Un autre regard sur les bibliothèques : focus sur « Critlib »

Avez-vous déjà entendu parler de « Critlib », cet autre regard porté sur les bibliothèques par des bibliothécaires ?

Qu’est-ce que Critlib ?

critlib websiteCréé en 2014, Critlib pour « critical librarianship », difficilement traduisible en français, constitue un mouvement de « bibliothécaires critiques ». Porté par un groupe de bibliothécaires présents et en devenir, en majorité anglophones et nord-américain.e.s, Critlib fait souffler un vent de renouveau sur l’ensemble des pratiques professionnelles.

Un renouvellement décliné sur deux niveaux :

  • par une stratégie numérique fédératrice et collaborative d’une part
  • par un positionnement critique fort d’autre part

Le site dédié, Critical Librarianship in real life & in Twitters, qui rassemble l’ensemble des actions et réflexions se présente ainsi :

« A movement of library workers dedicated to bringing social justice principles into our work in libraries. We aim to engage in discussion about critical perspectives on library practice. Recognizing that we all work under regimes of white supremacy, capitalism, and a range of structural inequalities, how can our work as librarians intervene in and disrupt those systems ?  »

 » Un mouvement de bibliothécaires qui se consacre à véhiculer des principes de justice sociale au sein de notre travail en bibliothèques. Nous avons pour objectif d’engager le débat sur les perspectives critiques autour des pratiques bibliothéconomiques. Reconnaissant que nous travaillons tout.e.s sous les régimes de la suprématie blanche, du capitalisme et d’un éventail d’inégalités structurelles, comment peut-on, en tant que bibliothécaires, intervenir pour troubler ces systèmes ? »  (notre traduction)

Critlib : une stratégie fédératrice et collaborative  

L’idée est d’abord celle-là : créer des espaces d’échanges et de partages de points de vue sur une vision critique des bibliothèques. Et si des conférences, des workshops et des journées de rencontres sont organisées deux fois par an en moyenne, certains canaux de communication se révèlent particulièrement intéressants.

C’est le cas des discussions sur le hashtag #critlib et l’organisation de sessions de débats sur Twitter (les Twitter chats, à ne pas confondre avec les nombreux chats qui illustrent le site : voir photo) sur des thématiques définies au préalable.35-learnedcats

Certes, l’organisation des Twitter chats nécessite une répartition fine des rôles, ce que pointe Barbara Fister dans un article intitulé « Some Thoughts on #WhyIcritlib   :

« That’s kind of amazing. Someone suggests a topic, someone volunteers to lead the discussion, some advance readings are posted, and for a scheduled hour we share our thoughts, which a volunteer later assembles using Storify. Having access to a variety of social media tools makes these ad hoc social-professional gatherings possible without requiring lots of expensive overhead »

« C’est assez amusant. Quelqu’un suggère un sujet, quelqu’un d’autre se porte volontaire pour mener la discussion, quelques lectures à lire à l’avance sont postées, et pendant une heure nous partageons nos pensées, qu’un volontaire plus tard collecte en se servant  de Storify . Avoir accès à une variété d’outils de médias sociaux rend ces rassemblements socio-professionnels possibles sans nécessiter des dépenses trop coûteuses. » (Notre traduction)

La façon de travailler est, avant tout, collaborative : notamment,  le groupe participe à alimenter les références utiles ou utilisées pour chaque session de discussion sur Zotero et les rend accessible à tou.t.e.s.

Mais c’est surtout l’énergie déployée des un.e.s et des autres qui crée les conditions optimales de partage et de stimulation.  Barbara Fister, pour continuer, s’en fait l’écho :

Well . . . first of all, call me shallow, but it’s fun. I like the burst of energy that these chats provide, watching tweets fly past and occasionally throwing my own into the mix. It’s like playing ping pong with dozens of people at once with nobody trying to win.  That said, there are opportunities to connect and do more than chat – to share research ideas, to meet up at conferences, to dig deeper.  And that’s fun, too. I enjoy meeting librarians from a variety of institutions at different stages in their careers, even if only online.

« Hé bien…tout d’abord, considérez-moi comme superficielle, mais c’est drôle. J’aime l’explosion d’énergie que ces « chats » nous donnent, à regarder les tweets défiler et, à l’occasion , lorsque je me lance à poster mon propre tweet, dans ce mélange.
C’est comme jouer au ping-pong avec des dizaines de personnes, mais cette fois sans que personne ne cherche à gagner. En fait, il s’agit d’ opportunités de se connecter en faisant davantage que chatter – partager des idées de recherche, se rencontrer dans les conférences, creuser plus profondément. Et c’est ça qui est drôle, aussi. J’aime rencontrer les bibliothécaires d’institutions variées à différents moments de leurs carrières, même si c’est seulement sur internet. » (notre traduction)

Un mouvement engagé de bibliothécaires mêlant théorie et pratique 

On l’a dit : derrière le hashtag #critlib, se trouve une communauté engagée de professionnels des bibliothèques souhaitant insuffler et partager une vision critique des bibliothèques.  Cette perception critique, qui induit un changement de focale, questionne en profondeur les théories des sciences de l’information et des bibliothèques et les pratiques professionnelles associées.

Et ce, de façon globale et transversaleParmi les 50 thèmes abordées (sans exhaustivité) dans le cadre des Twitter chats, depuis avril 2014 jusqu’à aujourd’hui, se trouvent notamment abordées les questions autour  :

  • de la « neutralité » des bibliothèques, celle des bibliothécaires et celle des sciences de l’information et des bibliothèques (ici, ici)
  • du catalogage et des classifications de genre (ici, ici et là)
  • des stéréotypes, des identités de genre, de la race et de l’intersectionnalité en bibliothèques (ici, ici)
  • des rapports entre leadership et genre en bibliothèques (ici)
  • des pratiques de recrutement (ici)
  • des publics invisibilisés des bibliothèques : les migrants (ici), les SDF (ici), les publics des prisons (ici)
  • de la pédagogie critique (« critical pedagogy »: ici, ici)
  • de l’identité et des motivations de celles et ceux qui participent à #critlib pour transformer les bibliothèques (ici, ici)
  • de la réflexion autour des actions à mener (ici)
  • d’une approche critique sur les livres patrimoniaux (ici)
  • de la technique, technologie et des data (ici, ici)
  • etc.

De façon militante aussi. A partir de ces discussions, plusieurs projets ont pu naître et/ou sont en cours :

Se faire l’écho de Critlib en France :  comment en prendre de la graine ?

Je propose d’ores et déjà quelques pistes :

  1. Une action à relayer
  2. Un mode de collaboration à imiter et des discussions/ échanges/débats à suivre sur ces thématiques

Et vous, qu’en pensez-vous ?

 

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2 réflexions sur “Un autre regard sur les bibliothèques : focus sur « Critlib »

  1. Pingback: Veille – 28.03.16 | Biblio Kams

  2. Pingback: Pause estivale | Légothèque

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