Retour sur la Boîte à Outil n°50 sur le genre en bibliothèque aux Presses de l’ENSSIB.

En novembre paraissait l’ouvrage Agir pour l’égalité, questions de genre en bibliothèque dans la collection Boîte à outil des Presses l’ENSSIB. Sous la direction de Florence Salanouve, cet ouvrage inscrit les questions de genre dans une collection à destinations des professionnel.le.s, une grande première pour cette collection qui fait référence dans le monde des bibliothèques.

Un ouvrage qui apporte des réponses à la fois théoriques et pratiques semblait inévitable pour aborder ce sujet. Il ressort de cet ouvrage un réel besoin d’interroger les fonctionnements actuels des bibliothèques pour mieux avancer sur les questions de genre. Afin d’y parvenir, cette boîte à outils regroupe des outils pratiques pour évaluer et impulser des politiques de lecture publique sensibles au genre.

Comment les professionnels des bibliothèques se sont emparés de ce thème?

La première partie revient sur l’évolution théorique et historique du genre en France et particulièrement dans le monde des bibliothèques. C’est l’occasion d’une définition des termes nécessaires afin de donner notamment des arguments précis qui peuvent être utiles en cas d’opposition de principe ou de simple interrogation face au sujet. Cette partie souligne la marge de progression encore existante pour permettre aux femmes d’intégrer des postes de direction dans un métier pourtant très féminisé comme le démontre l’article d’Anne Marie Pavillard qui retrace l’ouverture progressive du métier de bibliothécaire aux femmes, sous couvert d’arguments souvent misogynes à la fin du XIX siècle et au début du XX siècle. Les articles précieux de Réjane Sénac, de Chloé Jean et les entretiens avec Camille Hubert et Thomas Chaimbault-Petitjean, permettent d’interroger la notion d’engagement et celle également importante de neutralité au sein d’une profession marquée par une exigence d’objectivité.

L’importance centrale des collections

Une seconde partie se penche sur la gestion des collections. Florence Salanouve souligne que les classements sont le reflet historique, sociologique, intellectuel des bibliothécaires (souvent hommes) qui les ont créés. Aussi, comment “corriger” certains biais de représentations que les classements peuvent comporter, à l’image de la DEWEY qui classait, jusqu’en 1965, les ouvrages sur l’homosexualité au même niveau que les “déviances sexuelles”? Au contraire, faut-il penser une certaine historicité de ces classements, les rendre visibles afin de mieux montrer comment s’est construite historiquement la bibliothéconomie moderne? 

Deux articles d’Annie Metz et de Nathalie Clot reviennent sur la mise en place de deux collections d’archives incontournables: la bibliothèque de Marguerite Durand et le Centre d’Archives du Féminisme d’Angers. On notera le combat qu’ont dû mener les bibliothécaires, les militant.e.s et les usager.e.s pour maintenir ouverte la bibliothèque Marguerite Durand en 2017, alors que la Ville de Paris proposait son intégration au sein de la bibliothèque Historique de la Ville de Paris (BHVP), au risque d’invisibiliser cette collection particulièrement exceptionnelle.

Petit regard vers l’international, avec un focus de Camille Hubert sur un partenariat entre l’Openbare Bibliotheek d’Amsterdam et l’association International homo/lesbian Information Center and Archive (IHLIA).

Dans et hors des bibliothèques : des actions pour tous.tes !

La troisième partie revient sur des actions qui s’inscrivent dans une démarche sociale, éducative et urbanistique. Les bibliothèques s’inscrivent désormais dans un ensemble plus vaste de politiques publiques qui dépassent la bibliothéconomie. Or, le genre peut être le catalyseur de ces expériences, et la bibliothèque devient alors le lieu central du débat public sur les questions de genre. 

Le réseau des médiathèques de l’université de Versailles Saint Quentin en Yvelines est devenu un lieu de collaboration pour la mission parité-égalité de l’Université. Un ensemble d’actions permettent de sensibiliser les étudiants sur ce sujet devenu incontournable dans le débat actuel.

Chloé Jean a effectué son mémoire de conservatrice de l’ENSSIB sur les bibliothèques militantes et associatives LGBTQIA+. Ces bibliothèques et centres d’archives ont des pratiques différentes de celles présentes dans les bibliothèques institutionnelles (universitaires ou municipales). A ce titre, elles sont d’excellents sujets d’études pour analyser comment des militant.e.s réinventent  le lieu de la bibliothèque. 

Carole Renard revient sur une expérience menée à la Bibliothèque Départementale de l’Hérault avec le collectif des Sans PagEs qui organise régulièrement des ateliers participatifs en bibliothèque afin de visibiliser les femmes sur Wikipédia. Ce travail de longue haleine (le collectif a désormais 5 ans) permet de sensibiliser à un matrimoine souvent invisibilisé.
Enfin, Aénor Carbain revient sur l’inscription des bibliothèques dans l’espace public: les bibliothèques sont-elles des lieux si neutres qu’on le croit? A partir du constat que l’espace public est pensé par et pour les hommes, et au regard des actions menées depuis plusieurs années par des urbanistes sensibles à cette question du genre, comment faire du lieu bibliothèque un espace libéré des stéréotypes de genre? cette question soulève autant des interrogations quant à l’aménagement physique des bibliothèques qu’à l’organisation de leurs collections (politique documentaire, médiation qui est faite autour de la question…).

Pour aller plus loin :

  • Le Centre Hubertine Auclert a réalisé un jeu de rôle “sceptique/anti-sceptique” afin d’apporter des outils de manière ludiques pour aider les porteurs/porteuses de projets sur l’égalité pour lutter contre les idées reçues. 
  • L’ouvrage propose un mémento très visuel, imaginé comme une BD dessinée par Magalie Le Gall pour bien mener un projet permettant de prendre en compte la question du genre en bibliothèque.
  • On retrouve naturellement un lexique et une bibliographie en fin d’ouvrage. 

Retour sur l’activité de la Légothèque en 2021

L’ensemble des membres de la commission Légothèque vous souhaite une excellente année 2022 !! Afin de bien commencer l’année 2022, nous vous proposons cette semaine un petit regard sur l’ensemble de l’action de la Légothèque en 2021. Cette précédente année fut riche en échanges et en actions, d’autant plus que la Légothèque fête ses dix ans d’expérience !!

Les actions de la commissions en 2021

Nos missions :

Nous nous intéressons au rôle des bibliothèques dans la construction de soi et à la lutte contre les stéréotypes.

Nous travaillons sur 3 thématiques :

  • l’interculturalité et le multiculturalisme
  • les questions de genre
  • l’orientation sexuelle et sentimentale

De manière générale, nous nous intéressons aux questions d’inclusion en bibliothèque et comment elles questionnent missions, services, espaces et accès aux collections.

Le nom « Légothèque » est un jeu de mot : il renvoie d’abord au célèbre jeu de construction Lego qui symbolise la construction active de soi, brique à brique, identité par identité. Ce mot renvoie également à l’ego, c’est-à-dire à soi, au moi, mais nous évoquons aussi le verbe lire en latin (lego, legis, legere) et donc au monde de la lecture tout en faisant référence aux bibliothèques (- « thèque »).

Nos outils :

L’équipe de la Légothèque est composée de professionnels des bibliothèques ou du livre, qui sont membres de l’ABF. Nous nous réunissons une fois par mois en visio-conférence afin de discuter des divers sujets et actions qui touchent notre commission.

  • Le Blog :

Nous tenons ce blog et nous avons publié plus de 40 articles cette année. Vous nous avez particulièrement suivi en 2021, avec des fréquentations du blog qui ont dépassé nos espérances !

Voici le “top” des articles que vous avez le plus lu (en dehors de notre page d’accueil qui est très fréquentée toute l’année). Les articles en gras ont été publiés en 2021 :

  • La transidentité dans les livres / la littérature jeunesse (1743 vues)
  • Retour sur le questionnaire Légothèque portant sur l’accueil des personnes trans en bibliothèque (858 vues)
  • La culture drag (789 vues)
  • Recommandations pour une écriture inclusive et accessible (765 vues)
  • Exposer le genre (672 vues)
  • Ecriture inclusive et communication sans stéréotype (670 vues)
  • Les maisons d’éditions féministes à Livre Paris 2016 (582 vues)
  • Nos outils (513 vues)
  • Bibliothèque(s) et inclusion (480 vues) 

Ce blog est également doublé d’une activité sur Tweeter (@légotheque) et sur Facebook.

Nous proposons également une exposition sur le genre qui a circulé cette année dans 7 bibliothèques françaises. Nous remercions encore une fois ces bibliothèques d’avoir effectué ce partenariat avec nous.
Vous souhaitez l’exposer? Contactez nous au mail Legotheque@gmail.com.

Nous travaillons actuellement à une actualisation de cette exposition (Explication plus bas, dans nos projets de l’année 2022).

  • Autres participations :

En dehors de ces activités régulières, les membres de la Légothèques interviennent lors d’événements professionnels (Table Ronde, Journées d’étude, colloques…) ou pour d’autres sollicitations (interviews, articles et publications…). 

Cette année a été encore une fois riche malgré les empêchements (crise du COVID qui a réduit notre marge de manœuvre dans l’instauration de vrais temps de rencontres physiques).

Nous avons par exemple :

Un des grands temps de l’activité de la commission reste l’implication dans le congrès annuel de l’ABF qui fut marqué cette année par la crise COVID. Nous avons toutefois pu organiser une table ronde sur l’inclusion  au sein des médiathèques. Nous remercions encore une fois les membres de l’ABF d’avoir pu permettre ces temps d’échanges, capitaux pour maintenir une réflexion sur des sujets professionnels d’actualité.

Nos Projets pour 2022

En 2021, nous avons initié deux projets que nous allons finaliser en 2022 avec pour objectif une présentation lors du congrès de l’ABF de 2022, qui se tiendra le … Juin à Metz :

  • La refonte de notre exposition : nous avons constaté que l’exposition “Exposer le genre” avait besoin d’une mise à jour! Depuis sa création, de nombreuses évolutions tant dans la société que dans les réflexions sur le genre invitent à repenser le contenu de ce travail. 
  • La création d’une boîte à outil sur l’accueil des personnes trans en bibliothèque. Nous avons effectué une enquête auprès de personnes concerné.e.s permettant de rédiger des fiches pratiques pour améliorer l’accueil de ce public dans les bibliothèques.

La Légothèque recrute!!

Afin de faire vivre tous ces projets, et pour en imaginer de nouveaux, la Légothèque recherche de nouveaux membres. Si vous êtes intéressé.e.s par nos projets et notre démarche, n’hésitez pas ! Vous pouvez rejoindre la Légothèque en nous envoyant un mail à Legotheque@gmail.com

Colloque Lutte contre les violences faites aux femmes : les droits des femmes à l’épreuve des crises

La ville de Strasbourg a organisé par la ville le 23 novembre dernier son colloque annuel sur la lutte contre les violences faites aux femmes. Cette année, c’était le covid qui a inspiré la thématique, Les droits des femmes à l’épreuve des crises. En effet, comme rappelé à de nombreuses reprises par les intervenant·es lors de la journée, la crise du covid a dégradé la situation des femmes : violences économiques, puisque de nombreux métiers de « première ligne » sont essentiellement féminins, et que dans les couples hétérosexuels, ce sont elles qui se sont occupées des enfants confinés ; violences physiques et morales, comme on a pu le constater avec l’augmentation des signalements pour violences conjugales (40% lors du premier confinement, 60% lors du deuxième). 

Ce colloque a été organisé par la ville de Strasbourg, en partenariat avec de nombreuses associations : le planning familial, SOS femmes solidarité, Ru’elles, la Cimade… Mais également Osez le féminisme et le Mouvement du nid. La présence de ces associations implique des discours abolitionnistes, transphobes ou racistes – qui ont été entendus lors des précédentes éditions du colloque. Cette année cependant, la parole était globalement plus mesurée, et certains sujets n’ont pas du tout été abordés (transidentité, voile, …)., au contraire de l’abolitionnisme. 

Leçons féministes d’une crises / Najat Vallaud-Belkacem

Pour Najat Vallaud-Belkacem, la crise du covid a eu un impact fort sur la place des femmes, notamment dans les pays pauvres où les femmes sont moins indépendantes et plus précaires : l’absence de compte bancaire signifie l’impossibilité de recevoir des aides financières ; la privation de nourriture et de soins au profit des hommes augmente les décès maternels et néonataux ; la fermeture des écoles fait augmenter les grossesses non désirées – surtout précoces -, les mutilations génitales et les violences dans leur ensemble. De plus, les métiers du soin donné à autrui (souvent appelés métiers du care), bénévoles ou salariés, sont souvent réalisés par les femmes, qui sont donc les premières à tomber malade – et à subir l’ostracisation. 

Les plans de relance internationaux oublient souvent les femmes : à l’ONU par exemple, le plan  global ne possède aucun alinéa à leur sujet. Seul le fonds de l’ONU sur les populations évoquent cette problématique.

Najat Vallaud-Belkacem évoque ensuite le harcèlement en ligne : les femmes en sont les premières victimes, quel que soit leur bord politique. Elles sont donc nombreuses à quitter les réseaux sociaux, ce qui fait encore baisser la place des femmes dans l’espace public. 

État des lieux : crise sanitaire, quelles menaces pour les droits des femmes en Europe ? / Amandine Clavaud

Amandine Clavaud présente les menaces sur les droits des femmes en tant de crise comme un problème circulaire. En effet, elles sont absentes des différentes instances qui font de la gestion de crise : dans les médias, plans de relance, instances d’aide à la décision,… fait baisser leur état de santé : santé mentale, risque de violences, manque d’accès aux droits sexuels et reproductifs, etc. En plus de cela, l’articulation des temps de vie avec les tâches ménagères et le télétravail crée une précarité économique et sociale, ce qui explique leur absence dans la gestion de crise.

Femmes providentielles mais femmes invisibles et sous payées / Rachel Silveira

Avec la crise du covid, la société se rend compte du rôle essentiel des femmes notamment avec les métiers du care : on se souvient des applaudissements lors du premier confinement pour les soignant·es, même la plupart de ces métiers sont toujours dévalorisés. Pour Rachel Silveira, « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur leur utilité commune.» 

Pourquoi revaloriser ces métiers ? Il ne s’agit pas uniquement d’augmenter les salaires, mais aussi de reconnaître le travail des femmes.
Comment le faire ? En appliquant la loi de 1982 : à travail égal, salaire égal. Mais il faut aller plus loin : à travail de valeur égale, salaire égal. Le management est aujourd’hui de plus en plus valorisé, quand les métiers de service et de soin le sont de moins en moins.

Il faut une reconnaissance des diplômes, des technicités, de toutes les responsabilités, mais aussi des charges physiques et nerveuses. 

La précarité des femmes tient des salaires inégaux pour un travail égal, mais aussi d’autres facteurs : les temps partiels imposés, les horaires atypiques, le temps de travail mesuré en actes, et la difficulté du déroulement de carrière.

Table ronde à quatre voix / Animée par Anna Matteoli

Suite à cette table ronde, deux questions ont été posées :

  • Suite à la crise du covid, des garde-fous existent-ils pour que la situation des femmes ne se dégrade pas lors d’une prochaine crise ?

Les intervenantes évoquent plusieurs possibilités : continuer la lutte, partager les infos ; faire pression sur la politique publique (pour demander par exemple que des données genrées soient collectées lors des enquêtes publiques) ; élire des gouvernements progressistes ; réunir les ministres des droits des femmes au niveau européen voire international ; former les décideurs. 

La question des droits des femmes est une question sociale. Porter une politique féministe ne peut pas suffire sans porter également la lutte des classes.

  • Quelles sont les actions simples pour améliorer les droits des femmes de manière structurelle ?

Le point de départ de toutes les actions doit être l’éducation. Aussi, faire signer des propositions aux candidat·es et faire des actions en justice s’iels ne les respectent pas est une solution évoquée. Enfin, la place importante des syndicats dans les luttes féministes est mise en avant, avec un mot d’ordre : syndiquez-vous !

Table ronde : Nouvelles dynamiques partenariales et retours d’expériences dans la prise en charge des femmes victimes de violences / animée par Françoise Poujoulet

Pendant le premier confinement, le 3919, numéro pour les femmes victimes de violence, a enregistré 45 000 appels, dont 29 000 en avril – soit 3 fois plus d’appels que d’ordinaire.

Il y a cependant eu pendant cette période une continuité de l’action des services sociaux et des associations, comme par exemple : 

  • un plan de lutte contre les violences faites aux femmes en période de confinement a été mis en place par le gouvernement depuis le 30 octobre 2020,
  • l’association SOS femmes solidarité a mis en place de nombreuses places d’hébergement d’urgence, surtout dans des hôtels. Entre 60 et 80 femmes et enfants en situation d’urgence ont pu bénéficier de ce service. La question des repas et du linge se posait, et c’est l’association qui a mis en place une buanderie et une cuisine dans leurs locaux. Il y a également eu la mise en place d’une continuité pédagogique, tant en termes de matériel (accès à des ordinateurs, à internet, à des imprimantes, etc.) que de formation (informatique, français langue étrangère, etc.)

Anne-Cécile Mailfert, dans son intervention Quelles perspectives pour les droits des femmes dans le « monde d’après » ?,  fait en quelque sorte une conclusion de la journée. Celle-ci a été l’occasion de se rendre compte que nous évoluons dans un monde d’hommes. Quatre points fondamentaux sont à retenir en ce qui concerne les violences sexistes : le caractère massif de ces violences, la cristallisation de ces problématiques en temps de crise, le monde de violences qui est légué aux enfants… Mais également l’espoir de démocraties qui donneraient leur place aux femmes.

Les actes du colloque seront disponibles à la Médiathèque Olympe de Gouges à Strasbourg. 

Tour de veille – décembre 2021

Pour notre dernier billet de l’année 2021, voilà un petit retour de l’actualité du mois de décembre…

Multiculturalisme

La commission International de l’Association des Bibliothécaires de France a traduit la boîte à outils qui accompagne le manifeste IFLA/UNESCO pour une bibliothèque multiculturelle.

L’autrice afroféministe bell hooks est morte, à l’âge de 69 ans. Son dernier ouvrage traduit en Français est sorti en 2021 aux Éditions divergences sous le titre La Volonté de changer. Les hommes, la masculinité et l’amour.

Genre

Les hommes et les femmes aujourd’hui, un entretien sur France culture entre Alain Finkielkraut, Camille Froidevaux-Metterie et Jean-Michel Delacomptée. Des postures assez antagonistes, avec l’éclairage pertinent de @CfroidevauxMett.

Talia de Rugeriis vient de terminer son master Politique des Bibliothèques et de la Documentation, et présente son mémoire La Bibliothèque pour enfant et la lutte contre les stéréotypes de genre.

La bibliothèque Buffon de Paris a proposé une rencontre Presses de l’Enssib/CDML, en lien avec l’ouvrage Agir pour l’égalité – Questions de genre en bibliothèque. Cette rencontre a été enregistrée et sera disponible sur la chaîne Youtube de la bibliothèque Buffon.

LGBTQI+

Après les député·es, c’est au tour des sénateur·ices de voter contre les thérapies de conversion. Sont concernées les personnes homosexuelles et trans – mais on peut regretter que l’interdiction des mutilations des enfants intersexes n’ait pas été intégrée au texte.

Après TraceS, un petit jeu sur les archives des luttes contre le sida, la Fabric’Art-thérapie sort un second opus TraceS2, sur la mobilisation des Drag Queen et Drag King lors de l’épidémie.

Nous souhaitons de bonnes fêtes et une bonne année, et vous rappelons si vous n’avez pas encore acheté tous vos cadeaux que nous vous proposons une petite sélection culturelle pour vous donner des idées !

La lecture en partage #3

Joyeuses fêtes à tou·te·s !

Les légothécaires sont de retour pour une 3e année avec des suggestions culturelles en cadeau ! Comme en 2019 et 2020, nous vous invitons à partager vos propositions culturelles en cadeau dans la section commentaires à la fin du billet de blogue.

Joyeuses fêtes et Bonne Année !

Barricades / Charlotte Bousquet, Jaypee

Trouver la force d’être soi, c’est parfois un long chemin : chanter dans un groupe, ne plus avoir peur d’être regardée quand on se rend aux toilettes. Ne plus avoir peur du regard des autres avant de se défaire de son costume de garçon… Cette BD parle avec bienveillance de la transition des personnes trans, pour qui le genre qui leur a été assigné à la naissance ne correspond pas au genre qu’ils ressentent, qui forme leur identité intime.

Librement inspiré de cette bande dessinée de Charlotte Bousquet et Jaypee, le téléfilm « Il est Elle » raconte l’histoire d’Emma. Mal dans sa peau, elle grandit avec le prénom Julien tout en s’étant toujours sentie fille. Elle décide de l’annoncer à ses parents, et cette nouvelle secoue sa famille, partagée sur la manière d’accompagner Emma dans sa transition.

#genre #transidentité #trans #transition

Fabienne

Satisfaction / Nina Bouraoui

Sous la plume incandescente de Madame Akli, Nina Bouraoui réunit dans ce roman les principaux sujets qui l’occupent et la préoccupent : ses souvenirs de sa jeunesse en Algérie, l’enfance qui s’achève, l’amour qui s’élime et s’égare, le désir qui fait vaciller la raison. En résulte un roman ardent, à la fois sensuel, poétique et intimiste. Au fil de ses textes, l’autrice tisse un maillage qui relie ses objets littéraires les uns aux autres. Une écriture sensible et fluide qui touche au cœur!

Fabienne

Transitions : journal d’Anne Marbot / Élodie Durand

Une bande dessinée qui raconte le parcours non d’un enfant qui change de genre mais de sa mère et de sa famille.

C’est pour eux une découverte béante, jusqu’à en être assommé. S’enchaînent la sidération lorsque la psychologue du planning familial annonce à Anne que sa fille est un garçon, l’incompréhensible communication et l’irréductible éloignement, l’impossibilité apparente à changer de pronom, d’habitudes… À travers des styles graphiques différents, c’est le processus de déconstruction qui est ainsi raconté, trop lentement pour l’enfant, mais bouleversant pour sa mère. Dans cette histoire, la rupture aurait pu être consommée définitivement mais il n’en a rien été. Espérons qu’elle aide d’autres parents à mieux appréhender ce que vivent leurs enfants.

René.e aux bois dormants / Elene Usdin

Dans ce magnifique roman graphique, René.e se perd dans les méandre du sommeil, à la recherche de son lapin en peluche. Iel découvre les recoins de sa conscience, à la recherche de ses racines. Ou plutôt d’un événement traumatique issu de son déracinement. Car René.e est autant une fable onirique et haute en couleurs sur le genre Two-Spirit qu’une réflexion sur les pratiques coloniales de l’administration Québécoise envers une partie de sa population.

Aénor.

De purs hommes / Mohamed Mbougar Saar

troisième roman du lauréat du prix Goncourt 2021, Mohamed Mbougar Saar, est inspiré d’un fait divers homophobe (une vidéo virale où une foule déterre le cadavre d’un présumé góor-jigéen au Sénégal). Dès qu’il visionne la vidéo Ndéné Gueye, jeune professeur de lettres, se voit obsédé par cet homme, et va même rencontrer sa mère. Autour de lui, dans le milieu universitaire comme au sein de sa propre famille, les suspicions et les rumeurs naissent et le déstabilisent. Un roman bouleversant sur la question de l’identité et l’importance d’être soi.

Thomas.

Les animales / Fred L.

La formidable maison d’édition Talents Hauts, « des livres qui bousculent les idées reçues », poursuit sa collection de livres tout cartonnés pour les plus petits: Badaboum : par terre les clichés !. Les animales est un imagier qui présente des animaux femelles. Partant du constat que ce sont majoritairement les mâles qui sont représentés dans les imagiers, et que lorsqu’une femelle est présente, c’est pour symboliser la maternité ou la proie, Fred L choisit d’illustrer lionne, tigresse, ourse ou encore brebis, en leur rendant puissance, rapidité et intelligence. Le crayonné traditionnel fait référence à ce long héritage que sont les imagiers pour la littérature jeunesse, et la colorisation, camaïeu de rose et de bleue, vient heurter notre perception, comme une invitation à changer le regard.

Laura

L’enfant fleuve / Cécile Elma Roger (texte), Eve Gentilhomme (illustrations)

Présenté comme un conte écologique, l’enfant fleuve est avant tout un hymne à l’imaginaire : puissant pouvoir en faveur de la différence et de l’acceptation de tou.te.s, à commencer par soi-même. Abel rêve de devenir fleuve, et même si ses amis trouvent ce rêve ridicule, il sait que cela lui permettrait des choses impossibles, comme voyager sur des continents entiers, et qu’il se ferait pleins d’amis. Un beau travail, très fin, a été fait pour que les représentations de cet enfant-fleuve permettent de reconnaitre l’enfant mais sans faire d’anthropomorphisme. Les mots rebondissent, à l’image de cette nature immense qu’il nous faut préserver, et galopent, comme cette liberté contagieuse que les enfants communiquent souvent aux adultes.

Laura

Vaisseau d’Arcane : Les Hurleuses / Adrien Tomas

Après Engrenages et Sortilèges et Dragons et mécanismes, Adrien Tomas reprend la plume dans le même univers. L’histoire est haletante et oscille entre action et intrigue politique. Suivre les différents personnages, dans le contexte de chaque nation, est un véritable plaisir. Dans ce premier tome, on suit principalement Sof, dont le frère est victime d’un accident magique, qui le rend recherché par les autorités. S’enfuyant avec lui, elle quitte leur ville, avec à leurs trousses de nombreux groupes aux motivations pas toujours claires et qui finissent par l’impliquer dans des conflits de nations.

Max

L’Étrange et folle aventure du grille-pain, de la machine à coudre et des gens qui s’en servent / Gil Bartholeyns et Manuel Charpy

Un titre un peu étrange pour un petit livre passionnant. C’est un essai très accessible qui vous fera découvrir quelques détails historiques sur des objets du quotidien. L’analyse des auteurs, historiens tous les deux, en dit long sur nos pratiques et dresse un portrait sociologique de la société assez étonnant. Et si finalement les objets censés améliorer le quotidien n’étaient que de nouvelles chaînes ? Progrès ou assujettissement ? Vous fermerez ce livre avec quelques questions en tête. Et vous ne ferez plus griller vos tartines de la même façon.

Virginie

La Bibliothèque pour enfant et la lutte contre les stéréotypes de genre : mémoire de recherche

Talia de Rugeriis a terminé son master Politique des Bibliothèques et de la Documentation à l’Ecole Nationale Supérieure des Sciences ce l’Information et des Bibliothèques (ENSSIB) en 2021 par la présentation de son mémoire La Bibliothèque pour enfant et la lutte contre les stéréotypes de genre, sous la direction de Mina Bouland, chargée de développement en lecture publique à la médiathèque départementale du Nord et responsable de la commission Jeunesse de l’Association des Bibliothécaires de France (le mémoire est en accès libre sur le site de l’ENSSIB). L’équipe de Légothèque lui laisse la parole pour présenter son mémoire.

J’ai eu l’occasion, en 2020 et 2021, de m’interroger sur le possible rôle de la Bibliothèque pour enfants dans la lutte contre les stéréotypes de genre. Divisé en trois parties, ce mémoire débute par un retour historique sur l’émergence de la Bibliothèque pour enfants, se poursuit par un regard critique sur les liens entre enfance et mouvements de lutte contre les stéréotypes de genre, pour se terminer sur une enquête – étude sur les pratiques des professionnels des bibliothèques autour de la lutte contre les stéréotypes.

Quelle légitimité pour les bibliothèques dans la lutte contre les stéréotypes de genre ?

Avant tout, il était important de comprendre quelle légitimité les bibliothèques jeunesse avaient vis-à-vis de la lutte contre les stéréotypes de genre. Mes recherches m’ont permis de la trouver dans un premier temps au sein des missions principales de la bibliothèque jeunesse en France, et ce dès sa naissance, dès l’Heure Joyeuse, dans les années 1920. Il y aurait ainsi un rôle historique d’information et de lutte contre les inégalités, y compris celles de genre.

Aujourd’hui, les réflexions menées par les bibliothécaires existent et sont nombreuses : elles permettent de prolonger cette légitimé. En témoignent les nombreuses publications, dans la Revue des Livres pour Enfants notamment, les ouvrages professionnels, tels que la très récente Boite à outils de l’ENSSIB, et journées professionnelles, consacrés au sujet. Les entretiens et le questionnaire que j’ai menés avec des professionnel.le.s montrent que leur intérêt pour accompagner une société en mouvements et de plus en plus éveillée aux questions d’égalité, est réel et efficace. Cet intérêt se décompose en autant de tentatives de répondre aux demandes des enfants, mais aussi de tous les publics de la bibliothèque, qui semblent solliciter de plus en plus la bibliothèque sur ces sujets. Celle-ci semble alors disposer de toutes les ressources nécessaires pour apporter des réponses diversifiées et alternatives aux offres culturelles dominantes. Les collections et l’action culturelle sont autant de moyens de médiation efficaces. Le fait que la bibliothèque soit un lieu gratuit, ouvert et relativement neutre permet ainsi de proposer un espace et des expériences permettant à l’individu de « se construire » , de « trouver sa place » et de comprendre les débats du monde. On n’est pas loin des safe place souhaitée par certains groupes dominés.

La légitimité des bibliothèques dans la lutte contre les stéréotypes de genre est également une affaire d’État. En effet, étant un service public, elle se doit de s’inscrire en cohérence avec le gouvernement qui mets en avant l’enjeu de la lutte contre les stéréotypes depuis plusieurs années.

Ainsi sortie des logiques marchandes pour être un service public largement ouvert, la bibliothèque a le potentiel d’offrir des représentations diversifiées et une information accessible à un public divers et large, qui ne les trouverait pas nécessairement dans les autres lieux qu’il fréquente.

Quel est le programme ? Collections et actions culturelles

Mon mémoire s’efforce de rendre compte de l’état des forces qui s’appliquent dans les pratiques professionnelles pour lutter contre les stéréotypes de genre. Il y a des pratiques d’acquisition et désherbage plus ou moins formalisées et plus ou moins alimentées par des veilles particulières. L’offre éditoriale semble parfois être un frein. Si les professionnel.le.s peuvent avoir l’habitude de refuser un titre en raison des stéréotypes qu’il diffuse, l’inverse ne semble pas être systématique, du fait de la qualité graphique ou éditoriale estimée insuffisante. Certaines bibliothèques ont fait le choix de prioriser le critère de la diversité des représentations dans les albums, parfois au-delà du critère de qualité graphique ou éditoriale. D’autres bibliothèques mettent en place des fonds spécifiques au genre : ces espaces, qui contiennent la plupart du temps des ressources pour les enfants, sont une réelle opportunité de rendre visible l’engagement de la bibliothèque sur ces sujets.

Les collections constituées de sorte à présenter un panel diversifié de représentations de genre sont nécessairement investies dans la vie de la bibliothèque, et par exemple au sein de la programmation des animations et des accueils de classe. Les résultats de mes deux enquêtes démontrent un panel d’actions à destination des enfants (ou concernant la lutte auprès d’eux) assez diversifié quant aux thématiques du genre. On trouve des lectures, des expositions, des temps d’échanges, des jeux, des spectacles, des projections de films, des ateliers créatifs, des temps d’écoute, etc. Il m’a alors semblé intéressant de présenter ces résultats sous forme d’un tableau qui permettrait d’identifier ces différents types et de voir quelle diversité l’action culturelle peut invoquer contre les stéréotypes de genre. Les partenariats et les collaborations semblent alors indispensables, tant pour la mutualisation de ressources permettant la mise en place d’une programmation culturelle, que pour développer les compétences internes ou pour toucher de nouveaux publics.

Le regard des tutelles

Les bibliothécaires font parfois face, dans leurs démarches, à l’incompréhension de certaines tutelles, voir à de la censure. Néanmoins, il semblerait que c’est souvent l’indifférence qui domine. Cette situation perpétue le fait que la lutte contre les stéréotypes de genre en bibliothèque jeunesse relève d’initiatives personnelles de bibliothécaires ou des équipes. L’appui de la direction des structures auprès de leurs agent∙e∙s peut être un moyen de contrebalancer ces situations. Il m’a semblé cependant important de finir en citant les exemples de municipalités qui encouragent leurs bibliothèques dans leurs projets de lutte contre les stéréotypes, que ce soit par la formation des agents, par un soutient financier ou en communication ; ou encore en accordant une place stratégique à la bibliothèque dans la politique globale de lutte contre les stéréotypes.

Conclusions et perspectives

Ainsi, un large panorama de réflexions autour des questions d’égalité de genre est visible dans les bibliothèques de France. Différents niveaux d’action des bibliothèques sont concernés : l’accueil, les animations, les services aux publics, les collections, la communication… Ces actions peuvent être discutées en équipe ou menées plus solitairement, être générales ou plus spécifiques : les situations sont diverses mais témoignent d’un réel intérêt des professionnel.le.s des bibliothèques jeunesse.

Mon mémoire tente ainsi de présenter ces réflexions, dans une approche historique et contemporaine, grâce aux riches témoignages des bibliothécaires de toute la France agissant dans des structures aux missions et aux situations différentes. J’avais également l’envie, dans ce travail, de constituer une boîte à outils permettant aux intéressé.e.s de trouver des ressources accessibles pour lutter contre les stéréotypes de genre.

En guise d’épilogue

Mon travail de recherche s’est terminé en juin 2021. Depuis, j’ai pu mettre en place dans la médiathèque où je travaille un accueil de classe « égalité filles-garçons » qui a tout de suite été identifié par les enseignant.e.s et qui a remporté un vif succès. Celui-ci est proposé pour des élèves allant de la moyenne section au CM1. Je place ci-dessous l’une des trames de cet accueil que j’utilise auprès des plus grand.e.s ainsi que la sélection d’ouvrages que nous avons constituée pour l’accompagner, qui pourraient vous intéresser ou même vous inspirer.