Carte blanche à Légothèque – groupe ABF Aquitaine

Légothèque a répondu à la sympathique invitation du groupe ABF Aquitaine, le 14 décembre 2015, pour animer la matinée précédant l’Assemblée générale du groupe à la bibliothèque Flora Tristan de Bordeaux. L’objectif était de présenter la commission et ses thématiques, et de discuter, dans un format participatif, de stéréotypes, de questions de genre, d’interculturel, de censure et d’auto-censure. La préparation de la matinée s’est faite en collaboration avec Patrice Auvinet, Eric Bourdeau et Magali Escafaral du groupe ABF Aquitaine (merci !).

photo du groupe

Une vingtaine de collègues de différentes structures (BM, BDP, centre de formation, agence régionale pour le livre et la lecture, BU, étudiant-es) ont participé à la matinée. Après une présentation de la commission Légothèque (pour retrouver le support de présentation c’est ici), un tour de table a été lancé afin de partager les expériences et les interrogations de toutes et tous.

Les participant-es ont présenté leurs expériences et questions relatives aux thématiques de la commission. Les échanges ont été très riches, même si le temps a manqué pour aborder en profondeur tous les sujets évoqués !

Plusieurs participant-es ont fait part d’actions très intéressantes menées dans leurs structures, témoignant de l’implication de nombreux et nombreuses collègues sur ces thématiques :

  • Formation au sexisme dans la littérature de jeunesse en BDP
  • Travail avec le public jeunesse et une sociologue autour des questions des stéréotypes dans une bibliothèque d’un quartier de Bordeaux pendant 3 ans
  • Sensibilisation à la question de la censure dans le cadre d’une expérience antérieure dans un service communication
  • Initiatives de lutte contre les discriminations et le racisme (années 1990), constat que de nombreux mémoires de DU sont réalisés sur les stéréotypes sexistes dans la littérature de jeunesse
  • Suspension d’un projet d’exposition autour d’un ouvrage jeunesse ayant fait polémique, suite à la crainte de réactions négatives du public
  • Cas où le professionnalisme des bibliothécaires a été mis en cause sur des choix d’acquisitions
  • Montage de projets sur le thème de l’amour, des relations filles-garçons, avant le débat sur le mariage pour tous, et constat que cela n’aurait sans doute pas été possible de la même manière aujourd’hui …
  • Rédaction de notes à la direction générale et aux élu-es pour justifier des pratiques, des choix d’acquisitions, suite à des pressions
  • Pression d’élu-es pour intégrer deux ouvrages (un sur le créationnisme, un autre écrit par un élu) ; constat que dans les petites collectivités, la pression des élu-es est plus forte car la relation est directe, absence de hiérarchie administrative pour soutenir les bibliothécaires soumis à des pressions
  • Pression d’une mère de famille qui déplore que des BD pour adultes soient en libre accès à la bibliothèque (même s’ils se situent en section adultes) et interrogations sur le décloisonnement des collections adultes et jeunesses vu sous cet angle.
  • A la bibliothèque Mériadek, un « parcours handicap » destiné à sensibiliser les enfants aux handicaps rencontre du succès
  • Participation au congrès de l’IFLA à Lyon en 2014 : marquée par les retours d’expériences de bibliothèques à destination des publics LGBT dans certains pays, ainsi que d’actions pour accompagner les jeunes LGBT exclu-es de leurs familles, d’actions de lutte contre la stigmatisation des publics trans via la simplification de la signalétique des WC en ôtant les symboles genrés H/F (deux objectifs : simplifier la vie des personnes en transition de genre, leur éviter d’être exposé-e-s à des violences) [quelques infos sur l’IFLA et les publics LGBT (en anglais) et sur notre blog ici ]
  • Création de valise thématique, exposition, séances de littérature orale autour d’un camp d’accueil de réfugiés indochinois sur le territoire
  • (auto)censure dans les acquisitions de littérature érotique ; Travail sur un fonds exhaustif sur les pratiques sexuelles (sociologie)
genderbread-infographic

La présentation de l’infographie « genderbread person » a suscité l’intérêt des participant-es

Plusieurs questions sont également ressorties des échanges :

  • Quelle place pour la formation dans la sensibilisation des collègues ?
  • Comment sensibiliser aux questions de genres et à l’interculturel en BU ?
  • Comment lutter au quotidien contre les stéréotypes ? Comment associer les publics ?
  • Pratiquer des acquisitions attentives à ces questions ? Comment rester neutre ?
  • Comment faire avec la culture des gens, ne pas se limiter à la culture descendante ?
  • Comment sensibiliser les collègues ?
  • Fréquentation des revues en ligne : quel pluralisme, alors que nous n’avons pas la main sur la sélection des titres ?
  • Que proposer dans le cadre des Temps d’Activités Périscolaires sur ces questions ?
  • En milieu rural, c’est dans les contacts avec les bénévoles que se posent le plus les questions, comment s’y prendre ?
  • Comment agir dans la lutte contre les stéréotypes en travaillant dans un service support (informatique) ?

Nous avons ensuite échangé autour de deux grandes thématiques se dégageant des ces questions :

– les actions, la sensibilisation, que faire concrètement, comment associer les publics ?

La sensibilisation et la formation des collègues est essentielle pour développer des actions contre les stéréotypes. Dans des collectivités où une dynamique politique existe sur ces questions, il est possible de s’inscrire dans des actions portées par la collectivité et d’en tirer un axe du plan de formation. Par exemple, à Strasbourg, la création d’un espace dédié aux questions de genre à la médiathèque du centre ville s’est inscrite dans le Plan pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans la vie locale, portée par la collectivité. Dans ce cadre, l’ensemble des bibliothécaires ont bénéficié de formations sur le genre.

Les journées mondiales sont de bonnes opportunités pour proposer des sélections de documents et des actions de sensibilisation pour les publics.

La Bibliothèque vivante est un outil efficace pour lutter contre les stéréotypes.

Des débats participatifs impliquant le public, dans un rapport qui ne soit pas descendant, à l’image de débats réalisés à la médiathèque de l’Ile Saint-Denis, permettent également des échanges très riches autour des stéréotypes, des inégalités …

Les partenariats sont un levier indispensable pour travailler sur la lutte contre les stéréotypes en bibliothèques. Connaitre les associations de son territoire, les centres de ressources spécialisés (comme le centre Hubertine Auclert en Ile de France) est une première étape pour développer des actions. La médiathèque Abdelmalek Sayad de la Cité de l’immigration propose de nombreuses ressources sur l’immigration. La médiathèque de Chassieu mis en place des permanences de lecture pour les gens du voyage, en lien avec l’association ARTAG.

Proposer des supports de communication (brochures etc.) d’associations à la bibliothèque est aussi une manière de tisser des liens, de proposer des informations utiles, et de signifier que la bibliothèque est un lieu ouvert.

– comment réagir aux pressions, face à la censure ?

Face aux pressions, le 1er outil est la charte documentaire, s’appuyant sur les textes fondamentaux de la profession et affirmant le pluralisme des collections. Légothèque a proposé des éléments de réponses pour les bibliothèques soumises à des pressions suites aux polémiques sur les présupposées menaces de la « théories du genre ». L’ouvrage de Jean-Luc Gautier Gentès Une république documentaire est une ressource à consulter.

Les associations professionnelles peuvent également apporter du soutien aux collègues, notamment le comité d’éthique de l’ABF, qui a récemment rédigé un vademecum.

Nous nuançons avant de terminer sur l’intérêt des études de réception (cf le billet de blog « s’émanciper par la lecture » de légothèque) qui montre comment les romans à l’eau de rose peuvent aussi être facteur d’émancipation.

Enfin, il est proposé aux participant-es de tester ses propres stéréotyes grâce à l’université d’Harvard, qui met en ligne (en français) des tests pour déterminer son niveau de préjugés.

Patrice Auvinet a conclu le débat en indiquant qu’à Villeneuve-sur-Lot, les pharmacies distribuaient un nouveau traitement à la population : le Préjugix.

Nous espérons avoir répondu aux attentes du groupe Aquitaine, que nous remercions vivement pour son accueil et pour la préparation concertée de cette matinée. De nombreux sujets restent à approfondir, et nous vous invitons à consulter notre blog, n’hésitez pas également à poursuivre le débat dans la page commentaires, ou à nous contacter par mail !

Thierry Fouillet et Camille Hubert

 

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