La NYPL commémore les émeutes de Stonewall

Cette année sont célébrés les 50 ans des émeutes de Stonewall aux États-Unis, l’occasion pour la New York Public Library de plonger dans l’histoire et la culture LGBT.

Fin juin 1969, en effet, le soulèvement de gays et surtout de trans à l’occasion d’une énième descente de police dans le bar Stonewall Inn, sur Christopher Street à New York, passe pour être l’un des événements à l’origine du mouvement pour la reconnaissance des droits civiques des personnes LGBT outre-atlantique. C’est cet événement notamment que rappellent chaque année en juin les marches de fierté LGBT, appelées aussi Lesbian and Gay Pride ou encore Christopher Street Liberation Day dans certains pays. En 2016, le président américain Barack Obama a nommé le Stonewall Inn, « monument national », pour rendre hommage au mouvement de lutte pour l’égalité des droits des personnes LGBT.

Le bar Stonewall Inn, à New York

En dépit d’inévitables discussions (ce ne furent pas les premières, ni les plus importantes), les émeutes de Stonewall revêtent un symbolique importante et non négligeable dans la communauté et auprès de la société américaine.

La New York Public Library ne pouvait donc passer à côté d’un tel anniversaire et ce semestre, elle consacre donc tout un cycle d’événements pour commémorer l’événement. Appelé Stonewall50 : Love and Resistance, il propose aux usagers de découvrir une importante exposition, un cycle de conférences, des recommandations bibliographiques et des conférences autour de l’émergence du mouvement LGBTQ, ses cultures, les enjeux auxquels il est confronté ou ce que cela signifie de militer aujourd’hui. Heures du contes par des Drag queens, découvertes des archives Queer, échanges autour de l’histoire et de a prévention du HIV, discussions autour des lieux LGBTQ dans la ville, la bibliothèque va jusqu’à proposer des ateliers prospectifs autour des formes d’activismes queer et trans dans les 50 prochaines années.

C’est qu’elle a de quoi faire : ses collections regorgent de trésors. Parmi les milliers de ressources qu’elle propose, quatre collections en particuliers conservent des fragments d’histoire LGBT :

Il s’agit bien de comprendre l’histoire des mouvements LGBT. Parmi les bibliographies présentées, la bibliothèque est allée jusqu’à rassembler des ouvrages où des autrices et des auteurs évoquaient leurs propres vécus, avec leurs mots. Elle a également mis en avant une facette spécifiques pour rechercher des ressources numériques sur ces thématiques et développé un libguide, un outil de recherche spécifique pour l’occasion.

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Le meilleur de notre veille #51

Pour commencer ce retour sur notre veille de ces dernières semaines, nous vous recommandons le diaporama et le résumé d’une intervention, à l’occasion de la WikiConvention 2018, de notre collègue et membre de Légothèque, Michael David Miller. Cette intervention, intitulée « De bibliothécaire à wikithécaire : dragqueens, justice sociale et la communauté LGBTQ+ du Québec”, est l’occasion de découvrir un parcours riche et quelques idées de lecture.

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Et puis cet article sur le site Regards.fr vous permettra de bien comprendre les enjeux rendant laborieuse l’émergence du centre d’archives LGBT à Paris. Les désaccords sur le projet amènent à de véritables réflexions sur ce qui fait « archive » et sur la tension entre l’accès aux archives et leur conservation, dans un contexte où raconter l’histoire est un élément fondamental de justice sociale.

En parlant, d’archives, vous aurez probablement quelques minutes pour visionner ces 17 photos témoignant des luttes LGBT aux États-Unis dans les années 1970. Elles sont tirées des collections de la New York Public Library et ont été prises par Kay Tobin Lahusen et Diana Davies.

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Photo by Diana Davies: Gay Liberation Front marches on Times Square, New York, 1970.
New York Public Library, Manuscripts and Archives Division

Elles sont rassemblées à l’occasion d’une exposition à la New York Public Library, commémorant le cinquantenaire des émeutes de Stonewall, le 28 juin prochain, événements ayant marqué un tournant dans l’histoire des luttes LGBT. Dans cet article, les anglophones pourront en apprendre d’avantage sur le travail des deux photojournalistes et leur travail de documentation des mouvements militants de cette période.

C’est d’ailleurs également à l’occasion de la commémoration de Stonewall que la Ville de Paris organise, avec le concours de la Cinémathèque française cette exposition retraçant 100 ans de cinéma « arc-en-ciel ». Elle prendra place du 25 juin au 29 septembre 2019, salle Saint-Jean de l’Hôtel de Ville de Paris. Profitez-en : elle est gratuite !

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Enfin, celles et ceux chez qui la fin de Game of Thrones génère des crises de manque, peuvent se plonger dans cette interview de la journaliste Ava Cahen qui propose un regard féministe, et non angélique, sur la série. De quoi donner à certain.e.s un prétexte pour revisionner la série avec cet angle de vue…

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© Copyright HBO

Légothèque au congrès de l’Abf

Le congrès annuel de l’association des bibliothécaires de France se tiendra les 6, 7 et 8 juin prochains à Paris. Comme chaque année, la commission participe au congrès qui aura pour thème « Au-delà des frontières ».

Bannière du congrès de l’ABF

Vendredi à 14h30, retrouvez-nous pour la bibliothèque vivante organisée avec les commissions Illettrisme, Accessibib et Hôpitaux-prisons. Vous pourrez emprunter des livres vivants sur le thème des stéréotypes et des préjugés, sur des sujets en lien avec les travaux des différentes commissions.

Samedi à 10h, rendez-vous à l’espace Agorabib pour nous rencontrer : vous pourrez en savoir plus sur notre fonctionnement et nos activités. C’est aussi l’occasion d’échanger avec les différent-es membres de Légothèque.

Samedi à 14h30, assistez à la rencontre « Quelles approches et quels dispositifs pour les personnes migrantes ? », animée par Eleonora Le Bohec, membre de la commission.

Nous espérons vous retrouver Porte de Versailles !

Des contes de Reines…

Au mois de mars dernier, la Bibliothèque Louise Michel subissait une campagne de harcèlement transphobe et homophobe alors qu’elle programmait des histoires contées par des Drag Queens, dans le cadre de la Queer Week. Cette initiative avait déjà eu lieu l’année précédente sans éveiller de réactions négatives.

Quelques jours auparavant, un podcast proposé par le site Book Riot, revenait justement sur les origines des Drag Queen Stories, aux États-Unis.

C’est ainsi que commence l’histoire : Bix Warden est une bibliothécaire jeunesse à la bibliothèque Eureka Valley/Harvey Milk Mermorial Branch de San Francisco. En 2015, elle est sollicitée par une association promouvant les productions artistiques queer, pour accueillir à la bibliothèque une heure du conte animée par des Drag Queens.

La première Drag Queen Story Hour à San Francisco est alors programmée le 12 décembre 2015. Malgré la nervosité de la conteuse, Persia, et de la bibliothécaire, cette première est un succès. Les enfants sont enthousiastes et ces heures du conte en viennent à être programmées régulièrement. Le public se diversifie, se multiplie et vient de plus en plus loin : le bouche-à-oreille a fonctionné.

L’idée se répand, et bientôt l’association Drag Queen Story Hour est fondée. Jonathan Hamlit, son président, apporte alors le concept à New York, d’abord dans une librairie puis dans une bibliothèque de Brooklyn, s’attirant les regards de la presse new-yorkaise et nationale.

Jonathan Hamlit souligne dans le podcast que les mises en scène théâtrales et colorées proposées par les Drag Queens captivent les enfants. Et sur le fond comme dans la forme, ces initiatives promeuvent le respect, permettent de poser des bases pour combattre le harcèlement des personnes LGBTQ+ et d’ouvrir les perspectives sur les normes de genre, s’inscrivant ainsi dans la continuité du rôle que jouent les Drag Queens pour les luttes LGBTQ+.

Persia

Persia pendant une heure du conte. Crédits photo : KQED Arts

Depuis, l’association Drag Queen Story Hour s’est développée, avec une trentaine d’antennes aux États-Unis, et s’est internationalisée : on la retrouve au Japon, en Grande-Bretagne en Suède ou encore au Canada, et son président invite toute personne souhaitant créer une antenne à le contacter. L’association a également élargi son champ d’action, en développant des heures du conte bilingues et des actions en direction d’enfants éloignés de la lecture. Enfin, elle propose des conseils pour faire de la bibliothèque un lieu sûr à l’occasion de ces Drag Queen Story Hours.

En effet, le podcast ne fait pas l’impasse sur les résistances auxquelles font face les initiatrices et initiateurs de ces lectures : des manifestations sont souvent organisées devant les bibliothèques proposant ces lectures, par exemple en mars dernier, à Bradwood en Californie, ou encore le week-end dernier, à Louisville, Kentucky.

Si ces réactions sont rendues très visibles par ces mouvements, Bix Warden nuance toutefois leur ampleur en pointant qu’autant de personnes, voire plus, viennent assister à ces heures du conte, ou les réclament.

Mais, comme Jonathan Hamlit le précise, il est nécessaire que les bibliothèques qui programment ces événements soient préparées à faire face à des pressions. Or, dans un contexte américain où les bibliothèques dépendent largement de subventions, certaines ont peur de perdre des financements, voire d’être menacées de fermeture.

En France, la bibliothèque Louise Michel a subi d’autres types d’intimidation. Profitons donc de ce billet pour saluer à nouveau le courage et l’engagement des conteur.euse.s. et des bibliothécaires. La violence de certaines réactions révèle ce que certaines personnes subissent au quotidien, et démontre qu’il est d’autant plus important que de telles initiatives continuent à être menées.

Vous pouvez également suivre les activités de l’association Drag Queen Story Hour sur son compte Instagram ou Facebook.

Le meilleur de notre veille #50

LGBT+

Courant mars, la Ministre Frédérique Vidal dévoilait un plan pour lutter contre les LGBTphobies dans l’enseignement supérieur. Parmi les mesures, la reconnaissance du prénom d’usage des personnes trans : ce qui doit changer pour les étudiants transgenres. A Légothèque on est ravi de ces mesures inclusives lorsque l’on sait le combat quotidien des personnes transgenres pour fuir les violences.

D’ailleurs si vous travaillez en bibliothèque universitaire ou de lecture publique, envoyez à legotheque@gmail.com vos témoignages concernant les modalités d’inscriptions actuelles de vos usager.e.s et plus généralement sur ce que vous faites pour lutter contre les LBGTphobies au sein de vos structures. Nous en parlerons prochainement sur ce blog.

A ce propos, on fond devant le blog de ces deux mamans anglaises qui retracent leur expérience de constitution d’une bibliothèque LGBT-friendly pour leur petit garçon. Expérience que ces étudiantes américaines ont mis en forme dans une boite à outils utile à quiconque voudrait développer et gérer une collection d’albums jeunesse en faveur des LGBT+ en bibliothèques.

MULTICULTURALISME

S’il fallait encore s’en convaincre, une nouvelle publication américaine nous relate l’importance de l’accès à l’information dans les bibliothèques publiques pour les primo-arrivants : Information’s Importance for Refugees. Une réalité que certain.e.s défendent au quotidien en France : Chaque jour, la bibliothèque de la Cité des Sciences accueille de nombreux migrants

et qui n’est pas sans rappeler le mémoire d’études de Lola Mirabail : Lecture publique et immigration(s), l’accueil des primo-arrivants dans les bibliothèques françaises.

FEMINISME

Le deuxième épisode de la série Pionnières ! met en scène Séverine, la première femme française directrice de quotidien. Bravo à la bibliothèque Marguerite Durand et à la BNF pour cette valorisation dynamique et passionnante de leurs collections patrimoniales.

L’occasion de noter la publication des mémoires de Gloria Steinem, journaliste militante américaine qui se bat pour rendre les femmes plus présentes dans les médias, et de lire ce portrait de la première « gender editor » du New York Times : Jessica Bennett nous parler du sexisme dans les médias.

Retour sur la journée d’étude Littérature jeunesse, Genre et Discriminations de vendredi 5 avril

Retour sur cette journée d’étude qui s’est tenue à l’ESPE de Paris, site Molitor

Le compte-rendu nous a été proposé par Nassira Hedjerassi, Espe de l’Académie de Paris, référente Égalité et Josée Rodrigo, Atelier Canopé de Paris

Nassira Hedjerassi est professeure des universités en sciences de l’éducation. Josée Rodrigo est professeure documentaliste, médiatrice pour l’Atelier Canopé de Paris, autrice du calendrier perpétuel des artistes en ligne, coordinatrice/contributrice des Journées du Matrimoine organisées par l’association HF Île-de-France(Égalité Femmes/Hommes dans les arts et la culture)

L’atelier CANOPÉ de Paris, la mission Égalité de l’ESPE de l’Académie de Paris et la médiathèque ont organisé une journée d’études sur la littérature de jeunesse, au prisme du genre, avec l’objectif d’accompagner la réflexion des formateurs-trices de personnels enseignants et éducatifs, des personnels enseignants et éducatifs, des bibliothécaires, des documentalistes, des personnes en charge de la Petite Enfance, à la prise en compte des discriminations (notamment de genre) dans les choix (d’acquisition) d’albums jeunesse, et dans leur utilisation dans le cadre de l’enseignement ou de l’intervention socioéducative et culturelle (notamment auprès des tout-petits), en vue du développement d’une culture de l’égalité, de la réalisation d’une école et d’une société inclusive.

La matinée s’est ouverte sur une réflexion plus générale sur les pédagogies égalitaires (proposée par Isabelle Collet), suivie de la présentation de deux recherches récentes sur la littérature de jeunesse. Elles ont bien montré comment les albums participent à la (re)production des stéréotypes dans le choix des métiers pour les filles et les garçons (Anne Schneider), et dans la perception des publics handicapés (Laurence Joselin).

L’après-midi a été consacré à trois ateliers.

Ceux encadrés par Laurence Jonard et Martine Bigot, de la médiathèque de l’Espé, ont permis aux participant -es de se confronter directement à un ensemble d’albums, à analyser du point de vue de la thématique de la représentation des filles et des garçons.

Les albums ont été choisis dans le fonds des bibliothèques de la ville de Paris, ou bien faisaient partie de la boîte à outils, réalisée par l’association Adéquation, empruntable au centre Hubertine Auclert.

Les ateliers se sont déroulés en deux temps : un temps de lecture individuelle, et d’utilisation de la grille d’analyse de la littérature jeunesse proposée par Canopé sur la rubrique dédiée de son site : « Outils pour l’égalité entre les filles et les garçons » suivi d’un temps d’échange.

Le troisième, animé par Josée Rodrigo de l’Atelier Canopé, a accueilli des participantes qui ont formé 3 groupes pour réfléchir au CDI idéal. L’objectif étant de concevoir un CDI, ouvert à tous les élèves, y compris handicapés, de créer une situation quotidienne qui favorise l’égalité filles –garçons : emplacement du CDI, configuration et décoration des lieux ; choix réfléchi du fonds de documentaires et de fiction ; activités proposées par la professeure-documentaliste aux classes et aux élèves qui fréquentent les lieux régulièrement.

Chaque groupe a partagé ses idées puis Josée Rodrigo a présenté ses actions en faveur de l’égalité filles-garçons, en tant que professeure-documentaliste durant 17 ans : posters d’œuvres picturales et photographiques de femmes sur les murs ; réalisation d’exposition par les élèves de 6e -fruit de leurs propres recherches documentaires-, sur des artistes femmes, sur des militantes, des reines, des scientifiques pour rendre leur visibilité aux femmes remarquables du passé ; travail d’analyses des dictionnaires des noms propres –absence de femmes célèbres, différences de formulation selon qu’on est homme ou femme, définitions sexistes…- ; proposer un choix large de livres d’autrices et d’auteurs ; être attentive à donner la parole à tous et toutes les élèves ; veiller à ce que les garçons n’accaparent pas les ordinateurs…