Le meilleur de notre veille #22

C’est l’heure de notre rendez-vous mensuel ! Nous vous proposons le meilleur de notre veille partagée sur Diigo. Vous trouverez ce mois-ci le signalement d’initiatives portant sur la bibliothèque inclusive, mais aussi le genre et les lgbt.

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Nuit Debout, la bibliothèque, les féminismes et les lgbt

La Bibliothèque Debout

Difficile de commencer ce tour de veille d’avril sans évoquer l’initiative de nos collègues bibliothécaires participant au mouvement citoyen contestataire Nuit Debout : la création sous l’impulsion du collectif Savoirs Communs d’une bibliothèque éphémère place de la République à Paris qui a essaimé en région, à Toulouse, Rennes, Saint-Brieuc, Lyon, Morlaix, Clamart, Marseille, Montpellier, Grenoble…

Cette Biblio Debout reprend le modèle de The People’s Library, la bibliothèque du mouvement new-yorkais anticapitaliste Occupy Wall Street qui proposait des milliers d’ouvrages. Si la dimension est plus modeste, l’objectif est identique : faire circuler librement les idées, partager les goûts, échanger les points de vue. Il s’agit donc d’une bibliothèque éphémère fondée sur quelques principes bibliothéconomiques :

Mais le plus important réside dans la philosophie de l’initiative : la @bibliodebout est un Bien commun  (cf. Henri Verdier Pour une économie politique des Communs) autogéré. L’objectif est donc bien politique, tel que l’affirme les membres du collectif dans leur manifeste « Pourquoi nous sommes à Nuit Debout » : il s’agit de favoriser le renouvellement de la démocratie et le partage de la culture par de nouvelles pratiques politiques et un mode de diffusion des savoirs fondé sur l’usage partagé.

de l’écrivain @NeilJomunsi (BiblioDebout : les livres créent du lien, sur son blog), et celui de Camille Debout sur la composition du fonds documentaire BiblioDebout : les questions qu’on se pose quand on fait une bibliothèque participative

Les Féministes Debout

FeminismesplurielsLa commission féminisme du mouvement parisien se réunit chaque jour Place de la République à 17h en assemblée non mixte (et mixte un jour sur deux). Son action vise à lutter contre le sexisme dans les comportements, les prises de parole et l’organisation de la Nuit Debout. Elle organise également des débats et des actions en lien avec les féminismes.

Ainsi, cette commission a produit une Charte féministe du 38 mars; elle souhaite promouvoir l’utilisation de la graphie épicène dans les écrits de la Nuit Debout; elle organise également le 29 avril une marche de nuit féministe non-mixte et le 30 avril un atelier sur les discriminations et violences faites aux femmes au travail avec l’association effrontees.

On trouve sur le wiki de la commission un répertoire de ressources féministes en ligne

MOGAI-LGBTQ+ Debout

12961754_971774699603959_1136543193292177387_nL’intitulé de cette commission semble avoir évolué dans le temps : initialement LGBTQ+ pour « Lesbian Gay Bisexual Transgender and Queer et plus », il est devenu en raison de l’aspect restrictif de la première appellation  MOGAI-LGBTQ+ pour « Marginalized Orientations, Gender Alignments, and Intersex » (« orientations sexuelles et identités de genre marginalisés et personnes intersexes ») . Cet intitulé à rallonge le montre bien  : il s’agit de créer un collectif à partir d’expérience de vie très diverses liées à l’identité de genre ou à l’orientation (a)sexuelle.

La commission se réunit un jour sur deux Place de la République à 20h30. Elle a créé un compte Facebook et un compte Twitter ; elle a proposé (CR du 19 avril) de participer à la marche des Fiertés et de réfléchir à l’homonationalisme, ainsi qu’aux relations entre les religions et les minorités de genre/sexuelles.

Le Centre Hubertine Auclert en danger

chaLe Centre Hubertine Auclert, centre francilien de ressources pour l’égalité femmes-hommes et organisme associé du Conseil régional d’Ile-de-France, va être touché par une baisse de 30% des subventions régionales. Plus de 100 associations sont signataires d’une lettre ouverte à la nouvelle présidente du conseil régional.

Pour plus d’informations sur les activités de ce centre de ressources, vous pouvez consultez les articles du blog dans lesquels nous évoquions ses actions en partenariat avec des bibliothèques :

Les ressources documentaires du mois

Des appel à communications

  • le laboratoire Triangle (UMR 5206) et le Centre Max Weber (UMR 5283) et l’INJEP lancent un appel à communications pour les 8èmes rencontres Jeunes & Sociétés en Europe qui auront à Lyon du 12 au 14 octobre 2016 sur le thème « Genre et jeunesses »
  • Le laboratoire FRED de l’université de Limoges lance un appel à communications pour une journée d’étude sur la stéréotypie des altérités, qui aura lieu le 18 novembre 2016. Cet appel s’adresse à des linguistes et des analystes du discours qui débusqueront clichés, formule, langue de bois, doxa, lieu commun, sens commun pour faire un état des manières de penser l’autre.

 

La bibliothèque a-t-elle un genre ? Réflexions en cours autour d’un impensé français 1/2

Et si l’on se posait sérieusement la question ?

Et si l’on s’intéressait académiquement, dans le cadre d’un doctorat en cours en sciences de l’information et de la communication, au rapport que la bibliothèque en France entretient avec le genre ?

En deux articles de blog, je souhaite présenter l’apport scientifique du genre pour repenser en profondeur les concepts, les perspectives, les modes d’interrogations dominants au sein des études consacrées aux bibliothèques.

Ce premier article porte sur un constat d’invisibilisation du genre en bibliothèque et propose plusieurs pistes d’explications.

Retour sur une question non posée : la bibliothèque « troublée » par genre

Neutralité et bibliothèque ?

A première vue, la bibliothèque nous semble neutre.

Neutre, l’image d’une « citadelle du savoir» supposée contenir, en ses murs, la connaissance toute entière. Neutres et objectivées, l’organisation et la classification des savoirs, et en amont leurs processus et modes de catégorisation.

Et pourtant, la question du genre appliquée à la bibliothèque « trouble »cette vision, selon le mot titre de l’ouvrage phare de Judith Butler.

C’est la thèse défendue par Bess Sadler et Chris Bourg qui s’inscrivent en faux contre la neutralité des bibliothèques :

« Les bibliothèques ont toujours reflété, les inégalités, les préjugés, l’ethnocentrisme ainsi que les déséquilibres de pouvoir […] à travers les politiques documentaires et les pratiques de recrutement qui reproduisent les biais de ceux qui sont au pouvoir dans une institution donnée. »

Engendrer le trouble, c’est toute l’ambition des études de genre. Mais quand on dit genre, qu’entend-on ?

Définition du genre en deux temps

(Toujours définir le genre avant d’en parler.)

Suivant Joan Scott, historienne fondatrice dans le champ des études de genre, le genre peut se définir ainsi :

  1. « un élément constitutif des rapports sociaux fondé sur des différences perçues entre les sexes« 
  2. une « façon première de signifier des rapports de pouvoir« 

Cette deuxième acception est particulièrement intéressante.

S’ouvre tout un espace de recherche autour du pouvoir. Car si l’on suit cette seconde acception, penser avec le  genre, c’est révéler les mécanismes de pouvoir (de classement, de distinction) et de domination (de hiérarchisation), la manière dont ils sont entérinés ou, au contraire, déjoués, corrigés, voire inversés.

Invisibilité du genre en bibliothèque ?

Un retard académique français ?

Il y a d’abord ce qu’on pourrait appeler un « retard français », encore un,  voire un « évitement majeur » ou tout simplement un « refus -plus ou moins assumé » de scruter le genre dans les bibliothèques françaises, pour citer Marie-Joseph Bertini, pionnière du croisement Sciences de l’information et de la communication (SIC) et études de genre.

Et ce contraste devient d’autant plus criant quand on fait la comparaison avec les études des Library Information Studies (LIS). Les productions académiques américaines sont de leur côté largement empreintes de théorie féministe (citons notamment les travaux d’Hope Olson : on en reparlera dans le second article). De leur côté, les recherches françaises restent, à ce jour, peu enclines à intégrer la problématique du genre et à l’articuler aux bibliothèques. En France, l’approche genrée demeure l’apanage de la sociologie de la culture (comme en faisait état notre blog précédemment et comme le montre Mariangela Roselli).

Pourtant, plusieurs études originales ont été publiées récemment dans le champ des bibliothèques et des sciences de l’information et de la communication (la liste n’est pas exhaustive):

Mais ces recherches restent isolées : comment expliquer ce retard ?

Les hypothèses 

  1. L’institution universitaire française qui semble avoir manifesté jusqu’ici  un certain nombre de réserves à légitimer les études de genre en son sein. Et notamment au sein des SIC, discipline récente appartenant à la 71ème section (dont relèvent les études des bibliothèques), qui ont eu des difficultés à se légitimer dans le champ académique.
  2. Les études consacrées aux bibliothèques restent particulièrement attachées à l’héritage positiviste et aux notions de neutralité et d’objectivité, notions que les études de genre ébranlent (comme on l’a vu ci-dessus, voir citation de Chris Bourg et Bess Sadler)

  3. Les résistances et les freins à l’émergence des études de genre sont à mettre, en grande partie, sur le compte du paradigme de l’universalisme français. Ainsi que l’écrit Marie-Joseph Bertini :

Fondée sur le mythe de l’universalité (Habermas), la sociopolitique française interdit toute référence aux caractères sexuels, raciaux, ethniques et religieux des individus qui la composent, projetant ainsi au centre de l’espace public l’idéologie d’une citoyenneté dont la neutralité revendiquée s’articule à un masculin idéal-type et régulateur, rendu invisible par les stratégies discursives instituant cette mythologie nationale, aujourd’hui remise en question.

De la nécessité d’un gender turn en bibliothèque

Parce que la bibliothèque est complexe, à la fois institution, lieu d’organisation et de diffusion des savoirs, la centralité et l’opérativité du concept de genre dans les processus de communication rend cette approche croisée indispensable…

(A suivre !)

 

Pour un jeu vidéo inclusif – créer un nouveau jeu vidéo à la bibliothèque

Auteur de l’article : Colin Sidre, conservateur des bibliothèques, chargé de mission publics jeunes, éducation artstique et culturelle et cohésion sociale au ministère de la Culture. Télécharger cet article en PDF.

J’ai débattu, dans un article précédent, de la manière dont la bibliothèque pouvait construire un espace de jeu inclusif, afin d’accueillir en son sein tous les publics, et de tous les mettre en contact avec le jeu vidéo – ceci alors que les débats sur le caractère faiblement inclusif de l’industrie du jeu vidéo et de la majorité de ses productions prennent de l’ampleur depuis quelques années.

Comme nous l’avions alors mentionné en introduction, le jeu vidéo est également un formidable vecteur d’idées et de réflexions sur la question du genre, de l’orientation sexuelle, et du multiculturalisme. L’objectif de ce second article est justement de s’intéresser à ces propositions vidéoludiques, et de déterminer en quelle mesure la bibliothèque peut s’y insérer, peut participer, directement, à la production d’un nouveau jeu vidéo, plus divers dans ses thématiques, dans ses approches, dans son propos et dans sa conception.

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Les maisons d’édition féministes à Livre Paris 2016

Lors du salon Livres Paris 2016, nous avons pu visiter les stands de quelques maisons d’édition féministes qui présentaient leur activités et leurs nouveautés, le plus important étant celui des éditions Des femmes issues du Mouvement de libération des femmes. D’autres maisons sont apparues depuis : les Editions iXe issues de «La Bibliothèque du Féminisme», Talents Hauts spécialisée dans la littérature jeunesse, Remue-ménage, québecoise et internationale.

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Le meilleur de notre veille #21

Voici le 21e n° du « Meilleur de notre veille ». Egalité, fraternité, solidarité, laïcité, pourrait en être le titre. Ne reste plus qu’à inventer le pays qui va avec ? C’est en cours quelque part en Europe de l’ouest. Dans un petit village breton ? Pas seulement…

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De l’interculturel à Livre Paris 2016

Le salon du livre vient de s’achever : c’est pour nous l’occasion de proposer deux focus, évidemment partiels tant l’offre abonde, sur les événements et propositions d’éditeurs qui entrent dans deux champs d’intérêt de Légothèque : notre premier article portera sur la présence de l’interculturel tandis qu’un prochain s’intéressera à l’édition féministe.

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