Aux marges de l’archivage : les questions LGBTQI, comment archiver une culture underground?

La commission Légothèque propose dans ce billet à Camille Briquet, étudiante en Métiers du livre spécialité Bibliothèque-Médiathèque-Patrimoine à l’IUT Bordeaux Montaigne, de présenter son travail autour de son mémoire de DUT intitulé « Aux marges de l’archivage : les questions LGBTQI, comment archiver une culture underground ? » soutenu en juin 2018.
Théoriquement la France n’a pas de problèmes avec ses archives. Contrairement à certains pays du Sud, la France a une vraie politique d’archivage depuis le XIIe siècle. Le principal problème aujourd’hui n’est pas d’archiver à proprement parler, mais plutôt d’archiver mieux, en tout cas moins, pour soulager les institutions saturées. Pourtant, malgré une véritable politique d’archivage, et des administrations pour la soutenir, certaines archives manquent à l’appel. Si l’on peut admettre que la communauté LGBTQI (Lesbienne, Gay, Bi, Trans, Queer, Intersexe) a obtenu en France de nombreux acquis sociaux, une question reste pourtant en suspens, et ce depuis au moins les années 80 : celle de l’archivage de ses mémoires.
Les textes réglementaires qui encadrent les archives nous montrent que la collecte et la conservation des archives sont une obligation légale. Et sont concernés par le terme « archives » « […] l’ensemble des documents, y compris les données, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, produits ou reçus par toute personne physique ou morale et par tout service ou organisme public ou privé dans l’exercice de leur activité. » Et pourtant malgré cette réglementation les archives dites LGBTQI ne sont pas, ou très peu et dans des conditions particulières, conservées par les institutions françaises. Si la question des archives LGBTQI est depuis longtemps en suspens c’est notamment parce qu’elle est sous-tendue par deux questions distinctes : déjà, pourquoi archiver les ressources LGBTQI et ensuite comment archiver ces ressources ?

Les archives, fabrique de l’histoire

L’Histoire étant un mode de connaissances par traces, il nous faut conserver les traces du passé et du présent. Les historien·ne·s ont et auront besoin de documents, de sources physiques à étudier pour pouvoir dire et écrire l’Histoire. A contrario, si les archives participent à la fabrication de l’Histoire, leur absence est synonyme de vide historiographique. Ainsi, l’absence de documents concernant les questions LGBTQI fait qu’il y a moins d’études sur l’histoire des LGBTQI et empêche les historien·ne·s de porter un regard plus attentif sur ces questions, voire un regard tout court.

Pourtant, l’histoire des LGBTQI, et l’histoire des marges en général, n’est pas une histoire marginale ni en marge de la société. C’est-à-dire que l’histoire des LGBTQI ne concerne pas uniquement ces derniers mais bien la société dans son ensemble. L’histoire LGBTQI française est une histoire de revendications, de progrès et d’apports à la société. En ce sens l’exemple du sida est édifiant. La mobilisation de la communauté gay, via des associations comme AIDES ou Act Up-Paris pour ne citer qu’elles, pendant la crise du sida des années 80-90 a eu des retombées positives pour l’ensemble de la société. En participant aux protocoles expérimentaux, les malades gay ont permis d’accélérer la recherche et d’aboutir aux tri-thérapies ; en exigeant une transparence et des réponses de la communauté médicale, les homosexuels ont permis, au moins partiellement, de rééquilibrer le rapport savoir-pouvoir entre les traitants et les traités ; en demandant des comptes à l’État, ils ont aussi permis d’aboutir à une meilleure prise en charge médicale et une meilleure prévention des risques. On pourrait aussi citer l’exemple de l’apport des lesbiennes au féminisme, des queers aux luttes ouvrières etc.

Alors, permettre d’écrire l’histoire des LGBTQI en prenant en charge l’archivage des mémoires LGBTQI c’est restituer l’apport que ces dernier·e·s ont eu pour l’ensemble de la société. Et c’est la société toute entière qui gagne à connaître l’histoire des LGBTQI. L’archivage devient alors un outil de lutte contre les discriminations. Bien souvent l’ignorance est à l’origine des discriminations et les discriminations à l’origine des replis identitaires. Permettre, par l’archivage, d’écrire l’histoire des LGBTQI c’est donc lutter contre les discriminations puisque c’est, notamment, restituer les apports de ces derniers à la totalité, leur rendre leur dignité. L’archivage des sources LGBTQI est d’autant plus nécessaire aux historien·ne·s que la mémoire gay est particulièrement fragile. Parce qu’elle a longtemps dû être cachée et intériorisée, l’identité homosexuelle n’a pas pu se créer de mémoire traditionnelle. La transmission de cette mémoire a été faite de manière orale et informelle, loin des cercles familiaux et institutionnels qui sont, généralement, considérés comme les garants spontanés de toutes formes de mémoire.

L’archive comme mode de construction de soi

Faute d’une solide connaissance de sa propre histoire, la communauté homosexuelle française s’est appropriée celles de communautés étrangères, on le note notamment par l’appropriation des émeutes de Stonewall, à l’origine de la gay pride. Si la communauté LGBTQI française s’est appropriée l’histoire de communautés étrangères c’est parce qu’avoir une histoire est nécessaire pour tout un chacun pour comprendre son identité. La question des archives est pour tous salvatrice parce que les archives ont une valeur probatoire, elles font preuves, ce sont elles qui attestent de l’existence. Le manque d’archives pose donc une question plus philosophique : puisqu’il n’y a que très peu de traces, de sources, les LGBTQI existent-ils ? Comment un·e jeune français·e LGBTQI peut-il avoir de l’estime pour lui même, lorsque la société, sa famille, le rejette, efface son existence de l’histoire officielle ? En ce sens, la crise du sida est révélatrice. C’est autour de cette période que se structure la philosophie des archives des LGBTQI. Pour lutter contre les familles qui les nient et la société qui reste aveugle à l’hécatombe en cours pendant les années 80-90, la communauté s’organise pour conserver les mémoires des disparus.

Ainsi la conservation des archives LGBTQI est nécessaire pour que les jeunes, et les moins jeunes, générations LGBTQI comprennent qu’elles ne sont pas orphelines, qu’elles font partie d’une communauté dont l’histoire est longue, riche et complexe. On estime que les jeunes homosexuel·le·s, bisexuel·le·s ou trans, ont un taux de suicide quatre fois plus élevé que l’ensemble des adolescents. À ce titre, la conservation des archives LGBTQI est nécessaire puisqu’elle permettra la valorisation de l’histoire LGBTQI. Or, cette valorisation est indispensable pour donner de l’estime de soi à ces jeunes LGBTQI et leur permettre de se construire une identité positive. En ce sens, la collecte et la conservation des archives LGBTQI est d’utilité publique.

Parce que les personnes LGBTQI sont des citoyen·ne·s, leurs archives sont protégées par les mêmes législations que celles des autres. En ce sens il est nécessaire qu’elles soient archivées au même titre que les autres. Mais la question des archives LGBTQI se pose aussi sur l’accès à ces archives. Alors qu’il est d’utilité publique pour les LGBTQI, mais aussi pour les non-LGBTQI, d’avoir accès à cette histoire, les archives LGBTQI doivent faire l’objet d’une collecte et d’une médiation particulière.

Un modèle archivistique à inventer

Une question subsiste dans la réflexion liée aux archives, elle concerne le savoir-faire : comment, et avec quels moyens archiver les mémoires de cultures et de communautés qui se sont construites en marges et en contrepoint des pouvoirs publics, de la société ? Traditionnellement, le dépôt des archives privées comme publiques est validé par l’expertise de l’archiviste seul·e. Ce·tte dernier·e doit déterminer le cycle de vie des documents, évaluer leur valeur et l’intérêt de leur préservation. Mais comment constituer la mémoire des minorités et des marginalisé·e·s sans impliquer celles et ceux-ci dans l’élaboration même du projet ?

Institutionnellement les archives dites LGBTQI n’existent quasiment pas, pour enfin les accueillir le modèle archivistique doit se ré-inventer. Par exemple, la notion d’appropriation des archives et du procédé archivistique est centrale pour l’espace militant LGBTQI qui ne voudrait pas se voir dépossédé de ses propres mémoires, celles-là même qu’il a bien souvent fallu produire en marge de la société et des institutions. L’espace militant LGBTQI exige un modèle archivistique dans lequel les archivé·e·s ne sont pas passif·ive·s, ils et elles doivent donc jouer un rôle dans la collecte, la conservation et la médiation de leurs archives.

Il faut admettre un renversement d’expertise quand il s’agit d’archiver des minorités parce que l’archiviste n’en est pas nécessairement expert·e. Qui mieux que les LGBTQI peuvent comprendre les différentes communautés, les sous-cultures, les formes de vies qui structurent le milieu LGBTQI ? Intégrer l’espace militant LGBTQI au processus d’archivage c’est aussi permettre de veiller à ne pas reproduire des zones de silence ou d’invisibilisation, notamment concernant les minorités dans la minorité.

Les archives sont des outils nécessaires pour lutter contre les discriminations, les stéréotypes et l’ignorance, c’est pourquoi il est primordial de mettre en place un système archivistique adapté à la collecte des archives LGBTQI. L’étude des exigences liées aux archives LGBTQI éclaire les problèmes posés par les pratiques archivistiques en général : notamment la découpe des archives, la dépossession des archives ou encore l’expertise de l’archiviste. Ces réflexions, plus générales, sont une opportunité pour le modèle archivistique de s’adapter à toutes les marges et ainsi, de leur rendre la parole. Les archives sont des outils nécessaires et légitimes pas seulement pour les LGBTQI mais pour l’ensemble des minorités que le modèle archivistique actuel invisibilise, réduit au silence.

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Légothèque recrute !

We need you !

Cette rentrée, la commission Légothèque vous ouvre les bras et accueillera avec plaisir de nouveaux et nouvelles membres.

L’occasion de revenir sur qui nous sommes, nos actions, notre philosophie, la manière dont nous travaillons au sein de cette commission dynamique, joyeuse et engagée.

En espérant que cela vous donnera envie de nous rejoindre !

Historique et thématiques abordées

Légothèque est une commission de l’Association de bibliothécaires de France (ABF) créée en 2012. Nous nous intéressons au rôle des bibliothèques dans la construction de soi et la lutte contre les stéréotypes.

Nous travaillons sur 3 thématiques : Interculturalité et multiculturalisme ; Questions de genre ; Orientation sexuelle et sentimentale. De manière générale, nous nous intéressons aux questions d’inclusion en bibliothèque et comment elles questionnent missions, services, espaces et accès aux collections.

Le nom “Légothèque” est un mot-valise bien sûr. Il renvoie d’abord au célèbre jeu de construction Lego qui symbolise la construction active de soi, brique à brique, identité par identité. Au delà, le mot renvoie également à l’ego, c’est-à-dire à soi, au moi, mais nous évoquons aussi le verbe lire en latin (lego, legis, legere) et donc au monde de la lecture tout en faisant référence aux bibliothèques (-”thèque”).

Nos actions

Comme toute commission, au sein de l’ABF, Légothèque a pour mission de prendre en charge les études sur les thèmes qui lui sont dédiés, de mettre en œuvre des actions spécifiques, de conseiller l’association dans son domaine de compétence et de constituer au plan national un pôle d’expertise permettant à l’association de faire valoir ses compétences. Concrètement, il s’agit pour nous de :

  • Partager des informations et des expériences : Nous publions un article toutes les semaines sur notre blog, et effectuons une veille partagée sur nos thématiques. Ces informations sont relayées sur Diigo, Twitter, Facebook.

  • Sensibiliser : nous intervenons lors d’ateliers ou de conférences, pour présenter nos thématiques de travail et échanger, nous prenons position sur les sujets concernant la profession (lors des appels à la censure sur les collections jeunesse abordant l’égalité filles-garçons ou l’homoparentalité par exemple)

  • Proposer et valoriser des outils : carte des centres de ressources sur le genre, exposition sur le genre, bibliothèques vivantes …

Notre philosophie

Nous aimons travailler dans la bienveillance et la bonne ambiance. Nous nous appuyons sur la diversité de nos parcours, de nos expériences, de nos idées, pour nourrir nos réflexions et nos actions.

Nous fonctionnons aussi sur un système « de « responsabilité tournante » d’une année sur l’autre, afin de privilégier le partage des responsabilités. De manière générale, nous avons un mode de fonctionnement non hiérarchique et horizontal autant que possible.

Qui sont les membres Légothèque ?

Aujourd’hui, 7 professionnel.les participent aux activités de la commission, mais le nombre de membres varie d’une année sur l’autre, 13 étant le nombre maximal pour toute commission de l’ABF.

La commission est composée de bibliothécaires en poste, essentiellement en bibliothèques municipales. Les étudiant.es, les collègues en formation, en recherche d’emploi, travaillant en bibliothèque universitaire, en BDP, en centre de documentation ou toute autre structure en lien avec nos actions sont bienvenu.es à Légothèque.

Les membres viennent aujourd’hui de différentes régions : Alfortville, Lyon, Cergy, Paris, Lille, Epinal. En terme géographique, la moitié Nord de la France métropolitaine est davantage représentée en ce moment, ainsi que les territoires urbanisés. Nous accueillerions avec plaisir des bibliothécaires d’autres régions et de territoires ruraux !

La commission est aujourd’hui et généralement assez paritaire en terme de répartition femmes-hommes. En revanche, la composition de la commission est aujourd’hui peu diversifiée en terme de « catégorie d’emploi » (nous sommes toutes et tous fonctionnaires de catégorie A) et en terme d’origine (nous comptons seulement un franco-belge !). En tant que groupe travaillant aussi sur les questions d’interculturalité, cela nous pose évidemment question. Nous accueillerions avec plaisir des collègues qui pourraient enrichir le travail de la commission sur le sujet !

Notre mode d’organisation

La participation à Légothèque est un engagement bénévole.

Nous organisons une réunion par mois. Nous utilisons beaucoup les outils en ligne, et faisons la majorité de nos réunions par visio-conférence. Nous organisons également deux assemblées générales en présentiel chaque année.

La commission fonctionne selon le principe des “responsabilités tournantes” : chaque année, sont élu.es 1 responsable, 1 responsable adjoint.e (qui devient responsable l’année suivante), 1 ou deux responsable(s) du blog (il s’agit de tenir à jour le planning du blog et de rappeler aux membres leur tour de publication). Les candidatures sont validées par le bureau de l’ABF.

Il existe également des groupes de travail, pour travailler à quelques membres sur une thématique précise (alimenter la carte de ressources sur le genre, préparer une intervention lors du congrès ABF …)

Comment participer à la commission Légothèque ?

Plusieurs niveaux de participation sont possibles :

  • Participer ponctuellement

Proposer la rédaction d’un article pour le blog, signaler un évènement, une publication …

  • Tester la participation à la commission

Si vous souhaitez vous impliquer d’avantage, il est possible d’avoir le statut de “membre observateur/observatrice” durant quelques mois, c’est à dire participer aux réunions, recevoir les mails de travail, afin de vous faire une idée et voir si vous souhaitez vraiment rejoindre la commission

  • Participer activement

C’est à dire participer aux réunions, rédiger des articles pour le blog, participer à des groupes de travail, intervenir lors d’ateliers ou de conférences …

Pour rejoindre la commission, il est nécessaire d’être adhérent.e à l’ABF. Les candidatures sont validées par le bureau de l’ABF.

Vous êtes tenté.e ou souhaitez davantage d’informations ? Écrivez-nous à legotheque@gmail.com

Bilan du congrès et trêve de l’été

Nous y sommes, Légothèque vous propose ce dernier billet estival, avant de vous retrouver à la rentrée !

Lors du dernier congrès ABF, Légothèque a animé une table-ronde « Sexisme et harcèlement à la bibliothèque: comment réagir ? » Une heure pour échanger et proposer des actions.Après de brèves définitions du sexisme et du harcèlement, la première partie proposait un éventail d’actions possibles en bibliothèque. Les bibliothèques étant des lieux de collections,  il a d’abord été question de présenter quelques ressources : la maison d’édition Talents Hauts, quelques titres jeunesse, la collection Egale à égal dont vous trouverez plusieurs recensions sous ce tag sur notre blog.

Puis d’autres ressources, moins livresques : le blog Fille d’album, des centres de ressources comme le Point G, le fonds « Egalité de genre » de la médiathèque Olympe de Gouges, la plateforme Genrimages du centre audiovisuel Simone de Beauvoir.

Olga Trostiansky, présidente du Laboratoire de l’Egalité, a ensuite souligné l’importance pour les bibliothécaires de s’emparer du sujet de l’égalité femmes-hommes, à la fois en tant que salarié·es, mais également en tant que professionnel·les accueillant du public. Se tourner vers le milieu associatif, vers d’autres milieux professionnels, intégrer une formation spécifique, connaître des outils ou mettre en place des procédures spécifiques : les possibilités d’action sont nombreuses.

Depuis peu, la loi a posé des mots sur ces sujets, jusqu’à présent cantonnés à l’ « inconscient collectif ».

Agir contre le sexisme et le harcèlement englobe à la fois des actes de prévention (valorisation des collections) et la mise en place d’animations, d’actions.

Découvrez la captation vidéo des questions/réponses avec les participant.es et l’intégralité de la table ronde ici

Quelques références du public de la table ronde :

Martin sexe faible : et si les hommes prenaient la place des femmes ?

Matrimoine.fr : le site des créatrices et artistes qui ont construit notre histoire

Les internettes

 

Bel été à toutes et à tous, et rendez-vous à la rentrée !

 

 

 

Egale à égal #6 : le sexisme au travail, fin de la loi du silence ?

Thématique de notre carte blanche lors du congrès ABF, le sexisme et travail  sont au centre de ce billet. Si le sexisme est indéniablement un obstacle à l’égalité entre les femmes et les hommes, cette notion est récente.

Utilisé pour la première fois à la fin des années 1960 par Pauline Leet, il n’émerge en France qu’à la fin des années 2000.

« Lorsque vous affirmez que, puisque moins de femmes écrivent de la bonne poésie, cela justifie leur totale exclusion, vous adoptez une position analogue à celle d’une personne raciste et je vous appellerai, dans ce cas, un « sexiste »  »               Pauline Leet

Le sexisme ordinaire revêt de multiples visages. Hostile: l’incapacité des femmes a endosser d’autres rôles que ceux auxquelles elles sont assignées; masqué: la dévalorisation; ambivalent: en apparence bienveillant, il cache en fait un paternalisme et une infantilisation des femmes. A ces facettes, s’ajoutent d’autres formes de sexisme dissimulées : l’humour (qui plus est gaulois), la condescendance et l’incivilité, l’injonction à se conformer aux stéréotypes et aux rôles sociaux de sexe, le vocabulaire familier, etc.

Du côté des victimes de sexisme, la menace est donc multiple : discriminant, auto-dévalorisant, facteur de stress et de souffrance au travail. Les victimes multiplient les réponses aux attaques subies: le déni, l’évitement, la diversion, la banalisation, l’absence de confrontation (les femmes ne parlent que peu des actes subis, puisqu’elles estiment qu’on ne les croira pas).

L’individualisation des actes sexistes favorise l’invisibilisation des victimes : la vigilance doit être collective.

Droit du travail et rôle des entreprises

Dans les années 2000, les notions de « discrimination indirecte » et de « harcèlement lié au sexe » émergent dans le droit européen.

En France, en 2015, le sexisme entre dans le vocabulaire juridique: article L. 1142-2-1 du Code du travail : « Nul ne doit subir d’agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d’une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant. »

Lutter contre le sexisme appelle à un changement de mentalités et de culture de l’entreprise.  Le monde du travail doit donc s’engager fortement et construire des actions spécifiques: afficher une tolérance zéro pour le sexisme, inscrire la lutte contre le sexisme dans les règlements intérieurs, sensibiliser aux stéréotypes de sexe et au sexisme, adopter la neutralité dans les procédures de ressources humaines, mettre en place une politique de prévention, appliquer le pouvoir disciplinaire, promouvoir une communication sans stéréotype de sexe, etc.

Boîte à outils

A ces initiatives collectives s’ajoutent les initiatives individuelles: lutter contre le sexisme appelle à la libération de la parole, à  la (re-) construction d’une confiance en soi.

sexisme

Brigitte Grésy  est spécialiste des questions d’égalité entre les hommes et les femmes et membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Retrouvez les autres titres de la collection sous le tag égale à égal

 

 

Temple Grandin interprète des animaux

Temple Grandin : interprète des animaux!

Mary Temple Grandin est née en 1947 à Boston.

Très tôt, elle est stigmatisée par sa différence, car elle ne parle pas, et ne supporte pas les contacts physiques. Sa mère consulte alors un neurologue qui déduit que Temple est enfermée et souffre d’une forme d’autisme. Elle est intelligente mais ne parvient pas à s’exprimer. Son père ne la comprend pas, seule sa mère s’efforce de trouver des solutions pour que sa fille s’épanouisse. Grâce à un orthophoniste, elle apprend à communiquer.

Ses premières expériences scolaires sont difficiles mais elle montre des dispositions saisissantes en menuiserie, un domaine jusqu’alors réservé aux garçons ; enfin un domaine où elle peut s’exprimer avec talent, car son intelligence est visuelle et fonctionne avec des images.

Sa mère l’inscrit ensuite dans une école pour autistes où leur singularité est valorisée et qui va lui permettre de s’exprimer à travers le dessin : Temple adore dessiner des animaux. Elle passe un été dans le ranch d’une tante et c’est une révélation : elle découvre une empathie pour le bétail!

Temple a enfin trouvé sa voie et son intelligence spécifique un objet à sa mesure. C’est décidé, elle entame des études universitaires dans le domaine des “sciences animales” et fait de la recherche dans un domaine inédit : le bien-être des animaux d’élevage industriel. Elle étudie le comportement des animaux et dans un environnement très masculin et machiste, elle réussit à développer des normes pour les élevages de bétail et les abattoirs. Temple Grandin est devenue une spécialiste reconnue dans sa spécialité et a gagné une notoriété justifiée ; “interprète des animaux”, vous comprenez maintenant le sous-titre, elle donne des conférences dans le monde entier!

Ressources :

le site de Temple Grandin

conférences TED

filmTemple Grandin / Mick Jackson

livres :

Cet article fait partie d’une série de portraits de femmes connues ou méconnues qui méritent qu’on s’attache à leur parcours. Vous pourrez les retrouver facilement sur le blog à travers ce tag : portrait de femme

Cette idée est née de la lecture du Culottées (1 et 2) de Pénélope Bagieu et l’article s’est nourri de différentes lectures.

 

 

 

Le meilleur de notre veille #42

Au programme de ce meilleur de notre veille pour le mois de juin : Pride Month et Genre

Pride Month

Avec l’organisation des Marches des Fiertés, le mois de Juin est traditionnellement le « Mois des Fiertés », ou Pride Month, outre-alantique. Les bibliothèques en profitent pour mettre en avant leurs collections en direction de ces publics et proposer des animations ciblées depuis les recommandations quotidiennes à la NYPL aux rencontres avec des auteurs à la Bibliothèque du Congrès, la mise en avant de bibliographies thématiques à la construction participative de témoignages à l’Université de Floride Speak Your Truth: A Queer History of UCF  et la valorisation des fonds comme à l’Université de Washington à Saint-Louis. De quoi vous donner des idées pour les jours restants.

Et vous en France, vous avez fait quoi ?

En Espagne, les élèves conservateurs territoriaux, partis en voyage d’étude, nous apprennent que la législation de la communauté autonome de Madrid rend obligatoire la présence de fonds dédiés aux questions de genre et d’identité sexuelle dans les bibliothèques des villes de plus de 20000 habitants.

Si vous voulez faire de même, vous pouvez suivre ce que propose la Mairie de Paris par exemple qui met en avant une bibliographie thématique sur le sujet, ou utiliser des sites ressources comme l’américain Gayya qui liste des ressources par identités et orientations sentimentales.

Fille d’Album, dans un billet de blog revient sur sa dernière participation à une table-ronde sur la représentation des LGBT dans la littérature jeunesse. Son billet propose nombre de réflexions et de titres à récupérer pour vos établissements.

Féminisme

Une fierté qu’on peut retrouver, en cherchant bien, sur d’autres sujets comme celui du genre, à commencer par cette belle surprise créée par la place grandissante accordée aux personnages féminins dans les grosses productions de jeux vidéo, comme l’a démontré le récent E3.

L’industrie vidéoludique nous renvoie plus souvent l’image d’un environnement machiste ( cf l’affaire du GamerGate, mouvement masculiniste sorti d’Internet qui est allé jusqu’à cyber-harceler des développeuses reconnues et respectées.) et c’est plutôt une bonne nouvelle. Ce serait bien que YouTube s’en inspire au lieu de blacklister des femmes, démonétiser des vidéos avec des corps de femmes, pour faire plaisir à des annonceurs comme le dénonce Télérama.

Côté bibliothèque, ce 20 juin, les élèves conservateurs promus de l’Enssib organisent une journée d’étude intitulée « Sexiste ? Pas notre genre ! Comment agir en bibliothèque contre les stéréotypes et discriminations de genre » http://www.enssib.fr/JE-Sexiste-pas-notre-genre  revenant sur la question des métiers, des collections et des actions que les établissements peuvent proposer. Vous pouvez la retrouver sur Twitter via le hashtag #sexistepasnotregenre

La journée a été annoncée dans la revue de presse du Ministère (Service des droits des femmes et de l’égalité entre les femmes et les hommes) qui propose une veille d’actualité réalisée à partir des informations et documents de la presse quotidienne et hebdomadaire nationale, de la veille des sites institutionnels (ministères, Parlement, organismes partenaires…) et de la surveillance des sites associatifs francophones et de certains blogs.

Interculturalité

Mercredi 20 juin était la Journée mondiale des réfugiés, l’occasion pour des bibliothèques de rappeler leur engagement et les actions mises en place : un rôle rappelé par l’IFLA dans un document accessible en ligne .

Les bibliothèques jouent depuis longtemps un rôle de soutien aux groupes marginalisés, les réfugié.es et autres nouveaux et nouvelles arrivant.es n’étant qu’un exemple de celles et ceux qui bénéficient de l’accès à l’information qu’elles fournissent. Les bibliothèques remplissent divers rôles pour ces nouveaux et nouvelles arrivant.es, comme des espaces sûrs (sanctuaires), des entrepôts (lieux où enregistrer leurs expériences), des passerelles (vers de nouvelles vies dans les communautés hôtes) et des ponts (vers de nouveaux voisins). Pourtant, ce travail n’est pas nécessairement facile. Les sections de l’IFLA ont produit des directives utiles qui aident à comprendre ce qui peut être nécessaire.