Tchika, le premier magazine féministe pour enfants

Zoom sur un nouveau venu dans la presse Jeunesse : Tchika

Tchika c’est le premier magazine d’empouvoirement pour les filles de 7 à 12 ans. Mais bien les garçons peuvent le lire aussi!
Un magazine différent qui a décidé de casser les stéréotypes de genre, d’offrir une alternative à l’injonction du rose. Parce que comme les études et les spécialistes le disent, c’est dès l’enfance qu’il faut déconstruire et agir pour que les choses bougent.
Tchika a été lancé par Elisabeth Roman [auteure de cette présentation] (spécialiste de la presse enfant depuis 20 ans et entre autres ex-redactrice en cheffe de Science et Vie découvertes)  après un financement participatif sur Ulule qui a rassemble 65000 euros auprès de 1500 contributrices et contributeurs.
Au menu de ce numéro 1 :
-un dossier sur Frida Kahlo
-Le jour où Rosa Parks a décidé de ne pas se lever dans le bus
-Le rose ce n’est pas que pour les filles
-Une ITW d’amandine Henry la capitaine de l’équipe de France de foot
Tchika est un trimestriel de 52 pages et il est uniquement en vente sur le site www.tchika.fr
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recension / Histoire du corps

Nous vous proposons cette semaine un zoom sur ce livre : Histoire du corps. Les mutations du regard. Le XXe siècle. Sous la direction de Jean-Jacques Courtine. Cet article a été rédigé par Manon Proust, stagiaire sur le fonds Aspasie au sein de la BU Education Lyon 1.

En tant que nouveau champ de recherche historique, le corps est toujours aujourd’hui en construction grâce à une historiographie qui se constitue au fur et à mesure des sujets traités. Ce nouvel objet d’histoire est apparu dans les années 1980 avec la seconde génération de l’École des Annales, héritière des historiens Marc Bloch et Lucien Febvre, en lien avec les autres sciences sociales, ce qui en fait un sujet interdisciplinaire de premier ordre.

Mais pourquoi un tel engouement ? Pour y répondre, il faut se pencher sur le corps en tant qu’objet de consommation, dans un monde l’ayant placé au centre des occupations quotidiennes. Comment se laver, se vêtir, marcher, quels gestes et attitudes adopter en société, chaque détail du corps humain est scruté, détaillé, analysé dans un souci d’individualisme mêlé à une norme sociale écrasante répandue à travers de nombreux médias. Ce corps est avant tout genré, avec pour chaque identité un idéal stéréotypé à atteindre. D’un côté l’homme viril, musclé, velu, fort, athlétique, sauvage et de l’autre la femme sensuelle, mince, glabre, lisse, voluptueuse. Même si ces canons de beauté sont aujourd’hui fortement critiqués grâce aux revendications féministes de plus en plus présentes dans l’espace public, ils restent ancrés dans les esprits, intériorisés par la population qui n’hésite pas à exclure les personnes ne voulant ou ne pouvant y correspondre (personnes non-valides, transgenres, jugées trop grosses ou trop minces, racisées, intersexes…).

L’Histoire du corps rédigée par Alain Corbin, Georges Vigarello et Jean-Jacques Courtine entre 2005 et 2006 et publiée aux éditions du Seuil est un ouvrage de référence sur la question. Elle est composée de trois tomes chronologiques : le premier concernant le corps de la Renaissance aux Lumières, le second de la Révolution à la Grande Guerre et le troisième sur le XXe siècle.

Alain Corbin, spécialiste du XIXe siècle en France, est le pionnier de l’histoire des sensibilités et des émotions1. Ses travaux ont contribué à l’élaboration d’histoire culturelle avec des ouvrages consacrés par exemple à la prostitution2 ou à l’hygiène. Avec son travail sur l’histoire des conceptions du corps et de ses pratiques, l’historien français Georges Vigarello est un représentant des recherches sur le sujet. Spécialiste de l’histoire de l’hygiène, de la santé et des représentations du corps3, sa vision porte sur l’évolution de ce dernier en fonction des changements culturels des sociétés. Jean-Jacques Courtine est quant à lui un anthropologue français et a contribué aux nombreux travaux sur l’analyse du discours et la linguistique. Son approche vis-à-vis du corps apporte une autre vision du corps, centrée sur les différentes utilisations du corps humain selon les cultures4.

Dans le fonds Aspasie présent au sein de la BU Éducation Croix-Rousse, ce document prend place dans une sous-thématique consacrée à la sociologie du corps qui compte plus d’une centaine de documents. En tant que fonds consacré à l’histoire des femmes et du genre, le fonds Aspasie est un acteur des nouvelles thématiques pluridisciplinaires liées à ces questions au sein de l’Université de Lyon. Le corps comme objet d’étude historique, sociologique, anthropologique, artistique et bien d’autres n’a pas fini d’intéresser les chercheur.euse.s. Avec les nouvelles revendications féministes de réappropriation du corps à tous les niveaux, on peut imaginer que les futurs travaux chercheront à cerner le sujet avec un regard plus juste lié aux témoignages intimes d’individus de tous horizons.

1 Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello, Histoire des émotions, Paris : Seuil, 2016-2017.

2 Alain Corbin, L’harmonie des plaisirs. Les manières de jouir du siècle des Lumières à l’avènement de la sexologie, Paris : Perrin, 2007.

3 Georges Vigarello, La Robe. Une histoire culturelle – Du Moyen Âge à aujourd’hui, Paris : Seuil, 2017.

4 Jean-Jacques Courtine et Claudine Haroche, Histoire du visage: exprimer et taire ses émotions, XVIe-début XIXe siècle, Rivages, 1988.

Egale à égal #5 : le sexe des mots, un chemin vers l’égalité

« Le sexe des mots, un chemin vers l’égalité / Claudie Baudinot : c’est le nouveau titre de la collection égale à égal que nous vous proposons d’explorer.

Truffé d’exemples pertinents, ce livre nous apprend que le langage n’est pas neutre, il est sexiste. Ainsi, souvenons-nous que l’école nous apprend très tôt que le genre masculin l’emporte sur le féminin ; souvent la féminisation d’un mot le dévalorise : la préfète fait plutôt penser à la femme du préfet, plutôt qu’à la fonction que peut exercer une femme etc…

“Emanciper le langage pour construire une culture de l’égalité” : le sous-titre de ce livre nous indique le chemin pour faire évoluer les mentalités et lutter contre les stéréotypes sexistes.

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Egale à égal #4 : la santé, autre territoire d’inégalités

Femmes et santé, encore une affaire d’hommes ?, de Muriel Salle et Catherine Vidal,  rejoint aujourd’hui notre feuilleton Egale à égal.

L’espérance de vie des femmes est plus grande que celles des hommes, c’est un fait. Pourtant, les femmes passent plus d’années en mauvaise santé, à différents stades de la vie et pour de nombreuses pathologies.

Quelles pistes pour réduire les inégalités femmes / hommes dans le domaine de la santé ?

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La santé n’est plus seulement un bien-être physique. C’est un épanouissement du corps et de l’esprit et elle inclut également les conditions de vie. Elle est donc appréhendée en 3 perspectives:

  • biologique
  • psychologique
  • sociale

Il est alors nécessaire de considérer l’articulation entre les différences anatomiques, biologiques et les autres (environnement économique, socio-culturel, etc.).

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Egale à égal #3: « Les femmes peuvent-elles être de Grands Hommes? », de Christine Détrez

Dans notre précédent billet Egale à égal, la question de l’Ecole, actrice des inégalités, était abordée. Ce troisième billet en est, en partie, la continuité: malgré une réussite scolaire plus importante et des femmes diplômées plus nombreuses que les hommes, les femmes illustrent restent largement minoritaires. Ce titre aborde l’effacement des femmes, que ce soit en histoire, en arts ou en sciences.

De l’école au paradoxe culturel

Les travaux du centre Hubertine Auclert, portant sur les manuels scolaires, pointe la sous-représentation des femmes:

– 3,7 % d’auteures / 96,3% d’auteurs

– 6,7% de femmes artistes / 93,3% d’hommes artistes

– 0,7% de femmes philosophes / 99,3 % d’hommes philosophes

Lorsqu’elles sont évoquées, c’est surtout par leurs liens aux hommes: confidentes, muses, épouses, maîtresses… Malgré la féminisation des pratiques culturelles et les initiatives tendant à l’égalité Femme/Homme, le plafond de verre persiste:

– 4% des concerts et opéras sont dirigés par des femmes

– 20% de la production cinématographique sont réalisées, ou co-réalisées, par des femmes

– 4 lauréates (sur un total de 45 lauréat.es) du Meilleur Album aux Victoires de la Musique

– Depuis Marguerite Yourcenar, première femme à intégrer l’Académie Française en 1980, seules 8 femmes ont pu y prendre place

– En politique, les femmes sont d’abord jugées sur leur tenue, coiffure, allure, avant leur parcours et leurs travaux

L’Histoire, socle des inégalités

La « Théorie des humeurs » est l’une des légitimité scientifique : la femmes n’est pas capable de créer, et ne peut produire « d’activité cérébrale sérieuse ».

Plus tard, le programme scolaire n’est pas surchargé pour les filles: leur cerveau, plus léger que celui des garçons, ne l’aurait pas supporté. Elles peuvent jouer à l’artiste, mais en aucun cas prétendre à le devenir.

A travers leur prétention à sortir du rôle qui leur est assigné, les femmes mettent en péril l’ordre social. Le 19e siècle est charnière dans le renversement de l’ordre établi: accès à l’éducation, la place des femmes commence à être débattue, un féminisme militant se développe.

Si, au fil des siècles, la porte s’entrouvre, il n’en demeure pas moins que  les femmes restent illégitimes et que des lois et des règles se mettent en place pour maintenir la distance.

L’instruction, oui, mais l’exclusion culturelle

La place des femmes reste fortement cadrée: elles bénéficient d’une « instruction adaptée, proche de l’art de l’agrément ». Par exemple, dans l’école du Bauhaus, les femmes peuvent participer à 3 ateliers (sur les 11 proposés): tissage, reliure et poterie.

L’instruction des filles est également l’enjeu d’une opposition entre cléricaux et républicains :

« Les évêques le savent bien: celui qui tient la femme, celui-là tient tout, d’abord parce qu’il tient l’enfant, ensuite parce qu’il tient le mari […]. C’est pour cela que l’Eglise veut retenir la femme, et c’est aussi pour cela qu’il faut que la démocratie la lui enlève; il faut que la femme appartienne à la Science, ou qu’elle appartienne à l’Eglise. »                                                                                                             Jules Ferry

Depuis, l’égalité est inscrite dans la loi. Mais les représentations sexuées sont plus tenaces. A l’impact d’une orientation scolaire biaisée (aux garçons les filières scientifiques, aux filles les filières littéraires et sociales), s’ajoute un environnement socio-culturel peu enclin à favorise l’estime de soi des filles. Là où l’assurance est apprise aux garçons, la modestie l’est aux filles

L’auteure

Christine Détrez est maître de conférences en sociologie à l’Ecole normale supérieure de Lyon. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages en sociologie de la culture et du genre:

 

Egale à égal #2: « Les métiers ont-ils un sexe ? », de Françoise Vouillot

 

Second titre à rejoindre notre recension Egale à égal: « Les métiers ont-ils un sexe ? », ou comment les stéréotypes sexués de l’orientation – scolaire et professionnelle – véhiculent les inégalités professionnelles. Comment les normes sociales, qui assignent des rôles « naturels », impactent-elles la mixité professionnelle ?

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Une discrimination double

Si les femmes représentent 12% de la population active, il n’en demeure que seuls 12% des emplois sont réellement mixtes. Le monde du travail présente même une double discrimination :

  • hommes et femmes ne partagent pas les mêmes secteurs professionnels
  • les catégories socio-professionnelles sont inégalement réparties: l’encadrement pour les hommes, les professions intermédiaires pour les femmes

Si  la tendance est à une évolution positive de la mixité, celle-ci s’illustre principalement dans les professions intermédiaires. Cette discrimination se répercute également doublement :

  • les salaires : 25% . C’est l’écart de rémunération moyen, dans le secteur privé, entre les femmes et les hommes
  • les freins invisibles. Le plafond de verre auquel se heurtent les femmes dans l’accession aux postes à hautes responsabilités, à la progression de leur carrière, etc.

 

Le milieu scolaire, un échelon primordial

Le taux de réussite scolaire des filles, toutes filières confondues, est supérieur à celui des garçons. Toutefois, là encore, la discrimination est double:

  • la filière professionnelle est fortement sexuée. Pourtant, la mixité est présente, mais fortement divisée. 68% des filles s’orientent vers les métiers de services; 84% des garçons s’orientent, eux, vers les métiers de la production.
  • le filière générale demeure une affaire de filles.

 

Mars & Vénus: mais bien sûr…

Cet ouvrage démonte, lui aussi, les préjugés les plus forts et montre les leviers du changement.

La spécialisation  des hommes et des femmes sur des savoirs et des compétences professionnelles spécifiques n’est pas rationnelle. Elle se justifie d’autant moins que la mixité des métiers est non seulement porteuse d’égalité, mais elle est aussi nécessaire au développement économique et social »    F.Vouillot

 

Pour aller plus loin:

L’orientation des jeunes – questions à Françoise Vouillot

Rapport « Parité en entreprise » – 2016

Formation à l’égalité filles-garçons: faire des personnels enseignants et d’éducation les moteurs de l’apprentissage et de l’expérience de l’égalité – 2016