Femmes, informations et bibliothèques au Congrès de l’IFLA 2018

Le Groupe d’intérêt spécial Femmes, informations et bibliothèques de l’IFLA s’intéresse aux femmes en tant que productrices d’information, usagères des bibliothèques et professionnelles donnant accès à l’information. Le congrès annuel de l’IFLA est un moment fort de l’année pour nos activités. Cette année, il a été accueilli à Kuala Lumpur du 23 au 30 août.

 

Femmes, informations et bibliothèques au Congrès mondial des bibliothèques et de l’information

 

« Collections, éthique, perspectives et parole »

Le groupe Femmes, informations et bibliothèques y organisait, avec le groupe Usagèr.e.s LGBTQ, deux temps d’échange et de réflexion autour du thème «  Collections, éthique, perspectives et parole ».

Nous avons d’abord abordé le thème sous une forme classique, avec la présentation de 5 communications dans une session dont le sous-titre était « L’importance du contexte » :

Programme et liens vers les articles publiés, les vidéos et les diaporamas : https://www.ifla.org/node/91653?og=93

  • Introduction : Clare O’Hanlon, La Trobe University, Bundoora, Australia : A continuum of LGBTIQA+ community engagement in libraries: From collections and cataloguing to book displays, bathrooms and beyond. Video (Unabridged version)
  • LaVerne Gray, University of Tennessee, Knoxville, United States: Uncovering Collective Voice: Using archives to explore community-based information environments of African-American Activist-Mothers in Chicago Public Housing, 1955-1970
  • Reiko Aoki, National Women’s Education Center, Japan: Collection Development on Women’s Earthquake Disaster Experiences and Support Activities in Japan. Paper.
  • Hollie White, Curtin University, Australia: Decolonizing the Way We Organize. Paper
  • Bernard Dione, Université Cheikh Anta Diop, Senegal: Collection development and cultural context: The accommodation of professional to cultural values among Senegalese Academic Librarians Paper. Slides.

Après une introduction en vidéo par Clare O’Hanlon, pleine d’informations et d’idées simples et concrètes pour changer nos pratiques et nos bibliothèques, LaVerne Gray a ouvert la session avec une présentation de sa recherche doctorale sur les logements sociaux de Chicago entre 1955 et 1970. Son travail met en lumière le rôle des femmes Afro-Américaines dans la construction d’une communauté par l’information (autour de l’accès à la culture et à l’éducation, en particulier). Au cours de sa recherche, LaVerne Gray a découvert le rôle que sa propre grand-mère a joué dans cette communauté, à travers des archives et des journaux relatant la mobilisation pour la construction d’une bibliothèque publique.

Reiko Aoki a rendu vivante pour tou.te.s l’expérience des survivantes du séisme et du raz-de-marée de 2011 au Japon dans une présentation qui donnait à voir les modes d’expression choisis par ces femmes : broderie, photographie, écriture fournissaient des illustrations puissantes à un article qui plaçait dans une perspective historique les enjeux de la prise en compte des besoins spécifiques et des voix des femmes dans des situations de catastrophe naturelle.

Hollie White nous a ouvert les coulisses de son travail de recherche : les observations et expériences personnelles qui peuvent pousser à étudier un sujet comme celui du colonialisme culturel, et les premières observations qu’elle a faites sur le terrain en Thaïlande. Nous attendons avec impatience les résultats des études plus poussées qu’elle compte mener dans les années à venir sur les systèmes d’organisation du savoir d’origine occidentale dans le reste du monde et la manière de s’en libérer lorsqu’ils ne sont pas appropriés au contexte local.

Bien qu’il n’ait finalement pas vu faire le voyage jusqu’à Kuala Lumpur, Bernard Dione nous a donné une présentation de son travail d’enquête sur les bibliothécaires universitaires sénégalais.e.s qui nous a permis de mesurer concrètement les difficultés qu’il peut y avoir à appliquer de grands principes fondamentaux de la profession (liberté intellectuelle, accès à l’information, etc.), auxquels on adhère en théorie, lorsqu’ils se trouvent en contradiction avec les valeurs culturelles, sociales ou religieuses des individus. Un sujet qui a trouvé des échos dans la discussion du lendemain.

 

Des initiatives de terrains

Le lendemain, nous nous sommes retrouvé.e.s, avec d’autres intervenant.e.s, pour une discussion plus ouverte sur des initiatives de terrain. À partir de la présentation de Muy-Chen Peich (Bibliothèques Sans Frontières) sur le déploiement des célèbres Ideas Box dans différents contextes, nous avons pu parler des manières de co-construire les services avec les usagèr.e.s, en particulier lorsqu’il s’agit de groupes « minoritaires ». À partir des présentations de Brittany Jacobs sur les livres d’images pour la jeunesse et de Christer Edeholt sur l’Étagère Arc-en-ciel de la bibliothèque municipale d’Umeå (Suède), nous avons pu aborder les questions de représentation des identités  queer et des manières de montrer la diversité et de lutter ouvertement contre les discriminations.  Enfin, la présentation de Katherine S. Donaldson sur les programmes de bibliothécaires résident.e.s au États-Unis nous a permis de discuter des barrières au recrutement de bibliothécaires issu.e.s de groupes sous-représentés, et les solutions pour lever ces obstacles.

Programme et liens vers les articles publiés, les vidéos et les diaporamas :

  • Jérémy Lachal, Muy-Cheng Peich, Bibliothèques Sans Frontières, France: Libraries as empowerment levers: defining the collections and the contents with the users – The example of the Ideas Box. Slides.
  • Brittany Jacobs, University of Illinois at Urbana-Champaign, United States: I Read you Loud & Queer. Paper. Video.
  • Christer Edeholt, Umeå public library, Umeå, Sweden, The Rainbow Library
  • Katherine S. Donaldson, University of Oregon: Recruiting diverse librarians: Residency programs as an entry point to the academic librarian profession in the United States. Paper. Slides.

 

Nous avons trouvé l’inspiration dans les travaux de la section Indigenous matters, en particulier la session « Diverse indigenous voices: decolonizing, transforming and centering practices », et espérons faire aboutir un projet commun avec cette section et celle des Populations multiculturelles dans les années à venir.

 

Un lieu de rencontres et d’échanges

Comme toujours, le congrès est un lieu de rencontres et d’échanges extraordinaire. Les collègues malaisien.ne.s nous ont réservé un excellent accueil et ont été nombreux/ses à participer à nos travaux et discussions.

Nous avons conçu cette réflexion comme un travail sur plusieurs années, nous envisageons quelque chose de plus pratique, avec production de contenus, l’année prochaine, avec plusieurs partenaires potentiels.

2019 sera une année d’élections au sein de l’IFLA. Pas besoin d’attendre jusque-là si vous souhaitez participer à nos activités, partager des idées ou des questionnements avec nos membres !

Toutes nos adresses (liste de diffusion, twitter, facebook) sont sur le site de l’IFLA : https://www.ifla.org/women-information-and-libraries.

 

Mathilde Koskas,
responsable du groupe Women, information and Libraries, IFLA

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Bibliographie jeunesse : lutter contre les stéréotypes de genre

Les institutions nous aident beaucoup quand il s’agit de retrouver des bibliographies thématiques et on se souvient combien certains travaux peuvent avoir des conséquences improbables. N’hésitez pas à ce titre à parcourir les billets de ce blog qui regorgent de conseils de lectures et de retours d’expériences mise en place dans telle ou telle bibliothèque.

Mais les militants et les individus ne sont pas en restent qui effectuent parfois un long travail de recherche et d’analyse par intérêt et par passion. Nous avons ainsi reçu, récemment cette bibliographie d’albums jeunesse à thématique LGBT et lutte contre les stéréotypes de genre, répartis en plusieurs catégories que nous vous proposons ci-après.

Un travail de deux ans a ainsi permis à Matthieu de retrouver et rassembler plusieurs titres d’albums pour les proposer ensuite au plus grand nombre.

L’ensemble de la bibliographie est accessible en ligne : Bibliographie jeunesse : lutter contre les stéréotypes de genre (English version)

Catégories :

  1. Livres de jeunesse avec une thématique LGBT
    1. homoparentalité
    2. catalogues de familles
    3. histoires post-gay
    4. relations amoureuses de même sexe
    5. transidentités
    6. sida
  2. Livres de jeunesse avec pour thématique genre et féminisme
    1. des filles différentes
    2. catalogues contres les idées reçues
    3. des garçons différents
    4. livres contre le sexisme
  3. Des livres de jeunesse pour s’ouvrir aux autres
    1. des livres contre toutes les discriminations
    2. se senti bien dans son corps
    3. des familles différentes
    4. des relations homophiles
  4. Autres listes :
    1. les livres très anciens (pré-1990)
    2. les livres de Talents Hauts

 

Afin de mieux cerner cette démarche, nous avons interrogé ce militant. Entretiens :

Légothèque : D’où vient l’idée d’une telle bibliographie ?

Matthieu : Mon but initial était de proposer une liste des livres de jeunesse à thématique LGBT autrement très peu accessibles physiquement (car tirage ancien, limité, peu accessible en bibliothèque, etc.). La plupart de ces livres sont d’ailleurs aujourd’hui épuisés et introuvables dans le commerce.

Légothèque : Quel en est l’objectif final ? Qui vois-tu comme publics cible ?

Matthieu : J’ai d’abord fait ça pour moi. Mais au-delà, il s’agissait de donner plus de visibilité à ces titres et ces ouvrages et de mieux les faire connaître auprès du grand public, auprès de la Communauté également. Après je pense que ça peut intéresser des miltantEs et des chercheurEs intéresséEs par ces questions.

Légothèque : Quelle démarche pour trouver tous ces titres, méthodologie de recherche ?

Matthieu : J’ai toujours conçu cette bibliographie comme une première étape, qui me permettra de travailler un peu sur le corpus.

J’ai donc d’abord essayé de construire un corpus à partir d’éléments que je trouvais en ligne (internet et merci la Manif pour Tous qui a permis de faire émerger nombre des titres trouvés, en réaction) puis j’allais emprunter les albums dans les bibliothèques pour les lire et en déterminer le contenu. Finalement j’ai agencé cela dans cette proposition de bibliographie.

Du coup, je n’ai pas voulu m’y pencher avant d’avoir un corpus satisfaisant, ce qui sera le cas d’ici la fin de l’année 2018 (soit 2 ans de constitution, je suppose que c’est classique). Il y a encore 4-5 livres qui sont dans une bibliothèque en travaux depuis 2 ans qui devraient être disponibles prochainement. La bibliographie finale devrait encore évoluer à la marge.

Légothèque : Comment les titres étaient signalés dans les établissements ?

Matthieu : C’est un sujet intéressant. On ne trouve pas ces titres toujours aisément dans les bibliothèques. J’ai la chance d’habiter à Paris et donc de disposer d’un réseau important. Les titres étaient souvent accessibles dans l’une des bibliothèques du réseau. Pour les quelques rares titres que les bibliothèques parisiennes ne possédaient pas, il a fallu un peu plus insister. J’en ai trouvé dans les bibliothèques lyonnaises (par contre, cette fois, rangés dans le magasin, en accès indirect) et j’en ai acheté un en ligne aussi, absolument introuvable.

Légothèque : Quels projets pour la suite ?

Sur la suite du travail, je serai plus mature plutôt fin 2019. D’ici là, je vais continuer à développer mon corpus. J’ai déjà clairement des pistes de travail sur lesquelles je souhaiterais travailler :

  • reprendre l’émergence d’une culture aux discriminations dans le contexte français (lié au PaCS). Beaucoup a été dit déjà. L’histoire de la poule rousse de Bruel est fantastique.
  • travailler sur les intersectionnalités entre LGBT et discriminations de genre. On voit les parallèles évidents avec les féministes.
  • passionnant : l’évolution de la représentation des familles homoparentales dans les livres de jeunesse, par les auteurs eux-mêmes. On voit des livres très différents avec les années sur le même sujet, parfois avec le même auteur.
  • tout aussi passionnant : j’ai découvert le rôle majeur de quelques auteurs jeunesse (Turin, Bruel) qui révolutionnent le secteur, voire s’impliquent et le transforment de l’intérieur). Il y aurait à dire entre les « grands » auteurs classiques LGBT qui s’impliquent (Browne, Janosch) et les auteurs « militants » qui arrivent parfois à l’opposé de l’objectif.
  • Autre découverte : j’ai monté une revue de presse sur les cabales politico-médiatiques sur les livres corrupteurs de jeunesse. Quand on voit que c’a a été utilisé il y a peu par le candidat d’extrême-droite à la présidentielle au Brésil, c’est d’une actualité brûlante. L’analyse sur 20 ans (voire sur 50 ans en cherchant plus loin dans l’origine de la loi de 1949) est très intéressante.
  • D’un point de vue édition, il est très intéressant aussi pour moi d’analyser les choix éditoriaux dans les couvertures qui changent d’une ré-édition sur l’autre (« Finemouche », « Anna ») ou pas (« Julie »).

Mon passé militant m’entraîne naturellement sur les analyses autour des livres de Jeunesse, mais je pense que d’un point de vue littéraire sur le corpus lui-même on peut sûrement avoir des sujets intéressants :

  • comment la représentation de la virilité dans la littérature Jeunesse française évoluent (« Paul »).
  • comment la poésie est utilisée dans la littérature Jeunesse, soit de façon littérale sur les rimes (« Buffalo ») ou à l’opposé sur de la prose (« Mehdi » ou « chat qui est chien »), voire le jeu sur les mots « sèkçuel ») ou les images (Heidelbach).
  • le rôle de l’ « animalisation » est sûrement intéressant à traiter (curieusement en particulier pour les questions d’identité de genre, avec l’opposition chien-mâle chat-femelle)
  • j’aimerai beaucoup travailler sur le rôle de l’amitié et de l’amour dans la littérature jeunesse car cela permet d’aborder le sujet des relations de mêmes sexes sans le côté sexuel, ce que les adultes ont beaucoup de mal à faire alors que les enfants font cela naturellement.
  • le rôle de l’évolution de la représentation de famille dans le temps et en particulier la représentation de tout ce qui n’est pas nucléaire doit être très bien aussi.
  • le rôle du monde imaginaire (féérique) par rapport au monde réel pour aborder les questions de genre ou d’orientation sexuelle (selon que l’on veut interroger par rapport aux préjugés de la société réelle ou au contraire sur les évidences « naturelles » des genres qui ne sont pas si naturels que ça).

Bref des sujets d’étude pour les prochaines années, j’en ai des tonnes…  🙂

Wear it purple !

Vous ne le saviez probablement pas, mais le 31 août dernier était le Wear it purple day, une initiative internationale, certes majoritairement anglo-saxonne, créée en 2010 en réaction à une recrudescence de suicides parmi les adolescents LGBT victimes de harcèlement. De manière globale, il s’agit de mettre en place des environnements inclusifs et ouverts, où chaque adolescent quelque soit son orientation sexuelle ou son identité de genre pourrait se construire et s’épanouir librement.

Plusieurs institutions et bibliothèques se sont inscrites dans le mouvement. Ce fut le cas, par exemple, de la bibliothèque de l’État du Queensland, en Australie qui, comme d’autres alors, a appelé sur son blog ses usagers adolescents à venir habillés de violet.

Help us celebrate Wear It Purple Day!
We want to build a better world for LGBTQIA+ young people. That’s why State Library is supporting Wear It Purple Day on Friday 31 August 2018. Wear It Purple Day aims to empower rainbow young people and to ensure their health and wellbeing is respected. It is an international movement calling for an end to bullying of LGBTQIA+ teens. By wearing purple we encourage them to be proud of who they are. We support and stand by our LGBTQIA+ youth.

La bibliothèque continue et rappelle qu’en tant qu’espace public, elle accueille tous les usagers quels que soient leur genre, leur identité ou leur préférence sexuelle et continue en mettant en avant ses collections ado sur les thématiques LGBTQIA+ par le biais de présentations, le renvoi vers les mots-dièze #lgbtqia+ et #rainbow reads à utiliser dans le catalogue et le renvoi vers une longue bibliographie de titre australiens sur la thématique :

Best Australian LGBTQIA YA Fiction on Goodreads – https://www.goodreads.com/list/show/87987.Best_Australian_LGBTQIA_YA

Ces bibliothécaires sont supers, non ?

 

Le congrès IFLA 2017

Cette année, le congrès international de l’IFLA 2017 se déroulait à Wroclaw, en Pologne, une ville particulièrement dynamique puisqu’après avoir été nommée capitale européenne de la culture en 2016, elle accueillait en juillet dernier les World Games, une compétition sportive rassemblant des disciplines non inscrites aux jeux olympiques et donc, l’IFLA du 19 au 25 août.

Outre qu’il permet de rencontrer et de partager avec des collègues du monde entier, ce congrès est l’occasion également de construire et participer aux groupes de travail sur nos thèmes de prédilection. Parmi ces derniers, ceux qui suivent ce blog savent que nous nous impliquons notamment dans les travaux de la section autour du Multiculturalisme, suivons le SIG Women, Information and Libraries et participons au SIG LGBTQ Users.

35006824856_44bbaedba9_z Lire la suite

Des nouvelles du groupe « LGBTQ Users » de l’IFLA

Cette année, le congrès international de l’IFLA se déroulait à Columbus, dans l’OHIO. Comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, ce congrès nous intéresse à plus d’un titre. D’abord parce qu’il permet de rencontrer et de partager avec des collègues du monde entier sur nos thèmes de prédilection, ensuite parce qu’il nous permet d’échanger et de construire notamment en assistant et participant à des « Groupes d’intérêt spéciaux » (SIG), des groupes de travail thématiques. Parmi ces derniers, vous le savez, nous suivons les travaux de la section autour du Multiculturalisme, du SIG Women, Information and Libraries et nous participons au SIG LGBTQ Users.

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Les actes du Congrès BOBCATSSS

En janvier dernier, l’Enssib accueillait et organisait la 24ème édition du congrès BOBCATSSS. Un congrès international réunissant des étudiants en sciences de l’information et de la communication, des enseignants, des chercheurs, et des professionnels de tous pays. Légothèque y avait participé en tant que commission de l’AbF, ce que nous avions décrit dans un billet paru en février dernier.

thankyou Lire la suite