Une bibliothèque au Point éphémère

Cet été, le Point éphémère, un lieu emblématique de Paris, a accueilli une bibliothèque LGBT+. Retour sur le projet avec sa créatrice, Albane Linyer.

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Le Point éphémère (crédits : Office de tourisme Paris)

Emergence du projet

Albane n’est pas du tout bibliothécaire, elle est auteure et scénariste. Et elle aime les livres, mais elle constate régulièrement que la littérature LGBT+ est peu présente dans les lieux du livre que sont les librairies ou les bibliothèques, en dehors des lieux identifiés LGBT+.

Créer une bibliothèque LGBT+, la Bibliothequeer, avait pour objectifs de faire du tri dans sa propre bibliothèque, partager des lectures qui l’avaient marquée et surtout, proposer un lieu où trouver de la littérature LGBT+.

« Il y a un côté ouverture de cette culture au monde ; l’envie de sensibiliser et d’ouvrir en la posant dans un espace public. L’autre idée est bien sûr de donner aux LGBT+ leur littérature à disposition, parce que ce n’est pas toujours évident de trouver des livres qui nous ressemblent, ou qui répondent à nos questions. » Cette citation d’Albane résume tout à fait le projet.

Une première base de livres était déjà prête, il fallait donc l’enrichir pour pouvoir proposer un nombre de titres suffisant en termes de genres de livres, d’histoires, de représentations. Pour cela, Albane a fait appel à des partenaires tels que la libraire Violette & co, les éditions Des ailes pour un tracteur, des auteur-es… et a lancé une campagne de financement participatif sur le site Ulule ! Cette campagne, qui s’est terminée par un succès, a pu permettre d’acquérir un grand nombre de livres et construire la bibliothèque qui allait s’installer une dizaine de jours au Point éphémère.

La bibliothequeer : une bibliothèque pour tous et toutes

Du 1er au 13 juillet, la Bibliothequeer a posé ses palettes colorées au Point Ephémère. Ce lieu emblématique de la vie parisienne propose toute l’année des rendez-vous réguliers, entre concerts, projections, bar, expositions, rendez-vous artistiques, festivals, résidences d’artistes… et ne s’arrête pas pendant l’été ! Situé en bordure du canal St-Martin, le Point Ephémère fait les beaux jours (et nuits) de ses usagers et usagères.
Le premier jour, la Bibliothequeer s’est installée à l’intérieur du lieu, ce qui, en ce début juillet, n’a pas été opportun en termes de lectorat. Tout de suite, l’équipe a décidé de déménager sur la terrasse, et cette nouvelle localisation a permis de lancer la machine ! Des livres étaient proposés lors des temps d’ouverture du lieu et jusqu’en début de soirée.
La Bibliothequeer a été un succès pendant toute son ouverture : la plupart du temps, les personnes qui fréquentaient la terrasse du Point Ephémère avaient toutes un livre de la Bibliothequeer en main ! Albane nous a rapporté qu’il n’y a eu aucune réaction négative quant à présence des livres. Les personnes présentes sur le lieu se sont laissées tenter par les propositions éclectiques de lectures et ont eu l’air, à chaque livre consulté, de passer un bon moment. Le libre-service a permis aussi aux per-sonnes de prendre leur temps pour sélectionner leur lecture et de profiter de l’installation de la terrasse. Il y a eu un certain nombre de remerciements et de félicitations, et une belle fréquentation sur toute la durée de la mise à disposition des livres.
En plus des livres, l’équipe de la Bibliothequeer a pu proposer deux événements avec une DJette, Agnès Aokky, pour l’ouverture le dimanche ; et une projection de courts-métrages et de séries à l’intérieur du Point Ephémère.

Et maintenant ?

La Bibliothequeer première édition a fermé ses portes le 13 juillet, mais ce n’est que le début d’une aventure ! L’équipe autour du projet continue à acheter des livres pour enrichir les rayonnages et cherche d’autres lieux pour s’implanter ! Pour suivre la Bibliothequeer, découvrir d’autres photos et les encourager, rendez-vous sur Instagram et sur Facebook ! Le succès de la Bibliothequeer a pu rendre visible des auteur-es de littérature LGBT+ sur un lieu aux propositions culturelles variées. Cette bibliothèque inclusive, ouverte à tous et toutes, a montré le rôle important de la lecture dans la construction de soi, une thématique que la commission Légothèque aborde toute l’année dans ses travaux.

Cet article de Sophie Agié a été initialement publié dans la rubrique Bibliothèques et inclusion de la revue Bibliothèque(s) de l’ABF.

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Dans le cadre de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, la Ville de Lille et ses partenaires proposent plusieurs temps d’échange

La Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes a été quelque peu effacée au profit d’une actualité sociale brûlante. Pourtant, 30 000 personnes se sont mobilisées à Paris et d’autres grandes villes de France ont également massivement manifesté.

La Ville de Lille proposent, du 9 novembre au 6 décembre, des rendez-vous pour sensibiliser, informer, les victimes, mais aussi le grand public, les professionnel.les, les politiques.

Journées d’information et conférences

L’association Osez le féminisme 59 a organisé une rencontre intitulée « Les violences faites aux femmes, une mécanique à enrayer ». Après une présentation de l’association, cette rencontre a mis en évidence les différents mécanismes des violences faites aux femmes. Loin d’être des faits divers imprévisibles, elles répondent, au contraire, à un processus précis.

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Organisé par le Mouvement du Nid, un autre rendez-vous a abordé le consentement: comment peut-on l’exprimer ? A quelle occasion ? Sous quelle forme ? S’applique-t-il même en matière de prostitution ? L’avocat Vincent Potié et Grégoire Théry, secrétaire général du Mouvement du Nid et directeur exécutif de CAP international (Coalition pour l’Abolition de la Prostitution) ont co-animé ce débat.

Enfin, la Maison des Femmes a proposé la conférence « Le coût des coups », soulignant le coût économique et social que les violences physiques et psychologiques engendrent.

Des projections

Le court-métrage Femmes en prise, réalisé par le CAFFES (Centre national d’Accompagnement Familial Face à l’Emprise Sectaire) a permis d’ouvrir le débat sur les violences, visibles et invisibles, les humiliations, l’esclavage moderne que peuvent subir les femmes sous l’emprise d’un mouvement à caractère sectaire.

Côté long métrage, c’est le film Mustang, de Deniz Gamze Ergüven, qui a été choisi en préambule au débat « Un mariage forcé, c’est quoi ? ». Pour débattre, trois femmes: Soad Baba Aissa, militante féministe et membre de Femmes Solidaires; l’avocate Anne Policella et Eliane Aissi, présidente de RIFEN (Rencontre Internationale des FEmmes Noires)

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Pour la dernière date de ce programme, c’est le film Les conquérantes, qui sera projeté au Métropole (une partie des entrées sera reversée à une association). Organisé par les Clubs du Soroptimist, cette projection-débat s’attache, elle, aux luttes féministes passées.

En médiathèques…

L’exposition « A deux, c’est merveilleux » , proposée à la médiathèque de Lille Sud, questionne l’amour et le couple, l’image de soi, celle du couple et la notion d’égalité filles-garçons. Ce projet artistique a été mené par Carl Cordonnier et Anne Bruneau, respectivement photographe et écrivaine, auprès d’une classe de lycéen.nes. L’ensemble de ce travail a été réalisé par le CORIF, le Planning Familial et l’agence Daylife.

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Atelier d’écriture oulipien, organisé par Zazie mode d’emploi, s’est tenu à la médiathèque du Vieux Lille, ainsi qu’une heure du conte spéciale « stéréotypes filles/garçons »

 

Ces temps d’échanges sont l’occasion de mobiliser et sensibiliser le grand public à la lutte contre les violences faites aux femmes, et de rappeler qu’une femme sur trois est victime de violences.

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Le meilleur de notre veille #45

Au programme de notre nouvelle veille: l’accueil des personnes migrantes; les personnes LGBT+ et les inégalités hommes / femmes.

Les migrant.es, au cœur de nos interrogations et de nos pratiques

  • Lundi 19 novembre s’est tenue la journée professionnelle « Accueillir des personnes migrantes en bibliothèque : ressources, services, actions, partenaires« , organisée par le groupe Limousin de l’ABF et l’ALCA, en partenariat avec la BPI.  Comment la possibilité pour un territoire, notamment rural, de les accueillir au mieux  pour un moment ou pour longtemps, rejoint-elle les missions fondamentales des bibliothèques ? Quelles ressources, quels services et quelles actions développer ? Comment mieux travailler avec les structures qui les accompagnent ?  Apports théoriques, ateliers et partages d’expérience au programme de cette journée.

 

 

  • La Cimade a développé Traducmed, une application disponible sur smartphone et ordinateur. Cet outil de traduction, qui propose plus de 38 langues, se veut collaboratif. Il a donc besoin de s’enrichir de retours d’expériences.

 

LGBT+

  • La parution du livre de Sylvie Tessot « Gayfriendly : acceptation et contrôle de l’homosexualité à Paris et à New York« . Fondatrice, entre autres, du collectif Les Mots sont importants , elle publie dans cet ouvrage les résultats d’une enquête menée aux Etats-Unis et en France auprès de femmes, d’hommes hétérosexuels, de gays et de lesbiennes de statuts socio-économiques différents. Couv__Friendly_BAT_2018-340x504
  • Focus sur le Musée des Beaux-Arts de Montreal avec la lecture de l’interview de Thomas Bastien, directeur de l’éducation et du mieux-être, et de la présentation des actions menées en direction des publics LGBTQ+. A lire ici !

 

Inégalités

  • A l’occasion de la journée nationale de lutte contre le harcèlement, l’Unicef a publié un étude intitulée « Quel genre de vie? Filles et garçons: inégalités, harcèlements, relation » . Si l’inégalité filles/garçons s’installe dès l’enfance, cette étude montre – sans surprise avouons-le – que les filles subissent davantage de discriminations et de harcèlement. La synthèse est à lire ici (et elle est illustrée par Lisa Mandel !)

 

Rainbowthèque

Genèse du projet la Rainbowthèque

Cordélia est vidéaste et autrice. Elle étudie notamment les représentations LGBT+ dans la littérature jeunesse et nous présente dans cet article la genèse du projet Rainbowthèque.

Si vous prenez au hasard un roman dans une bibliothèque ou dans une librairie francophone, il est très probable que le héros ou l’héroïne soit cisgenre et hétérosexuel⋅le. Faites l’expérience chez vous : il est difficile de trouver “par hasard” un roman, une bande-dessinée ou un album qui proposent des héros et héroïnes LGBT+ (lesbienne, gay, bi, trans, non-binaire, intersexe, asexuels, etc).

Partant de ce constat, j’ai réfléchi à une façon de permettre aux lecteurs et lectrices d’accéder à ce qu’on pourrait appeler grossièrement “la littérature LGBT+” sans forcément avoir besoin de demander à un⋅e bibliothécaire ou un⋅e libraire (au risque qu’il ou elle n’ait pas non plus de moyens d’identifier ces ouvrages). Lorsque le projet “Rainbowthèque” a été lancé, il existait déjà plusieurs répertoires consacrés à la diversité dans la littérature sur l’internet anglophone : We Need Diverse Books étant sans doute le plus connu sur Tumblr.

La délimitation du champ d’action de la Rainbowthèque était importante. Quels livres accepter ? Quels livres refuser ? Nous avons choisi de nous concentrer sur le recensement des livres disponibles en française (écrits en français ou traduits en français), pour la simple et bonne raison que si vous cherchez des livres en anglais, vous trouverez très facilement d’autres répertoires. Dans un premier temps, nous répertorions les fictions et biographies, en excluant les ouvrages universitaires, les essais, les livres d’histoire, etc. Les fanfictions sont elles aussi exclues du répertoire. Par contre, la Rainbowthèque ne se limite pas aux livres publiés à compte d’éditeur, on trouve ainsi des livres auto-publiés et des webcomics.

Le mode collaboratif s’est imposé très vite. Il était impossible de monter une équipe de lecteurs et lectrices chargé⋅e⋅s de lire tous les livres avec des personnages LGBT+, en plus de les dénicher (ce qui est déjà une lourde tâche). Un répertoire collaboratif était sans doute le meilleur moyen de référencer facilement de nombreux livres, sans surcharger de travail les bénévoles. Chaque internaute a donc la possibilité de proposer un ouvrage à la Rainbowthèque, en remplissant un formulaire. Les suggestions sont ensuite relues, mises en forme et publiées par des modérateurs et modératrices. Ces dernier⋅e⋅s sont également chargé⋅e⋅s de classer les livres avec des tags, pour faciliter la recherche. 80% des usager⋅e⋅s de la Rainbowthèque savent qu’il leur est possible de proposer des livres, mais seulement 28% l’ont déjà fait*.

La Rainbowthèque aujourd’hui

Née en novembre 2016, la Rainbowthèque est un répertoire participatif de livres en français ayant des personnages LGBT+. En septembre 2018, plus de 400 livres étaient déjà référencés sur la Rainbowthèque. Le but est de donner de la visibilité à ces ouvrages et de permettre aux lecteurs⋅trices recherchant ce type de lecture de les trouver facilement. C’est également un outil qui peut être utilisé par les professionnel⋅le⋅s du livre : les bibliothécaires souhaitant diversifier leur collection, mais aussi les libraires, professeurs⋅e⋅s, éducateurs⋅trices, etc.

La lecture est pour nous un vecteur essentiel dans la lutte pour l’égalité, la sensibilisation, l’éducation, la prévention et la tolérance. Les personnes LGBT+/MOGAI ont besoin de personnages qui leur ressemblent auxquels s’identifier, à prendre pour modèles ou à admirer, mais les personnes a priori non-concernées ont également beaucoup à gagner et à apprendre en lisant des récits reflétant la diversité et la pluralité des identités.

Sur la Rainbowthèque, chaque livre possède une fiche où sont rassemblées les informations de base : titre, auteur⋅trice, maison d’édition, nombre de pages, résumé. Compte tenu que l’utilisateur⋅trice recherche des lectures LGBT+, il était essentiel d’ajouter des informations sur ce sujet. Nous proposons ainsi un listing des identités représentées dans l’histoire (exemple : personnage principal gay, personnage secondaire lesbienne et racisée), en plus des mots-clés résumant les thématiques abordées. Les TW (trigger warning) ont également une place importante, pour prévenir les lecteurs⋅trices de certains sujets sensibles. Chaque fiche est – en théorie – conclue par un ou plusieurs avis de lecteurs⋅trices ; 93% des utilisateurs⋅trices consultent ces avis, 45% en prennent compte et 83% pensent qu’il est important d’avoir des avis*.

La Rainbowthèque est animée par un collectif informel de bénévoles, chargé⋅e⋅s de la modération des livres, ainsi que de l’animation des réseaux sociaux (Twitter et Facebook). Il est possible de rejoindre l’équipe (et de la quitter) à n’importe quel moment, pour cela il vous suffit de nous contacter via les réseaux sociaux.

Zoom sur les usager⋅e⋅s de la Rainbowthèque

L’usager⋅e type de la Rainbowthèque est un⋅e lecteur⋅trice ayant entre 18 et 25 ans, utilisant la Rainbowthèque à titre personnel.

  • Les 18-25 ans constituent 47% du public, avec 29% de 26-35 ans, 18% de 13-18 ans et 5.5% de 36-45 ans.
  • 91% déclarent être lecteur ou lectrice, 13% sont prescripteurs⋅trices (booktube, blog, etc), 12% sont auteurs⋅trices et 13% sont des professionnel⋅le⋅s du livre.
  • 85% utilisent la Rainbowthèque à titre personnel, 13% à titre personnel et professionnel et moins de 1% exclusivement à titre professionnel.
  • 72% des usager⋅e⋅s déclarent avoir déjà lu un livre suite à leur visite sur la Rainbowthèque*.

* chiffres de l’enquête de juillet 2018 réalisée auprès des usagers et usagères de la Rainbowthèque avec 110 répondant⋅e⋅s

Femmes, informations et bibliothèques au Congrès de l’IFLA 2018

Le Groupe d’intérêt spécial Femmes, informations et bibliothèques de l’IFLA s’intéresse aux femmes en tant que productrices d’information, usagères des bibliothèques et professionnelles donnant accès à l’information. Le congrès annuel de l’IFLA est un moment fort de l’année pour nos activités. Cette année, il a été accueilli à Kuala Lumpur du 23 au 30 août.

 

Femmes, informations et bibliothèques au Congrès mondial des bibliothèques et de l’information

 

« Collections, éthique, perspectives et parole »

Le groupe Femmes, informations et bibliothèques y organisait, avec le groupe Usagèr.e.s LGBTQ, deux temps d’échange et de réflexion autour du thème «  Collections, éthique, perspectives et parole ».

Nous avons d’abord abordé le thème sous une forme classique, avec la présentation de 5 communications dans une session dont le sous-titre était « L’importance du contexte » :

Programme et liens vers les articles publiés, les vidéos et les diaporamas : https://www.ifla.org/node/91653?og=93

  • Introduction : Clare O’Hanlon, La Trobe University, Bundoora, Australia : A continuum of LGBTIQA+ community engagement in libraries: From collections and cataloguing to book displays, bathrooms and beyond. Video (Unabridged version)
  • LaVerne Gray, University of Tennessee, Knoxville, United States: Uncovering Collective Voice: Using archives to explore community-based information environments of African-American Activist-Mothers in Chicago Public Housing, 1955-1970
  • Reiko Aoki, National Women’s Education Center, Japan: Collection Development on Women’s Earthquake Disaster Experiences and Support Activities in Japan. Paper.
  • Hollie White, Curtin University, Australia: Decolonizing the Way We Organize. Paper
  • Bernard Dione, Université Cheikh Anta Diop, Senegal: Collection development and cultural context: The accommodation of professional to cultural values among Senegalese Academic Librarians Paper. Slides.

Après une introduction en vidéo par Clare O’Hanlon, pleine d’informations et d’idées simples et concrètes pour changer nos pratiques et nos bibliothèques, LaVerne Gray a ouvert la session avec une présentation de sa recherche doctorale sur les logements sociaux de Chicago entre 1955 et 1970. Son travail met en lumière le rôle des femmes Afro-Américaines dans la construction d’une communauté par l’information (autour de l’accès à la culture et à l’éducation, en particulier). Au cours de sa recherche, LaVerne Gray a découvert le rôle que sa propre grand-mère a joué dans cette communauté, à travers des archives et des journaux relatant la mobilisation pour la construction d’une bibliothèque publique.

Reiko Aoki a rendu vivante pour tou.te.s l’expérience des survivantes du séisme et du raz-de-marée de 2011 au Japon dans une présentation qui donnait à voir les modes d’expression choisis par ces femmes : broderie, photographie, écriture fournissaient des illustrations puissantes à un article qui plaçait dans une perspective historique les enjeux de la prise en compte des besoins spécifiques et des voix des femmes dans des situations de catastrophe naturelle.

Hollie White nous a ouvert les coulisses de son travail de recherche : les observations et expériences personnelles qui peuvent pousser à étudier un sujet comme celui du colonialisme culturel, et les premières observations qu’elle a faites sur le terrain en Thaïlande. Nous attendons avec impatience les résultats des études plus poussées qu’elle compte mener dans les années à venir sur les systèmes d’organisation du savoir d’origine occidentale dans le reste du monde et la manière de s’en libérer lorsqu’ils ne sont pas appropriés au contexte local.

Bien qu’il n’ait finalement pas vu faire le voyage jusqu’à Kuala Lumpur, Bernard Dione nous a donné une présentation de son travail d’enquête sur les bibliothécaires universitaires sénégalais.e.s qui nous a permis de mesurer concrètement les difficultés qu’il peut y avoir à appliquer de grands principes fondamentaux de la profession (liberté intellectuelle, accès à l’information, etc.), auxquels on adhère en théorie, lorsqu’ils se trouvent en contradiction avec les valeurs culturelles, sociales ou religieuses des individus. Un sujet qui a trouvé des échos dans la discussion du lendemain.

 

Des initiatives de terrains

Le lendemain, nous nous sommes retrouvé.e.s, avec d’autres intervenant.e.s, pour une discussion plus ouverte sur des initiatives de terrain. À partir de la présentation de Muy-Chen Peich (Bibliothèques Sans Frontières) sur le déploiement des célèbres Ideas Box dans différents contextes, nous avons pu parler des manières de co-construire les services avec les usagèr.e.s, en particulier lorsqu’il s’agit de groupes « minoritaires ». À partir des présentations de Brittany Jacobs sur les livres d’images pour la jeunesse et de Christer Edeholt sur l’Étagère Arc-en-ciel de la bibliothèque municipale d’Umeå (Suède), nous avons pu aborder les questions de représentation des identités  queer et des manières de montrer la diversité et de lutter ouvertement contre les discriminations.  Enfin, la présentation de Katherine S. Donaldson sur les programmes de bibliothécaires résident.e.s au États-Unis nous a permis de discuter des barrières au recrutement de bibliothécaires issu.e.s de groupes sous-représentés, et les solutions pour lever ces obstacles.

Programme et liens vers les articles publiés, les vidéos et les diaporamas :

  • Jérémy Lachal, Muy-Cheng Peich, Bibliothèques Sans Frontières, France: Libraries as empowerment levers: defining the collections and the contents with the users – The example of the Ideas Box. Slides.
  • Brittany Jacobs, University of Illinois at Urbana-Champaign, United States: I Read you Loud & Queer. Paper. Video.
  • Christer Edeholt, Umeå public library, Umeå, Sweden, The Rainbow Library
  • Katherine S. Donaldson, University of Oregon: Recruiting diverse librarians: Residency programs as an entry point to the academic librarian profession in the United States. Paper. Slides.

 

Nous avons trouvé l’inspiration dans les travaux de la section Indigenous matters, en particulier la session « Diverse indigenous voices: decolonizing, transforming and centering practices », et espérons faire aboutir un projet commun avec cette section et celle des Populations multiculturelles dans les années à venir.

 

Un lieu de rencontres et d’échanges

Comme toujours, le congrès est un lieu de rencontres et d’échanges extraordinaire. Les collègues malaisien.ne.s nous ont réservé un excellent accueil et ont été nombreux/ses à participer à nos travaux et discussions.

Nous avons conçu cette réflexion comme un travail sur plusieurs années, nous envisageons quelque chose de plus pratique, avec production de contenus, l’année prochaine, avec plusieurs partenaires potentiels.

2019 sera une année d’élections au sein de l’IFLA. Pas besoin d’attendre jusque-là si vous souhaitez participer à nos activités, partager des idées ou des questionnements avec nos membres !

Toutes nos adresses (liste de diffusion, twitter, facebook) sont sur le site de l’IFLA : https://www.ifla.org/women-information-and-libraries.

 

Mathilde Koskas,
responsable du groupe Women, information and Libraries, IFLA

Rencontre avec la responsable du fonds Aspasie

Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir un centre de ressources sur le genre, référencé sur notre carte en ligne disponible en cliquant ici. Merci à Véronique Reynard* d’avoir répondu à nos questions.

Légothèque : Bonjour, vous êtes responsable du fonds Aspasie et je vous remercie d’accepter de répondre à quelques questions.  Quel est l’historique du fonds Aspasie ?

Véronique Reynard : Le fonds Aspasie a été constitué dans le cadre d’une convention interministérielle sur l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif, en 2000.
Il est ouvert au public depuis 2001.
Le nom du fonds a été choisi en hommage à Aspasie, une intellectuelle grecque, compagne de Périclès, vivant au Vème siècle avant JC. Elle créa une école de rhétorique et de philosophie pour les femmes.
Initialement constitué grâce à des subventions de la Direction de l’enseignement supérieur et du Fonds social Européen sur 3 ans, il est maintenant financé par l’ESPE, composante de l’Université Claude Bernard Lyon 1. Physiquement, le fonds est localisé dans la BU Education Lyon Croix-Rousse et sous la responsabilité d’une responsable documentaire qui travaille en collaboration étroite avec les enseignant.e.s concerné.e.s par ces questions.
Le fonds Aspasie est constitué d’environ 6000 documents, auxquelles s’ajoutent les revues de niveau grand public au niveau recherche.


L : Quelle est sa mission ? 

Le fonds Aspasie rassemble des ressources documentaires autour de la question des femmes et du genre en Education. Cette documentation doit permettre aux étudiant.e.s, aux enseignant.e.s stagiaires et aux enseignant.e.s en poste de se former sur ces thématiques et notamment de porter l’égalité à l’école. Ce fonds, dont une partie est de niveau recherche, est aussi un appui pour les chercheur.se.s dans leurs travaux sur les questions du genre dans le contexte du système éducatif, la recherche permettant ensuite l’évolution et l’enrichissement de la formation des enseignant.e.s.


L : Quels services liés à ce fonds proposez-vous ?

Le fonds bénéficie des services mis à disposition du public des BU Lyon 1 : recherche à partir de l’outil de découverte Sherlock, renseignement en ligne, service de rendez-vous avec un.e bibliothécaire (accompagnement à la recherche documentaire dans le cadre des mémoires), service de prêt entre bibliothèques et localisation sur le Sudoc (catalogue du Système Universitaire de Documentation).


L : Quel est le cœur de votre activité : les collections ou les animations ?

L’enrichissement des collections est notre priorité mais la valorisation du fonds prend toute son importance pour un fonds spécialisé pour lequel la visibilité doit être nationale voire internationale. Certaines revues (comme la revue Nora – Nordic journal of feminist and gender research) et certains ouvrages sont peu ou pas du tout disponibles ailleurs dans le paysage documentaire universitaire. Le fonds est valorisé par des actions récurrentes comme les tables thématiques, les bibliographies, des articles sur le site web, et plus ponctuelles en accompagnement d’évènements et d’actions culturelles sur ces thématiques.
Des actions sont mises en place afin de valoriser la recherche sur le genre : un BARCamp Egalité et Diversité est organisé le jeudi 29 novembre, les doctorants présenteront en une dizaine de minutes leurs sujets de thèses sur des thématiques traitées par le fonds Aspasie : l’homophobie et le sexisme. Il sera diffusé sur Youtube.


L : Avez-vous une politique documentaire ? Laquelle ?

La politique d’acquisitions est menée en concertation avec les formateur.trice.s et enseignant.e.s chercheur.se.s spécialistes de ces thématiques, à l’instar de Muriel Salle, maîtresse de conférence à l’Université Lyon 1.
Le niveau du fonds est celui d’un fonds universitaire avec une part de documentation de niveau recherche. Les documents sont en majorité en langue française mais 20% des acquisitions concernent des langues étrangères. Le fonds comprend aussi une part de littérature pour la jeunesse, des albums non stéréotypés, des fictions et des documentaires permettant de traiter les questions de genre à l’école. Cela concerne 8% des acquisitions. Les axes de la politique documentaire sont adaptés à l’évolution sociétale des thématiques (questions de politique familiale par exemple) ainsi qu’à l’évolution des études sur le genre.


L : Quel système de classification utilisez-vous ? Convient-il à vos collections ou devez-vous l’adapter ? 

Nous utilisons la classification décimale Dewey pour une part importante du fonds, mais les fictions pour la jeunesse sont cotées avec des cotes locales plus adaptées à ce type de documentation.


L : Quel est votre public cible ? Quelle est votre fréquentation ? Essayez-vous d’élargir vos services à d’autres publics ? 

Notre public est majoritairement le public de l’Université Lyon 1.
Ce fonds est emprunté par des étudiant.e.s en Master MEEF (Métiers de l’Enseignement, de l’Education et de la Formation) de l’Université Lyon 1 ou d’autres universités (Lyon 2 et Lyon 3), des doctorants, des formateur.trice.s et des enseignant.e.s chercheur.se.s. Ce fonds intéresse aussi les enseignant.e.s stagiaires et titulaires du primaire et du secondaire, qui peuvent l’utiliser dans le cadre de la formation continue ou de leur travail quotidien dans les écoles.
Côté chiffres, ce fonds compte 1774 prêts en 2017 soit 2,3% des prêts de la BU Education de la Croix-Rousse.


L : Avez-vous des partenaires récurrents ? Quels types de partenariats mettez-vous en place avec ces partenaires ? 

Le personnel des BU Education travaille avec le personnel de l’ESPE (Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education) de l’Académie de Lyon qui finance les acquisitions pour ce fonds, notamment avec le groupe GEM (Genre Education Mixité), une équipe d’enseignant.e.s chercheur.se.s investi.e.s sur ces questions. Nous travaillons ensemble à la fois pour l’élaboration de la politique documentaire : acquisitions et entretien du fonds et dans le cadre de la valorisation. Des présentations du fonds sont organisées lors des formations de l’ESPE.
Nous travaillons également avec la Mission Egalité-Diversité de l’Université Lyon 1, pour la valorisation du fonds et la diffusion de la recherche sur ces thématiques.

L : Votre bibliothèque fait-elle partie d’un réseau : bibliothèques universitaires, bibliothèques spécialisées…?

Les BU Education font partie du service commun de la documentation de l’Université Claude Bernard Lyon 1.


L : Où peut-on suivre vos activités en ligne (site web, réseaux sociaux ?)

Les activités des BU Lyon 1 sont valorisées sur le site web :
https://portaildoc.univ-lyon1.fr/

Mais aussi sur le Facebook et le compte twitter des BU Lyon 1 :
https://fr-fr.facebook.com/bibliotheque.universitaire.lyon1/

Les évènements comme les BARCamp et les conférences sont diffusés sur la playlist BU Lyon 1 sur la chaîne Youtube de l’Université.

L : Justement, quels sont vos projets pour 2018-2019 ?

La valorisation des collections est un des grands axes de travail pour les BU Lyon 1 pour l’année 2018-2019. Dans ce contexte, nous prévoyons d’améliorer la visibilité du fonds Aspasie par diverses actions :
Refonte de la page Aspasie sur le site web des BU Lyon 1 et création d’un visuel afin de renforcer l’identité de ce fonds
Elaboration de tables thématiques et de bibliographies à l’occasion d’évènements particuliers : Journée internationale des droits de la femme le 8 mars, Mondial de football féminin en juin- juillet 2019…
Création de signets Aspasie présentant le fonds, pour une diffusion dans l’ensemble des BU Lyon 1
Participation au blog de la Mission Egalité-Diversité : valorisation des nouveautés ou sélection de ressources autour d’une thématique
Candidature pour l’obtention du label CollEx : valorisation des collections d’excellence pour la recherche

En bonus : une référence sur Aspasie en cliquant ici.

Véronique Reynard* est Responsable de collections des BU Education, Service Commun de la Documentation
Université Claude Bernard Lyon 1
BU Education Lyon-Croix Rousse
5, rue Anselme
69317 Lyon Cedex 04