Participation de Légothèque au festival Version Queer à l’université d’Angers

En avril 2019, Légothèque a été sollicitée pour la première édition du festival VQ – Version Queer, impulsé par le collectif Lucioles de l’Université d’Angers. Créée en mars 2018, cette association loi 1901 oeuvre au sein de l’université pour faire de la prévention, offrir des espaces d’échanges et lutter contre les discriminations envers les personnes LGBTI+.

Au programme de ce festival, deux tables rondes ainsi qu’une projection du film Rafiki, suivi d’un débat.

La première table ronde, intitulée “Les voix d’aujourd’hui” regroupait

  • Christine Bard (professeure d’histoire contemporaine au laboratoire TEMOS)
  • Maryen Gouyon (post doctorant en anthropologie et sociologie des homosexualités)
  • Emmanuel Gratton (maître de conférence en psychologie clinique sociale au laboratoire Bepsylab)
  • Anne-Laure Pineau (journaliste, membre de l’Association des Journalistes LGBT)

Chacun.e au sein de ses fonctions a placé les vies queer au centre de son travail. Qu’est ce qui a motivé ces choix ? Quelles méthodologies et méthodes de production pour étudier ces questions ?

Depuis leurs points de vue particulier, chaque intervenant.e a pu retracer son expérience et partager son cheminement.

Les parcours et les motivations sont diverses, les méthodes aussi. Tandis qu’Emmanuel Gratton interroge le désir d’enfant et l’homoparentalité au masculin, Maryen Gouyon évoque son travail à l’étranger et la prise de contact difficile avec des témoins dans des pays où l’homosexualité n’est pas tolérée, à cause de lois établies par les colonisateurs français, qui n’existaient pas auparavant.

Emmanuel Gratton reprend la parole pour évoquer ses motivations. Pourquoi choisir la question queer ? Il évoque des motivations personnelles et des rencontres qui l’ont fait s’interroger. Et la question plus globale de la paternité qui dépasse les frontières de l’orientation sexuelle et amoureuse. La con-construction s’est tout de suite imposée comme une méthode de travail nécessaire : récolter les données ne suffit pas, il a voulu travailler sur ces données avec les participants à sa recherche.

Quand Anne-Laure Pineau évoque la question de la partialité, beaucoup rebondissent. A-t-on besoin d’être LGBT pour travailler et documenter les vécus LGBT ? Est-ce un biais d’écrire sur sa propre communauté ? La journaliste est convaincue : la partialité n’existe pas, et heureusement. Quand la presse généraliste se “met au niveau” de ses lecteur.ice.s qu’elle sous-estime parfois, la presse communautaire permet de faire moins de pédagogie et d’aller plus loin dans l’analyse. Elle note néanmoins une amélioration, peu à peu, des personnalités LGBT+ apparaissent pas les médias pour parler de sujets généraux et la représentativité est meilleures sur des sujets moins spécifiques.

Christine Bard pointe avec justesse que l’appartenance à la communauté ne protège pas de tout. Le vocabulaire, les pratiques, la mentalité évolue. Elle nous montre en exemple une étude publiée dans les années 90 qui utilise des termes comme “transexualisme” “transexualité” qui sont aujourd’hui rejetés par les concerné.e.s.

Elle évoque également les disparités au sein même de la communauté queer : l’histoire des lesbiennes est plus secrète, plus silencieuse que celle de l’homosexualité masculine. Il est plus difficile de recueillir de données et documents.

 

La seconde table ronde, intitulée “Les voix d’hier” rassemblait

  • Bénédicte Graille (maîtresse de conférence en archivistique au laboratoire Temos)
  • Roméo Isarte (centre LGBTI+ de Lyon)
  • Michèle Larrouy (archives recherches-cultures lesbiennes)
  • Frédéric Marchand (mémoires des sexualités – Marseille)
  • Hélène Legendre (Commission Légothèque de l’Association des bibliothécaires de France)

Identifier, récolter, sauvegarder, valoriser les récits de vies queers, cela concerne de différentes manières tout.e.s les invité.e.s de cette table ronde. Via la recherche, la vie associative ou l’accès à la culture et à l’information, chacun.e a son rôle à jouer.

Plusieurs problématiques ont émergé, mais le manque de moyens est récurrent. Les subventions baissent, les militant.e.s tentent de récolter et de sauvegarder la mémoire mais peinent faute d’aide et de soutien.

Frédéric Marchand évoque les apéro-cartons à Marseille : le temps d’une soirée, entre militant.e.s, on déballe des cartons d’archives jamais répertoriés, léguées par un membre de la communauté. Chaque évènement apporte son lot de surprises et de découvertes, puisque la plupart de ces cartons n’ont jamais été ouverts.

Comment sauvegarder ces documents, stockés dans un ancien appartement ?

Michèle Larrouy pose une autre question importante, doit-on confier ces fonds à des institutions ? Est-ce que ce n’est pas prendre le risque de les voir dépérir voire pire, au gré des changements de pouvoirs et des convictions des dirigeants ?

Et si les militant.e.s sont parfois les plus familier.e.s avec ces archives et leurs histoires, il manque parfois des compétences en archivistique ou en bibliothéconomie pour conserver durablement, classer et valoriser.

Alors quelles solutions ? Les idées ne manquent pas parmi les invité.e.s : des financements publics sans transfert du fonds, la labellisation de certains fonds d’archives privés, une aide technique pour la numérisation des documents…

 

Hélène Legendre s’exprime sur des problématiques d’accès à l’information plutôt que de conservation : comment organiser ces documents quand ils font partie de fonds plus généraux. Il y a quelques années, le classement utilisé dans la majorité des bibliothèques publiques dans plus d’une centaine de pays indiquait de classer à “relations sexuelles anormales” les documents relatifs aux questions queers.

Comment être vigilant sur ces points ? Comment indexer les documents au plus près de la réalité militante tout en permettant qu’ils soient trouvés par tou.te.s, même les personnes moins bien informées ?

Comment mettre en valeur les créateurs et créatrices queer sans les réduire à cette part de leur identité ?

Une des solutions est d’équilibrer entre valoriser des oeuvres queers pour des occasions (le mois des fiertés, la journée mondiale de lutte contre l’homophobie ou le journée du souvenir trans) et veiller à la diversité des documents lors de sélections thématiques sans rapport direct.

 

Ce festival a été très riche en échanges, entre les intervenants mais aussi avec la salle qui n’a pas hésité à intervenir dans les débats et à partager ses expériences. Parmi le public, des bibliothécaires, des archivistes, des étudiant.e.s…qui se sont tou.te.s intéressé.e.s, le temps d’une journée, à la documentation mais aussi à la conservation et à la diffusion des vies queers, des témoignages, des traces de la mémoire communautaire, depuis les archives privées jusqu’aux affiches et t-shirts de manifestation militante.

 

Nous souhaitons au festival VQ – Version Queer un bel avenir, en espérant que les prochaines éditions seront tout aussi passionnantes.

Vous pouvez retrouver le collectif Lucioles via son blog et sa page Facebook.

 

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