Retour sur la rencontre « littérature et périphérie »

Le congrès ABF 2017 est terminé depuis quelques mois, mais nous profitons de la publication des captations du congrès pour revenir sur la rencontre que nous avions animée le jeudi après-midi.
Pour préparer cette rencontre, nous avons publié sur le site des recensions d’ouvrages, que vous pouvez retrouver avec ce mot-clé : « littérature urbaine », ainsi qu’une liste de pistes à interroger lors de la rencontre. Nous vous proposons donc de passer dans les coulisses et voir notre préparation.
Nous vous proposerons ensuite quelques notes prises sur le vif.

Les ouvrages abordés
Littérature et banlieue #1 – Kiffe Kiffe Demain de Faïza Guène
Littérature et banlieue #2 – Boumkoeur de Rachid Djaïdani
Littérature et banlieue #3 – Tabou, confession d’un jeune de banlieue de Zahwa Djennad
Littérature et banlieue #4 – Les anges s’habillent en caillera de Rachid Santaki
Littératures et « francophonie » #1 – Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne / Kaoutar Harchi

La préparation
Nous avons eu l’idée de cette rencontre lors de notre séminaire de travail à Epinal en 2016. Le thème du congrès ABF 2017 venait d’être annoncé et nous étions enthousiastes par rapport à celui-ci : Bibliothèques : Inégalités territoriales et égalité des chances.

Après discussions, nous avons choisi de proposer cette rencontre, et commencé à chercher des intervenant.e.s potentiel.le.s – cette partie est toujours un peu longue à réaliser car après nous être arrêté.e.s sur des invité.e.s, il faut pouvoir les contacter et les inviter formellement. Ceci dit, nous avons pu rapidement boucler notre rencontre tout en travaillant sur les contenus.
Nous avons souhaité faire intervenir des profils variés et complémentaires, sur la thématique « littérature et périphérie », à la fois à travers le prisme de l’écriture et celui de la sociologie, tout en s’interrogeant sur la place donnée à cette littérature dans les bibliothèques.
En préparant la rencontre, nous avons pu mesurer les questionnements sur cette littérature, qui peut être définie de façon multiple, sans que ces définitions soient universelles. Nous avons donc pris le parti de montrer cette multiplicité et ne pas chercher à apporter nous-mêmes une définition. L’objectif était de discuter justement autour de ces questionnements et de mettre en rapport ceux-ci avec le lieu bibliothèque.
Enfin, pour lancer la rencontre, présenter nos intervenant.e.s et alimenter la discussion, nous avons préparé pour chacun.e une liste de questions plutôt ouvertes, liées à leurs activités professionnelles (bibliothèque, écriture, sociologie, recherche …).

Quelques notes pendant la table ronde

Voici en substrat quelques éléments intéressants qui ressortent de cette rencontre.

Modératrice Sophie Agié, membre de la commission Légothèque de l’ABF

Intervenant.es : Kaoutar Harchi, sociologue, Rachid Santaki, journaliste, romancier et scénariste, Nadia Tarfaoui, conservatrice des bibliothèques

Nadia Tarfaoui a rédigé son mémoire ENSSIB sur la place de l’écrivain de banlieue.

« Sous chape de plomb et plafond de verre : la place des écrivains « de banlieue » dans les bibliothèques publiques » / Nadia Tarfaoui

Elle a défini un corpus de 13 auteurs dont Rachid S et a lancé ses recherches sur les catalogues de 69 villes. Plusieurs titres sont présents dans un certain nombre de bibliothèques, mais leur classement varie : documentaires, anthropologie. La représentativité sur le territoire est équilibrée, mais ces livres sont plus présents dans les annexes que dans les centrales.

Il apparaît que les auteurs sont peu invités dans les bibliothèques, c’est différent pour Rachid S, bien identifié sur le territoire de Seine-Saint-Denis (93), qui est souvent invité par des bibliothécaires conscients de leur rôle de médiateurs et de passseurs de toutes formes de culture. Les éditeurs doivent aussi jouer leur rôle de défricheurs de nouveaux talents (1 des auteurs du corpus est auto-édité).

Il faut réfléchir à la dénomination de ces auteurs, car on parle souvent d’auteur de banlieue, de cité, mais ce sont des auteurs à part entière !

Kaoutar Harchi retrace dans son ouvrage « Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne. Des écrivains à l’épreuve » les carrières de cinq écrivains algériens de langue française : Kateb Yacine, Assia Djebar, Rachid Boudjedra, Kamel Daoud et Boualem Sansal.

Elle y étudie les modalités de leur réception littéraire et il apparaît clairement que des critères extra littéraires interviennent. Ils sont encore trop souvent considérés comme des écrivains étrangers de la ngue française.

Autre fait marquant : peu de femmes auteures présentes dans les catalogues des éditeurs, qui privilégient les titresou les auteurs qui marchent.

Les bibliothécaires doivent s’approprier plus qu’ils ne le font cette veine littéraire et concourir à lui donner une visibilité accrue. La question de la formation se pose pour que les bibliothécaires prennent conscience des pépites qui sommeillent chez ces auteur.e.s !

Retrouvez ci-dessous la vidéo de la rencontre

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