Le meilleur de notre veille #55

Retour sur quelques sujets qui ont alimenté notre veille en novembre, et comme les Fêtes de fin d’année approchent, vous trouverez aussi des conseils de lectures qui vous donneront des idées pour offrir des livres!

Construction de soi et lutte contre les discriminations

Voici une sélection de podcasts pour vos oreilles.
Ce MOOC sur les discriminations permet de mieux comprendre les enjeux pour agir plus efficacement.
« 77 » : ce premier roman de Marin Fouqué s’interroge sur la construction de soi rendue encore plus difficile par rapport aux injonctions de la société : c’est quoi devenir un « vrai homme » ?

LGBT+

La Mare aux Mots propose 2 sélections antisexistes et LGBTQI+
Quid des personnages LGBT dans la BD
Cet article développe les projets autour des drag queens invitées pour faire des lectures dans les bibliothèques suédoises.

Multiculturalisme

Racisme, stéréotypes, appropriation culturelle : faut-il censurer les classiques Disney ? qui ne sont pas toujours blancs comme neige.

Féminisme

Retrouvez sur le compte Twitter de @meresauvage un chouette calendrier de l’Avent, sans chocolats mais truffé de conseils de lectures garanties sans stéréotypes. A dévorer et à partager sans modération 🙂
Dans cet article de Livres Hebdo, l’édition Jeunesse s’interroge et se demande : comment parler aux petites filles?
1001 héroïnes recense et conseille des œuvres féministes (livres, films et séries) et met en avant des autrices et réalisatrices

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Sélection de podcasts pour vos oreilles

Vous qui errez casque sur les oreilles dans la brise hivernale, voici de quoi vous les réchauffer, les oreilles. Légothèque a sélectionné pour vous des podcasts bouillonnant de témoignages, débats et interventions afin de s’informer encore et toujours sur les questions de discriminations et de construction de soi. Bonne écoute !

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[Recension] User Experience in Libraries: Yearbook 2018 Inclusivity, Diversity, Belonging

Chaque année UXLibs (Design d’expérience en bibliothèque) publie les actes de ses journées d’étude. En 2018, la thématique de ces journées, organisées à Sheffield (Grande-Bretagne), était « inclusivity, diversity, belonging », que l’on pourrait traduire par « inclusivité, diversité, appartenance/légitimité ». Cette thématique m’a donc donné envie de me plonger dans l’ouvrage pour en faire une recension sur ce blog.

L’ouvrage est composé de 40 contributions, mais seule une petite partie d’entre elles abordent directement les questions d’inclusion, d’appartenance et de légitimité. En effet, trois conférences introductives ont été programmées sur le sujet, et quelques autres contributeurs ou contributrices se saisissent de ces questions, parfois très brièvement. Seule la lecture de l’ensemble des contributions permet d’identifier des enjeux d’inclusion disséminés ici et là, car il n’y a pas de structuration thématisée du volume. C’est donc une première critique, et non des moindres, à apporter à l’ouvrage : il en reste l’impression d’un rendez-vous manqué entre des bibliothécaires « UX Designers » et les problématiques d’inclusion. Pourtant, comme le précise le propos introductif d’Andy Priestner, le lien est de l’ordre de l’évidence : penser des services publics pour des utilisateurs et les inclure dans la démarche de construction de ces services implique de réfléchir aux obstacles excluant certains individus ou groupes d’individus. C’est également se poser la question de leurs besoins spécifiques.

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Je vais brièvement présenter les quatre contributions qui m’ont paru apporter le plus de matière à réflexion sur les questions d’inclusion et la façon dont le design d’expérience peut (ou non) contribuer à une meilleure inclusivité en bibliothèque. Je conclurai sur quelques réflexions évoquées dans certaines contributions, ou apparaissant en creux.

La toute première contribution est intitulée « Race, literacy and decolonising the library » et rédigée par Janine Bradbury, chercheuse en littérature à York St Jones University. L’autrice souligne la faible représentation des personnes noires ou de minorités ethniques dans le secteur de l’enseignement supérieur, particulièrement parmi les enseignants chercheurs, et le personnel des bibliothèques. Revenant sur son expérience de la bibliothèque, en tant qu’étudiante, puis chercheuse, noire elle rappelle alors également le rôle complexe des bibliothèques : à la fois lieu d’émancipation par l’accès aux savoirs, mais également institutions publiques réactivant les discriminations. Pour Bradbury, la sous-représentation de minorités dans les collections et parmi le personnel, le fait que l’institution sélectionne ce qui peut-être reconnu comme un capital social et culturel légitime et certaines pratiques (procédures complexes, amendes, organisation opaque, contrôle…) sont autant de signaux excluant pour certaines personnes. Elle conclut sur un appel à « décoloniser » les bibliothèques en invitant les professionnels à s’interroger : quel effet peut avoir la présence de personnel issu des minorités dans une bibliothèque ? Quels sont les auteur.rices mis en avant ? Témoignent-ils de la diversité de la société ? Il est à noter que dans cet ouvrage, les contributeur.rices abordant les questions d’inclusion sont anglo-saxons, et mobilisent un cadre d’analyse des rapports sociaux de race, envisagés ici comme terme sociologique, non biologique, c’est-à-dire comme un processus découlant des imaginaires, mais n’ayant pas moins d’impact concret sur le parcours des personnes objet de racisme, pour reprendre des éléments de définition de Colette Guillaumin (voir par exemple Guillaumin Colette, 1992, Sexe, race et pratique du pouvoir: l’idée de nature, Paris, Coté-Femmes Ed, 239 p.).

La deuxième contribution stimulante est proposée par Kit Heyam, chercheur et formateur à Leeds. Elle est intitulée « Creating trans-inclusive libraires : the UX perspective ». Après quelques rappels de notions primordiales pour parler des, et avec, des personnes transgenres, et le rappel des droits des personnes trans, l’auteur présente une série de cas exemplaires d’expérience utilisateurs.rices, mettant à jour un ensemble de difficultés que des personnes transgenres peuvent éprouver dans leur utilisation des bibliothèques. La mise à jour incomplète d’un fichier lecteur pour les personnes en transition, l’absence de mots-matière pertinents, voir la présence de mots-matière offensants lors de recherches, l’absence de toilettes non-genrées, ou encore les termes d’adresses (madame, monsieur), peuvent manifester l’absence d’une approche inclusive. Kit Heyam insiste sur le besoin de poser des signes d’inclusion, qui ne peuvent sembler que symboliques à des personnes cisgenre (le terme s’oppose à transgenre), et de formaliser des procédures pour répondre rapidement à certaines difficultés, mais l’auteur précise également que ces procédures sont peu de choses si le personnel des bibliothèques n’est pas sensibilisé à la mise en place de pratiques interactionnelles non-genrées. Les retours d’usagers trans et la collaboration en proximité sont donc précieux pour identifier l’ensemble de ces éléments.

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Kit Heyham

Deux contributrices proposent d’examiner leur pratique de design d’expérience avec une perspective critique. Dans l’article nommé « On the limits of UX research in academic libraries: notes from the Indigenous Studies Project », Danielle Cooper, bibliothécaire et chercheuse sur les pratiques informationnelles, met en avant l’ensemble des biais auxquels elle s’est confrontée pour la construction de services adaptés à des minorités, et les questions auxquelles elle cherche encore des réponses : comment s’assurer tout au long d’une démarche UX de son éthique ? La personne pilotant la démarche est-elle consciente de ses biais sociologiques lorsqu’elle collecte des données et les synthétise ? Comment se construit la relation entre les utilisateurs et les créateurs d’un service ? Qui « maîtrise » la tournure de la démarche et qui a « le mot de la fin » dans la construction des services ?

Ces questions traversent également la contribution de Heli Kautonen, directrice de la Bibliothèque de la Société de littérature finlandaise. Dans « Empowerment or exploitation? Perceptions on engaging people in accessibility design » elle synthétise ses observations sur le type de relation que les designers d’expérience entretiennent avec les utilisateurs. Elle en identifie quatre type: « La stimulation » (les utilisateurs sont considérés comme égaux aux designers et ils prennent les décisions finales, mais aussi la responsabilité de ces décisions), « l’exploitation » (les utilisateurs sont considérés comme compétents pour l’expression de leurs besoins, mais pas pour la création de nouveaux services), le « paternalisme » (l’intention des designers est de corriger le design d’un service et de protéger les utilisateurs), et « l’empouvoirement » (le design est coconstruit jusqu’au bout avec les personnes). Elle souligne la nécessité de définir le plus clairement possible avec les participants les véritables objectifs (économie de moyen, meilleur confort de vie/travail …), les règles, la temporalité de l’engagement et la méthodologie des activités réalisées dans une démarche de design d’expérience. Au sujet des méthodes, deux articles évoquent l’idée qu’il convient d’utiliser avec prudence certains outils. John Jung s’interroge par exemple sur la pertinence de l’utilisation du brainstorming dans un groupe dans lequel peuvent se jouer des rapports de pouvoir. Claire Browne quant à elle met en garde contre l’utilisation exclusive des feedbacks spontanés, qui ne permettent pas de recueillir la parole des personnes ne se sentant pas légitimes pour la prendre.

L’ouvrage présente un ensemble riche d’exemples très concrets de design d’expérience, mais il sera peut-être plus enrichissant pour quelqu’un souhaitant découvrir l’UX Design (et c’est d’ailleurs son objectif premier), qu’à une personne souhaitant réfléchir aux questions d’inclusion en bibliothèque. En effet, en dehors de quelques rappels sur les notions propres au design d’expérience, aucun cadre théorique sur les mécanismes d’exclusion et de domination n’est présenté, à l’exception de l’article de Kit Keyham. Il est frappant de voir que certaines thématiques, telles que les enjeux socio-économiques, la diversité linguistique ou le sexisme, ne sont pas abordées. Certaines contributions, comme celle de Maria Sindre sur le design d’un nouveau lieu sur un campus suédois, semblent par ailleurs confondre augmentation de la fréquentation et inclusion. Quelques retours de participants à ces journées d’étude concluent cependant de façon intéressante le volume et pointent des perspectives stimulantes pour le domaine. Par exemple, Rosie Hare, tout en soulignant la quasi-absence de diversité chez les intervenant.e.s comme chez les participant.e.s induisant un certain malaise pour aborder la thématique, plaide pour plus d’approches critiques dans les méthodes UX. Il semble cependant clair que les outils du design d’expérience peuvent véritablement aider à aller vers des services plus inclusifs, et des initiatives telles que ce type de conférence feront probablement évoluer les choses progressivement.

User Experience in Libraries: Yearbook 2018.
Edited by Andy Priestner, 288 pp. Publié le 14 décembre 2018 par UX in Libraries ISBN-13: 978–1790914746

« 77 » : premier roman de Marin Fouqué

Marin Fouqué est l’auteur d’un premier roman étonnant intitulé « 77 », un texte remarqué de cette rentrée littéraire. Marin Fouqué est diplômé des Beaux-Arts, il anime des ateliers d’écriture, étudie le chant lyrique et pratique la boxe française. Il écrit également de la poésie, du rap, des nouvelles et mêle sur scène des performances alliant prose, chant et musique.

« Longtemps j’ai cru venir d’un paysage sans identité. Du bitume et de la boue, on doute rarement de qui enfouira qui » : ces quelques mots plantent le décor et donnent le ton du texte.

77 est un premier roman périurbain d’une rare intensité à l’énergie rageuse. L’écriture orale de Marin Fouqué est magistrale et décrit le monde d’aujourd’hui vu par un lycéen à partir d’un territoire qui n’est ni la ville, ni la banlieue, ni la campagne.
Sous sa capuche, rempart contre le monde qui l’entoure, le dialogue intérieur qui l’anime et l’agite est un flow continu qui pourrait être slamé aussi. Comment se construire en regard des injonctions de la société : c’est quoi devenir un « vrai homme » ? Qui est cet adolescent qui un jour décide de ne pas monter dans le car scolaire et de passer la journée seul à cet endroit ? Passage à l’âge adulte ? Pas vraiment. Juste comprendre petit à petit qui il est. Et c’est déjà beaucoup.

Marin Fouqué se déplace dans des librairies, des bibliothèques pour parler de son livre, retrouvez son agenda ICI

 

Le meilleur de notre veille #54

LGBT+

Un reportage d’Arte nous fait découvrir le magazine My.Kali, rédigé par des contributeurs LGBT+ en Jordanie afin de lutter contre les discriminations vécues au quotidien dans le pays, il est également le seul à relayer les histoires queer du Moyen Orient dans le reste du monde.

Toujours sur le site d’Arte, on en apprend plus sur les thérapies de conversion, également actives en Europe.

L’occasion pour nous de relayer la pétition à l’attention des dirigeant.e.s des « zones sans LGBT » en Pologne afin de soutenir la communauté LGBT+ résidante.

HOMOPARENTALITE

On vous parlait le mois dernier dans le meilleur de notre veille #53 du nouveau podcast Intérieur Queer de France Inter. Ce mois-ci nous vous recommandons la saison 2 de Quouïr sur l’homoparentalité avec des témoignages de concerné.e.s.

Sur les thèmes de l’homoparentalité et de la PMA, Télérama a sélectionné 5 livres pour aborder le sujet avec les enfants.

FEMINISME

Deux articles intéressants sur le sexisme et la place des femmes dans la société aujourd’hui : le premier sur le manque d’égalité dans les pratiques artistiques et notamment la musique classique, le second sur comment les modèles sexistes s’ancrent au collège et au lycée.

Peut-être un bon moyen de rappeler les raisons d’un de nos chevaux de bataille à Legothèque : l’écriture inclusive, via cet édito sur cette règle de la grammaire française selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin.

MULTICULTURALISME

Un autre podcast de La Série Documentaire sur France Culture aborde la diversité de la scène française à travers la question Quelles images de la diversité nous proposent la télévision et le cinéma ?

De diversité il sera question tout le mois de novembre lors du festival Visions d’exil : performances, expositions, concerts… sur plusieurs lieux le festival propose un programme gratuit autour de la langue pour sa 3e édition.

Enfin un article qui bat en brèche quelques idées reçues sur l’accueil et l’insertion des personnes en voie de réinstallation dans les zones rurales.

Bonne lecture à tou.te.s !

La Budgétisation sensible au genre : d’un outil budgétaire pour la réduction des inégalités de genre à un outil pour une politique documentaire inclusive ?

En France, la mise en pratique d’une politique de l’égalité femmes-hommes est souvent comprise comme l’accès des femmes à une difficile égalité économique, comme le montrent les différences salariales entres femmes et hommes[1].

La législation française et européenne a largement évolué ces dernières années pour faire de l’égalité femme/homme une des priorités des collectivités territoriales. Ainsi, en France la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes précise que la lutte contre les inégalités doit être faite « selon une approche intégrée ». Les acteurs de l’action publique doivent « veiller à l’évaluation » des actions en termes de réduction des inégalités liées au genre.

Contrairement à des idées reçues, les choix économiques sont rarement neutres en termes d’égalité et il est intéressant d’analyser à qui profitent véritablement les politiques publiques. Le domaine de la culture n’échappe pas à ces interrogations. Naturellement, en tant que -thécaire, le sujet peut sembler relativement éloigné de notre quotidien. Pour autant, il invite à réinterroger les choix qui font notre quotidien en termes d’action culturelle ou de politique documentaire mais qui, pour autant, peuvent avoir un impact, même minime, sur la question des inégalités femmes-hommes. Voire, on le verra plus loin, sur la possibilité d’un accès à des ressources traitant de la construction de soi.

Face à la multiplicité des actions mises en œuvre afin de réduire les inégalités, comment évaluer l’efficacité des actions qui visent à réduire les inégalités de genre ? C’est à cette interrogation que la Budgétisation Sensible au Genre peut apporter des éléments de réponse. Lire la suite