Karim Miské

Cette semaine nous invitons nos lectrices et lecteurs à découvrir l’auteur qui a reçu le grand prix de Littérature policière 2012 et le prix Meilleur polar Point : Karim Miské. Il est né en 1964 à Abidjan d’un père mauritanien et d’une mère française. Il grandit à Paris. Il étudia le journalisme à Dakar. Il réalisa des documentaires sur les néo-fondamentalismes religieux monothéistes mais aussi sur la surdité. Les religions et le langage sont présents dans ce roman, son premier roman, dont la langue précise et délicate permet des descriptions subtiles. Tantôt des phrases longues, tantôt des ellipses de mots pour accélérer le récit, Arab Jazz ressemble des fois à de longs solos déchirant de John Coltrane ou à des phrases courtes et incisives de Miles Davis.

Extrait : « Aujourd’hui il achète Le Parisien les matins où il descend. Et quantité de polars industriels anglo-américains : Connely, Cornwell, Cobain. A de rares exceptions près, les noms se mélangent dans sa tête, tant il a le sentiment de lire le même roman. Et c’est cela qu’il recherche. S’oublier en absorbant l’entièreté du monde dans un récit ininterrompu écrit par d’autres. (…) Peu à peu, il est parvenu à décrocher de la télévision, des écrans. Les livres colonisent son esprit, il le sait, mais lui sont encore nécessaires. Trop tôt pour qu’Ahmed affronte seul ces démons. Les horreurs des autres, l’imagination malade des autres lui permettent de contenir les monstres tapis dans le fond de son crâne. »

Ahmed a-t-il commis un crime ? Il répondra aux questions des policiers qui enquêtent sur l’assassinat de l’une de ses voisines. Il sentira un je-ne-sais-quoi passer entre lui et une policière. Son esprit restera un peu brouillon mais des monstres sortiront du « fond de son crâne », par des rencontres, des cauchemars, des lectures.

Lecture médicament. Lecture homéopathique. Lecture et construction de soi. Lecture et identité.

L’identité et le crime sont au coeur d’un autre ouvrage de Karim Miské, comme il l’indique dans la vidéo suivante de la librairie Mollat. (Pourquoi est-il question de crime ici et maintenant ? Par réaction à l’assassinat du 20 avril 2017 sur les Champs Elysées.)

Résumé du livre, extrait du site des librairies Decitre :

« N’appartenir, ou quand la colère se fait salvatrice et pleine d’humour. Né d’un père mauritanien, diplomate et musulman et d’une mère française, assistante sociale, professeure, athée et féministe, Karim Miské est une bizarrerie aux yeux de ses contemporains : une «tête d’Arabe avec des manières de Blanc». Sans cesse ballotté entre toutes ses identités, il fera le choix de n’en accepter aucune. Mais son miroir et les regards ne lui feront jamais oublier qu’il est le bâtard, le paria.
Perdu entre plusieurs mondes – religieux, ethniques, culturels, politiques -, entre plusieurs pays – la France, la Mauritanie et même l’Albanie d’Enver Hoxha -, il découvre la littérature et décide qu’elle sera son refuge. Pour lui, le seul antidote possible se trouve dans la voix des autres, Arendt, Sartre, Orwell, Manchette, Patti Smith ou encore Johnny Rotten. Cocasse, enlevé, généreux, provocateur et nécessaire, N’appartenir est un cri de liberté, à la fois récit d’un parcours atypique et radioscopie de la complexité de l’humain.
C’est un miroir tendu à celui qui refuse les mensonges sur lesquels toutes les sociétés se sont construites »

Bonne lecture (à voix haute) !

Le meilleur de notre veille #31

Prolongeant la journée internationale de lutte des femmes, nous nous intéresserons dans ce 31ème billet de veille aux actions promouvant l’égalité femme/homme.

Éloge des femmes puissantes sur Gallica

En mars, à travers deux billets consacrés au féminisme, le blog Gallica a mis en valeur les documents de la bibliothèque numérique française sur le thème des « femmes puissantes ».

Le premier épisode « femme et engagement » rédigé par Laurent Portes, conservateur en chef au Département Philosophie, histoire, sciences de l’Homme de la BnF revient aux sources des mouvements féministes. On peut notamment consulter l’ouvrage de Madeleine Pelletier (1874-1939), libertaire et féministe, première femme médecin diplômée en psychiatrie en France : « L’émancipation sexuelle de la femme » » prône l’égalité des sexes en matière de morale sexuelle.

Le second billet du blog « femme et éducation », rédigé par Sonja Huard, bibliothécaire au Département de l’Information bibliographique et numérique de la BnF nous donne à lire quelques traités d’éducation féminine rédigés par de femmes. Au XIXème siècle, les femmes se penchent surtout sur l’éducation : Pauline de Meulan, épouse Guizot (ministre des Affaires étrangères sous la monarchie de Juillet) met en valeur dans son Éducation domestique le rôle éducatif des mères…

Les sources mentionnées dans ces billets sont à compléter par celles issues de la bibliographie proposée par la BnF « L’École des filles » : la première partie aborde les problématiques historiques de la scolarisation des filles, la seconde est consacrée aux enseignantes, la troisième examine les questions liées aux inégalités de genre.

Portraits de femmes libres au cinéma

Un combat qui vient de loin donc, et qui se poursuit évidement aujourd’hui : Le journal Le Monde revient sur la polémique créée par le film « Je danserai si je veux », actuellement à l’affiche, qui illustre les tensions au sein de la société arabe israélienne entre la pratique religieuse des zones rurales et l’hédonisme urbain, le contrôle du corps de femmes en étant l’enjeu.

 

Des femmes à la reconquête de l’espace public

La défense de la cause des femmes peut passer par l’adoption de mesures volontaristes : la Ville de Paris vient d’interdire les publicités sexistes et discriminatoires. Le renouvellement du marché du mobilier urbain d’information a été attribué à un prestataire devant « s’assurer qu’aucune publicité à caractère sexiste ou discriminatoire ne puisse être diffusée sur le réseau municipal ».

Cette mesure a reçu le soutien de Stop Harcèlement de Rue qui avait interpellé dans une lettre ouverte Anne Hidalgo et Valérie Pécresse pour faire interdire les publicités sexistes dans l’espace public.

Les femmes partent à la reconquête de l’espace public selon cet article du journal Le Monde : les géographes, urbanistes et élu.es locaux intègrent les problématiques de sexisme, d’harcèlement de rue et de mixité notamment par la requalification des espaces suivant les observations proposées par les marches exploratoires de femmes.

 

Lutte contre les stéréotypes sexistes en littérature jeunesse

La promotion de l’égalité femme/homme passe évidement par la lecture : c’est le sens du Prix Brindacier (dénommé ainsi en hommage a l’héroïne suédoise de romans pour enfants « Fifi Bridacier« ) qui récompense un livre participant à la lutte contre les stéréotypes sexistes en littérature jeunesse. Le prix 2016 a été attribué à Didier Lévy et Matthieu Roussel pour Le tatouage magique, histoire d’une jeune fille qui prend son envol…

 

Publics empêchés et (re)construction de soi

Le 25 janvier dernier, la Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) rendait public les résultats d’une étude du Crédoc intitulée « Lecture publique et publics empêchés ».

Cette publication a également donné lieu à une journée d’étude en association avec l’Abf et la médiathèque Françoise Sagan à Paris.

Si au cours de cette journée l’accent a principalement été mis sur l’accès à l’information, il nous semble également intéressant de revenir ici sur certaines des interventions présentées en s’interrogeant sur les questions liées à construction ou à la reconstruction de soi qu’elles pouvaient présenter.

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George – Alex Gino

9782211227452

Aujourd’hui sur le blog, nous vous proposons de découvrir un roman de l’Ecole des Loisirs, pour les 9-12 ans, qui aborde un sujet dont nous avons déjà pu parler sur le blog et qui fait partie des thématiques qui nous sont chères.

George, dont la quatrième de couverture porte la mention « BE WHO YOU ARE « , sous-titrée « Parfois, les gens ne voient pas les choses comme elles sont, mais comme ils croient qu’elles sont ». Lire la suite

Littérature et banlieue #3 – Tabou, confession d’un jeune de banlieue de Zahwa Djennad

Pour ce troisième épisode « Littérature et banlieue » et continuer d’exploiter les diversités littéraires, le choix s’est porté sur Tabou, confession d’un jeune de banlieue de Zahwa Djennad (publié aux éditions du Panthéon en 2003)

Dans ce premier roman, on s’attache à la personnalité de Yaniss, ce « jeune de banlieue », qui évolue dans cet univers clos. Un environnement qui tend à imposer ses normes, qui trace un fil conducteur, et entrave l’accomplissement de soi. Lire la suite

Le meilleur de notre veille #30

Comme chaque mois, nous vous proposons de revenir sur les choses que nous avons vues, lues et entendues ici et là. Des liens que nous regroupons et dont vous nous présentons une sélection sur ce blog.

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