Le meilleur de notre veille #53

Avec la rentrée, nos tours de veille recommencent : voici la sélection de septembre d’articles autour des thématiques de Légothèque.

Commençons par l’actualité : dans le cadre du la loi bioéthique et du débat sur la PMA pour toutes, une petite explication de la PMA en vidéo par Arte. Sur le site des bibliothèques de la ville de Paris, des matières à réflexion sur la bioéthique et une sélection de lectures.

La rentrée est riche en nouvelles productions : sur France Inter est lancée une série de podcasts, Intérieur Queer entre conversation, reportage et documentaire, pour parler, avec les premier·ère·s concerné·e·s, des cultures et des identités LGBT+.

Camille Abbey, journaliste pour Konbini, a lancé Missives, une plateforme collaborative dédiée à la littérature féministe. Elle est interviewée dans Cheek Magazine.

Pour les plus jeunes, « Les Petites Glo » est une newsletter pour les adolescents et adolescentes queer, par la créatrice des Glorieuses.

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Et aussi :

– un article sur la place des femmes dans Wikipedia : « pourquoi Wikipedia est un enfer pour les femmes »

– un mode d’emploi (en anglais) sur la décolonisation des bibliothèques (avec des astuces !)

BritishLibrary

Source

Enfin, la mairie de Paris annonce qu’une « Maison des cultures LGBTQI+ » verra le jour à Paris avant janvier 2020.

Bonnes lectures et bonnes écoutes !

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Compte-rendu de congrès : la Wikiconvention Francophone 2019

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Photo de groupe de la Wikiconvention Francophone 2019 à Bruxelles. Source: Wikimédia Commons

La Wikiconvention Francophone est le rassemblement annuel des wikimédien-ne-s francophones et francophiles du monde entier. Les wikimédien-ne-s se réunissent autour des projets du Mouvement Wikimédia pour découvrir ce que font leurs collègues à travers le monde.

Après des conventions à Paris, Strasbourg et Grenoble, la Wikiconvention francophone a quitté la France pour s’envoler en Belgique à Bruxelles. Du 7 au 9 septembre plus de 200 wikimédien-ne-s du monde entier se sont réuni-e-s autour des projets Wikimédia.

Lors de l’édition bruxelloise, des conférencières et conférenciers diversifiés ont abordé de multiples sujets parmi lesquels les savoirs autochtones, la place des LGBTQI+ dans les projets, Wikimédia comme outil pédagogique et les rôles des bibliothécaires au sein de ces orientations. La programmation complète est disponible ici : https://meta.wikimedia.org/wiki/WikiConvention_francophone/2019/Programme

Les participant-e-s ont également pris beaucoup de notes collectives des conférences qui sont disponibles dans les descriptions de chaque conférence.

Préservation des langues et cultures

Il y avait une thématique sur la préservation des langues et des cultures à travers différents projets Wikimédia.

En Tunisie, en Algérie et au Maroc on utilise des projets Wikimédia comme outils de préservations du patrimoine matériel et immatériel.

Au Québec, il y a des efforts pour préserver et promouvoir la langue et la culture attikamecks. Thérèse Ottawa, Cécile Niquay-Ottawa et Luc Patin utilisent Wikipédia et Wikimédia Commons comme outil pédagogique et de mobilisation citoyenne pour assurer la préservation et la promotion de leur langue et de leur culture.

La place des personnes LGBTQ+ dans les projets de Wikimédia

Une conférence intitulée, Les transidentités, qu’est-ce que c’est et quels problèmes dans les wikis ?, a abordé des questions sur la place des personnes trans dans les projets Wikimédia en tant qu’édit-rice-eur-s. Une autre conférence, Les enjeux de la représentation sur Wikipédia, l’exemple des communautés LGBT, a abordé la question de la place des personnes bisexuelles au sein de Wikipédia et Wikidata.

Qu’est-ce que les projets de Wikimédia ?

  • Wikipédia, probablement le plus connu des projets, est l’encyclopédie collaborative qui vise à synthétiser l’ensemble du savoir humain.
  • Wikimédia Commons, la médiathèque des projets collaboratifs. Les photos utilisées dans les articles Wikipédia proviennent de Wikimédia Commons.
  • Wikidata, base de données ouverte, libre et multilingue.
  • Wikisource, une bibliothèque numérique utilisée souvent pour transcrire des manuscrits. Récemment, la BnF a incorporé Wikisource dans Gallica lorsqu’une version numérique d’un livre de la BnF a été téléversée dans Wikisource.
  • Wiktionnaire, dictionnaire collaboratif et descriptif de la langue française.

L’ensemble des projets du Mouvement Wikimédia se trouve ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_Wikimédia

Intéressé-e-s pour explorer des projets Wikimédia ?

Commence avec cette feuille de route ludique le Wikipédibus du bibliothécaire Pascal Martinolli de la Bibliothèque des lettres et sciences humaines de l’Université de Montréal. En suivant sa feuille de route, on peut devenir wikimédien-ne en 5 étapes faciles et divertissantes.

On peut également faire appel à la section « Débuter sur Wikipédia » où on trouve un WikiMooc et plusieurs pages de soutien et d’auto-formation.

Puisque nous sommes presque toutes des personnes en lien avec les bibliothèques, n’oublions pas que les projets Wikimédia ont plusieurs intersections naturelles avec nos bibliothèques. Si vous voulez approfondir ce sujet il y a plusieurs articles et livres qui explorent les différents rôles des bibliothécaires et des bibliothèques dans les projets Wikimédia.

Finalement, on peut toujours se mettre en contact avec notre chapitre ou groupe d’utilisat-rice-eur-s local. Voici ci-dessous une liste de Chapitres et Groupes d’utilisat-rice-eur-s Wikimédia dans la francophonie :

  • Algérie 🇩🇿
  • Belgique 🇧🇪
  • Bénin 🇧🇯
  • Canada 🇨🇦⚜️
  • Cameroun 🇨🇲
  • Côte-d’Ivoire 🇨🇮
  • France 🇫🇷
  • Guinée 🇬🇳
  • Maroc 🇲🇦
  • République démocratique du Congo 🇳🇦
  • Suisse 🇨🇭
  • Tunisie 🇹🇳

L’ensemble des groupes francophones se trouve sur le site de WikiFranca. On retrouve également l’ensemble des groupes d’utilisat-eur-rice-s thématiques et régionaux sur le site Méta-Wiki de Wikimédia.

Bonne rentrée 2019 à tou-te-s !

Bonne rentrée 2019 ! Pour cette rentrée, la Commission Légothèque souhaite vous rappeler sa mission au sein de l’ABF et partager ses projets de l’année à venir avec vous.

Qu’est-ce que la Légothèque ?

Légothèque est une commission de l’Association des Bibliothécaires de France (ABF) créée en 2012. Nous nous intéressons au rôle des bibliothèques dans la construction de soi et à la lutte contre les stéréotypes.

Nous travaillons sur 3 thématiques :

  1. l’interculturalité et le multiculturalisme
  2. les questions de genre
  3. l’orientation sexuelle et sentimentale

De manière générale, nous nous intéressons aux questions d’inclusion en bibliothèque et comment elles questionnent missions, services, espaces et accès aux collections.

Le nom « Légothèque » est un mot-valise bien sûr. Il renvoie d’abord au célèbre jeu de construction Lego qui symbolise la construction active de soi, brique à brique, identité par identité. Au delà, le mot renvoie également à l’ego, c’est-à-dire à soi, au moi, mais nous évoquons aussi le verbe lire en latin (lego, legis, legere) et donc au monde de la lecture tout en faisant référence aux bibliothèques (- « thèque »).

Nos engagements en 2019-2020

Nous souhaitons partager avec vous les grands axes et projets que nous allons aborder cette année.  Concrètement, il s’agit pour nous de :

  • recenser des formations proposées pour les professionnels sur les thématiques du genre, du multiculturalisme, de la lutte contre les stéréotypes et contre les discriminations. Si vous connaissez une formation ou des formateurs travaillant autour de ces questions, merci d’écrire à legotheque@gmail.com
  • préparer notre participation au Congrès de l’ABF qui aura lieu à Dunkerque du 11 au 13 juin 2020. Le thème : Bibliothèques inclusives, bibliothèques solidaires ?
  • rédiger des comptes-rendus de lecture
  • vous proposer une veille sur les activités et les actions tenues en bibliothèque à travers le monde
  • participer à des journées de formation : venez par exemple nous rencontrer lundi 14 octobre 2019 à la journée d’étude du groupe Auvergne sur la thématique « Bibliothèque exclusion et insertion » à laquelle nous participerons (détails à venir).

N’hésitez pas à nous contacter si vous cherchez contacts ou informations dans les domaines de l’interculturalité et du multiculturalisme, du genre, de l’orientation sexuelle et sentimentale. Nous préparons ainsi une bibliographie d’actualité sur le bioéthique et notamment la PMA.

Retrouvez des bibliothèques qui abordent nos sujets d’intérêt !

La Carte des centres de ressources sur le genre recense les centres de ressources sur le genre que nous avons pu repérer, par le biais d’échanges, rencontres et veille. Elle est évolutive et non-exhaustive. Si vous vous rendez compte qu’un centre n’y figure pas, n’oubliez pas que vous pouvez l’ajouter directement dans la carte interactive.

Carte des centres de ressources

Qui sont les membres Légothèque ?

Aujourd’hui, 13 personnes participent aux activités de la commission. Les membres viennent de différentes régions de la France et même du Québec : Alfortville, Lyon, Paris, Lille, Bayeux, Rennes, Calais, Truchtersheim, Courbevoie et Montréal (Québec).

Vous ou votre bibliothèque désirez des conseils ?

Vous avez des questions sur l’interculturalité et le multiculturalisme ; des questions sur le genre, l’orientation sexuelle et sentimentale en bibliothèque ? N’hésitez pas à nous envoyer un courriel à legotheque@gmail.com

Enfin, nous publions des articles sur nos thèmes de travail dans la revue Bibliothèque(s).

Et suivez-nous sur Facebook et Twitter !

Photo de la médiathèque José Cabanis

Participation de la Légothèque à une matinée projets dans le réseau de Toulouse

A l’occasion de la matinée projets organisée le jeudi 20 juin 2019 à la Médiathèque José Cabanis de Toulouse pour les employé.e.s des bibliothèques du réseau, deux sessions de présentation de la commission Légothèque de l’ABF ont été organisées. Une rivière du doute a été mise en place par la commission, et une bibliothécaire de la médiathèque a présenté leur cote flottante, dont la plus récente est liée à l’actualité : la cote #metoo. 

La rivière du doute

Pendant une rivière du doute, les participant.es sont amené.es à se déplacer dans l’espace. Une affirmation leur est posée, et iels se placent selon leur réponse : un côté « je suis d’accord », un côté « je ne suis pas d’accord », et au centre se placent les indéci.s.es. Iels sont ensuite invité.e.s à discuter de leur façon de se placer, et peuvent se déplacer dès qu’iels le souhaitent. Pour plus de précisions sur la rivière du doute : https://www.atd-quartmonde.fr/wp-content/uploads/2015/06/Kit-pedagogique-V6.pdf 

Dans le cadre de cette matinée projets, pour montrer les différents sujets sur lesquels la Légothèque est amenée à se positionner, trois affirmations ont été posées aux participant.es.

  • Si un.e usager.e se plaint de certains documents (par exemple les albums mettant en scène des familles homoparentales, comme Tango à deux papas, et pourquoi pas ?, de Béatrice Boutignon), il faut qu’ils aient une place spécifique, une médiation particulière ou bien faire en sorte qu’ils ne soient accessibles que sur demande. 

Une grande partie des participant.es était d’accord sur la mise en place d’une médiation, mais plutôt à l’adresse des usager.es, pour rendre les documents souvent ciblés (livres queerfriendly, anti-racistes, féministes, etc.) mieux acceptés. Par contre, la question d’une indexation particulière (que ce soit uniquement sur le portail ou bien dans les rayonnages eux-mêmes) faisait plus débat. Mettre ces documents à part, ou même les signaler via une pastille, permet de créer une représentation bienvenue en bibliothèque, mais empêche une certaine « normalisation » de ces thématiques. Aussi, la possibilité de tomber sur ces livres au hasard, pour poser question, a aussi été évoquée. Pour pallier ce problème, il a été suggéré « d’éparpiller » ces fonds, c’est à dire d’en mettre certains en avant – par le biais de pastilles ou de rayonnages – et d’intégrer les autres. 

  • Les bibliothèques ont un rôle à jouer dans l’accueil des migrant.es.

L’accord au sujet de cette proposition était quasiment unanime. Des réserves ont cependant été soulevées, notamment sur le risque de se substituer aux services sociaux (même si cela a été modéré par le fait que ce risque existe déjà pour d’autres publics). L’accueil en animation est pour les bibliothécaires participant.es le plus important, car il permet d’attirer ces publics qui n’ont pas forcément le réflexe de venir à la bibliothèque. Cependant, celle-ci est parfois le premier service public en lien avec les migrant.es – voire même le seul. La présence d’un fonds Français Langue Etrangère (FLE) et Facile à Lire (FaL) est aussi très importante. 

  • Les bibliothèques peuvent organiser des heures du conte lues par des dragqueens. 

La question de la pertinence d’une telle animation est souvent soulevée : d’après les participant.es, il faudrait qu’elle s’inscrive dans une programmation particulière dédiée aux questions LGBTQ+, sinon elle risque d’être prise pour de la provocation, même si cela permet de montrer d’autres modèles de féminité et de masculinité aux enfants. Quelle que soit la position des participant.es, le soutien de la totalité de l’équipe et de la hiérarchie/tutelle a été cité comme condition sine qua non de la réalisation d’une telle animation. 


Les cotes flottantes de la Médiathèque José Cabanis

La cote #metoo est l’une des cotes flottantes de la Médiathèque José Cabanis. Celles-ci ont été mises en place après les attentats de Charlie Hebdo en 2015, pour rassembler des ouvrages d’actualité en un même espace (djihadisme, élections, etc.). Ces cotes sont censées être éphémères et disparaître après l’événement qu’elles couvrent, ou après quelques mois ou années selon le sujet. Une veille particulière est mise en place pour les thématiques des cotes flottantes. 

Celles-ci regroupent les documentaires (et plus rarement de la fiction) dans plusieurs domaines : sociologie, psychologie, politique, droit… Les documents sont regroupés sur une étagère à part, dans le fonds Société de la bibliothèque. Ils ont de ce fait une visibilité particulière, qui se remarque dans le taux de rotation : il était de 7 en 2018, et le taux extrapolé de 2019 est de 11 (contre entre 5 et 9 pour le reste du fonds Société).

Quelles approches et quels dispositifs pour l’accueil des migrant-es à l’étranger?

Nous vous proposons un retour sur la rencontre animée samedi 8 juin par Légothèque au Congrès 2019 de l’ABF intitulée « Quelles approches et quels dispositifs pour l’accueil des migrant-es à l’étranger? »

MODÉRATRICE : Eleonora Le Bohec, élève conservatrice territoriale des bibliothèques et membre de Légothèque

3 intervenant-es ont fait part de leur approche sur ce sujet :

Britta Schmedemann, responsable de la commission interculturalité de l’association des bibliothèques allemandes

Britta situe sa présentation à Brême, une ville située dans le Nord de l’Allemagne, où le % de migrants (34%) est supérieur à la moyenne fédérale (24%), ce qui donne d’emblée le ton de la difficulté à mettre en oeuvre des actions sur ce terrain, dans un pays et une ville où la société est aujourd’hui divisée sur les actions à mener ou non dans ce domaine.

Le réseau des Bibliothèques Municipales (BM) de Brême a mis en oeuvre tout un programme dédié à l’accueil des migrants en intégrant des réfugiés comme apprentis ; un cursus de formations professionnelles adaptées les accompagne tout au long de leur apprentissage. L’accent est mis plutôt sur l’attitude que sur les connaissances. Les personnels de la BM bénéficient également de formations à la diversité afin d’assurer la cohérence et la réussite du dispositif. Toucher ces publics est une chose, les conserver en est une autre.

La présentation de Britta est ICI

Vous trouverez également dans le numéro 94-95 de la revue Bibliothèque (s) un article détaillé traduit en français sur le cursus de formations mis en oeuvre par Britta à la BM de Brême : « Des réfugiées comme collègues » / Britta Schmedemann

 

Hasmig Chahinian, responsable d’IBBY France, BnF, l’Union Internationale pour les livres jeunesse.

Hasmig a mis l’accent sur la nécessité de favoriser en tout lieu l’accès des enfants à des lectures de réelle qualité littéraire et artistique, le devoir de protéger et défendre les droits de l’enfant conformément à la Convention des Nations Unies.

Une des difficultés majeures rencontrées est que par exemple en Italie les intervenants n’ont pas le droit d’entrer dans les camps de réfugiés. Beaucoup d’actions sont menées à travers le jeu, des ateliers où les enfants dessinent et mettent en scène des situations parfois traumatisantes.

Comment en tant que professionnel-le trouver des livres de qualité quand on ne parle pas la langue ? Le site IBBY Europe propose des sélections constituées par des professionnels des pays concernés comme Takam Tikou à la BnF. 

La présentation de Hasmig est ICI

Yannis Youlountas, philosophe, écrivain et réalisateur

Dans le quartier d’Exarcheia à Athènes où il oeuvre au sein d’associations, Yannis met l’accent sur le livre qui représente un enjeu important pour les lieux souvent auto-gérés. Souvent ces lieux rassemblent autant d’enfants que d’adultes. L’idée est de les rendre acteurs, notamment les enfants de migrant-es qui vont plus facilement vers les écrans. Donc le travail des associations vise à désacraliser les écrans, qui représentent souvent aussi le lien avec les familles éloignées. Les intervenant-es l’utilisent comme moyen de médiation et d’interaction. Le son et l’oralité lorsqu’on déclame des poèmes dans différentes langues sont également des éléments importants. Des goûters philo sont souvent organisés, car les enfants sont souvent très spontanés et livrent des réflexions qui peuvent les aider à surmonter leurs traumatismes ou à s’exprimer tout simplement..

Le blog engagé de Yannis est ICI. Son militantisme associatif lui a valu récemment en juin une agression de la part de fascistes opposés à son action en faveur de ces populations défavorisées et démunies que sont les réfugié-es. Nous lui faisons part de notre sympathie.

Enfin, le live tweet @legotheque vous permettra de saisir quelques instantanés de cette table ronde très enrichissante grâce à nos 3 intervenant-es et aux questions du public. A l’année prochaine à Dunkerque pour le Congrès ABF 2020!

Participation de Légothèque au festival Version Queer à l’université d’Angers

En avril 2019, Légothèque a été sollicitée pour la première édition du festival VQ – Version Queer, impulsé par le collectif Lucioles de l’Université d’Angers. Créée en mars 2018, cette association loi 1901 oeuvre au sein de l’université pour faire de la prévention, offrir des espaces d’échanges et lutter contre les discriminations envers les personnes LGBTI+.

Au programme de ce festival, deux tables rondes ainsi qu’une projection du film Rafiki, suivi d’un débat.

La première table ronde, intitulée “Les voix d’aujourd’hui” regroupait

  • Christine Bard (professeure d’histoire contemporaine au laboratoire TEMOS)
  • Maryen Gouyon (post doctorant en anthropologie et sociologie des homosexualités)
  • Emmanuel Gratton (maître de conférence en psychologie clinique sociale au laboratoire Bepsylab)
  • Anne-Laure Pineau (journaliste, membre de l’Association des Journalistes LGBT)

Chacun.e au sein de ses fonctions a placé les vies queer au centre de son travail. Qu’est ce qui a motivé ces choix ? Quelles méthodologies et méthodes de production pour étudier ces questions ?

Depuis leurs points de vue particulier, chaque intervenant.e a pu retracer son expérience et partager son cheminement.

Les parcours et les motivations sont diverses, les méthodes aussi. Tandis qu’Emmanuel Gratton interroge le désir d’enfant et l’homoparentalité au masculin, Maryen Gouyon évoque son travail à l’étranger et la prise de contact difficile avec des témoins dans des pays où l’homosexualité n’est pas tolérée, à cause de lois établies par les colonisateurs français, qui n’existaient pas auparavant.

Emmanuel Gratton reprend la parole pour évoquer ses motivations. Pourquoi choisir la question queer ? Il évoque des motivations personnelles et des rencontres qui l’ont fait s’interroger. Et la question plus globale de la paternité qui dépasse les frontières de l’orientation sexuelle et amoureuse. La con-construction s’est tout de suite imposée comme une méthode de travail nécessaire : récolter les données ne suffit pas, il a voulu travailler sur ces données avec les participants à sa recherche.

Quand Anne-Laure Pineau évoque la question de la partialité, beaucoup rebondissent. A-t-on besoin d’être LGBT pour travailler et documenter les vécus LGBT ? Est-ce un biais d’écrire sur sa propre communauté ? La journaliste est convaincue : la partialité n’existe pas, et heureusement. Quand la presse généraliste se “met au niveau” de ses lecteur.ice.s qu’elle sous-estime parfois, la presse communautaire permet de faire moins de pédagogie et d’aller plus loin dans l’analyse. Elle note néanmoins une amélioration, peu à peu, des personnalités LGBT+ apparaissent pas les médias pour parler de sujets généraux et la représentativité est meilleures sur des sujets moins spécifiques.

Christine Bard pointe avec justesse que l’appartenance à la communauté ne protège pas de tout. Le vocabulaire, les pratiques, la mentalité évolue. Elle nous montre en exemple une étude publiée dans les années 90 qui utilise des termes comme “transexualisme” “transexualité” qui sont aujourd’hui rejetés par les concerné.e.s.

Elle évoque également les disparités au sein même de la communauté queer : l’histoire des lesbiennes est plus secrète, plus silencieuse que celle de l’homosexualité masculine. Il est plus difficile de recueillir de données et documents.

 

La seconde table ronde, intitulée “Les voix d’hier” rassemblait

  • Bénédicte Graille (maîtresse de conférence en archivistique au laboratoire Temos)
  • Roméo Isarte (centre LGBTI+ de Lyon)
  • Michèle Larrouy (archives recherches-cultures lesbiennes)
  • Frédéric Marchand (mémoires des sexualités – Marseille)
  • Hélène Legendre (Commission Légothèque de l’Association des bibliothécaires de France)

Identifier, récolter, sauvegarder, valoriser les récits de vies queers, cela concerne de différentes manières tout.e.s les invité.e.s de cette table ronde. Via la recherche, la vie associative ou l’accès à la culture et à l’information, chacun.e a son rôle à jouer.

Plusieurs problématiques ont émergé, mais le manque de moyens est récurrent. Les subventions baissent, les militant.e.s tentent de récolter et de sauvegarder la mémoire mais peinent faute d’aide et de soutien.

Frédéric Marchand évoque les apéro-cartons à Marseille : le temps d’une soirée, entre militant.e.s, on déballe des cartons d’archives jamais répertoriés, léguées par un membre de la communauté. Chaque évènement apporte son lot de surprises et de découvertes, puisque la plupart de ces cartons n’ont jamais été ouverts.

Comment sauvegarder ces documents, stockés dans un ancien appartement ?

Michèle Larrouy pose une autre question importante, doit-on confier ces fonds à des institutions ? Est-ce que ce n’est pas prendre le risque de les voir dépérir voire pire, au gré des changements de pouvoirs et des convictions des dirigeants ?

Et si les militant.e.s sont parfois les plus familier.e.s avec ces archives et leurs histoires, il manque parfois des compétences en archivistique ou en bibliothéconomie pour conserver durablement, classer et valoriser.

Alors quelles solutions ? Les idées ne manquent pas parmi les invité.e.s : des financements publics sans transfert du fonds, la labellisation de certains fonds d’archives privés, une aide technique pour la numérisation des documents…

 

Hélène Legendre s’exprime sur des problématiques d’accès à l’information plutôt que de conservation : comment organiser ces documents quand ils font partie de fonds plus généraux. Il y a quelques années, le classement utilisé dans la majorité des bibliothèques publiques dans plus d’une centaine de pays indiquait de classer à “relations sexuelles anormales” les documents relatifs aux questions queers.

Comment être vigilant sur ces points ? Comment indexer les documents au plus près de la réalité militante tout en permettant qu’ils soient trouvés par tou.te.s, même les personnes moins bien informées ?

Comment mettre en valeur les créateurs et créatrices queer sans les réduire à cette part de leur identité ?

Une des solutions est d’équilibrer entre valoriser des oeuvres queers pour des occasions (le mois des fiertés, la journée mondiale de lutte contre l’homophobie ou le journée du souvenir trans) et veiller à la diversité des documents lors de sélections thématiques sans rapport direct.

 

Ce festival a été très riche en échanges, entre les intervenants mais aussi avec la salle qui n’a pas hésité à intervenir dans les débats et à partager ses expériences. Parmi le public, des bibliothécaires, des archivistes, des étudiant.e.s…qui se sont tou.te.s intéressé.e.s, le temps d’une journée, à la documentation mais aussi à la conservation et à la diffusion des vies queers, des témoignages, des traces de la mémoire communautaire, depuis les archives privées jusqu’aux affiches et t-shirts de manifestation militante.

 

Nous souhaitons au festival VQ – Version Queer un bel avenir, en espérant que les prochaines éditions seront tout aussi passionnantes.

Vous pouvez retrouver le collectif Lucioles via son blog et sa page Facebook.