée dans l’espace public. Se voiler la face par rapport à la place des femmes dans la société, et les libertés observées chez certains hommes qui ne considèrent les femmes qu’à hauteur de leur tenue et/ou de leur sex-appeal, c’est nier un sentiment d’insécurité vécu au quotidien par des femmes, majoritairement. La journée des violences faites aux femmes, qui a lieu le 25 novembre chaque année, est un élément de communication qui permet de mettre en avant la réalité de comportements observés dans la société d’aujourd’hui.

Si Legotheque en parle aujourd’hui, c’est aussi parce que, potentiellement, le livre peut être présent sur les rayonnages des bibliothèques, et que sa place peut, au même titre que d’autres ouvrages, être remise en cause car, une fois de plus, le livre montre ce qu’il ne faut pas voir, ce qui n’existe pas.

Les bibliothèques, et plus largement les institutions, ont un rôle à jouer  dans la déconstruction des idées reçues sur ce genre de violence (ce que la bande dessinée fait très bien) et la libération de la parole. Mettre en images ces situations du quotidien, c’est aussi permettre une expression, pas toujours évidente, de comportements subis.

Pour en savoir plus:

- http://projetcrocodiles.tumblr.com/liens

- https://twitter.com/projetcrocodile

- https://www.facebook.com/notes/clef-bordeaux/lettre-ouverte-dune-militante-du-clef-face-a-la-censure-du-conseil-municipal-tou/1532486583663642?pnref=story

L’inclusion en bibliothèque : un débat théorique et critique

Poster scientifique sur le thème de l'inclusion en bibliothèque

Poster scientifique sur le thème de l’inclusion en bibliothèque

L’inclusion des publics est une notion à laquelle Légothèque est très attachée : nous l’avions déjà manifesté dans cet article portant sur un poster scientifique réalisé par des bibliothécaires stagiaires de l’Enssib. Leur travail permet de mieux cerner les enjeux de l’inclusion à travers quatre points précis : l’accessibilité, la mixité & la diversité, l‘inclusion économique & citoyenne et l‘e-inclusion.

Or la notion d’inclusion a été débattue cet été, lors de la Session 200 “Library Theory and Research” du congrès 2014 de l’IFLA, selon un point de vue théorique assez spécifique : Tim Huzar, doctorant au Centre de philosophie appliquée, Politique et éthique de l’Université de Brighton, s‘est employé à dynamiter l’idée couramment admise selon laquelle les politiques d’inclusion favoriseraient l’égalité d’accès de tous les publics à la bibliothèque. Au contraire, les politiques d’inclusions procèderaient d’une instrumentalisation de l’idéal démocratique par le néo-libéralisme.

Sa communication, intitulée “Le néolibéralisme, la démocratie et la bibliothèque comme espace radicalement inclusif” a été traduite par Amadeus Foulon, étudiant à l’Enssib. Elle est disponible dans la bibliothèque numérique de l’IFLA (http://library.ifla.org/835).

Inclusion et néo-libéralisme

s200_tim.huzarReprenons la thèse de Huzar, qui rappelons le, raisonne dans le contexte de la fermeture de centaines de bibliothèques britanniques pour cause de non-rentabilité (cf. journée d’étude de l’ENACT) : l’idéal de démocratisation de l’accès à l’information masque une rationalité politique propre au néolibéralisme, selon laquelle les objectifs de la lecture publique doivent être subordonnés à ceux des politiques de l’emploi, de l’éducation, etc. On pourrait le traduire ainsi : lutter par exemple contre l’e-exclusion, c’est de facto favoriser l’employabilité des usagers et plus largement, circonscrire l’individu à sa valeur économique. “Selon la rationalité néolibérale, si nous investissons dans nos identités physiques en visitant la salle de gym, nous investissons aussi dans nos identités mentales en visitant la bibliothèque. La bibliothèque devient ainsi un gymnase intellectuelle pour l’homo œconomicus” (p.6).

Plus encore, le ciblage des collections en fonction des objectifs de la politique d’inclusion (espace mangas, espace livres en gros caractères) peut aboutir à un morcellement fonctionnel et intellectuel de la bibliothèque allant à l’encontre du principe d’égalité “C’est cette fluidité, je dirais, qui est cruciale pour assurer l’égalité et pour faire de la bibliothèque un espace radicalement inclusif. Précisément cette fluidité risque de se perdre si on cherche à atteindre une plus grande inclusivité en «fixant» l’identité de ceux que l’on cherche à inclure”(p.9).

A l’inverse, “les bibliothèques n’ont pas à éduquer les sans-abris ou les communautés d’immigrants ; elles les intègrent en considérant qu’elles doivent intégrer tout le monde” (p.7). Elles doivent garantir à tous les usagers “le droit de pouvoir choisir librement ses centres d’intérêts”. C’est à cette condition qu’elles peuvent devenir “un espace radicalement inclusif”.

Que penser de ce raisonnement ? Son auteur précise en conclusion qu’il n’est pas un argumentaire contre l’inclusion mais contre ses effets potentiels et son instrumentalisation. Huzar envisage clairement dans son article la valeur émancipatrice des bibliothèques à partir de la pensée de Jacques Rancière, de sa vision radicale de l’égalité en opposition à la démocratie libérale et à l’organisation managériale de la société.

Inclusion, système et monde vécu

s200_lauren.smithPlus largement, la thèse de Huzar s’inscrit au Royaume-Uni dans un (possible ?) renouveau de la Théorie critique au sein des Sciences de l’information. Lauren Smith, doctorante à l’Université de Glasgow, a développé un argumentaire Radical Librarians Collective (Part Three): Critical Theory à destination des bibliothécaires : la théorie critique permettrait de penser l’environnement de la bibliothèque dans un contexte de réduction des dépenses publiques et de marchandisation de l’enseignement supérieur.

Mais comment définir ce courant de pensée issu de l’École de Frankfort ? Le “matérialisme interdisciplinaire” de Horkheimer (1922) visait initialement à établir des liens entre un groupe social, son rôle dans le processus économique et la transformation de la structure psychique de ses membres sous l’influence d’institutions. Avec la Théorie de l’agir communicationnel d’Habermas (1980), la théorie critique devient une grille de lecture sociologique à deux entrées -en termes de système (le capitalisme, l’État) et de monde vécu (la reproduction culturelle de la vie sociale)- destinée à mettre à jour une rationalité communicationnelle fondement d’une éthique de la discussion.

C’est peut-être en ce sens qu’il faut entendre la critique rationaliste de Tim Huzar qui souhaite “comprendre comment mettre en œuvre des formes d’inclusion d’une manière qui ne nient pas l’inconvenance démocratique de la bibliothèque” : une dialectique du raisonnement qui permet de repenser la démocratie comme un espace de dialogue…

Le meilleur de notre veille #8

Ce mois ci encore, nos activités de veille nous ont permis de repérer pas mal de ressources intéressantes.

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Légothèque aux Journées Alsaciennes du livre – Sélestat 14-15 octobre 2014

Les Journées alsaciennes du livre à Sélestat, les 14 et 15 octobre 2014

Mardi 14 et Mercredi 15 Octobre se sont déroulées à Sélestat les premières journées alsaciennes du livre organisées par la Confédération de l’illustration et du livre (CIL), une structure qui rassemble des associations professionnelles de la filière livre (L’Association des Libraires indépendants du Rhin (A.Lir), l’Association des éditeurs en Alsace(AEA), l’Association de Coopération régionale pour la documentation et l’information en Alsace (Cordial), et trois associations d’auteurs et d’illustrateurs : Central Vapeur, Alsace illustration (Alill) et Littér’Al). Lire la suite