Littérature et banlieue #1 – Kiffe Kiffe Demain de Faïza Guène

Jusqu’au mois de juin, nous avons décidé de vous présenter chaque mois un.e auteur.e qui aborde dans son œuvre la banlieue. Cette littérature, qui peine à trouver sa place dans nos rayonnages de bibliothèques, a pourtant toute sa place, au même titre que les romans du terroir ou encore les polars.

La banlieue est souvent l’objet de gros titres, avec des histoires plus ou moins glauques, très souvent négatives et avec un jugement hâtif dans lequel les habitants ont du mal à s’y retrouver. Avec un style d’écriture qui confère parfois plus à l’oralité, les auteur.e.s que nous vous présenterons dans ce cycle d’articles « littérature et banlieue » vous donneront à voir la banlieue différemment, avec ses codes et ses valeurs, au-delà des clichés.

Premier article de cette série: Kiffe Kiffe Demain, de Faïza Guène (Publié chez Fayard, 2010)

Kiffe Kiffe Demain est le premier roman de Faïza Guène : avec ce titre, elle se place dans le paysage littéraire français où les mots sont pesés, choisis et donnent à voir la banlieue avec une authenticité rarement observée encore.

La banlieue fait partie intégrante de son écriture, aussi bien dans les dialogues que dans les univers géographiques qui accueillent ses histoires ; elle devient presque un personnage à part entière. Les questions d’identité, d’attachement mais aussi de déracinement font partie des thématiques abordées en fil rouge dans l’ensemble de l’œuvre de Faïza Guène. Elle porte un regard bienveillant mais lucide sur cette banlieue, très peu abordée en littérature.

Kiffe Kiffe Demain, c’est l’histoire de Doria : adolescente de 15 ans, elle vit seule avec sa mère dans une cité de Seine-Saint-Denis, et sa vie ressemble à celle de toutes les adolescentes et adolescents de son âge.

Entre lycée, orientation, garçons, famille et banlieue, Doria se raconte dans un genre de journal intime. Elle partage ses humeurs, ses jugements parfois hâtifs sur les gens qu’elle croise, mais aussi son amour naissant pour un copain. A travers cette relation, qui se construit au fur et à mesure du roman, son regard sur son entourage va évoluer pour se radoucir mais sans jamais perdre son ton incisif.

Cependant, il ne faut pas voir dans Doria un miroir de Faïza Guène, et ce même si des ressemblances entre les deux peuvent être observées. Si le ton nous interpelle par des mots qui sont peu utilisés à l’écrit mais par contre omniprésents à l’oral, ce carnet de voyage donne à voir la banlieue sous un jour qui s’oppose à l’image des banlieues véhiculée dans les médias (et souvent considérée comme fausse par les habitants). La solidarité, l’entraide sont mises en avant, sans pour autant oublier le racisme, les conditions de vie difficiles.

En fermant le livre, le sentiment qui prévaut est plutôt positif : on aurait envie d’en savoir plus sur les personnages croisés au fil des pages ; que leur réserve l’avenir ?

Deux citations extraites du livre:

« En fait, elle m’a donné un chèque-lire pour avoir des bouquins gratos. Je me sens régresser avec touts ces gens qui me traitent comme une assistée. Allez au diable »

« Ça veut dire qu’il n’y a pas que le rap et le foot. L’amour, c’est aussi une façon de s’en sortir. »

Copyrights: Fayard Editions 2010 (couverture) – Christine Tamalet (portrait)

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