Femmes, informations et bibliothèques au Congrès de l’IFLA 2018

Le Groupe d’intérêt spécial Femmes, informations et bibliothèques de l’IFLA s’intéresse aux femmes en tant que productrices d’information, usagères des bibliothèques et professionnelles donnant accès à l’information. Le congrès annuel de l’IFLA est un moment fort de l’année pour nos activités. Cette année, il a été accueilli à Kuala Lumpur du 23 au 30 août.

 

Femmes, informations et bibliothèques au Congrès mondial des bibliothèques et de l’information

 

« Collections, éthique, perspectives et parole »

Le groupe Femmes, informations et bibliothèques y organisait, avec le groupe Usagèr.e.s LGBTQ, deux temps d’échange et de réflexion autour du thème «  Collections, éthique, perspectives et parole ».

Nous avons d’abord abordé le thème sous une forme classique, avec la présentation de 5 communications dans une session dont le sous-titre était « L’importance du contexte » :

Programme et liens vers les articles publiés, les vidéos et les diaporamas : https://www.ifla.org/node/91653?og=93

  • Introduction : Clare O’Hanlon, La Trobe University, Bundoora, Australia : A continuum of LGBTIQA+ community engagement in libraries: From collections and cataloguing to book displays, bathrooms and beyond. Video (Unabridged version)
  • LaVerne Gray, University of Tennessee, Knoxville, United States: Uncovering Collective Voice: Using archives to explore community-based information environments of African-American Activist-Mothers in Chicago Public Housing, 1955-1970
  • Reiko Aoki, National Women’s Education Center, Japan: Collection Development on Women’s Earthquake Disaster Experiences and Support Activities in Japan. Paper.
  • Hollie White, Curtin University, Australia: Decolonizing the Way We Organize. Paper
  • Bernard Dione, Université Cheikh Anta Diop, Senegal: Collection development and cultural context: The accommodation of professional to cultural values among Senegalese Academic Librarians Paper. Slides.

Après une introduction en vidéo par Clare O’Hanlon, pleine d’informations et d’idées simples et concrètes pour changer nos pratiques et nos bibliothèques, LaVerne Gray a ouvert la session avec une présentation de sa recherche doctorale sur les logements sociaux de Chicago entre 1955 et 1970. Son travail met en lumière le rôle des femmes Afro-Américaines dans la construction d’une communauté par l’information (autour de l’accès à la culture et à l’éducation, en particulier). Au cours de sa recherche, LaVerne Gray a découvert le rôle que sa propre grand-mère a joué dans cette communauté, à travers des archives et des journaux relatant la mobilisation pour la construction d’une bibliothèque publique.

Reiko Aoki a rendu vivante pour tou.te.s l’expérience des survivantes du séisme et du raz-de-marée de 2011 au Japon dans une présentation qui donnait à voir les modes d’expression choisis par ces femmes : broderie, photographie, écriture fournissaient des illustrations puissantes à un article qui plaçait dans une perspective historique les enjeux de la prise en compte des besoins spécifiques et des voix des femmes dans des situations de catastrophe naturelle.

Hollie White nous a ouvert les coulisses de son travail de recherche : les observations et expériences personnelles qui peuvent pousser à étudier un sujet comme celui du colonialisme culturel, et les premières observations qu’elle a faites sur le terrain en Thaïlande. Nous attendons avec impatience les résultats des études plus poussées qu’elle compte mener dans les années à venir sur les systèmes d’organisation du savoir d’origine occidentale dans le reste du monde et la manière de s’en libérer lorsqu’ils ne sont pas appropriés au contexte local.

Bien qu’il n’ait finalement pas vu faire le voyage jusqu’à Kuala Lumpur, Bernard Dione nous a donné une présentation de son travail d’enquête sur les bibliothécaires universitaires sénégalais.e.s qui nous a permis de mesurer concrètement les difficultés qu’il peut y avoir à appliquer de grands principes fondamentaux de la profession (liberté intellectuelle, accès à l’information, etc.), auxquels on adhère en théorie, lorsqu’ils se trouvent en contradiction avec les valeurs culturelles, sociales ou religieuses des individus. Un sujet qui a trouvé des échos dans la discussion du lendemain.

 

Des initiatives de terrains

Le lendemain, nous nous sommes retrouvé.e.s, avec d’autres intervenant.e.s, pour une discussion plus ouverte sur des initiatives de terrain. À partir de la présentation de Muy-Chen Peich (Bibliothèques Sans Frontières) sur le déploiement des célèbres Ideas Box dans différents contextes, nous avons pu parler des manières de co-construire les services avec les usagèr.e.s, en particulier lorsqu’il s’agit de groupes « minoritaires ». À partir des présentations de Brittany Jacobs sur les livres d’images pour la jeunesse et de Christer Edeholt sur l’Étagère Arc-en-ciel de la bibliothèque municipale d’Umeå (Suède), nous avons pu aborder les questions de représentation des identités  queer et des manières de montrer la diversité et de lutter ouvertement contre les discriminations.  Enfin, la présentation de Katherine S. Donaldson sur les programmes de bibliothécaires résident.e.s au États-Unis nous a permis de discuter des barrières au recrutement de bibliothécaires issu.e.s de groupes sous-représentés, et les solutions pour lever ces obstacles.

Programme et liens vers les articles publiés, les vidéos et les diaporamas :

  • Jérémy Lachal, Muy-Cheng Peich, Bibliothèques Sans Frontières, France: Libraries as empowerment levers: defining the collections and the contents with the users – The example of the Ideas Box. Slides.
  • Brittany Jacobs, University of Illinois at Urbana-Champaign, United States: I Read you Loud & Queer. Paper. Video.
  • Christer Edeholt, Umeå public library, Umeå, Sweden, The Rainbow Library
  • Katherine S. Donaldson, University of Oregon: Recruiting diverse librarians: Residency programs as an entry point to the academic librarian profession in the United States. Paper. Slides.

 

Nous avons trouvé l’inspiration dans les travaux de la section Indigenous matters, en particulier la session « Diverse indigenous voices: decolonizing, transforming and centering practices », et espérons faire aboutir un projet commun avec cette section et celle des Populations multiculturelles dans les années à venir.

 

Un lieu de rencontres et d’échanges

Comme toujours, le congrès est un lieu de rencontres et d’échanges extraordinaire. Les collègues malaisien.ne.s nous ont réservé un excellent accueil et ont été nombreux/ses à participer à nos travaux et discussions.

Nous avons conçu cette réflexion comme un travail sur plusieurs années, nous envisageons quelque chose de plus pratique, avec production de contenus, l’année prochaine, avec plusieurs partenaires potentiels.

2019 sera une année d’élections au sein de l’IFLA. Pas besoin d’attendre jusque-là si vous souhaitez participer à nos activités, partager des idées ou des questionnements avec nos membres !

Toutes nos adresses (liste de diffusion, twitter, facebook) sont sur le site de l’IFLA : https://www.ifla.org/women-information-and-libraries.

 

Mathilde Koskas,
responsable du groupe Women, information and Libraries, IFLA

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Rencontre avec la responsable du fonds Aspasie

Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir un centre de ressources sur le genre, référencé sur notre carte en ligne disponible en cliquant ici. Merci à Véronique Reynard* d’avoir répondu à nos questions.

Légothèque : Bonjour, vous êtes responsable du fonds Aspasie et je vous remercie d’accepter de répondre à quelques questions.  Quel est l’historique du fonds Aspasie ?

Véronique Reynard : Le fonds Aspasie a été constitué dans le cadre d’une convention interministérielle sur l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif, en 2000.
Il est ouvert au public depuis 2001.
Le nom du fonds a été choisi en hommage à Aspasie, une intellectuelle grecque, compagne de Périclès, vivant au Vème siècle avant JC. Elle créa une école de rhétorique et de philosophie pour les femmes.
Initialement constitué grâce à des subventions de la Direction de l’enseignement supérieur et du Fonds social Européen sur 3 ans, il est maintenant financé par l’ESPE, composante de l’Université Claude Bernard Lyon 1. Physiquement, le fonds est localisé dans la BU Education Lyon Croix-Rousse et sous la responsabilité d’une responsable documentaire qui travaille en collaboration étroite avec les enseignant.e.s concerné.e.s par ces questions.
Le fonds Aspasie est constitué d’environ 6000 documents, auxquelles s’ajoutent les revues de niveau grand public au niveau recherche.


L : Quelle est sa mission ? 

Le fonds Aspasie rassemble des ressources documentaires autour de la question des femmes et du genre en Education. Cette documentation doit permettre aux étudiant.e.s, aux enseignant.e.s stagiaires et aux enseignant.e.s en poste de se former sur ces thématiques et notamment de porter l’égalité à l’école. Ce fonds, dont une partie est de niveau recherche, est aussi un appui pour les chercheur.se.s dans leurs travaux sur les questions du genre dans le contexte du système éducatif, la recherche permettant ensuite l’évolution et l’enrichissement de la formation des enseignant.e.s.


L : Quels services liés à ce fonds proposez-vous ?

Le fonds bénéficie des services mis à disposition du public des BU Lyon 1 : recherche à partir de l’outil de découverte Sherlock, renseignement en ligne, service de rendez-vous avec un.e bibliothécaire (accompagnement à la recherche documentaire dans le cadre des mémoires), service de prêt entre bibliothèques et localisation sur le Sudoc (catalogue du Système Universitaire de Documentation).


L : Quel est le cœur de votre activité : les collections ou les animations ?

L’enrichissement des collections est notre priorité mais la valorisation du fonds prend toute son importance pour un fonds spécialisé pour lequel la visibilité doit être nationale voire internationale. Certaines revues (comme la revue Nora – Nordic journal of feminist and gender research) et certains ouvrages sont peu ou pas du tout disponibles ailleurs dans le paysage documentaire universitaire. Le fonds est valorisé par des actions récurrentes comme les tables thématiques, les bibliographies, des articles sur le site web, et plus ponctuelles en accompagnement d’évènements et d’actions culturelles sur ces thématiques.
Des actions sont mises en place afin de valoriser la recherche sur le genre : un BARCamp Egalité et Diversité est organisé le jeudi 29 novembre, les doctorants présenteront en une dizaine de minutes leurs sujets de thèses sur des thématiques traitées par le fonds Aspasie : l’homophobie et le sexisme. Il sera diffusé sur Youtube.


L : Avez-vous une politique documentaire ? Laquelle ?

La politique d’acquisitions est menée en concertation avec les formateur.trice.s et enseignant.e.s chercheur.se.s spécialistes de ces thématiques, à l’instar de Muriel Salle, maîtresse de conférence à l’Université Lyon 1.
Le niveau du fonds est celui d’un fonds universitaire avec une part de documentation de niveau recherche. Les documents sont en majorité en langue française mais 20% des acquisitions concernent des langues étrangères. Le fonds comprend aussi une part de littérature pour la jeunesse, des albums non stéréotypés, des fictions et des documentaires permettant de traiter les questions de genre à l’école. Cela concerne 8% des acquisitions. Les axes de la politique documentaire sont adaptés à l’évolution sociétale des thématiques (questions de politique familiale par exemple) ainsi qu’à l’évolution des études sur le genre.


L : Quel système de classification utilisez-vous ? Convient-il à vos collections ou devez-vous l’adapter ? 

Nous utilisons la classification décimale Dewey pour une part importante du fonds, mais les fictions pour la jeunesse sont cotées avec des cotes locales plus adaptées à ce type de documentation.


L : Quel est votre public cible ? Quelle est votre fréquentation ? Essayez-vous d’élargir vos services à d’autres publics ? 

Notre public est majoritairement le public de l’Université Lyon 1.
Ce fonds est emprunté par des étudiant.e.s en Master MEEF (Métiers de l’Enseignement, de l’Education et de la Formation) de l’Université Lyon 1 ou d’autres universités (Lyon 2 et Lyon 3), des doctorants, des formateur.trice.s et des enseignant.e.s chercheur.se.s. Ce fonds intéresse aussi les enseignant.e.s stagiaires et titulaires du primaire et du secondaire, qui peuvent l’utiliser dans le cadre de la formation continue ou de leur travail quotidien dans les écoles.
Côté chiffres, ce fonds compte 1774 prêts en 2017 soit 2,3% des prêts de la BU Education de la Croix-Rousse.


L : Avez-vous des partenaires récurrents ? Quels types de partenariats mettez-vous en place avec ces partenaires ? 

Le personnel des BU Education travaille avec le personnel de l’ESPE (Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education) de l’Académie de Lyon qui finance les acquisitions pour ce fonds, notamment avec le groupe GEM (Genre Education Mixité), une équipe d’enseignant.e.s chercheur.se.s investi.e.s sur ces questions. Nous travaillons ensemble à la fois pour l’élaboration de la politique documentaire : acquisitions et entretien du fonds et dans le cadre de la valorisation. Des présentations du fonds sont organisées lors des formations de l’ESPE.
Nous travaillons également avec la Mission Egalité-Diversité de l’Université Lyon 1, pour la valorisation du fonds et la diffusion de la recherche sur ces thématiques.

L : Votre bibliothèque fait-elle partie d’un réseau : bibliothèques universitaires, bibliothèques spécialisées…?

Les BU Education font partie du service commun de la documentation de l’Université Claude Bernard Lyon 1.


L : Où peut-on suivre vos activités en ligne (site web, réseaux sociaux ?)

Les activités des BU Lyon 1 sont valorisées sur le site web :
https://portaildoc.univ-lyon1.fr/

Mais aussi sur le Facebook et le compte twitter des BU Lyon 1 :
https://fr-fr.facebook.com/bibliotheque.universitaire.lyon1/

Les évènements comme les BARCamp et les conférences sont diffusés sur la playlist BU Lyon 1 sur la chaîne Youtube de l’Université.

L : Justement, quels sont vos projets pour 2018-2019 ?

La valorisation des collections est un des grands axes de travail pour les BU Lyon 1 pour l’année 2018-2019. Dans ce contexte, nous prévoyons d’améliorer la visibilité du fonds Aspasie par diverses actions :
Refonte de la page Aspasie sur le site web des BU Lyon 1 et création d’un visuel afin de renforcer l’identité de ce fonds
Elaboration de tables thématiques et de bibliographies à l’occasion d’évènements particuliers : Journée internationale des droits de la femme le 8 mars, Mondial de football féminin en juin- juillet 2019…
Création de signets Aspasie présentant le fonds, pour une diffusion dans l’ensemble des BU Lyon 1
Participation au blog de la Mission Egalité-Diversité : valorisation des nouveautés ou sélection de ressources autour d’une thématique
Candidature pour l’obtention du label CollEx : valorisation des collections d’excellence pour la recherche

En bonus : une référence sur Aspasie en cliquant ici.

Véronique Reynard* est Responsable de collections des BU Education, Service Commun de la Documentation
Université Claude Bernard Lyon 1
BU Education Lyon-Croix Rousse
5, rue Anselme
69317 Lyon Cedex 04

Le meilleur de notre veille #44

Retrouvez ici le meilleur de notre veille #44 sur notre blog.

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DE L INCLUSION ET DE LA LUTTE CONTRE LES STEREOTYPES DE GENRES

Cette remarquable bibliographie sur la représentation du genre dans les albums Jeunesse est le fruit d’un long travail de 2 ans.

A lire aussi cet article « Homosexualité dans les albums jeunesse » (partie 2) qui nous fait prendre conscience que l’univers bien connu des contes de fées permet aussi de mettre en scène des couples homosexuels, et de parler d’histoires d’amour naissantes, de rencontres.

 

ARCHIVES LGBTQ

La Fabrique de l’Histoire s’intéresse à l’histoire des homosexualités : représentations et archivage

 

MULTICULTURALISME

Comptines du monde entier : « e-comptines de Sevran et d’ailleurs » est une fenêtre ouverte sur Sevran, ville-monde qui dénombre pas moins de 99 pays de naissance différents sur les listes électorales. Ce livre numérique est un outil qui permet de mettre en lumière une ville riche d’habitant.es venu.es des quatre coins de la planète et de transmettre un patrimoine multiculturel universel? Une belle initiative!

 

LE FEMINISME EST PLURIEL

et c’est tant mieux!

En témoignent ces webzines (web magazines féminins) féministes d’un nouveau style comme Les Ourses à plume, Friction Magazine, Simonae, Well Well Well et Roseaux qui croisent des approches intersectionnelles, LGBT et Queer. Liste non exhaustive ci-dessous :

 

Bibliographie jeunesse : lutter contre les stéréotypes de genre

Les institutions nous aident beaucoup quand il s’agit de retrouver des bibliographies thématiques et on se souvient combien certains travaux peuvent avoir des conséquences improbables. N’hésitez pas à ce titre à parcourir les billets de ce blog qui regorgent de conseils de lectures et de retours d’expériences mise en place dans telle ou telle bibliothèque.

Mais les militants et les individus ne sont pas en restent qui effectuent parfois un long travail de recherche et d’analyse par intérêt et par passion. Nous avons ainsi reçu, récemment cette bibliographie d’albums jeunesse à thématique LGBT et lutte contre les stéréotypes de genre, répartis en plusieurs catégories que nous vous proposons ci-après.

Un travail de deux ans a ainsi permis à Matthieu de retrouver et rassembler plusieurs titres d’albums pour les proposer ensuite au plus grand nombre.

L’ensemble de la bibliographie est accessible en ligne : Bibliographie jeunesse : lutter contre les stéréotypes de genre (English version)

Catégories :

  1. Livres de jeunesse avec une thématique LGBT
    1. homoparentalité
    2. catalogues de familles
    3. histoires post-gay
    4. relations amoureuses de même sexe
    5. transidentités
    6. sida
  2. Livres de jeunesse avec pour thématique genre et féminisme
    1. des filles différentes
    2. catalogues contres les idées reçues
    3. des garçons différents
    4. livres contre le sexisme
  3. Des livres de jeunesse pour s’ouvrir aux autres
    1. des livres contre toutes les discriminations
    2. se senti bien dans son corps
    3. des familles différentes
    4. des relations homophiles
  4. Autres listes :
    1. les livres très anciens (pré-1990)
    2. les livres de Talents Hauts

 

Afin de mieux cerner cette démarche, nous avons interrogé ce militant. Entretiens :

Légothèque : D’où vient l’idée d’une telle bibliographie ?

Matthieu : Mon but initial était de proposer une liste des livres de jeunesse à thématique LGBT autrement très peu accessibles physiquement (car tirage ancien, limité, peu accessible en bibliothèque, etc.). La plupart de ces livres sont d’ailleurs aujourd’hui épuisés et introuvables dans le commerce.

Légothèque : Quel en est l’objectif final ? Qui vois-tu comme publics cible ?

Matthieu : J’ai d’abord fait ça pour moi. Mais au-delà, il s’agissait de donner plus de visibilité à ces titres et ces ouvrages et de mieux les faire connaître auprès du grand public, auprès de la Communauté également. Après je pense que ça peut intéresser des miltantEs et des chercheurEs intéresséEs par ces questions.

Légothèque : Quelle démarche pour trouver tous ces titres, méthodologie de recherche ?

Matthieu : J’ai toujours conçu cette bibliographie comme une première étape, qui me permettra de travailler un peu sur le corpus.

J’ai donc d’abord essayé de construire un corpus à partir d’éléments que je trouvais en ligne (internet et merci la Manif pour Tous qui a permis de faire émerger nombre des titres trouvés, en réaction) puis j’allais emprunter les albums dans les bibliothèques pour les lire et en déterminer le contenu. Finalement j’ai agencé cela dans cette proposition de bibliographie.

Du coup, je n’ai pas voulu m’y pencher avant d’avoir un corpus satisfaisant, ce qui sera le cas d’ici la fin de l’année 2018 (soit 2 ans de constitution, je suppose que c’est classique). Il y a encore 4-5 livres qui sont dans une bibliothèque en travaux depuis 2 ans qui devraient être disponibles prochainement. La bibliographie finale devrait encore évoluer à la marge.

Légothèque : Comment les titres étaient signalés dans les établissements ?

Matthieu : C’est un sujet intéressant. On ne trouve pas ces titres toujours aisément dans les bibliothèques. J’ai la chance d’habiter à Paris et donc de disposer d’un réseau important. Les titres étaient souvent accessibles dans l’une des bibliothèques du réseau. Pour les quelques rares titres que les bibliothèques parisiennes ne possédaient pas, il a fallu un peu plus insister. J’en ai trouvé dans les bibliothèques lyonnaises (par contre, cette fois, rangés dans le magasin, en accès indirect) et j’en ai acheté un en ligne aussi, absolument introuvable.

Légothèque : Quels projets pour la suite ?

Sur la suite du travail, je serai plus mature plutôt fin 2019. D’ici là, je vais continuer à développer mon corpus. J’ai déjà clairement des pistes de travail sur lesquelles je souhaiterais travailler :

  • reprendre l’émergence d’une culture aux discriminations dans le contexte français (lié au PaCS). Beaucoup a été dit déjà. L’histoire de la poule rousse de Bruel est fantastique.
  • travailler sur les intersectionnalités entre LGBT et discriminations de genre. On voit les parallèles évidents avec les féministes.
  • passionnant : l’évolution de la représentation des familles homoparentales dans les livres de jeunesse, par les auteurs eux-mêmes. On voit des livres très différents avec les années sur le même sujet, parfois avec le même auteur.
  • tout aussi passionnant : j’ai découvert le rôle majeur de quelques auteurs jeunesse (Turin, Bruel) qui révolutionnent le secteur, voire s’impliquent et le transforment de l’intérieur). Il y aurait à dire entre les « grands » auteurs classiques LGBT qui s’impliquent (Browne, Janosch) et les auteurs « militants » qui arrivent parfois à l’opposé de l’objectif.
  • Autre découverte : j’ai monté une revue de presse sur les cabales politico-médiatiques sur les livres corrupteurs de jeunesse. Quand on voit que c’a a été utilisé il y a peu par le candidat d’extrême-droite à la présidentielle au Brésil, c’est d’une actualité brûlante. L’analyse sur 20 ans (voire sur 50 ans en cherchant plus loin dans l’origine de la loi de 1949) est très intéressante.
  • D’un point de vue édition, il est très intéressant aussi pour moi d’analyser les choix éditoriaux dans les couvertures qui changent d’une ré-édition sur l’autre (« Finemouche », « Anna ») ou pas (« Julie »).

Mon passé militant m’entraîne naturellement sur les analyses autour des livres de Jeunesse, mais je pense que d’un point de vue littéraire sur le corpus lui-même on peut sûrement avoir des sujets intéressants :

  • comment la représentation de la virilité dans la littérature Jeunesse française évoluent (« Paul »).
  • comment la poésie est utilisée dans la littérature Jeunesse, soit de façon littérale sur les rimes (« Buffalo ») ou à l’opposé sur de la prose (« Mehdi » ou « chat qui est chien »), voire le jeu sur les mots « sèkçuel ») ou les images (Heidelbach).
  • le rôle de l’ « animalisation » est sûrement intéressant à traiter (curieusement en particulier pour les questions d’identité de genre, avec l’opposition chien-mâle chat-femelle)
  • j’aimerai beaucoup travailler sur le rôle de l’amitié et de l’amour dans la littérature jeunesse car cela permet d’aborder le sujet des relations de mêmes sexes sans le côté sexuel, ce que les adultes ont beaucoup de mal à faire alors que les enfants font cela naturellement.
  • le rôle de l’évolution de la représentation de famille dans le temps et en particulier la représentation de tout ce qui n’est pas nucléaire doit être très bien aussi.
  • le rôle du monde imaginaire (féérique) par rapport au monde réel pour aborder les questions de genre ou d’orientation sexuelle (selon que l’on veut interroger par rapport aux préjugés de la société réelle ou au contraire sur les évidences « naturelles » des genres qui ne sont pas si naturels que ça).

Bref des sujets d’étude pour les prochaines années, j’en ai des tonnes…  🙂

Un livre numérique pour recueillir des comptines du monde entier dans les bibliothèques de Sevran

Le livre numérique« e-comptines de Sevran et d’ailleurs »

Les bibliothèques de Sevran s’emparent des outils numériques avec « e-comptines de Sevran et d’ailleurs », un e-book enrichi de son et vidéo rassemblant seize comptines à lire, entendre et voir. Il résulte d’un projet participatif innovant pour la transmission d’un patrimoine culturel universel.

Ce livre numérique enrichi aux multiples fonctionnalités permet de partager de manière ludique et technologique des comptines du monde entier ; découvrir des comptines des quatre coins du monde dans leur version originale, d’en comprendre la signification et de les réinterpréter sans même en connaître la langue d’origine ; de faire l’apprentissage du langage gestuel qui accompagne les comptines via des séquences vidéos.

Le projet a bénéficié du soutien du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, dela DRAC Ile-de-France et du ministère de la Ville,de la Jeunesse et des Sports. Lire la suite

Wear it purple !

Vous ne le saviez probablement pas, mais le 31 août dernier était le Wear it purple day, une initiative internationale, certes majoritairement anglo-saxonne, créée en 2010 en réaction à une recrudescence de suicides parmi les adolescents LGBT victimes de harcèlement. De manière globale, il s’agit de mettre en place des environnements inclusifs et ouverts, où chaque adolescent quelque soit son orientation sexuelle ou son identité de genre pourrait se construire et s’épanouir librement.

Plusieurs institutions et bibliothèques se sont inscrites dans le mouvement. Ce fut le cas, par exemple, de la bibliothèque de l’État du Queensland, en Australie qui, comme d’autres alors, a appelé sur son blog ses usagers adolescents à venir habillés de violet.

Help us celebrate Wear It Purple Day!
We want to build a better world for LGBTQIA+ young people. That’s why State Library is supporting Wear It Purple Day on Friday 31 August 2018. Wear It Purple Day aims to empower rainbow young people and to ensure their health and wellbeing is respected. It is an international movement calling for an end to bullying of LGBTQIA+ teens. By wearing purple we encourage them to be proud of who they are. We support and stand by our LGBTQIA+ youth.

La bibliothèque continue et rappelle qu’en tant qu’espace public, elle accueille tous les usagers quels que soient leur genre, leur identité ou leur préférence sexuelle et continue en mettant en avant ses collections ado sur les thématiques LGBTQIA+ par le biais de présentations, le renvoi vers les mots-dièze #lgbtqia+ et #rainbow reads à utiliser dans le catalogue et le renvoi vers une longue bibliographie de titre australiens sur la thématique :

Best Australian LGBTQIA YA Fiction on Goodreads – https://www.goodreads.com/list/show/87987.Best_Australian_LGBTQIA_YA

Ces bibliothécaires sont supers, non ?