Étagères de livres

Rouvrir les bibliothèques pour toutes et pour tous

Comme pour beaucoup d’institutions publiques, les longues semaines de confinement et de fermeture ont été l’occasion pour les bibliothèques de s’interroger sur leur place et leur fonction dans la société. Les associations professionnelles s’en sont largement fait l’écho dans leurs colonnes et se sont retrouvées en première ligne pour construire des propositions et accompagner les établissements dans leur reprise d’activité (cf aussi le site BiblioCovid, séminaire Enssib). En tant que commission de l’AbF réflechissant aux questions de construction de soi, et alors que la réouverture (sous réserve que la sécurité sanitaire des agents et des usagers soit assurée) des bibliothèques publiques est autorisée depuis le 11 mai, la Légothèque souhaite contribuer à la réflexion professionnelle sur les enjeux des services qui vont pouvoir de nouveau être proposés aux publics.

Il s’agit notamment de rappeler l’importance des bibliothèques comme lieu de construction de soi. En Inversant le focus (des services à tout prix) et réfléchissant d’abord aux besoins fondamentaux des usagers. En permettant aux lecteurs et aux lectrices d’accéder dans l’anonymat d’une salle de lecture à des documents portant sur les questions de genre, la santé et la vie sexuelle, la complexité des identités culturelles et religieuses, la construction du racisme ou encore la façon de vivre son handicap, les bibliothèques ont une fonction sociale essentielle. En mettant à portée de main des centaines voire des milliers de documents et de ressources, elles ouvrent des possibilités souvent inaccessibles dans le contexte familial et offrent aux lecteurs et aux lectrices un espace de liberté indispensable. La liberté de découvrir, la liberté de ne pas choisir a priori, la liberté de l’inédit voire de l’interdit. Soit la démocratisation de l’accès à l’information et l’équité informationnelle.

Les dispositifs de “drive” (je réserve un document et je viens le retirer lors d’un créneau horaire déterminé) qui se mettent en place dans le cadre de la réouverture progressive des bibliothèques sont certes une première réponse efficace pour répondre aux besoins informationnels des usagers mais il faut reconnaître qu’ils s’adressent à un public aux choix déjà affirmés et construits, et privent toute une partie des usagers des possibilités (d’anonymat, de découverte…) liées au libre accès des collections.

La mise en espace est un des services qu’offrent les bibliothèques, et construire une offre de service cohérente implique de penser autant l’accès physique aux collections que le seul accès intellectuel aux ressources. En ce sens et dans le respect des normes sanitaires actuellement recommandées, la Légothèque invite les bibliothèques qui le peuvent à rouvrir le plus possible leurs espaces aux publics, à permettre le choix discret en rayon et à veiller à continuer à garantir le respect de la vie privée de leurs usagers. C’est ainsi que les bibliothèques poursuivront pleinement leurs missions de démocratisation de l’accès à l’information et d’équité informationnelle. 

Bonne rentrée 2019 à tou-te-s !

Bonne rentrée 2019 ! Pour cette rentrée, la Commission Légothèque souhaite vous rappeler sa mission au sein de l’ABF et partager ses projets de l’année à venir avec vous.

Qu’est-ce que la Légothèque ?

Légothèque est une commission de l’Association des Bibliothécaires de France (ABF) créée en 2012. Nous nous intéressons au rôle des bibliothèques dans la construction de soi et à la lutte contre les stéréotypes.

Nous travaillons sur 3 thématiques :

  1. l’interculturalité et le multiculturalisme
  2. les questions de genre
  3. l’orientation sexuelle et sentimentale

De manière générale, nous nous intéressons aux questions d’inclusion en bibliothèque et comment elles questionnent missions, services, espaces et accès aux collections.

Le nom « Légothèque » est un mot-valise bien sûr. Il renvoie d’abord au célèbre jeu de construction Lego qui symbolise la construction active de soi, brique à brique, identité par identité. Au delà, le mot renvoie également à l’ego, c’est-à-dire à soi, au moi, mais nous évoquons aussi le verbe lire en latin (lego, legis, legere) et donc au monde de la lecture tout en faisant référence aux bibliothèques (- « thèque »).

Nos engagements en 2019-2020

Nous souhaitons partager avec vous les grands axes et projets que nous allons aborder cette année.  Concrètement, il s’agit pour nous de :

  • recenser des formations proposées pour les professionnels sur les thématiques du genre, du multiculturalisme, de la lutte contre les stéréotypes et contre les discriminations. Si vous connaissez une formation ou des formateurs travaillant autour de ces questions, merci d’écrire à legotheque@gmail.com
  • préparer notre participation au Congrès de l’ABF qui aura lieu à Dunkerque du 11 au 13 juin 2020. Le thème : Bibliothèques inclusives, bibliothèques solidaires ?
  • rédiger des comptes-rendus de lecture
  • vous proposer une veille sur les activités et les actions tenues en bibliothèque à travers le monde
  • participer à des journées de formation : venez par exemple nous rencontrer lundi 14 octobre 2019 à la journée d’étude du groupe Auvergne sur la thématique « Bibliothèque exclusion et insertion » à laquelle nous participerons (détails à venir).

N’hésitez pas à nous contacter si vous cherchez contacts ou informations dans les domaines de l’interculturalité et du multiculturalisme, du genre, de l’orientation sexuelle et sentimentale. Nous préparons ainsi une bibliographie d’actualité sur le bioéthique et notamment la PMA.

Retrouvez des bibliothèques qui abordent nos sujets d’intérêt !

La Carte des centres de ressources sur le genre recense les centres de ressources sur le genre que nous avons pu repérer, par le biais d’échanges, rencontres et veille. Elle est évolutive et non-exhaustive. Si vous vous rendez compte qu’un centre n’y figure pas, n’oubliez pas que vous pouvez l’ajouter directement dans la carte interactive.

Carte des centres de ressources

Qui sont les membres Légothèque ?

Aujourd’hui, 13 personnes participent aux activités de la commission. Les membres viennent de différentes régions de la France et même du Québec : Alfortville, Lyon, Paris, Lille, Bayeux, Rennes, Calais, Truchtersheim, Courbevoie et Montréal (Québec).

Vous ou votre bibliothèque désirez des conseils ?

Vous avez des questions sur l’interculturalité et le multiculturalisme ; des questions sur le genre, l’orientation sexuelle et sentimentale en bibliothèque ? N’hésitez pas à nous envoyer un courriel à legotheque@gmail.com

Enfin, nous publions des articles sur nos thèmes de travail dans la revue Bibliothèque(s).

Et suivez-nous sur Facebook et Twitter !

Photo de la médiathèque José Cabanis

Participation de la Légothèque à une matinée projets dans le réseau de Toulouse

A l’occasion de la matinée projets organisée le jeudi 20 juin 2019 à la Médiathèque José Cabanis de Toulouse pour les employé.e.s des bibliothèques du réseau, deux sessions de présentation de la commission Légothèque de l’ABF ont été organisées. Une rivière du doute a été mise en place par la commission, et une bibliothécaire de la médiathèque a présenté leur cote flottante, dont la plus récente est liée à l’actualité : la cote #metoo. 

La rivière du doute

Pendant une rivière du doute, les participant.es sont amené.es à se déplacer dans l’espace. Une affirmation leur est posée, et iels se placent selon leur réponse : un côté « je suis d’accord », un côté « je ne suis pas d’accord », et au centre se placent les indéci.s.es. Iels sont ensuite invité.e.s à discuter de leur façon de se placer, et peuvent se déplacer dès qu’iels le souhaitent. Pour plus de précisions sur la rivière du doute : https://www.atd-quartmonde.fr/wp-content/uploads/2015/06/Kit-pedagogique-V6.pdf 

Dans le cadre de cette matinée projets, pour montrer les différents sujets sur lesquels la Légothèque est amenée à se positionner, trois affirmations ont été posées aux participant.es.

  • Si un.e usager.e se plaint de certains documents (par exemple les albums mettant en scène des familles homoparentales, comme Tango à deux papas, et pourquoi pas ?, de Béatrice Boutignon), il faut qu’ils aient une place spécifique, une médiation particulière ou bien faire en sorte qu’ils ne soient accessibles que sur demande. 

Une grande partie des participant.es était d’accord sur la mise en place d’une médiation, mais plutôt à l’adresse des usager.es, pour rendre les documents souvent ciblés (livres queerfriendly, anti-racistes, féministes, etc.) mieux acceptés. Par contre, la question d’une indexation particulière (que ce soit uniquement sur le portail ou bien dans les rayonnages eux-mêmes) faisait plus débat. Mettre ces documents à part, ou même les signaler via une pastille, permet de créer une représentation bienvenue en bibliothèque, mais empêche une certaine « normalisation » de ces thématiques. Aussi, la possibilité de tomber sur ces livres au hasard, pour poser question, a aussi été évoquée. Pour pallier ce problème, il a été suggéré « d’éparpiller » ces fonds, c’est à dire d’en mettre certains en avant – par le biais de pastilles ou de rayonnages – et d’intégrer les autres. 

  • Les bibliothèques ont un rôle à jouer dans l’accueil des migrant.es.

L’accord au sujet de cette proposition était quasiment unanime. Des réserves ont cependant été soulevées, notamment sur le risque de se substituer aux services sociaux (même si cela a été modéré par le fait que ce risque existe déjà pour d’autres publics). L’accueil en animation est pour les bibliothécaires participant.es le plus important, car il permet d’attirer ces publics qui n’ont pas forcément le réflexe de venir à la bibliothèque. Cependant, celle-ci est parfois le premier service public en lien avec les migrant.es – voire même le seul. La présence d’un fonds Français Langue Etrangère (FLE) et Facile à Lire (FaL) est aussi très importante. 

  • Les bibliothèques peuvent organiser des heures du conte lues par des dragqueens. 

La question de la pertinence d’une telle animation est souvent soulevée : d’après les participant.es, il faudrait qu’elle s’inscrive dans une programmation particulière dédiée aux questions LGBTQ+, sinon elle risque d’être prise pour de la provocation, même si cela permet de montrer d’autres modèles de féminité et de masculinité aux enfants. Quelle que soit la position des participant.es, le soutien de la totalité de l’équipe et de la hiérarchie/tutelle a été cité comme condition sine qua non de la réalisation d’une telle animation. 


Les cotes flottantes de la Médiathèque José Cabanis

La cote #metoo est l’une des cotes flottantes de la Médiathèque José Cabanis. Celles-ci ont été mises en place après les attentats de Charlie Hebdo en 2015, pour rassembler des ouvrages d’actualité en un même espace (djihadisme, élections, etc.). Ces cotes sont censées être éphémères et disparaître après l’événement qu’elles couvrent, ou après quelques mois ou années selon le sujet. Une veille particulière est mise en place pour les thématiques des cotes flottantes. 

Celles-ci regroupent les documentaires (et plus rarement de la fiction) dans plusieurs domaines : sociologie, psychologie, politique, droit… Les documents sont regroupés sur une étagère à part, dans le fonds Société de la bibliothèque. Ils ont de ce fait une visibilité particulière, qui se remarque dans le taux de rotation : il était de 7 en 2018, et le taux extrapolé de 2019 est de 11 (contre entre 5 et 9 pour le reste du fonds Société).

Quelles approches et quels dispositifs pour l’accueil des migrant-es à l’étranger?

Nous vous proposons un retour sur la rencontre animée samedi 8 juin par Légothèque au Congrès 2019 de l’ABF intitulée « Quelles approches et quels dispositifs pour l’accueil des migrant-es à l’étranger? »

MODÉRATRICE : Eleonora Le Bohec, élève conservatrice territoriale des bibliothèques et membre de Légothèque

3 intervenant-es ont fait part de leur approche sur ce sujet :

Britta Schmedemann, responsable de la commission interculturalité de l’association des bibliothèques allemandes

Britta situe sa présentation à Brême, une ville située dans le Nord de l’Allemagne, où le % de migrants (34%) est supérieur à la moyenne fédérale (24%), ce qui donne d’emblée le ton de la difficulté à mettre en oeuvre des actions sur ce terrain, dans un pays et une ville où la société est aujourd’hui divisée sur les actions à mener ou non dans ce domaine.

Le réseau des Bibliothèques Municipales (BM) de Brême a mis en oeuvre tout un programme dédié à l’accueil des migrants en intégrant des réfugiés comme apprentis ; un cursus de formations professionnelles adaptées les accompagne tout au long de leur apprentissage. L’accent est mis plutôt sur l’attitude que sur les connaissances. Les personnels de la BM bénéficient également de formations à la diversité afin d’assurer la cohérence et la réussite du dispositif. Toucher ces publics est une chose, les conserver en est une autre.

La présentation de Britta est ICI

Vous trouverez également dans le numéro 94-95 de la revue Bibliothèque (s) un article détaillé traduit en français sur le cursus de formations mis en oeuvre par Britta à la BM de Brême : « Des réfugiées comme collègues » / Britta Schmedemann

 

Hasmig Chahinian, responsable d’IBBY France, BnF, l’Union Internationale pour les livres jeunesse.

Hasmig a mis l’accent sur la nécessité de favoriser en tout lieu l’accès des enfants à des lectures de réelle qualité littéraire et artistique, le devoir de protéger et défendre les droits de l’enfant conformément à la Convention des Nations Unies.

Une des difficultés majeures rencontrées est que par exemple en Italie les intervenants n’ont pas le droit d’entrer dans les camps de réfugiés. Beaucoup d’actions sont menées à travers le jeu, des ateliers où les enfants dessinent et mettent en scène des situations parfois traumatisantes.

Comment en tant que professionnel-le trouver des livres de qualité quand on ne parle pas la langue ? Le site IBBY Europe propose des sélections constituées par des professionnels des pays concernés comme Takam Tikou à la BnF. 

La présentation de Hasmig est ICI

Yannis Youlountas, philosophe, écrivain et réalisateur

Dans le quartier d’Exarcheia à Athènes où il oeuvre au sein d’associations, Yannis met l’accent sur le livre qui représente un enjeu important pour les lieux souvent auto-gérés. Souvent ces lieux rassemblent autant d’enfants que d’adultes. L’idée est de les rendre acteurs, notamment les enfants de migrant-es qui vont plus facilement vers les écrans. Donc le travail des associations vise à désacraliser les écrans, qui représentent souvent aussi le lien avec les familles éloignées. Les intervenant-es l’utilisent comme moyen de médiation et d’interaction. Le son et l’oralité lorsqu’on déclame des poèmes dans différentes langues sont également des éléments importants. Des goûters philo sont souvent organisés, car les enfants sont souvent très spontanés et livrent des réflexions qui peuvent les aider à surmonter leurs traumatismes ou à s’exprimer tout simplement..

Le blog engagé de Yannis est ICI. Son militantisme associatif lui a valu récemment en juin une agression de la part de fascistes opposés à son action en faveur de ces populations défavorisées et démunies que sont les réfugié-es. Nous lui faisons part de notre sympathie.

Enfin, le live tweet @legotheque vous permettra de saisir quelques instantanés de cette table ronde très enrichissante grâce à nos 3 intervenant-es et aux questions du public. A l’année prochaine à Dunkerque pour le Congrès ABF 2020!

Légothèque recrute !

We need you !

Cette rentrée, la commission Légothèque vous ouvre les bras et accueillera avec plaisir de nouveaux et nouvelles membres.

L’occasion de revenir sur qui nous sommes, nos actions, notre philosophie, la manière dont nous travaillons au sein de cette commission dynamique, joyeuse et engagée.

En espérant que cela vous donnera envie de nous rejoindre !

Historique et thématiques abordées

Légothèque est une commission de l’Association de bibliothécaires de France (ABF) créée en 2012. Nous nous intéressons au rôle des bibliothèques dans la construction de soi et la lutte contre les stéréotypes.

Nous travaillons sur 3 thématiques : Interculturalité et multiculturalisme ; Questions de genre ; Orientation sexuelle et sentimentale. De manière générale, nous nous intéressons aux questions d’inclusion en bibliothèque et comment elles questionnent missions, services, espaces et accès aux collections.

Le nom “Légothèque” est un mot-valise bien sûr. Il renvoie d’abord au célèbre jeu de construction Lego qui symbolise la construction active de soi, brique à brique, identité par identité. Au delà, le mot renvoie également à l’ego, c’est-à-dire à soi, au moi, mais nous évoquons aussi le verbe lire en latin (lego, legis, legere) et donc au monde de la lecture tout en faisant référence aux bibliothèques (-”thèque”).

Lire la suite

Bilan du congrès et trêve de l’été

Nous y sommes, Légothèque vous propose ce dernier billet estival, avant de vous retrouver à la rentrée !

Lors du dernier congrès ABF, Légothèque a animé une table-ronde « Sexisme et harcèlement à la bibliothèque: comment réagir ? » Une heure pour échanger et proposer des actions.Après de brèves définitions du sexisme et du harcèlement, la première partie proposait un éventail d’actions possibles en bibliothèque. Les bibliothèques étant des lieux de collections,  il a d’abord été question de présenter quelques ressources : la maison d’édition Talents Hauts, quelques titres jeunesse, la collection Egale à égal dont vous trouverez plusieurs recensions sous ce tag sur notre blog.

Lire la suite