Bilan du congrès et trêve de l’été

Nous y sommes, Légothèque vous propose ce dernier billet estival, avant de vous retrouver à la rentrée !

Lors du dernier congrès ABF, Légothèque a animé une table-ronde « Sexisme et harcèlement à la bibliothèque: comment réagir ? » Une heure pour échanger et proposer des actions.Après de brèves définitions du sexisme et du harcèlement, la première partie proposait un éventail d’actions possibles en bibliothèque. Les bibliothèques étant des lieux de collections,  il a d’abord été question de présenter quelques ressources : la maison d’édition Talents Hauts, quelques titres jeunesse, la collection Egale à égal dont vous trouverez plusieurs recensions sous ce tag sur notre blog.

Puis d’autres ressources, moins livresques : le blog Fille d’album, des centres de ressources comme le Point G, le fonds « Egalité de genre » de la médiathèque Olympe de Gouges, la plateforme Genrimages du centre audiovisuel Simone de Beauvoir.

Olga Trostiansky, présidente du Laboratoire de l’Egalité, a ensuite souligné l’importance pour les bibliothécaires de s’emparer du sujet de l’égalité femmes-hommes, à la fois en tant que salarié·es, mais également en tant que professionnel·les accueillant du public. Se tourner vers le milieu associatif, vers d’autres milieux professionnels, intégrer une formation spécifique, connaître des outils ou mettre en place des procédures spécifiques : les possibilités d’action sont nombreuses.

Depuis peu, la loi a posé des mots sur ces sujets, jusqu’à présent cantonnés à l’ « inconscient collectif ».

Agir contre le sexisme et le harcèlement englobe à la fois des actes de prévention (valorisation des collections) et la mise en place d’animations, d’actions.

Découvrez la captation vidéo des questions/réponses avec les participant.es et l’intégralité de la table ronde ici

Quelques références du public de la table ronde :

Martin sexe faible : et si les hommes prenaient la place des femmes ?

Matrimoine.fr : le site des créatrices et artistes qui ont construit notre histoire

Les internettes

 

Bel été à toutes et à tous, et rendez-vous à la rentrée !

 

 

 

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Egale à égal #6 : le sexisme au travail, fin de la loi du silence ?

Thématique de notre carte blanche lors du congrès ABF, le sexisme et travail  sont au centre de ce billet. Si le sexisme est indéniablement un obstacle à l’égalité entre les femmes et les hommes, cette notion est récente.

Utilisé pour la première fois à la fin des années 1960 par Pauline Leet, il n’émerge en France qu’à la fin des années 2000.

« Lorsque vous affirmez que, puisque moins de femmes écrivent de la bonne poésie, cela justifie leur totale exclusion, vous adoptez une position analogue à celle d’une personne raciste et je vous appellerai, dans ce cas, un « sexiste »  »               Pauline Leet

Le sexisme ordinaire revêt de multiples visages. Hostile: l’incapacité des femmes a endosser d’autres rôles que ceux auxquelles elles sont assignées; masqué: la dévalorisation; ambivalent: en apparence bienveillant, il cache en fait un paternalisme et une infantilisation des femmes. A ces facettes, s’ajoutent d’autres formes de sexisme dissimulées : l’humour (qui plus est gaulois), la condescendance et l’incivilité, l’injonction à se conformer aux stéréotypes et aux rôles sociaux de sexe, le vocabulaire familier, etc.

Du côté des victimes de sexisme, la menace est donc multiple : discriminant, auto-dévalorisant, facteur de stress et de souffrance au travail. Les victimes multiplient les réponses aux attaques subies: le déni, l’évitement, la diversion, la banalisation, l’absence de confrontation (les femmes ne parlent que peu des actes subis, puisqu’elles estiment qu’on ne les croira pas).

L’individualisation des actes sexistes favorise l’invisibilisation des victimes : la vigilance doit être collective.

Droit du travail et rôle des entreprises

Dans les années 2000, les notions de « discrimination indirecte » et de « harcèlement lié au sexe » émergent dans le droit européen.

En France, en 2015, le sexisme entre dans le vocabulaire juridique: article L. 1142-2-1 du Code du travail : « Nul ne doit subir d’agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d’une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant. »

Lutter contre le sexisme appelle à un changement de mentalités et de culture de l’entreprise.  Le monde du travail doit donc s’engager fortement et construire des actions spécifiques: afficher une tolérance zéro pour le sexisme, inscrire la lutte contre le sexisme dans les règlements intérieurs, sensibiliser aux stéréotypes de sexe et au sexisme, adopter la neutralité dans les procédures de ressources humaines, mettre en place une politique de prévention, appliquer le pouvoir disciplinaire, promouvoir une communication sans stéréotype de sexe, etc.

Boîte à outils

A ces initiatives collectives s’ajoutent les initiatives individuelles: lutter contre le sexisme appelle à la libération de la parole, à  la (re-) construction d’une confiance en soi.

sexisme

Brigitte Grésy  est spécialiste des questions d’égalité entre les hommes et les femmes et membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Retrouvez les autres titres de la collection sous le tag égale à égal

 

 

Temple Grandin interprète des animaux

Temple Grandin : interprète des animaux!

Mary Temple Grandin est née en 1947 à Boston.

Très tôt, elle est stigmatisée par sa différence, car elle ne parle pas, et ne supporte pas les contacts physiques. Sa mère consulte alors un neurologue qui déduit que Temple est enfermée et souffre d’une forme d’autisme. Elle est intelligente mais ne parvient pas à s’exprimer. Son père ne la comprend pas, seule sa mère s’efforce de trouver des solutions pour que sa fille s’épanouisse. Grâce à un orthophoniste, elle apprend à communiquer.

Ses premières expériences scolaires sont difficiles mais elle montre des dispositions saisissantes en menuiserie, un domaine jusqu’alors réservé aux garçons ; enfin un domaine où elle peut s’exprimer avec talent, car son intelligence est visuelle et fonctionne avec des images.

Sa mère l’inscrit ensuite dans une école pour autistes où leur singularité est valorisée et qui va lui permettre de s’exprimer à travers le dessin : Temple adore dessiner des animaux. Elle passe un été dans le ranch d’une tante et c’est une révélation : elle découvre une empathie pour le bétail!

Temple a enfin trouvé sa voie et son intelligence spécifique un objet à sa mesure. C’est décidé, elle entame des études universitaires dans le domaine des “sciences animales” et fait de la recherche dans un domaine inédit : le bien-être des animaux d’élevage industriel. Elle étudie le comportement des animaux et dans un environnement très masculin et machiste, elle réussit à développer des normes pour les élevages de bétail et les abattoirs. Temple Grandin est devenue une spécialiste reconnue dans sa spécialité et a gagné une notoriété justifiée ; “interprète des animaux”, vous comprenez maintenant le sous-titre, elle donne des conférences dans le monde entier!

Ressources :

le site de Temple Grandin

conférences TED

filmTemple Grandin / Mick Jackson

livres :

Cet article fait partie d’une série de portraits de femmes connues ou méconnues qui méritent qu’on s’attache à leur parcours. Vous pourrez les retrouver facilement sur le blog à travers ce tag : portrait de femme

Cette idée est née de la lecture du Culottées (1 et 2) de Pénélope Bagieu et l’article s’est nourri de différentes lectures.

 

 

 

Le meilleur de notre veille #42

Au programme de ce meilleur de notre veille pour le mois de juin : Pride Month et Genre

Pride Month

Avec l’organisation des Marches des Fiertés, le mois de Juin est traditionnellement le « Mois des Fiertés », ou Pride Month, outre-alantique. Les bibliothèques en profitent pour mettre en avant leurs collections en direction de ces publics et proposer des animations ciblées depuis les recommandations quotidiennes à la NYPL aux rencontres avec des auteurs à la Bibliothèque du Congrès, la mise en avant de bibliographies thématiques à la construction participative de témoignages à l’Université de Floride Speak Your Truth: A Queer History of UCF  et la valorisation des fonds comme à l’Université de Washington à Saint-Louis. De quoi vous donner des idées pour les jours restants.

Et vous en France, vous avez fait quoi ?

En Espagne, les élèves conservateurs territoriaux, partis en voyage d’étude, nous apprennent que la législation de la communauté autonome de Madrid rend obligatoire la présence de fonds dédiés aux questions de genre et d’identité sexuelle dans les bibliothèques des villes de plus de 20000 habitants.

Si vous voulez faire de même, vous pouvez suivre ce que propose la Mairie de Paris par exemple qui met en avant une bibliographie thématique sur le sujet, ou utiliser des sites ressources comme l’américain Gayya qui liste des ressources par identités et orientations sentimentales.

Fille d’Album, dans un billet de blog revient sur sa dernière participation à une table-ronde sur la représentation des LGBT dans la littérature jeunesse. Son billet propose nombre de réflexions et de titres à récupérer pour vos établissements.

Féminisme

Une fierté qu’on peut retrouver, en cherchant bien, sur d’autres sujets comme celui du genre, à commencer par cette belle surprise créée par la place grandissante accordée aux personnages féminins dans les grosses productions de jeux vidéo, comme l’a démontré le récent E3.

L’industrie vidéoludique nous renvoie plus souvent l’image d’un environnement machiste ( cf l’affaire du GamerGate, mouvement masculiniste sorti d’Internet qui est allé jusqu’à cyber-harceler des développeuses reconnues et respectées.) et c’est plutôt une bonne nouvelle. Ce serait bien que YouTube s’en inspire au lieu de blacklister des femmes, démonétiser des vidéos avec des corps de femmes, pour faire plaisir à des annonceurs comme le dénonce Télérama.

Côté bibliothèque, ce 20 juin, les élèves conservateurs promus de l’Enssib organisent une journée d’étude intitulée « Sexiste ? Pas notre genre ! Comment agir en bibliothèque contre les stéréotypes et discriminations de genre » http://www.enssib.fr/JE-Sexiste-pas-notre-genre  revenant sur la question des métiers, des collections et des actions que les établissements peuvent proposer. Vous pouvez la retrouver sur Twitter via le hashtag #sexistepasnotregenre

La journée a été annoncée dans la revue de presse du Ministère (Service des droits des femmes et de l’égalité entre les femmes et les hommes) qui propose une veille d’actualité réalisée à partir des informations et documents de la presse quotidienne et hebdomadaire nationale, de la veille des sites institutionnels (ministères, Parlement, organismes partenaires…) et de la surveillance des sites associatifs francophones et de certains blogs.

Interculturalité

Mercredi 20 juin était la Journée mondiale des réfugiés, l’occasion pour des bibliothèques de rappeler leur engagement et les actions mises en place : un rôle rappelé par l’IFLA dans un document accessible en ligne .

Les bibliothèques jouent depuis longtemps un rôle de soutien aux groupes marginalisés, les réfugié.es et autres nouveaux et nouvelles arrivant.es n’étant qu’un exemple de celles et ceux qui bénéficient de l’accès à l’information qu’elles fournissent. Les bibliothèques remplissent divers rôles pour ces nouveaux et nouvelles arrivant.es, comme des espaces sûrs (sanctuaires), des entrepôts (lieux où enregistrer leurs expériences), des passerelles (vers de nouvelles vies dans les communautés hôtes) et des ponts (vers de nouveaux voisins). Pourtant, ce travail n’est pas nécessairement facile. Les sections de l’IFLA ont produit des directives utiles qui aident à comprendre ce qui peut être nécessaire.

« Esprit critique, es-tu là ? »

C’est l’intitulé d’une journée d’étude qui a eu lieu le 19/04/2018 à Tours.

Cette journée a été organisée par Bibdoc 37, un réseau départemental ouvert à tous les professionnels des bibliothèques et des centres de documentation, qui organise une manifestation professionnelle annuelle. Les présentations des intervenant.e.s sont désormais toutes en ligne.

Pendant la journée, les personnes  présentes ont participé à 2 ateliers au choix par les 4 suivants : l’éducation aux médias, c’est l’affaire de tous ; neutralité ou prises de position : les bibliothécaires dans le débat ; comment se positionner en tant que bibliothécaire par rapport à la surveillance de masse ? Présentation de l’ EPJT : le projet « FactoScope ».

La conférence inaugurale de Sylvain Delouvée, maître de conférences à l’Université de Rennes portait sur les notions de « raison(s) et déraison(s) » et la table ronde en fin de journée interrogeait le positionnement des bibliothèques dans la « fabrique de l’information ».

La commission Légothèque était présente avec une intervention intitulée : « neutralité ou prises de position: les bibliothécaires dans le débat », nourrie d’exemples issus d’articles du blog afin d’illustrer des prises de positions sur différents sujets comme par exemple : préjugés sexistes, de genre, écriture inclusive…

La commission de l’Association des bibliothécaires de France (ABF) Légothèque travaille sur « le rôle d’accompagnement des bibliothèques dans la construction des individus ». Elle privilégie 3 angles de réflexion: interculturalité et multiculturalisme, genre, orientation sexuelle et sentimentale. Loin d’encourager une prétendue neutralité des bibliothèques, Légothèque vise à provoquer la réflexion sur la lutte contre les stéréotypes et les exclusions. Considérant les bibliothèques comme des lieux privilégiés d’échanges et de débats, Légothèque participe à la valorisation de leur rôle social et politique. Comment les bibliothécaires français.e.s peuvent-ils prendre position sur ces sujets dans leurs institutions ? Quels sont les outils concrets dont les professionnels peuvent se saisir pour faire évoluer leurs collections et leurs services vers plus d’inclusivité ? 

 

Egale à égal #5 : le sexe des mots, un chemin vers l’égalité

« Le sexe des mots, un chemin vers l’égalité / Claudie Baudinot : c’est le nouveau titre de la collection égale à égal que nous vous proposons d’explorer.

Truffé d’exemples pertinents, ce livre nous apprend que le langage n’est pas neutre, il est sexiste. Ainsi, souvenons-nous que l’école nous apprend très tôt que le genre masculin l’emporte sur le féminin ; souvent la féminisation d’un mot le dévalorise : la préfète fait plutôt penser à la femme du préfet, plutôt qu’à la fonction que peut exercer une femme etc…

“Emanciper le langage pour construire une culture de l’égalité” : le sous-titre de ce livre nous indique le chemin pour faire évoluer les mentalités et lutter contre les stéréotypes sexistes.

La langue est sexiste

Elle reflète les stéréotypes, autant féminins que masculins. Les exemples sont légion qui nous montrent que l’élément féminin dans la langue est souvent dévalorisé. Ainsi, la “philosophe et essayiste Simone de Beauvoir” a longtemps été présentée dans les dictionnaires comme “disciple et compagne de Jean-Paul Sartre”. Un homme savant, c’est formidable, mais les femmes savantes de Molière renvoient elles à des femmes pédantes, cherchez l’erreur! Même si les femmes ont fait reconnaître leurs droits et leurs capacités à accéder à certains métiers et à certaines fonctions, elles s’auto-censurent parfois face aux connotations péjoratives associées à certaines formulations comme « maîtresses de conférences”. Ce sexisme de la langue est plus universel qu’il n’y paraît et des langues comme l’anglais ou l’italien n’y échappent pas non plus.

La langue façonnée par et pour les hommes

L’accord au masculin reflète une indéniable hiérarchie entre les sexes. Cependant, cette règle du masculin qui l’emporte sur le féminin a été érigée “récemment” en principe au 17e siècle : auparavant prévalait l’accord de proximité, comme en témoignent ces vers de Racine / Athalie :

“Surtout j’ai cru devoir aux larmes, aux prières,

Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières.”

Mettre les mots au service de l’égalité

Il y a encore du chemin à faire mais des progrès ont été faits. La “Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne” d’Olympe de Gouges en 1789 n’était pas un exercice de style mais reflétait sa conscience aiguë que la Révolution avait exclu les femmes à tous les niveaux. 

Conserver son nom pour une femme mariée, pouvoir donner aux enfants le nom du père et/ou de la mère sont des évolutions récentes.

Les Nouvelles NEWS, l’autre genre d’info :  ce journal d’information indépendant a vocation à traiter l’actualité tout en respectant la parité. Il veut donner autant de visibilité aux femmes qu’aux hommes dans le contenu de l’info et gommer les stéréotypes sexués.

En 2015, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes a édité le Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe via une une écriture inclusive : ce billet sur notre blog vous donnera une idée des enjeux liés à ces questions.

La violence des résistances

Aujourd’hui encore, les académiciens sont toujours opposés à la féminisation des noms de métiers et à toute forme d’écriture inclusive. Les passions se sont déchaînées autour de l’usage du terme “Mademoiselle”.

Les chemins vers l’égalité

Ils sont pluriels et il faut continuer à faire évoluer la langue afin qu’elle reflète également tous les visages de la société et inclut les personnes transgenres, de sexe indéterminé ou en cours de définition. En effet, les seules catégories homme / femme, masculin / féminin sont limitatives et en suédois le pronom neutre “hen”, qui englobe “han” il et “hon” elle permet d’élargir cette notion de catégories.

Un texte qui se lit d’une traite et vous fera réfléchir sur le sens et… le sexe des mots!