La rentrée littéraire vue par Légothèque

Une rentrée littéraire foisonnante et très riche, qui permet aux bibliothécaires de Légothèque de vous proposer un focus à travers les thématiques qui nous tiennent à cœur au sein de notre commission de l’ABF : construction de soi, racisme, préjugés, invisibilisation des femmes ou de minorités.

Stardust / Leonora Miano

L’auteure se penche sur sa propre histoire, qu’elle parvient à exprimer avec sa rage, sa conscience politique. Sa vie de jeune mère la conduit à croiser d’autres destins de femmes rencontrées dans des centres d’hébergement précaires. Loin des clichés sexistes convenus, elle ne cache rien des difficultés, des tensions, et du découragement qui l’ont traversée durant ces années difficiles.

La ligne de nage / Julie Otsuka

La piscine que décrit la narratrice, c’est un microcosme où un rien fait dérailler la mécanique bien huilée des habitudes. Le personnage principal perd la mémoire, et ce naufrage progressif auquel nous assistons nous tient en haleine car l’auteure y distille savamment des éléments sur l’origine japonaise de son personnage : elle fait état avec tact et sensibilité des préjugés, du racisme qu’elle a connus plus jeune avec sa famille.

Tenir sa langue / Polina Panassenko

Un premier roman vif et enlevé : une langue inventive, malicieuse, et surtout une réflexion sur la culture, l’identité qui se construisent par strates et apports successifs, notamment par les langues. Brillant, drôle et profond!

Les gens de Bilbao naissent où ils veulent / Maria Larrea

Un premier roman à la veine autobiographique très forte sur la quête de ses origines : secrets de famille, flash-back et temps présent confèrent toute sa force à ce récit où transparaît toute la tendresse de l’auteure pour ses parents, immigrés espagnols cabossés par la vie.

La revanche des autrices / Julien Marsay

Une enquête historique et littéraire autour de l’invisibilisation des femmes dans l’écriture.

La dissociation / Nadia Yala Kisukidi
L’autrice n’est pas étrangère à la Légothèque puisque nous avions parlé de
Dialogue transatlantique avec Djamila Ribeiro, qui faisait un tour d’horizon de la
pensée féministe noire entre Europe, Afrique et Amérique du Sud.
Nous la retrouvons pour son premier roman, La dissociation. On y suit une jeune
femme noire qui a cessé de grandir à l’âge de 10 ans, nous ne connaîtrons pas
son nom. En revanche, elle partage avec nous tous les recoins de ses errances
imaginaires : l’héroïne bénéficie du don de dissociation, et peut s’extraire du réel
pour voyager dans un autre monde. Fuyant la folie de sa grand-mère, nous la
suivons dans ses aventures, rencontres et dans ses notes, qu’elle prend
scrupuleusement. De la folie comme point de départ à la fuite et à la tentative de sortir de cet
enfermement, l’héroïne rêve d’une « utopie de l’Indépendance ». Et son autrice
d’ajouter que « la violence du monde ne nous assèche pas systématique », elle
permet parfois un foisonnement de l’imagination.


Cocoaïans / Gauz
L’auteur de Debout payé et de Black Manoo revient avec un court texte
d’économie politique de la fève de cacao. Il retrace son histoire comme une
illustration de la domination occidentale sur les pays d’Afrique. Il redonne voix aux
acteurs de la résistance ivoirienne face à cette conquête blanche. L’auteur conclut sa
démonstration par l’idée d’une Afrique qui se réapproprierait ses cultures, ses
terres, ses moyens de production et qui mettrait fin à sa domination capitaliste et
coloniale.


Diaty Diallo, Deux secondes d’air qui brûle, Seuil

Dans ce premier roman, d’une langue imagée à l’oralité, Diaty Diallo nous campe
un décor d’amitiés, de béton et d’envies furieuses de vivre. L’autrice aborde les
questions de violences policières, avec la voix d’Astor dont le frère a été tué par
« les gens en bleus » lors « d’une soirée tranquille. Presque chiante ». L’histoire
ne s’arrête pas au meurtre, mais en déplie les conséquences et fait la généalogie
d’une colère sourde qui mène à l’insurrection.

Suggestions de lectures côté sciences humaines et sociales

Cette semaine, varions les plaisirs : regardons du côté des sciences humaines et sociales et partageons quelques suggestions de lectures en lien avec les sujets qui intéressent la Légothèque !

Ne nous libérez pas, on s’en charge : une histoire des féminismes de 1789 à nos jours / Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel

Une sociohistoire du féminisme sous toutes ses formes, mouvements sociaux, courants de pensée, évolutions lentes et luttes sporadiques. Les historiennes questionnent la diversité des féminismes à travers le temps et leurs liens avec les luttes contre les inégalités sociales, raciales et de genre.

Les grandes oubliées : pourquoi l’histoire a effacé les femmes / Titiou Lecoq

A chaque époque, des femmes ont agi, dirigé, créé, gouverné mais elles n’apparaissent pas dans les manuels d’histoire. Du temps des cavernes jusqu’à nos jours, l’auteure passe au crible les découvertes les plus récentes, analyse les mécanismes de la domination masculine et présente quelques vies oubliées.

L’homme préhistorique est aussi une femme : une histoire de l’invisibilité des femmes / Marylène Patou-Mathis

L’auteure critique la vision patriarcale de la préhistoire. Lorsque la discipline naît au XIXe siècle, elle n’est conduite que par des hommes qui projettent sur ces temps anciens leur vision d’une femme procréatrice au rôle social limité à l’éducation des enfants et aux tâches domestiques. Or, les récentes découvertes archéologiques montrent les femmes moins soumises, plus robustes et inventives.

Beauté fatale : les nouveaux visages d’une aliénation féminine / Mona Chollet

Actuellement, le corps féminin est sommé de devenir un produit, de se perfectionner pour mieux se vendre. Entre banalisation de la chirurgie, tyrannie du look, anorexie, M. Chollet interroge le rapport au corps et à soi en décortiquant la presse féminine, les discours publicitaires, les blogs et les séries télévisées.

Le genre du capital : comment la famille reproduit les inégalités / Sibylle Gollac, Céline Bessière

Les études sociologiques s’arrêtent généralement à une vision globale de la société. Ici les autrices s’attachent à une autre forme d’échelle : la famille. Ainsi, elles présentent les inégalités femmes-hommes qui s’aggravent encore de nos jours. Divorce, héritage, mères isolées, autant de facteurs aggravant la situation financière des femmes. Le patriarcat s’exerce partout…

Une écologie décoloniale / Malcolm Ferdinand

Chlorodécone, agent orange, sécheresse au Chili : ce sont toujours les plus pauvres et les personnes racisées qui sont les plus exposées aux pollutions et aux maladies qu’elles provoquent. De ce constat, l’auteur rappelle la nécessité d’une justice environnementale, basée sur une lecture écologie et antiraciste. Rappelant le travail de Ramzyg Keucheyan, Malcolm Ferdinand redonne les clefs historiques à l’installation d’un racisme environnemental dont il place l’origine à la mise en place du système économique des plantations. Basant son propos sur les luttes marronnes dans les Caraïbes, il explique comment, par les actions conjuguées de la plantation agricole et de l’esclavage s’est constituée une base idéologique à l’héritage encore vivace. Il utilise le terme de « plantationocène » (forgé par Anna Tsing et Donna Haraway) pour décrire les processus de destructions des terres (bananes, caoutchouc etc), des manières d’échanger et des relations sociales entre humains et avec le non-humain. D’une plume très lyrique, Malcolm Ferdinand déroule un argumentaire construit et logique liant philosophie, histoire et écriture poétique. Un livre important.

Transfuge de sexe : passer les frontières du genre / Emmanuel Beaubatie

Loin des images fantasmés et imaginaires des personnes trans, l’auteur décrit les diversités qui traversent les ressentis et les parcours. Des femmes trans qui vivent un déclassement social, aux hommes trans qui sont, au contraire, dans un mouvement ascendant ; des plus aisé‧e‧s aux plus démuni‧e‧s ; consacrant une longue partie à la sexualité et concluant sur la mutation des ordres de genre, l’auteur analyse les difficultés et les divergences de parcours. En utilisant une grille d’analyse matérialiste pour expliquer les parcours des personnes trans, Emmanuel Beaubatie offre une réflexion nécessaire.

Chère Ijeawele / Chimamanda Ngozi Adichie

Dans ce court manifeste, l’autrice nigériane donne des conseils concrets aux parents et aux futurs parents. Tirés d’expériences concrète, ils visent à transmettre aux enfants, et notamment aux petites filles, une éducation non sexiste et féministe en déjouant les pièges de la société et de la tradition. Un texte à offrir à tous les futurs parents !

Noire n’est pas mon métier / Collectif

Ce livre se compose de témoignages d’actrices françaises noires réunis par Aïssa Maïga. Chacune y raconte son parcours ou parfois juste une anecdote et y livre sa vision du monde du cinéma français, et plus largement de la société. Ces témoignages dépeignent un univers souvent raciste et sexiste. On y décrit ici une volonté forte de changement et on devine comment ces femmes pourraient changer la donne !

Le projet Kaléidoscope : des livres Jeunesse pour une représentation plus égalitaire

Cette semaine, Claudie Mailhot-Trottier, responsable du projet Kaléidoscope, présente ce projet.

Afin de favoriser des représentations sans stéréotypes et de participer à la construction d’un monde plus égalitaire, le projet Kaléidoscope, chapeauté par YWCA, Québec offre une sélection de plus de 400 livres jeunesse (0-12 ans) en matière d’éducation à l’égalité.

Classés par catégorie d’âge, mais aussi par thème, les livres abordent des sujets comme la diversité culturelle, la diversité familiale, la diversité sexuelle et de genre, l’image corporelle et l’immigration. Les enfants sont encouragés par la littérature à sortir des idées préconçues et des rôles stéréotypés réducteurs. Cette sélection encourage donc la réflexion, le développement de la pensée critique, l’ouverture et la tolérance.

Un Kaléidoscope, c’est un jouet qui permet de voir la réalité sous toutes ses couleurs, sous toutes ses facettes. Une réalité parfois changeante selon la personne qui la regarde, mais qui fait surtout briller les différences et la diversité.

Les livres présentés dans ces sélections sont disponibles dans les bibliothèques publiques du Québec et dans les librairies.

Sont disponibles également sur le site des capsules de formations asynchrones destinées au personnel des milieux éducatifs. Elles visent à les sensibiliser sur des notions essentielles en matière d’égalité.

L’occasion de nouer un nouveau partenariat et d’initier une future collaboration avec l’Abf, via la commission Légothèque, et peut-être d’autres collègues, pour compléter cette sélection et aboutir à une bibliographie franco-québécoise!

La transidentité dans les livres / littérature adulte

Ce billet s’appuie sur le travail effectué par Julie Granier, bibliothécaire, et s’intéresse à la représentation de la transidentité dans la littérature. Afin d’orienter et d’encadrer ses recherches, elle s’est concentrée sur la production éditoriale de 2018 à aujourd’hui, en France. Son constat est que les personnages LGBTQIA+ sont de plus en plus représentés dans la production éditoriale francophone, qu’il s’agisse de littérature, de documents cinématographiques ou de jeux vidéo.

Ce deuxième billet s’intéresse à la représentation de la transidentité et des personnes transgenres dans les albums, romans et bande-dessinées. Cette deuxième partie couvrira la littérature adulte.

Introduction

Il convient, pour commencer, de s’attarder sur la terminologie employée. Selon l’Association Nationale Transgenre (ANT) :

“Genre »

Identité sexuée psycho-sociale. Rôle social, par exemple masculin ou féminin, et identification à la classe d’individus qui jouent ce rôle. Le genre résulte de stéréotypes culturels qui définissent les comportements masculins et féminins. Le genre n’est pas nécessairement congruent au sexe : une personne mâle peut très bien s’identifier au rôle lié féminin et être ainsi de genre féminin. Les genres « homme » ou « femme » ne sont que des conventions culturelles très réductrices pour étiqueter un ensemble complexe de traits de personnalité. Chaque être humain a en lui, à la fois, des traits de personnalité jugés féminins et des traits jugés masculins. Il existe donc plus de deux genres dans l’humanité mais une multiplicité. En outre, le genre est auto-déclaratif : seule la personne concernée peut déclarer son identité de genre.”

“Transgenre » (personne)

Est transgenre toute personne qui ne s’identifie pas complètement au rôle social culturellement assigné à son sexe, sans se croire pour autant atteinte d’un « trouble d’identité de genre » ou d’un syndrome, et qui se libère de toute croyance en des rôles sexués naturels et intangibles (cf. essentialisme). Il s’agit avant tout de vivre libéré de l’ordre symbolique et de ses sous-produits tel l’hétéro-patriarcat. Personne qui assume un genre, binaire ou pas , différent de celui qui lui a été assigné à la naissance au vu de ses organes génitaux. Ayant rompu avec la binarité sociétale liant sexe et genre, une personne transgenre vit son identité de genre en effectuant parfois, pour des raisons diverses (faciliter son insertion sociale, choisir sa sexualité, …), des modifications corporelles.”

“Transidentité »

Néologisme créé par le mouvement transgenre, par opposition au terme « transsexualisme ». Façon de vivre qui ne coïncide pas avec le rôle culturellement et arbitrairement assigné aux personnes de son sexe. La concordance entre le genre (identité sexuée psycho-sociale) et le sexe (identité sexuée physique) n’a de sens que si on a intégré le conditionnement d’une culture, qui assigne un rôle social – donc l’identité de genre qui lui correspond – à chaque sexe.”

“CIsgenre » (personne)

Personne dont le genre est relativement en adéquation avec le rôle social attendu en fonction du sexe. Exemple : dans la culture occidentale, une personne possédant un corps femelle et se vivant comme une femme.”

Un glossaire plus complet autour de la transidentité est disponible sur le site de l’ANT.

Il est important de préciser également qu’il existe une multiplicité d’identités de genres au-delà d’homme ou femme, comme une multiplicité de façons d’exprimer son genre. Néanmoins, d’autres genres comme non-binaires sont moins représentés dans la production éditoriale par conséquent vous en trouverez peu ci-dessous.

Libre d’être moi

-Deux bandes-dessinées notables abordent la thématique de la transidentité avec des regards très différents.

Appelez-moi Nathan de Catherine Castro paru chez Payot Graphix en 2018 présente le parcours d’un jeune homme trans et aborde principalement les questions de transition jusqu’au questionnement autour des opérations chirurgicales.

Tout va bien de Charlie Genmor paru chez Delcourt en 2019 aborde quant à lui les questionnements autour de l’identité de genre et l’orientation sexuelle.

 

-Du côté des romans, on peut citer le magnifique Poppy et les métamorphoses de Laurie Frankel paru chez Pocket en 2018, qui suit le parcours de Poppy, fillette transgenre merveilleusement soutenue par sa famille.

A noter également Les argonautes de Maggie Nelson paru aux éditions du Sous-Sol en 2018, à mi-chemin entre fiction et essai, qui couvre de très nombreux questionnements autour du genre et présente un personnage non-binaire.

-Petit aparté Science-Fiction Fantasy Fantastique (SFFF), un genre qui n’est pas en reste pour ce qui est de la mise en scène de personnages LGBTQIA+ .

En Fantasy, je tenais surtout à évoquer les trois cycles de l’Assassin Royal par Robin Hobb, excellente saga où apparaît notamment le Fou, personnage Gender-fluid à nouveau.

Du côté Science-Fiction, on retiendra le premier roman de Solomon Rivers, L’incivilité des fantômes paru aux Forges de Vulcain en 2019 qui intègre une héroïne intersexe et un personnage non-binaire dans un huis clos interstellaire.

-Pour finir, évoquons un roman de la rentrée littéraire 2020 : Mon père, ma mère, mes tremblements de terre de Julien Dufresne-Lamy édité par Belfond où une jeune fille de quinze ans raconte la transition de son père. Un auteur à suivre!

Bonus

Pour aller plus loin, je vous invite à parcourir la master liste LGBT proposée par Mademoiselle Cordelia ou la Rainbowthèque.

Bonnes lectures !

Sources

https://rainbowtheque.tumblr.com/

La chaîne Youtube de Mx Cordélia

http://mademoisellecordelia.fr/la-master-liste-lgbt-de-cordelia/ 

 

Bibliothèque(s) et inclusion

2021 sera une année blanche pour la revue de l’ABF Bibliothèque(s). Pour bien commencer l’année quand même, voici un récapitulatif des articles publiés dans la rubrique Bibliothèques et inclusion. Tous les numéros à partir de l’année passée se trouvent dans la bibliothèque numérique de l’Enssib.

Bibliothèques n° 102-103

Un répertoire de formations sur les thèmes de l’inclusion, de la construction de soi et de la lutte contre les stéréotypes (p. 12)

La médiathèque Valentin Haüy : la médiathèque inclusive (p. 15)

Bibliothèques n° 100-101

L’album jeunesse dans la construction de soi : compte-rendu d’une table-ronde au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil

Les livres ont la parole : regards croisés sur une bibliothèque vivante au congrès de l’ABF

Bibliothèques n° 98-99

Rencontre avec Juda la Vidange, drag king qui propose des heures du conte en bibliothèque

Initiative : une formation « Pour des bibliothèques non-sexistes »

Bibliothèques n° 96-97

Atelier EFiGiES Archives, mémoire, transmission du féminisme et LGBTQ+

L’Encyclopédie des migrants : de l’intime au politique

Bibliothèques n°94-95

La semaine des discriminations à Montreuil

Une bibliothèque au Point éphémère !

Bibliothèques n°92-93

Une carte pour signaler les centres de ressources sur le genre

L’ABF s’engage pour une communication sans stéréotype de sexe

Bibliothèques n°90-91

Des bibliothèques gay-friendly ?

Bibliothèques n°88-89

Rendre visible les femmes invisibles

Bibliothèques n°87

Bibliothèques et migrant-es, comment faire ? L’exemple suédois

Et bien sûr le numéro 80, qui a pour thème Bibliothèque(s) et inclusion !

Bonne lecture !

 

La transidentité dans les livres / littérature jeunesse et adolescente

Ce billet s’appuie sur le travail effectué par Julie Granier, bibliothécaire, et s’intéresse à la représentation de la transidentité dans la littérature. Afin d’orienter et d’encadrer ses recherches, elle s’est concentrée sur la production éditoriale de 2018 à aujourd’hui, en France. Son constat est que les personnages LGBTQIA+ sont de plus en plus représentés dans la production éditoriale francophone, qu’il s’agisse de littérature, de documents cinématographiques ou de jeux vidéo.

Ce premier billet s’intéresse à la représentation de la transidentité et des personnes transgenres dans les albums, romans et bande-dessinées. Cette première partie couvrira la littérature jeunesse et adolescente. 

Introduction

Il convient, pour commencer, de s’attarder sur la terminologie employée. Selon l’Association Nationale Transgenre (ANT) :

“Genre »

Identité sexuée psycho-sociale. Rôle social, par exemple masculin ou féminin, et identification à la classe d’individus qui jouent ce rôle. Le genre résulte de stéréotypes culturels qui définissent les comportements masculins et féminins. Le genre n’est pas nécessairement congruent au sexe : une personne mâle peut très bien s’identifier au rôle lié féminin et être ainsi de genre féminin. Les genres « homme » ou « femme » ne sont que des conventions culturelles très réductrices pour étiqueter un ensemble complexe de traits de personnalité. Chaque être humain a en lui, à la fois, des traits de personnalité jugés féminins et des traits jugés masculins. Il existe donc plus de deux genres dans l’humanité mais une multiplicité. En outre, le genre est auto-déclaratif : seule la personne concernée peut déclarer son identité de genre.”

“Transgenre » (personne)

Est transgenre toute personne qui ne s’identifie pas complètement au rôle social culturellement assigné à son sexe, sans se croire pour autant atteinte d’un « trouble d’identité de genre » ou d’un syndrome, et qui se libère de toute croyance en des rôles sexués naturels et intangibles (cf. essentialisme). Il s’agit avant tout de vivre libéré de l’ordre symbolique et de ses sous-produits tel l’hétéro-patriarcat. Personne qui assume un genre, binaire ou pas , différent de celui qui lui a été assigné à la naissance au vu de ses organes génitaux. Ayant rompu avec la binarité sociétale liant sexe et genre, une personne transgenre vit son identité de genre en effectuant parfois, pour des raisons diverses (faciliter son insertion sociale, choisir sa sexualité, …), des modifications corporelles.”

“Transidentité »

Néologisme créé par le mouvement transgenre, par opposition au terme « transsexualisme ». Façon de vivre qui ne coïncide pas avec le rôle culturellement et arbitrairement assigné aux personnes de son sexe. La concordance entre le genre (identité sexuée psycho-sociale) et le sexe (identité sexuée physique) n’a de sens que si on a intégré le conditionnement d’une culture, qui assigne un rôle social – donc l’identité de genre qui lui correspond – à chaque sexe.”

“CIsgenre » (personne)

Personne dont le genre est relativement en adéquation avec le rôle social attendu en fonction du sexe. Exemple : dans la culture occidentale, une personne possédant un corps femelle et se vivant comme une femme.”

Un glossaire plus complet autour de la transidentité est disponible sur le site de l’ANT.

Il est important de préciser également qu’il existe une multiplicité d’identités de genres au-delà d’homme ou femme, comme une multiplicité de façons d’exprimer son genre. Néanmoins, d’autres genres comme non-binaires sont moins représentés dans la production éditoriale par conséquent vous en trouverez peu ci-dessous.

Quelques références bibliographiques pour illustrer ce billet :

  • Je suis Camille, …

Je suis Camille écrit par Jean-Loup Felicioli et paru aux éditions Syros en 2019 est sans doute un des seuls, sinon le seul album proposé aux plus jeunes autour du sujet de la transidentité. Sans compter “Julian est une sirène” de Jessica Love paru chez Pastel en 2020 et dont je reparlerai dans un prochain billet. C’est un album qui s’adresse aux enfants à partir de 8 ans, selon le site RicochetIl met en scène Camille, une jeune fille qui fait sa rentrée en sixième, et dont nous découvrons progressivement qu’elle est une jeune fille trans, assignée garçon à la naissance, et qui a pu exprimer son genre librement au sein de sa famille et auprès de ses ami•e•s. Un bel exemple d’ouverture et de respect qui valorise et rend visible la transidentité auprès du jeune public et offre la possibilité à chacun•e de se découvrir et de s’inscrire dans la diversité humaine. Il est possible de feuilleter l’album en ligne via ce lien. A noter que l’album est soutenu par l’ANT qui propose aux mineur•e•s transgenres et aux familles un guide en complément, accessible en ligne, afin d’aider à la libre expression de son genre : “Si mon genre m’était conté…”.

  • … unique en mon genre.

La production littéraire adolescente et young-adult n’est pas en reste ces dernières années avec de très belles réussites. Dans une collection parue aux éditions Gulf Stream, Charlotte Bousquet et Jaypee proposent Barricades, une bande-dessinée mettant en scène une jeune adolescente trans. On découvre ici les difficultés que peuvent rencontrer les adolescent•e•s transgenres : souffrance, rejet, tentative de suicide. Rappelons que selon l’étude “Suicide attempts among transgender and gender non-conforming adults” menée par l’American foundation for suicide prevention et The Williams Institute en 2014, le suicide chez les personnes transgenres est 7 fois plus élevé que chez les personnes cisgenres. Heureusement, la fin est positive pour l’héroïne et illustre le chemin souvent délicat vers l’acceptation de soi.

  • Dans un contexte plus positif, Sophie Labelle, autrice et illustratrice, propose la série de bande-dessinée Ciel parue aux éditions Hurtubise en 2018 et 2019. Deux tomes disponibles en version physique et numérique. La bande-dessinée, qui reprend des personnages apparaissant sur son blog BD “Assignée garçon, met en scène Ciel, adolescente transgenre, dans sa vie de tous les jours entre ami•e•s et études.

  • La collection “D’une seule voix”, proposée par les éditions Actes Sud Junior, a publié en janvier 2020, le court roman Météore écrit par Antoine Dole. Une nouvelle fois, on y découvre le cheminement long et douloureux de Sara, adolescente trans.

  • Après tout ceci, force est de constater que les hommes trans sont peu voire pas représentés dans la littérature adolescente. Un roman aborde le sujet par un biais fantastique, il s’agit de “Trois garçons écrit par Jessica Schiefauer et paru chez Thierry Magnier en 2019. Alors que Kim, jeune fille de quatorze ans, découvre une plante qui la transforme en garçon le temps d’une nuit, elle entame une quête d’identité. A noter également la courte pièce de théâtre parue chez L’école des Loisirs, “Au pied du grillage pousse un oranger” de Philippe Gauthier, même si la transidentité du personnage principal n’est pas le coeur du récit.

  • Et puis il y a la bande-dessinée Le prince et la couturière de Jen Wang paru en 2018 chez Akileos qui nous invite à découvrir le prince Sébastien qui profite des nuits parisiennes sous l’identité de Lady Cristallia. Son identité de genre n’est pas précisée mais on peut penser que le prince est gender-fluid ou non-binaire.

Sources : 

https://rainbowtheque.tumblr.com/

La chaîne Youtube de Mx Cordélia

http://mademoisellecordelia.fr/la-master-liste-lgbt-de-cordelia/