Retour sur l’année 2014

L’année 2015 a déjà commencé depuis bientôt deux mois, le planning de publications du blog se remplit, des projets sont lancés : préparation du congrès AbF 2015, participations à des journées d’études, publications, formations… mais il nous semblait important de revenir sur l’année 2014 pour la commission.

 

Les Légothécaires au travail

Les Légothécaires au travail

1. En chiffres pour commencer :

Vous avez été 18.160 à venir sur le blog tout au long de l’année ! Nous vous remercions de votre fidélité à nos publications. N’hésitez pas à commenter les articles, nous dire si les thématiques vous conviennent et répondent à vos interrogations.

En 2014, nous avons publié 46 articles, aux thématiques diverses.

Les articles les plus consultés cette année furent :

Cette année, nous avons ouvert une page Facebook que vous êtes déjà 178 à aimer (https://www.facebook.com/legotheque?ref=hl). Vous êtes également 426 à suivre notre compte twitter @legotheque.

  2. En actions pour continuer :

Les évènements liés à la loi sur le mariage pour tous et les manifestations contre cette loi ont été fortes au mois de février. Les répercussions en bibliothèque se sont fait ressentir sur l’ensemble du territoire et Légotheque a pu être en première ligne avec l’AbF pour réagir et prendre position contre les velléités de censure ici et là.

Légotheque a également participé, avec plusieurs membres de la commission, à différentes journées d’étude. Ces journées sont l’occasion de se faire connaître auprès des professionnels, mais aussi de promouvoir les groupes de travail au sein de l’AbF.

 

Le congrès de l’AbF, qui a eu lieu à Paris en juin a été riche en rencontres et échanges, notamment pendant les actions portées par le groupe, la journée du vendredi 20 juin. Vous avez été nombreux à participer aux échanges et discussions, nous vous en remercions !

  • Présentation de l’exposition sur le genre
  • Une table-ronde en matinée (à partir de 11h) sur le thème des compétences conjointes.
  • Une rencontre l’après-midi, à partir de 14h, avec des ateliers participatifs autour des thèmes qui animent nos travaux : pluralisme des collections, intersectionnalité, et interculturalité.

Le congrès de l’IFLA, qui s’est déroulé à Lyon en août, a été une belle occasion de rencontrer des collègues du monde entier qui travaillent sur les mêmes questions que Légotheque, mais également de promouvoir le travail de la commission au travers de différentes actions.

  • Participation au Groupe d’intérêt spécial LGBTQ Users
  • Animation d’une rencontre « Jeux vidéo et stéréotypes de genre » sur le stand My French Library
  • Ajoutons ici la traduction en français d’interventions de la conférence autour des publics LGBTQ « Addressing the silence : how libraries can serve their LGBTQ users ?« 

3. La vie de la commission

La commission compte aujourd’hui 12 membres. Nous nous réunissons une fois par mois pour une réunion en visio-conférence afin de faire le point sur les différents projets en cours, ce qui complète les nombreux échanges mails que nous pouvons avoir.

Nous avons abandonné des outils (un Zotero pour notre veille, en fait supplanté par le Diigo), en avons développé d’autres (un Drive d’échange de fichiers notamment). Nous réfléchissons à la meilleure manière de donner accès au thésaurus Homosaurus développé par l’Homodok à l’OBA d’Amsterdam, aux Pays-Bas (on en parle ici). Nous travaillons toujours sur nos outils pour les rendre plus efficaces.

Cette année fut aussi l’occasion de faire parler de Légothèque dans les médias. Nous l’avons dit, la malheureuse polémique autour de « Tous à poil » et du pluralisme des collections aura été l’objet d’une large couverture médiatique où Légothèque fut mentionnée et interviewée (une participation à l’émission « Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin » sur Radio Aligre ; des articles dans Le Monde, L’Humanité ; des mentions dans des blogs). Un blog d’extrême-droite a aussi parlé de nous mais je ne le relierai pas.

Nos actions ont été relayée également qu’il s’agisse de la journée sur le genre en bibliothèque organisée par Médiadix en décembre 2013 (BBF), celle sur l’inclusion en partenariat avec Accessibib et le groupe AbF Midi-Pyrénée (Bibliothèque(s), blog Nouvelles lectures) ou de l’expo sur le genre (Journal de Saône et Loire, Bibliothèque(s)) ou nos interventions aux congrès de l’AbF et de l’IFLA (Journal Hétéroclite).

Et pour 2015 ?

Nous comptons poursuivre sur notre lancée avec le blog, mettre en avant des outils qui peuvent être utiles au quotidien, enrichir notre exposition sur le genre, faire connaître des lieux ressources sur l’ensemble du territoire, s’ouvrir à l’étranger grâce aux collègues rencontrés pendant l’IFLA … et bien d’autres projets, mais chut, ne dévoilons pas tout dès maintenant …

Quand le ministère de la Culture se penche sur le genre

« Dragon Ball Z (…) c’est des hommes super puissants avec des supers pouvoirs (…) il y a peu de filles qui aiment Dragon Ball Z, c’est normal, c’est que du rapport de force et de combat tout le temps. » ; « Les garçons c’est pour les expériences, et les filles pour la découverte (…) souvent les filles, elles ont peur de s’électrocuter ou des trucs comme ça, et les garçons ils sont plus courageux.» 

Qu’il s’agisse de culture scientifique, de jeux vidéo, de romans ou de mangas, les pratiques culturelles sont bien perçues comme traversées par des questions de genre, comme en témoigne ces propos d’enfants et d’adolescent-e-s recueillis par différentes enquêtes et mis en exergue dans la récente étude du ministère de la Culture Questions de genre, questions de culture.

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Le meilleur de notre veille #10

Voici la première édition du meilleur de notre veille pour 2015, avec une publication un peu décalée, qui reprendra son rythme normal (3e semaine du mois, en mars).

Une sélection peut-être plus importante qu’à l’accoutumée, alors n’hésitez pas à (re)découvrir :

  • Un article de la dessinatrice Diglee sur son blog. Elle revient sur le film It Follows sorti récemment, et en profite pour parler du sexisme au cinéma et au quotidien. L’occasion pour Diglee de revenir sur quelques films emblématiques de ces dernières années pour illustrer son propos : http://diglee.com/le-sexisme-et-le-cinema-leternel-combat/
  • Enfin, une initiative à retenir: l’EPF, École Polytechnique Féminine, ouvre la voie en déclinant son logo au féminin. « Un petit « e » au titre d’ingénieur-e, un grand pas pour les écoles d’ingénieur-e-s ! », souligne le communiqué diffusé à cette occasion. http://www.epf.fr/fr

Désapprendre les stéréotypes en BU pour promouvoir l’égalité

En 2014, le réseau des bibliothèque de l’ÉSPÉ de Lille Nord de France a mis en place une exposition et des actions autour des stéréotypes de genre à destination des futur-e-s enseignant-e-s. Joséphine Lorendeau, la bibliothécaire en charge du projet, nous en explique le contenu et la démarche :

Affiche de l'événement

Affiche de l’événement

Éduquer à l’égalité : un choix politique

L’École reproduit les inégalités entre les femmes et les hommes : la documentation pédagogique ainsi que les pratiques enseignantes expliquent notamment la permanence de ce constat (1). Les derniers plans de lutte ministériels contre ces inégalités se sont heurtés en 2013-2014 à une vaste polémique, dans la mouvance de la « Manif pour tous », rythmée par les très médiatiques « journées de retrait de l’école ». Dans les jeunes ÉSPÉ (École Supérieure du Professorat et de l’Éducation, anciennement « IUFM »), comme dans les établissements scolaires, nombreux-ses sont les étudiant-e-s et professionnel-le-s du monde éducatif qui font alors part de leur confusion face à cette « théorie du genre » montée en épingle par des parents inquiets, parfois agressifs (2). Le manque d’information, de contenus et d’outils pour aborder la question de manière professionnelle, constructive et dépassionnée est patent.

En 2014-2015, le Ministère de l’Éducation Nationale met en place un plan d’action étendu pour l’égalité entre les filles et les garçons à l’école. Il prévoit notamment, « la généralisation de la formation du personnel éducatif à l’égalité filles-garçons » et « la diffusion d’outils pédagogiques adaptés pour aider les enseignants à transmettre la valeur d’égalité filles-garçons aux élèves » (3). Pour appuyer ce nouveau dispositif, un temps fort dédié aux questions liées du genre et de l’éducation est décidé dans le réseau des Bibliothèques Universitaires de l’ÉSPÉ Lille Nord de France (4).

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Capture d’écran du site du MEN

5 semaines, 3 guides, 2 expositions et des actions régulières

Si ces bibliothèques valorisent régulièrement depuis 2011 leurs collections, selon l’actualité ou en fonction du calendrier universitaire (tables de sélection et guides thématiques imprimés et à télécharger), cette initiative change par son ampleur et par son ambition : proposer aux publics des temps de découverte et d’appropriation des savoirs originaux. Compte tenu de la charge de travail des étudiant-e-s (stages, examens, recherches…), les choix gardent nécessairement les yeux rivés sur les objectifs du Master et des concours et s’inscrivent idéalement dans les progressions universitaires. Cela suppose d’associer en amont l’équipe des enseignant-e-s chercheur-se-s.

Le projet a été décliné en plusieurs actions, du 17 novembre au 19 décembre 2014 :

  • actualisation et valorisation des collections, par des achats, du désherbage et la conception de 3 guides thématiques (téléchargeables ici et )
  • présentation de 2 expositions (affiches « Nous les hommes et les femmes » éditées par le CRIPS et projet photographique « Jouets-vous ? » de l’association Libres Terres des Femmes), permettant de sensibiliser les publics à la question du genre, tout en leur fournissant des repères sur les outils pédagogiques et les partenaires associatifs
  • programmation d’un ciné-débat et d’une lecture théâtrale pour découvrir autrement des œuvres clefs
  • animations de visites libres ou dans le cadre des cours
sélection documentaire et affiche du CRIPS (site d'Outreau)

Sélection documentaire et affiche du CRIPS (site d’Outreau)

 

'exposition « Jouets-vous ? » (site d'Arras)

L’exposition « Jouets-vous ? » (site d’Arras)

 

Le travail s’est organisé de manière collective au sein du réseau, associant une dizaine de volontaires. 2 personnes ont veillé à la réalisation des différentes actions souhaitées (l’une a piloté le travail documentaire et la rédaction des guides thématiques, l’autre a assuré les aspects administratifs et financiers de la programmation, ainsi que la communication interne et externe (visites, rencontres, posts sur le site internet et la page Facebook, mailing, affichage).

Post Facebook sur la page de l'ÉSPÉ

Post Facebook sur la page de l’ÉSPÉ

Le coût s’est avéré modique, et les supports de communication ont tous été réalisés avec des outils libres. Un aménagement des emplois du temps a été nécessaire pour les personnes du réseau les plus impliquées, le mois précédent et à chaque manifestation.

La déconstruction en marche

Plusieurs indicateurs permettent d’évaluer de manière très positive l’impact de ce temps fort auprès des publics (ils sont décrits dans le bilan en ligne). Les animations proposées sur le site d’Arras (séminaire dans la bibliothèque, ciné-débat, lecture théâtrale, visites) ont attiré un public varié (étudiant-e-s, enseignant-e-s mais aussi personnels administratifs et techniques du site) et fourni le contexte à des échanges fructueux. Certain-e-s ont pris conscience des stéréotypes ancrés dans leurs pratiques professionnelles. Les documents sélectionnés procurent alors l’outillage nécessaire pour mieux comprendre la situation et travailler à son amélioration.

Cette expérience est aussi très intéressante pour les bibliothèques, à moyen terme. Elle réaffirme d’une part leur rôle central dans le projet des ESPE, pensées comme lieux d’apprentissage, de critique et de culture ouverts aux échanges, sur un temps pour partie libéré des contraintes de l’évaluation universitaire. D’autre part, les acquéreuses et acquéreurs du réseau sont désormais formé-e-s aux questions liées au genre. Chacun-e se sent plus assuré-e pour conseiller les publics et la politique documentaire a gagné en pertinence sur ces terrains. Il est même question de reprogrammer d’ici deux ans un nouveau temps fort sur ces questions : vos idées sont les bienvenues !

Joséphine Lorendeau

Roms en (bidon)villes

Martin OLIVERA. Roms en (bidon)villes. Éditions Rue d’Ulm, 2011.

Martin Olivera est ethnologue. Ne comptez donc pas sur lui pour faire des généralités et mettre les gens dans des cases. Il a enquêté entre 1999 et 2007 sur le terrain, en Roumanie, chez les Roms Gabori. Depuis 2002, il s’intéresse aux squats et bidonvilles roms en région parisienne.

Ce livre, court et tout en nuances, donne une information de base et présente les problématiques qui se cachent derrière les faits divers (destructions de bidonvilles…) et discours tous faits sur les Roms. Comme beaucoup de faits sociaux, la condition de la quinzaine de milliers de Roms migrants en France obéit à des mécanismes économiques. On est loin de la vision essentialiste et folkloriste de l’éternel voyageur. Les Roms sont paysans (sédentaires) en Roumanie, et fuient la discrimination et la pauvreté.

Martin Olivera détaille ensuite quelques données sur les populations tsiganes/roms, et déconstruit nombre de stéréotypes sur le niveau d’éducation, la structure supposée clanique des bidonvilles, etc. Il permet ainsi de comprendre la nécessité de la volonté politique pour mener des politiques d’insertion, sans pour autant « valider, une fois de plus, l’image d’une population univoque, posant des problèmes particuliers auxquels doivent être apportées des réponses spécifiques… » Autour du maillon communal, meilleur niveau pour coordonner un projet d’accompagnement social et de relogement, ont tout intérêt à s’associer autorités publiques et partenaires socio-culturels.

Ce petit livre (qui entre vraiment dans une poche) fait partie d’une collection, « la rue ? Parlons-en ! », qui aborde d’autres sujets de société sur lesquels les professionnel-le-s des bibliothèques s’interrogent souvent, en cherchant à desservir tous les publics : Le Squat : problème social ou lieu d’émancipation ?, De la précarité à l’auto-exclusion, Hébergement d’urgence : quelle politique ? etc.

Thierry Fouillet

La collection « La rue ? Parlons-en ! »

La collection « La rue ? Parlons-en ! »