Violences sexistes et sexuelles : informer et réagir en bibliothèque

Suite à l’affaire Weinstein, des milliers de femmes témoignent des viols, des violences, du harcèlement qu’elles ont subis. A l’approche du 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, Légothèque revient sur le rôle des bibliothèques en matière de lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Les bibliothèques comme lieux de ressources : informer sur les violences sexistes et sexuelles

Un des rôles les plus évidents des bibliothèques sur le sujet des violences sexistes et sexuelles est de diffuser de l’information et de la documentation sur ces questions.

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Recommandations pour une écriture inclusive et accessible

La parution chez Hatier d’un manuel scolaire adoptant une écriture inclusive, veillant à une représentation plus équilibrée des femmes et des hommes dans la langue, déclenche depuis plusieurs semaines de vives polémiques, au point que l’Académie française y voit un « péril mortel » pour la langue française. Légothèque vous propose de faire le point sur les modalités d’une écriture inclusive et accessible au plus grand nombre.

Sommaire du manuel adoptant une écriture inclusive – issu du site Actualitté

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Retour sur la rencontre « littérature et périphérie »

Le congrès ABF 2017 est terminé depuis quelques mois, mais nous profitons de la publication des captations du congrès pour revenir sur la rencontre que nous avions animée le jeudi après-midi.
Pour préparer cette rencontre, nous avons publié sur le site des recensions d’ouvrages, que vous pouvez retrouver avec ce mot-clé : « littérature urbaine », ainsi qu’une liste de pistes à interroger lors de la rencontre. Nous vous proposons donc de passer dans les coulisses et voir notre préparation.
Nous vous proposerons ensuite quelques notes prises sur le vif.

Les ouvrages abordés
Littérature et banlieue #1 – Kiffe Kiffe Demain de Faïza Guène
Littérature et banlieue #2 – Boumkoeur de Rachid Djaïdani
Littérature et banlieue #3 – Tabou, confession d’un jeune de banlieue de Zahwa Djennad
Littérature et banlieue #4 – Les anges s’habillent en caillera de Rachid Santaki
Littératures et « francophonie » #1 – Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne / Kaoutar Harchi

La préparation
Nous avons eu l’idée de cette rencontre lors de notre séminaire de travail à Epinal en 2016. Le thème du congrès ABF 2017 venait d’être annoncé et nous étions enthousiastes par rapport à celui-ci : Bibliothèques : Inégalités territoriales et égalité des chances.

Après discussions, nous avons choisi de proposer cette rencontre, et commencé à chercher des intervenant.e.s potentiel.le.s – cette partie est toujours un peu longue à réaliser car après nous être arrêté.e.s sur des invité.e.s, il faut pouvoir les contacter et les inviter formellement. Ceci dit, nous avons pu rapidement boucler notre rencontre tout en travaillant sur les contenus.
Nous avons souhaité faire intervenir des profils variés et complémentaires, sur la thématique « littérature et périphérie », à la fois à travers le prisme de l’écriture et celui de la sociologie, tout en s’interrogeant sur la place donnée à cette littérature dans les bibliothèques.
En préparant la rencontre, nous avons pu mesurer les questionnements sur cette littérature, qui peut être définie de façon multiple, sans que ces définitions soient universelles. Nous avons donc pris le parti de montrer cette multiplicité et ne pas chercher à apporter nous-mêmes une définition. L’objectif était de discuter justement autour de ces questionnements et de mettre en rapport ceux-ci avec le lieu bibliothèque.
Enfin, pour lancer la rencontre, présenter nos intervenant.e.s et alimenter la discussion, nous avons préparé pour chacun.e une liste de questions plutôt ouvertes, liées à leurs activités professionnelles (bibliothèque, écriture, sociologie, recherche …).

Quelques notes pendant la table ronde

Voici en substrat quelques éléments intéressants qui ressortent de cette rencontre.

Modératrice Sophie Agié, membre de la commission Légothèque de l’ABF

Intervenant.es : Kaoutar Harchi, sociologue, Rachid Santaki, journaliste, romancier et scénariste, Nadia Tarfaoui, conservatrice des bibliothèques

Nadia Tarfaoui a rédigé son mémoire ENSSIB sur la place de l’écrivain de banlieue.

« Sous chape de plomb et plafond de verre : la place des écrivains « de banlieue » dans les bibliothèques publiques » / Nadia Tarfaoui

Elle a défini un corpus de 13 auteurs dont Rachid S et a lancé ses recherches sur les catalogues de 69 villes. Plusieurs titres sont présents dans un certain nombre de bibliothèques, mais leur classement varie : documentaires, anthropologie. La représentativité sur le territoire est équilibrée, mais ces livres sont plus présents dans les annexes que dans les centrales.

Il apparaît que les auteurs sont peu invités dans les bibliothèques, c’est différent pour Rachid S, bien identifié sur le territoire de Seine-Saint-Denis (93), qui est souvent invité par des bibliothécaires conscients de leur rôle de médiateurs et de passseurs de toutes formes de culture. Les éditeurs doivent aussi jouer leur rôle de défricheurs de nouveaux talents (1 des auteurs du corpus est auto-édité).

Il faut réfléchir à la dénomination de ces auteurs, car on parle souvent d’auteur de banlieue, de cité, mais ce sont des auteurs à part entière !

Kaoutar Harchi retrace dans son ouvrage « Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne. Des écrivains à l’épreuve » les carrières de cinq écrivains algériens de langue française : Kateb Yacine, Assia Djebar, Rachid Boudjedra, Kamel Daoud et Boualem Sansal.

Elle y étudie les modalités de leur réception littéraire et il apparaît clairement que des critères extra littéraires interviennent. Ils sont encore trop souvent considérés comme des écrivains étrangers de la ngue française.

Autre fait marquant : peu de femmes auteures présentes dans les catalogues des éditeurs, qui privilégient les titresou les auteurs qui marchent.

Les bibliothécaires doivent s’approprier plus qu’ils ne le font cette veine littéraire et concourir à lui donner une visibilité accrue. La question de la formation se pose pour que les bibliothécaires prennent conscience des pépites qui sommeillent chez ces auteur.e.s !

Retrouvez ci-dessous la vidéo de la rencontre

A Calais, littérature « Rouge Baiser » !

Depuis quelques années, certaines bibliothèques publiques en France proposent des étagères thématiques. Certaines bibliothèques, comme à Calais, offrent désormais des collections thématiques sur la New romance. Ces étagères participent à leur manière à la construction de soi des lecteurs et des lectrices en présentant les relations sentimentales et l’érotisme en littérature. Il est important dans ce contexte de présenter ces relations dans leur pluralité.

Nous avons proposé à Bénédicte Frocaut, directrice du réseau de lecture publique de Calais, de présenter sur le blog le fonds New romance qu’ils proposent.

Les relations sentimentales, l’érotisme occupent une place importante dans la littérature. Depuis quelques années le phénomène New romance a pris de l’essor et rencontre un franc succès auprès de nos publics. Les sagas de ce type sont très empruntées, sur-réservées et nous avons pu observer qu’une communauté de lecteurs s’est créée autour de ces livres, certains lecteurs ne fréquentant la médiathèque que pour ces ouvrages.

Et pourtant, ce pan de la littérature n’avait jamais été intégré à notre politique documentaire, ces livres étaient littéralement achetés « sous le manteau » , « à l’insu de la direction » ; leur valorisation totalement inexistante, signe de difficultés à assumer ce type de littérature, pouvant même laisser croire qu’il s’agit là d’un genre médiocre, tabou, ne méritant pas l’attention, voire le respect. En l’examinant de plus près, c’était bien de cela qu’il s’agissait : cette littérature n’était pas considérée comme légitime, comme digne d’être traitée , comme ayant une place dans nos rayonnages.
Il était temps d’y remédier.

Début 2015, une réflexion sur l’offre et la valorisation de ces collections a été entamée afin de défendre et d’assumer la place de ces titres dans nos rayonnages. Premiers pas : dédier un budget à ces titres, les considérer comme un segment de la collection et comme pour les autres, se former, s’éduquer et surtout s’intéresser à tout le spectre y compris la littérature gay, lesbienne. Lire de la guimauve dégoulinante qui fait du bien, rêver en lisant une histoire d’amour qui finit bien (ou mal), intéresse tout le monde. Même principe pour la littérature clairement érotique mais aussi sexuelle. Position de principe, loin d’être aisée à mettre en œuvre tant les résistances étaient grandes alors même que certains collègues sont les premiers à lire After, Driven, Dévoile-moi… Et nous achoppions toujours sur la littérature homosexuelle.

A l’été 2016, timidement, la New Romance, la littérature érotique ont été mises en avant à la médiathèque de plage, la saison estivale nous semblant propice à ce type de lecture. Les nombreux retours d’usagers, surpris et heureux de cette initiative, l’absence de récrimination ont achevé de nous convaincre d’aller plus loin dans la proposition ; il était temps de dépoussiérer l’image de la bibliothèque, de défendre haut et clair une animation complète autour de la littérature sensuelle, érotique, de parler de sexe aussi. Janvier 2016, deux collègues sont allées à la journée d’étude organisée par Médiadix « Pour adultes avertis » ; elles sont revenues enchantées, conquises, convaincues. Il ne nous restait plus qu’à passer à l’acte !

rouge baiser

Affiche de l’exposition Le Baiser au musée des Beaux-arts de Calais

Profitant en 2017, de l’exposition Le Baiser, de Rodin à nos jours présentée par le Musée des Beaux-Arts de Calais, la médiathèque a valorisé les fonds amoureux, érotiques… au travers d’une animation Le Baiser dans la littérature.

D’avril à septembre, des mots doux, des mots tendres, des mots brûlants… ont résonné (et raisonné !) au cœur de la médiathèque. Ont été présentés tous les livres qui, quelle que soit leur nature « mettent du rose, voire du rouge aux joues». C’est tout le spectre de la littérature érotique que nous avons mis en avant, des classiques, aux contemporains, des plus sages, aux plus aventureux.
Notre volonté fut d’aborder ce genre comme n’importe quel autre (science-fiction, polar, fantasy…), signifiant ainsi sa légitimité dans les collections. Bien en évidence au centre de l’espace adulte, estampillé amour, désir et sensualité, paré de paillettes et petits cœurs, trônait un présentoir où étaient exposés les documents relatifs à cette animation. Il y en avait pour tous.

Il est évident que certains lecteurs ne sont pas intéressés par les textes les plus crus; afin que chacun sache à quoi s’attendre, les livres contentant des scènes explicites sont signalés comme tels avec la mention « Public adulte et averti », rien d’illégal ou de répréhensible dans les textes mis à disposition mais chacun doit pouvoir être clairement informé de la nature des documents présentés. Il peut donc faire son choix librement, découvrir ou non, s’aventurer ou pas.

Pour accompagner nos lecteurs dans ce voyage, nous avons mis en place différents dispositifs :
• Une bibliographie, mêlant chroniques et notices signalétiques, a été élaborée et distribuée largement. Cette bibliographie s’intéresse à tous les styles.
• Des rencontres d’auteurs d’univers et de sensibilités différentes ont été proposées : Belinda Canonne est venue nous parler de l’écriture du désir. Octavie Delvaux, éditée à la Musardine, nous a expliqué son cheminement, son souhait d’écrire pour des femmes, de mettre en scène des femmes libres, indépendantes qui ont le choix car elle ne se reconnaissait pas, elle ne vibrait pas à la lecture de textes écrits par des hommes, pour des hommes.
• Une soirée Contes Coquins et Libertins (pour l’occasion de confortables transats étaient mis à disposition) par la conteuse Cindy Snessens a permis de redécouvrir des textes anciens, d’autres récents, tous ayant pour point commun le désir.
• Un atelier d’écriture mené par l’auteure Amandine Dhée , basé sur l’exposition du musée des Beaux Arts a permis à un groupe de femmes de s’autoriser du temps pour elle, de s’autoriser à écrire, à parcourir. L’atelier était ouvert à tous, seules des femmes de milieux très différents sont venues.

• La projection du film Ces baisers-là, en présence de son réalisateur Daniel Schick, mais aussi, tous les mardis, à la médiathèque, des films avec des scènes de baisers inoubliables, tout type de baisers, toute histoire d’amour.

Après 6 mois à creuser le sujet, le bilan est positif : aucune plainte d’usager, des lecteurs heureux de pouvoir emprunter ces livres, une collection plus riche et plus variée. Collection qui sera bientôt classée à part, au même titre que les romans policiers, la SF.
Néanmoins, tout n’est pas encore acquis : alors que les chroniques sont depuis 2014 systématiquement signées par les bibliothécaires de leurs nom et prénom, la bibliographie Le Baiser n’en a aucune, les bibliothécaires ont « oublié » pour cette bibliographie de le faire, leurs nom et prénom sont indiqués en début de bibliographie… Devant la réticence, j’ai préféré ne pas insister. Au niveau des films quelques difficultés, notamment un débat assez houleux par rapport au film Quand on a 17 ans, film qui raconte une histoire d’amour entre deux jeunes garçons. Des mots malheureux ont été prononcés, certains agents étant mal à l’aise car cela les heurtait qu’on puisse montrer une scène d’amour entre deux jeunes hommes ; scène qui ne les aurait pas gênés dans un rapport « normal, hétérosexuel ». Il a fallu faire preuve à la fois de pédagogie et d’autorité.

Entre art plastique et art littéraire, c’est un voyage de découvertes que nous avons offert à nos lecteurs, voyage source de moments exquis et séduisants.

Bénédicte Frocaut, directrice du réseau de lecture publique de Calais

Pour en savoir plus, retrouvez la bibliographie Rouge Baiser en PDF

 

Le meilleur de notre veille #34

Après la pause estivale, voici la trente-quatrième synthèse de la veille réalisée par les légothécaires sur Diigo.

Nous ferons un focus sur quelques sujets et thèmes marquants ces dernières semaines.

« Simone Veil était une féministe, mais aussi une femme de son temps »

Nous saluons cette figure de proue aux multiples talents (femme politique, de culture, féministe) qui est décédée le 30 juin dernier à l’âge de 89 ans. Elle incarne la loi légalisant l’avortement adoptée par le Parlement en 1974.

   

Les associations de bibliothécaires comme l’IFLA et l’ABF se sont réunies ces dernières semaines  à l’occasion de leurs congrès. Retrouvez dans ces deux articles quelques sujets qui ont été abordés : conférence autour de la notion de l’intersectionnalité, questions de multiculturalisme, situation des femmes en situation de conflit pour l’un et table ronde « littérature et périphérie », stand de différentes commissions dont Légothèque, expérimentation autour des toilettes mixtes pour l’autre.

 

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Dialogue entre la recherche, les militant.e.s, les archivistes et bibliothécaires ou quand un atelier universitaire et une brochure nous interrogent sur nos pratiques professionnelles

Par Marine Gilis, doctorante : année préparatoire à la thèse, diplômée du master Genre, Politique et sexualité de l’EHESS

Un atelier universitaire intitulé « Archives, mémoire, transmission du féminisme et LGBTQ+ » , soutenu par l’association EFiGiES (réseau de jeunes chercheur.e.s en étude de genre), a débuté le 6 octobre à Paris. Cet atelier vise non seulement à interroger les archives en tant qu’objet, à travers un regard pluridisciplinaire, mais il vise aussi plus largement à questionner la construction des identités, des mémoires, à explorer et comprendre le processus de transmission. Animé par des jeunes chercheur.e.s, mais ouvert aux chercheur.e.s plus expérimenté.e.s, aux professionnels de l’archivage, de la documentation, de la conservation et aux militant.e.s, cet atelier s’organise en quatre séances sur l’année, à Paris et à Toulouse. Il s’adresse à tous les publics : étudiant.e.s, chercheur.e.s, professionnel.le.s et usager.e.s.
Interroger le métier, les transformations technologiques, les savoirs, l’égalité.
Alors que le féminisme et les questions LGBT sont souvent envisagées du point de vue des politiques d’égalité et des discriminations, l’atelier se propose ici d’interroger cette mémoire collective d’un autre point de vue, celui des professionnel.le.s, chercheur.e.s et militant.e.s, qui ont la responsabilité de sa sauvegarde. Quel sens donner aujourd’hui aux études féministes et de genre ? Par qui, comment et pourquoi une mémoire « minoritaire » doit-est-elle être construite, écrite, racontée ? Comment mettre à disposition les ressources, archives et documentation, à tous les publics ? Comment inclure cette diversité des mémoires féministes et LGBT et assurer la pérennité et la visibilité des associations et institutions qui la transmettent ? Que faire en contexte autoritaire, répressif, face à la censure ou encore la globalisation et les transformations technologiques ?

Un nouvel outil : la brochure « Faire des études féministes et de genre en France »

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