L’intelligence artificielle, pas sans elles ! / Aude Bernheim et Flora Vincent

L’intelligence artificielle, pas sans elles ! Faire de l’Intelligence Artificielle un levier pour l’égalité / Aude Bernheim et Flora Vincent

Voici un titre qui résume fort bien le propos des 2 auteures, chercheuses talentueuses dans leurs domaines respectifs.

La collection Égale à égal des éditions Belin, en partenariat avec le Laboratoire de l’égalité, est la seule collection consacrée à l’égalité Femmes / Hommes. Elle dépoussière les idées reçues et montre les bénéfices individuels et collectifs d’une culture de l’égalité. Tous les thèmes sont abordés : cerveau et capacités cognitives, salaires, école, sexisme dans le monde du travail ou dans le monde politique, sport, partage de l’espace urbain, etc… Nous avons d’ailleurs écrit plusieurs recensions sur des titres de cette collection. Retrouvez-les sous le tag égale à égal.

Pourquoi les femmes sont-elles si peu représentées dans ce domaine de la recherche sur l’intelligence artificielle ? En quoi les algorithmes perpétuent les stéréotypes sexistes présents dans notre société et comment y remédier ? Voici quelques questions que pose ce texte truffé d’exemples concrets très intéressants.

Certes, il peut vous paraître difficile d’imaginer qu’un ordinateur ou un robot puisse être sexiste, et pourtant! En effet, quand on sait que seulement 12% de femmes travaillent dans ce domaine, on comprend mieux pourquoi un algorithme reflète des stéréotypes sexués présents dans notre socité et contribue, parfois à son défendant, à les véhiculer. Quelques exemples : si vous cherchez « writer » (écrivain ou écrivaine) dans Google Images, 26% des résultats montreront des femmes, alors que 56% des auteurs sont en fait des auteures! Autre exemple : si un réservoir d’informations identifie les femmes en blouse à des infirmières, et les hommes en blouse à des médecins, la plus grande chirurgienne de France sera sans doute assimilée à une infirmière!

Ce livre n’est qu’un premier pas qui ouvre la voie à des réflexions plus larges dans le domaine des études de genres (gender studies), où là encore préjugés et stéréotypes sont légion et les domaines d’étude à défricher immenses.

Ce livre est-il présent dans votre bibliothèque? Non? Alors qu’attendez-vous? 🙂

 

 

La lecture en partage

Joyeuses Fêtes à tou·te·s !

L’équipe de Légothèque vous suggère un peu de lecture en cadeau pour le temps des fêtes. Vous trouverez ci-après des suggestions de lecture, de ressources et de médias concoctées par nos membres à offrir à vos proches ou pour vous.

Bien sûr, il s’agit d’une liste non exhaustive, car les titres sont légions et l’idéal serait de produire un billet de blog le plus participatif possible. C’est pourquoi nous vous invitons, dans la section commentaires, à nous faire part de vos lectures en cette période de l’année.

Merci à tou·te·s les légothécaires qui ont partagé leurs coups de cœur dans ce billet spécial et collaboratif de fin d’année. 

Querelle de Roberval

L’ouvrage
LAMBERT, Kevin. Querelle de Roberval : fiction syndicale. Montréal (Québec) : Héliotrope, 2018. ISBN 978-2-92466-652-4 Édition originale québécoise
LAMBERT, Kevin. Querelle : fiction syndicale. Paris : Le Nouvel Attila, 2019. ISBN 978-2-37100-081-0 Adaptation française

Description
Un peu de littérature gaie, syndicaliste et revendicatrice québécoise pour le temps des fêtes ? Inspiré de Querelle de Brest de Jean Genêt, Kevin Lambert nous offre un roman attachant, complexe et parfois bouleversant. À travers une crise syndicale dans la région québécoise du Saguenay–Lac-Saint-Jean, l’auteur arrive à aborder les thèmes du patriarcat, du néocapitalisme, de l’homophobie et du déclin des régions québécoises dans un roman qui va sûrement laisser ses traces sur son lectorat.

Le 14 septembre 2019, l’édition française du roman de Kevin Lambert a co-remporté le Prix Sade avec Métaphysique de la viande de Christophe Siébert publié aux Éditions Au Diable Vauvert. En novembre 2019, l’édition québécoise a également remporté le Prix Ringuet de l’Académie des lettres du Québec. 

Légothécaire
Michael David Miller, Bibliothèque de l’Université McGill (Montréal, Québec)

Les Guérillères

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L’ouvrage
WITTIG, Monique. Les Guérillères. Paris : Éditions de Minuit, 1969. ISBN 2707345709

Description
Les Guérillères est une épopée moderne qui prend pour sujet “elles” : “Elles disent qu’elles ont appris à compter sur leurs propres forces. Elles disent qu’elles savent ce qu’ensemble elles signifient. Elles disent, que celles qui revendiquent un langage nouveau apprennent d’abord la violence. Elles disent, que celles qui veulent transformer le monde s’emparent avant tout des fusils. Elles disent qu’elles partent de zéro. Elles disent que c’est un nouveau monde qui commence.” Une lecture radicale et incontournable.

Légothécaire
Mathilde Ollivier, Bibliothèque Sainte-Barbe (Paris)

Homo Sapienne

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L’ouvrage
KORNELIUSSEN Niviak. Homo Sapienne. Saguenay-Lac-Saint-Jean (Québec) : La Peuplade, première édition en 2014; trad. 2017. ISBN 2924519586

Description
Homo Sapienne est un roman Groenlandais qui met en scène 5 personnages en quête de leur identité. Fia découvre son orientation sexuelle. Son frère, lui, veut fuir au Danemark son homosexualité refoulée. Inuk découvre la transidentité. 5 personnages qui permettent cinq visions changeantes et passionnantes du monde. Dans ce roman concis, l’autrice mobilise ses talents de nouvelliste avec un style vivace fondé sur le mélange des langues et des genres (roman épistolaire, narration classique, journal intime, conversations SMS…) ce qui permet une forte identification et une lecture bouleversante.

Légothécaire
Aénor Carbain

Americanah

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Ouvrage
ADICHIE, Chimamanda Ngozi. Americanah. Paris : Gallimard (Collection Du monde entier), 2016. ISBN 2070468801

Description
«En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire.»
Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique qui compte bien la rejoindre. Mais comment rester soi lorsqu’on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés? Pendant quinze ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux États-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigeria. À la fois drôle et grave, Americanah est une magnifique histoire d’amour, de soi d’abord mais également des autres, ou d’un autre. De son ton irrévérencieux, Chimamanda Ngozi Adichie fait valser le politiquement correct et les clichés sur la couleur de peau ou le statut d’immigrant.

Légothécaire
Fabienne

Mur Méditerranée

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Ouvrage
DALEMBERT Louis-Philippe . Mur Méditerranée. Paris : Sabine Wespieser, 2019. ISBN 2848053283

Description
Le mur de la Méditerranée, beaucoup en meurent certains le passent, mais qui sont-ils et qui sont-elles ? Chochana, Dima et Semhar ne sont pas parties pour les mêmes raisons, ne se ressemblent pas et ne vivront pas de la même manière cette confrontation à la frontière Méditerranée. Nous les suivons pour découvrir l’envers des statistiques dans une fiction très documentée. L’auteur haïtien Louis-Philippe Dalembert s’est inspiré de l’histoire du bateau de clandestins sauvé par le pétrolier danois Torm Lotte pendant l’été 2014. 

Légothécaire
Éléonora

Tu peux !

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Ouvrage
GRAVEL, Élise. Tu peux ! Montréal (Québec) : La courte échelle, 2018. ISBN 9782897741488 (Papier). Disponible gratuitement sur : http://elisegravel.com/livres/pdf/

Description
Tu peux ! est un court ouvrage dédié à la jeunesse dans lequel l’autrice s’amuse à déconstruire les stéréotypes de genre. La série d’illustration explique qu’on peut être une aventurière ou un petit garçon qui aime faire le ménage par exemple. Ludique, il est aujourd’hui largement utilisé dans les écoles canadiennes. L’ouvrage existe en version papier, mais également en PDF. Et très important : il est gratuit ! 

Légothécaire
Virginie

L’odysée d’Hakim

L’ouvrage
TOULMÉ, Fabien. L’odyssée d’Hakim. Paris : Delcourt, 2018. ISBN 2413011269
(2 tomes parus d’une trilogie)

Description
Ce roman graphique, Fabien Toulmé l’a réalisé afin de sensibiliser sur le parcours bouleversant des migrants. Pourquoi était-il plus facile pour lui d’avoir de l’empathie pour les victimes françaises d’un crash en avion plutôt que pour des migrants noyés en Méditerranée ? Tout simplement parce qu’il ne savait rien d’eux et de ce qui les pousse à entreprendre ce périple tragique au prix de leurs vies. L’odyssée d’Hakim c’est l’histoire vraie d’un jeune syrien qui a dû quitter sa famille, ses amis, sa propre entreprise, son pays pour trouver refuge et construire un avenir meilleur ailleurs. C’est touchant de simplicité et de vérité.

Légothécaire
Thomas Santer, Bibliothèques de Courbevoie

Au coin d’une ride

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L’ouvrage
LAMBERT, Thibaut. Au coin d’une ride. Vincennes : Des Ronds Dans L’o, 2014. ISBN

Description
Éric laisse Georges, son compagnon, dans une maison de retraite. Atteint de la maladie d’Alzheimer, leur relation n’est plus gérable au quotidien. Et comme si cet acte n’était pas déjà difficile en soi, le directeur de l’établissement lui demande de ne pas montrer leur relation amoureuse par peur des réactions des autres résidents. Un manque d’attention que Georges comprend d’autant moins qu’il se retrouve perdu dans un environnement qu’il ne connaît pas.
Au coin d’une ride est un très beau roman graphique qui parle de la maladie, de l’absence, de la difficulté de vieillir notamment quand on est homosexuel et du regard de l’autre. 

Légothécaire
Thomas Chaimbault

Saga

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L’ouvrage
Vaughan, Brian K. Saga. Paris : Urban comics, 2013. 9782365772013

Description
Roméo et Juliette galactiques, Alana et Marko sont des soldats de deux espèces en guerre depuis si longtemps qu’elles ne souviennent même plus de la raison du conflit. Tombés amoureux l’un de l’autre, ils fuient ensemble avec leur fille Hazel, à la recherche d’une planète qui pourrait les protéger de leurs peuples respectifs, pour qui une telle alliance est une hérésie. Outre le dessin magnifique, ce comic, toujours en cours de parution, brille par son traitement de la guerre et par la diversité des personnages, notamment en termes de genres et sexualités. 

Légothécaire
Maxence Heitz

Appelez-moi Nathan

L’ouvrage

Castro, Catherine & Zuitton, Quentin. Appelez-moi Nathan. Paris : Payot, 2018. 9782228921626

Description 

L’autobiographie de Nathan, un jeune transgenre assigné fille (Lila) à la naissance. Sa lutte pour réussir sa transition F to M, dans un récit très fin et pudique, pédagogique sans lourdeur. Une BD pour les ados qui se cherchent et pour répondre aux questionnements de la famille ou des proches. Egalement un joli récit de l’acceptation de soi.

Légothécaire

Carole Chabut

À vous la parole !

Et vous, que proposeriez-vous comme titre à offrir pour les fêtes de fin d’année ? Commentez ci-dessous et nous partagerons vos suggestions sur nos réseaux sociaux ! 

[Recension] User Experience in Libraries: Yearbook 2018 Inclusivity, Diversity, Belonging

Chaque année UXLibs (Design d’expérience en bibliothèque) publie les actes de ses journées d’étude. En 2018, la thématique de ces journées, organisées à Sheffield (Grande-Bretagne), était « inclusivity, diversity, belonging », que l’on pourrait traduire par « inclusivité, diversité, appartenance/légitimité ». Cette thématique m’a donc donné envie de me plonger dans l’ouvrage pour en faire une recension sur ce blog.

L’ouvrage est composé de 40 contributions, mais seule une petite partie d’entre elles abordent directement les questions d’inclusion, d’appartenance et de légitimité. En effet, trois conférences introductives ont été programmées sur le sujet, et quelques autres contributeurs ou contributrices se saisissent de ces questions, parfois très brièvement. Seule la lecture de l’ensemble des contributions permet d’identifier des enjeux d’inclusion disséminés ici et là, car il n’y a pas de structuration thématisée du volume. C’est donc une première critique, et non des moindres, à apporter à l’ouvrage : il en reste l’impression d’un rendez-vous manqué entre des bibliothécaires « UX Designers » et les problématiques d’inclusion. Pourtant, comme le précise le propos introductif d’Andy Priestner, le lien est de l’ordre de l’évidence : penser des services publics pour des utilisateurs et les inclure dans la démarche de construction de ces services implique de réfléchir aux obstacles excluant certains individus ou groupes d’individus. C’est également se poser la question de leurs besoins spécifiques.

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Je vais brièvement présenter les quatre contributions qui m’ont paru apporter le plus de matière à réflexion sur les questions d’inclusion et la façon dont le design d’expérience peut (ou non) contribuer à une meilleure inclusivité en bibliothèque. Je conclurai sur quelques réflexions évoquées dans certaines contributions, ou apparaissant en creux.

La toute première contribution est intitulée « Race, literacy and decolonising the library » et rédigée par Janine Bradbury, chercheuse en littérature à York St Jones University. L’autrice souligne la faible représentation des personnes noires ou de minorités ethniques dans le secteur de l’enseignement supérieur, particulièrement parmi les enseignants chercheurs, et le personnel des bibliothèques. Revenant sur son expérience de la bibliothèque, en tant qu’étudiante, puis chercheuse, noire elle rappelle alors également le rôle complexe des bibliothèques : à la fois lieu d’émancipation par l’accès aux savoirs, mais également institutions publiques réactivant les discriminations. Pour Bradbury, la sous-représentation de minorités dans les collections et parmi le personnel, le fait que l’institution sélectionne ce qui peut-être reconnu comme un capital social et culturel légitime et certaines pratiques (procédures complexes, amendes, organisation opaque, contrôle…) sont autant de signaux excluant pour certaines personnes. Elle conclut sur un appel à « décoloniser » les bibliothèques en invitant les professionnels à s’interroger : quel effet peut avoir la présence de personnel issu des minorités dans une bibliothèque ? Quels sont les auteur.rices mis en avant ? Témoignent-ils de la diversité de la société ? Il est à noter que dans cet ouvrage, les contributeur.rices abordant les questions d’inclusion sont anglo-saxons, et mobilisent un cadre d’analyse des rapports sociaux de race, envisagés ici comme terme sociologique, non biologique, c’est-à-dire comme un processus découlant des imaginaires, mais n’ayant pas moins d’impact concret sur le parcours des personnes objet de racisme, pour reprendre des éléments de définition de Colette Guillaumin (voir par exemple Guillaumin Colette, 1992, Sexe, race et pratique du pouvoir: l’idée de nature, Paris, Coté-Femmes Ed, 239 p.).

La deuxième contribution stimulante est proposée par Kit Heyam, chercheur et formateur à Leeds. Elle est intitulée « Creating trans-inclusive libraires : the UX perspective ». Après quelques rappels de notions primordiales pour parler des, et avec, des personnes transgenres, et le rappel des droits des personnes trans, l’auteur présente une série de cas exemplaires d’expérience utilisateurs.rices, mettant à jour un ensemble de difficultés que des personnes transgenres peuvent éprouver dans leur utilisation des bibliothèques. La mise à jour incomplète d’un fichier lecteur pour les personnes en transition, l’absence de mots-matière pertinents, voir la présence de mots-matière offensants lors de recherches, l’absence de toilettes non-genrées, ou encore les termes d’adresses (madame, monsieur), peuvent manifester l’absence d’une approche inclusive. Kit Heyam insiste sur le besoin de poser des signes d’inclusion, qui ne peuvent sembler que symboliques à des personnes cisgenre (le terme s’oppose à transgenre), et de formaliser des procédures pour répondre rapidement à certaines difficultés, mais l’auteur précise également que ces procédures sont peu de choses si le personnel des bibliothèques n’est pas sensibilisé à la mise en place de pratiques interactionnelles non-genrées. Les retours d’usagers trans et la collaboration en proximité sont donc précieux pour identifier l’ensemble de ces éléments.

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Kit Heyham

Deux contributrices proposent d’examiner leur pratique de design d’expérience avec une perspective critique. Dans l’article nommé « On the limits of UX research in academic libraries: notes from the Indigenous Studies Project », Danielle Cooper, bibliothécaire et chercheuse sur les pratiques informationnelles, met en avant l’ensemble des biais auxquels elle s’est confrontée pour la construction de services adaptés à des minorités, et les questions auxquelles elle cherche encore des réponses : comment s’assurer tout au long d’une démarche UX de son éthique ? La personne pilotant la démarche est-elle consciente de ses biais sociologiques lorsqu’elle collecte des données et les synthétise ? Comment se construit la relation entre les utilisateurs et les créateurs d’un service ? Qui « maîtrise » la tournure de la démarche et qui a « le mot de la fin » dans la construction des services ?

Ces questions traversent également la contribution de Heli Kautonen, directrice de la Bibliothèque de la Société de littérature finlandaise. Dans « Empowerment or exploitation? Perceptions on engaging people in accessibility design » elle synthétise ses observations sur le type de relation que les designers d’expérience entretiennent avec les utilisateurs. Elle en identifie quatre type: « La stimulation » (les utilisateurs sont considérés comme égaux aux designers et ils prennent les décisions finales, mais aussi la responsabilité de ces décisions), « l’exploitation » (les utilisateurs sont considérés comme compétents pour l’expression de leurs besoins, mais pas pour la création de nouveaux services), le « paternalisme » (l’intention des designers est de corriger le design d’un service et de protéger les utilisateurs), et « l’empouvoirement » (le design est coconstruit jusqu’au bout avec les personnes). Elle souligne la nécessité de définir le plus clairement possible avec les participants les véritables objectifs (économie de moyen, meilleur confort de vie/travail …), les règles, la temporalité de l’engagement et la méthodologie des activités réalisées dans une démarche de design d’expérience. Au sujet des méthodes, deux articles évoquent l’idée qu’il convient d’utiliser avec prudence certains outils. John Jung s’interroge par exemple sur la pertinence de l’utilisation du brainstorming dans un groupe dans lequel peuvent se jouer des rapports de pouvoir. Claire Browne quant à elle met en garde contre l’utilisation exclusive des feedbacks spontanés, qui ne permettent pas de recueillir la parole des personnes ne se sentant pas légitimes pour la prendre.

L’ouvrage présente un ensemble riche d’exemples très concrets de design d’expérience, mais il sera peut-être plus enrichissant pour quelqu’un souhaitant découvrir l’UX Design (et c’est d’ailleurs son objectif premier), qu’à une personne souhaitant réfléchir aux questions d’inclusion en bibliothèque. En effet, en dehors de quelques rappels sur les notions propres au design d’expérience, aucun cadre théorique sur les mécanismes d’exclusion et de domination n’est présenté, à l’exception de l’article de Kit Keyham. Il est frappant de voir que certaines thématiques, telles que les enjeux socio-économiques, la diversité linguistique ou le sexisme, ne sont pas abordées. Certaines contributions, comme celle de Maria Sindre sur le design d’un nouveau lieu sur un campus suédois, semblent par ailleurs confondre augmentation de la fréquentation et inclusion. Quelques retours de participants à ces journées d’étude concluent cependant de façon intéressante le volume et pointent des perspectives stimulantes pour le domaine. Par exemple, Rosie Hare, tout en soulignant la quasi-absence de diversité chez les intervenant.e.s comme chez les participant.e.s induisant un certain malaise pour aborder la thématique, plaide pour plus d’approches critiques dans les méthodes UX. Il semble cependant clair que les outils du design d’expérience peuvent véritablement aider à aller vers des services plus inclusifs, et des initiatives telles que ce type de conférence feront probablement évoluer les choses progressivement.

User Experience in Libraries: Yearbook 2018.
Edited by Andy Priestner, 288 pp. Publié le 14 décembre 2018 par UX in Libraries ISBN-13: 978–1790914746

« 77 » : premier roman de Marin Fouqué

Marin Fouqué est l’auteur d’un premier roman étonnant intitulé « 77 », un texte remarqué de cette rentrée littéraire. Marin Fouqué est diplômé des Beaux-Arts, il anime des ateliers d’écriture, étudie le chant lyrique et pratique la boxe française. Il écrit également de la poésie, du rap, des nouvelles et mêle sur scène des performances alliant prose, chant et musique.

« Longtemps j’ai cru venir d’un paysage sans identité. Du bitume et de la boue, on doute rarement de qui enfouira qui » : ces quelques mots plantent le décor et donnent le ton du texte.

77 est un premier roman périurbain d’une rare intensité à l’énergie rageuse. L’écriture orale de Marin Fouqué est magistrale et décrit le monde d’aujourd’hui vu par un lycéen à partir d’un territoire qui n’est ni la ville, ni la banlieue, ni la campagne.
Sous sa capuche, rempart contre le monde qui l’entoure, le dialogue intérieur qui l’anime et l’agite est un flow continu qui pourrait être slamé aussi. Comment se construire en regard des injonctions de la société : c’est quoi devenir un « vrai homme » ? Qui est cet adolescent qui un jour décide de ne pas monter dans le car scolaire et de passer la journée seul à cet endroit ? Passage à l’âge adulte ? Pas vraiment. Juste comprendre petit à petit qui il est. Et c’est déjà beaucoup.

Marin Fouqué se déplace dans des librairies, des bibliothèques pour parler de son livre, retrouvez son agenda ICI

 

Tchika, le premier magazine féministe pour enfants

Zoom sur un nouveau venu dans la presse Jeunesse : Tchika

Tchika c’est le premier magazine d’empouvoirement pour les filles de 7 à 12 ans. Mais bien les garçons peuvent le lire aussi!
Un magazine différent qui a décidé de casser les stéréotypes de genre, d’offrir une alternative à l’injonction du rose. Parce que comme les études et les spécialistes le disent, c’est dès l’enfance qu’il faut déconstruire et agir pour que les choses bougent.
Tchika a été lancé par Elisabeth Roman [auteure de cette présentation] (spécialiste de la presse enfant depuis 20 ans et entre autres ex-redactrice en cheffe de Science et Vie découvertes)  après un financement participatif sur Ulule qui a rassemble 65000 euros auprès de 1500 contributrices et contributeurs.
Au menu de ce numéro 1 :
-un dossier sur Frida Kahlo
-Le jour où Rosa Parks a décidé de ne pas se lever dans le bus
-Le rose ce n’est pas que pour les filles
-Une ITW d’amandine Henry la capitaine de l’équipe de France de foot
Tchika est un trimestriel de 52 pages et il est uniquement en vente sur le site www.tchika.fr

recension / Histoire du corps

Nous vous proposons cette semaine un zoom sur ce livre : Histoire du corps. Les mutations du regard. Le XXe siècle. Sous la direction de Jean-Jacques Courtine. Cet article a été rédigé par Manon Proust, stagiaire sur le fonds Aspasie au sein de la BU Education Lyon 1.

En tant que nouveau champ de recherche historique, le corps est toujours aujourd’hui en construction grâce à une historiographie qui se constitue au fur et à mesure des sujets traités. Ce nouvel objet d’histoire est apparu dans les années 1980 avec la seconde génération de l’École des Annales, héritière des historiens Marc Bloch et Lucien Febvre, en lien avec les autres sciences sociales, ce qui en fait un sujet interdisciplinaire de premier ordre.

Mais pourquoi un tel engouement ? Pour y répondre, il faut se pencher sur le corps en tant qu’objet de consommation, dans un monde l’ayant placé au centre des occupations quotidiennes. Comment se laver, se vêtir, marcher, quels gestes et attitudes adopter en société, chaque détail du corps humain est scruté, détaillé, analysé dans un souci d’individualisme mêlé à une norme sociale écrasante répandue à travers de nombreux médias. Ce corps est avant tout genré, avec pour chaque identité un idéal stéréotypé à atteindre. D’un côté l’homme viril, musclé, velu, fort, athlétique, sauvage et de l’autre la femme sensuelle, mince, glabre, lisse, voluptueuse. Même si ces canons de beauté sont aujourd’hui fortement critiqués grâce aux revendications féministes de plus en plus présentes dans l’espace public, ils restent ancrés dans les esprits, intériorisés par la population qui n’hésite pas à exclure les personnes ne voulant ou ne pouvant y correspondre (personnes non-valides, transgenres, jugées trop grosses ou trop minces, racisées, intersexes…).

L’Histoire du corps rédigée par Alain Corbin, Georges Vigarello et Jean-Jacques Courtine entre 2005 et 2006 et publiée aux éditions du Seuil est un ouvrage de référence sur la question. Elle est composée de trois tomes chronologiques : le premier concernant le corps de la Renaissance aux Lumières, le second de la Révolution à la Grande Guerre et le troisième sur le XXe siècle.

Alain Corbin, spécialiste du XIXe siècle en France, est le pionnier de l’histoire des sensibilités et des émotions1. Ses travaux ont contribué à l’élaboration d’histoire culturelle avec des ouvrages consacrés par exemple à la prostitution2 ou à l’hygiène. Avec son travail sur l’histoire des conceptions du corps et de ses pratiques, l’historien français Georges Vigarello est un représentant des recherches sur le sujet. Spécialiste de l’histoire de l’hygiène, de la santé et des représentations du corps3, sa vision porte sur l’évolution de ce dernier en fonction des changements culturels des sociétés. Jean-Jacques Courtine est quant à lui un anthropologue français et a contribué aux nombreux travaux sur l’analyse du discours et la linguistique. Son approche vis-à-vis du corps apporte une autre vision du corps, centrée sur les différentes utilisations du corps humain selon les cultures4.

Dans le fonds Aspasie présent au sein de la BU Éducation Croix-Rousse, ce document prend place dans une sous-thématique consacrée à la sociologie du corps qui compte plus d’une centaine de documents. En tant que fonds consacré à l’histoire des femmes et du genre, le fonds Aspasie est un acteur des nouvelles thématiques pluridisciplinaires liées à ces questions au sein de l’Université de Lyon. Le corps comme objet d’étude historique, sociologique, anthropologique, artistique et bien d’autres n’a pas fini d’intéresser les chercheur.euse.s. Avec les nouvelles revendications féministes de réappropriation du corps à tous les niveaux, on peut imaginer que les futurs travaux chercheront à cerner le sujet avec un regard plus juste lié aux témoignages intimes d’individus de tous horizons.

1 Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello, Histoire des émotions, Paris : Seuil, 2016-2017.

2 Alain Corbin, L’harmonie des plaisirs. Les manières de jouir du siècle des Lumières à l’avènement de la sexologie, Paris : Perrin, 2007.

3 Georges Vigarello, La Robe. Une histoire culturelle – Du Moyen Âge à aujourd’hui, Paris : Seuil, 2017.

4 Jean-Jacques Courtine et Claudine Haroche, Histoire du visage: exprimer et taire ses émotions, XVIe-début XIXe siècle, Rivages, 1988.