« 77 » : premier roman de Marin Fouqué

Marin Fouqué est l’auteur d’un premier roman étonnant intitulé « 77 », un texte remarqué de cette rentrée littéraire. Marin Fouqué est diplômé des Beaux-Arts, il anime des ateliers d’écriture, étudie le chant lyrique et pratique la boxe française. Il écrit également de la poésie, du rap, des nouvelles et mêle sur scène des performances alliant prose, chant et musique.

« Longtemps j’ai cru venir d’un paysage sans identité. Du bitume et de la boue, on doute rarement de qui enfouira qui » : ces quelques mots plantent le décor et donnent le ton du texte.

77 est un premier roman périurbain d’une rare intensité à l’énergie rageuse. L’écriture orale de Marin Fouqué est magistrale et décrit le monde d’aujourd’hui vu par un lycéen à partir d’un territoire qui n’est ni la ville, ni la banlieue, ni la campagne.
Sous sa capuche, rempart contre le monde qui l’entoure, le dialogue intérieur qui l’anime et l’agite est un flow continu qui pourrait être slamé aussi. Comment se construire en regard des injonctions de la société : c’est quoi devenir un « vrai homme » ? Qui est cet adolescent qui un jour décide de ne pas monter dans le car scolaire et de passer la journée seul à cet endroit ? Passage à l’âge adulte ? Pas vraiment. Juste comprendre petit à petit qui il est. Et c’est déjà beaucoup.

Marin Fouqué se déplace dans des librairies, des bibliothèques pour parler de son livre, retrouvez son agenda ICI

 

La Budgétisation sensible au genre : d’un outil budgétaire pour la réduction des inégalités de genre à un outil pour une politique documentaire inclusive ?

En France, la mise en pratique d’une politique de l’égalité femmes-hommes est souvent comprise comme l’accès des femmes à une difficile égalité économique, comme le montrent les différences salariales entres femmes et hommes[1].

La législation française et européenne a largement évolué ces dernières années pour faire de l’égalité femme/homme une des priorités des collectivités territoriales. Ainsi, en France la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes précise que la lutte contre les inégalités doit être faite « selon une approche intégrée ». Les acteurs de l’action publique doivent « veiller à l’évaluation » des actions en termes de réduction des inégalités liées au genre.

Contrairement à des idées reçues, les choix économiques sont rarement neutres en termes d’égalité et il est intéressant d’analyser à qui profitent véritablement les politiques publiques. Le domaine de la culture n’échappe pas à ces interrogations. Naturellement, en tant que -thécaire, le sujet peut sembler relativement éloigné de notre quotidien. Pour autant, il invite à réinterroger les choix qui font notre quotidien en termes d’action culturelle ou de politique documentaire mais qui, pour autant, peuvent avoir un impact, même minime, sur la question des inégalités femmes-hommes. Voire, on le verra plus loin, sur la possibilité d’un accès à des ressources traitant de la construction de soi.

Face à la multiplicité des actions mises en œuvre afin de réduire les inégalités, comment évaluer l’efficacité des actions qui visent à réduire les inégalités de genre ? C’est à cette interrogation que la Budgétisation Sensible au Genre peut apporter des éléments de réponse. Lire la suite

QueerSearch, un projet de portail sur les archives LGBTQ+

Lors de la dernière conférence ALMS fut présenté le projet QueerSearch, un projet de portail regroupant des services d’archives et de collections LGBTI de pays germanophones (Autriche, Allemagne, Suisse, Pays-Bas). L’objectif de ce portail est de proposer une plate-forme commune reliant les catalogues de multiples institutions pour rendre aussi visibles et accessibles que possible documents et objets conservés de manière éparses dans ces pays.

Les institutions partenaires sont : les archives féministes de Berlin, le forum sur l’homosexualité de Munich, Le centre d’archives queers autrichiennes QWIEN, le centre d’histoire LGTB de Cologne, le musée gay de Berlin, l’IHLIA d’Amsterdam, Le centre d’archive et bibliothèque lesbien de Berlin, les archives gaies Suisses, la bibliothèque sur le genre de l’université Humboldt de Berlin, la société Magnus Hirschfeld de Berlin, les archives de l’autre mémorial de la Fondation fédérale Magnus Hirschfeld et le Centre d’histoire culturelle de la sexualité à la Humboldt Berlin, ainsi que des représentants de l’Initiative Queer Nations et des Archives numériques allemandes des femmes.

Du coup, ça fait pleins de contacts dans ces pays si vous en cherchiez. Je vous renvoie par la même occasion au billet « faire des études de genre en Allemagne » sur le blog Germano-fil, hébergé par Hypothèse.

La plupart de ces établissements sont informels et associatifs, ils montent des projets indépendants, y compris du coup dans la façon de classer leurs documents et leurs objets, ce qui complique d’autant la façon de les signaler pour proposer un méta-catalogue pertinent. Sans parler du fait que les personnels impliqués sont bien souvent des bénévoles qui s’investissent sur leur temps libre et fragilisent d’autant les ressources humaines disponibles.

Pourtant, une tentative similaire a déjà été couronnée de succès puisque le réseau IDA (un réseau de bibliothèques universitaires, des fonds d’archives et centres de ressources spécialisées sur les femmes, les lesbiennes et le genre, des associations d’archives ou centres d’archives associatifs ainsi que des bibliothèques régionales) propose déjà un catalogue commun META permettant d’interroger les catalogues de toutes les bibliothèques partenaires.

Quoiqu’il en soit, les objectifs du projet QueerSearch demeurent clairs : développer une base de données de référence en langue allemande, partager les ressources, créer un réseau de centre d’archives et de bibliothèques LGBT, rendre plus accessible et visibles les collections de chacuns des partenaires. Au-delà, il s’agit de penser un thésaurus queer en langue allemande.

Cet objectif de produire un thésaurus partagé fait partie intégrante du projet et a déjà nécessité de nombreuses réunions (cf ce compte-rendu en allemand de l’atelier de lancement du projet) entre les partenaires qui, chacun, utilisait des pratiques d’indexation et de description différentes. Bien sûr, un rapprochement avec l’homosaurus développé par l’IHLIA (et maintenant maintenu par un groupe international basé en Califormie) a été opéré mais ce dernier n’a pas été jugé complètement satisfaisant pour le moment.Quant à l’utilisation des thésaurii utilisés dans les bibliothèques institutionnelles, « Integrated authority files », la classification employée pour les LGBT a été considérée comme problematique et biaisée. Par exemple, le mot « gay » n’y existe pas (il faut chercher « male homosexuality », le mot « lesbian » non plus mais « female love », ce qui n’est neutre).

L’ensemble des institutions espèrent donc créer une association parapluie prochainement et obtenir des subventions pour mener à bien ce projet. Souhaitons-le pleins de réussites !

Conférences estivales

Cet été se sont tenus deux congrès internationaux qui nous intéressent au plus haut point.

 

Le premier est le congrès ALMS, pour « Archives, Libraries, Museums and Special collections » qui fut organisé du 27 au 29 juin à Berlin sur le thème « Queering Memory. Archives – Arts – Audiences ». Le congrès n’est pas annuel. Le dernier de ce genre avait eu lieu en 2016 à Londres, et avait fait l’objet de compte-rendus détaillés sur ce même blog (partie 1 et partie 2). Mais il demeure important en ce qu’il rassemble des professionnels et des militants, conférenciers et participants, de tous les continents pour échanger autour de la mémoire LGBT.

L’objectif de cette conférence qui fêtait cette année les cent ans de la création de l’Institut des Sciences sexuelles par Magnus Hirschfeld à Berlin (1919-1938) au lieu même de la conférence, était d’interroger la question de la mémoire LGBT d’un point de vue politique, institutionnel ou associatif, artistique et de la confronter les projets et les initiatives aux publics et à la numérisation des collections.

Le programme est accessible en ligne qui propose également l’enregistrement audio des interventions et tables-rondes. Le live tweet est notamment accessible sur le compte twitter du congrès (avec pleins de contacts à suivre en prime).

Peu de conférences concernaient directement les bibliothèques, il s’agissait plutôt de réflexions et de retours dans des contextes archivistiques et muséaux, avec un souci d’inclusion le plus large possible évoquant les archives lesbiennes, de migrants LGBT, de séniors trans et queer, de la conservation de l’art Queer noir en train de se créer, la constitution de réseaux notamment sur Wikipédia, la question des partenariats avec le public, avec le privé, celle des thésaurii et de la façon dont les outils donnent à voir les identités plurielles…

Lors de ces conférences, il s’agissait à la fois de proposer un bilan de ces quarante dernières années d’existence et d’entamer un démarche plus proactive pour collecter déjà les traces existantes, rendre visibles les histoires LGBT dans les institutions (archives, bibliothèques, musées), faire connaître l’existant et créer des réseaux de solidarité (par exemple le projet Queersearch prévoit la création d’un portail en ligne pour les archives LGBTIQ+ de Autriche, Allemagne, Suisse et des Pays-bas), et s’emparer des outils et des possibilités naissantes liées à la numérisation, au web de données afin de définir des stratégies de développement pour l’avenir.

 

À Athènes, cet été, se tenait le 85e congrès de l’IFLA sur le thème « Libraries : dialogue for change ». Plusieurs sessions étaient enregistrées en direct (https://2019.ifla.org/live-streaming/) dont les 20 ans de FAIFE sur la liberté d’expression, la mise en œuvre de la nouvelle stratégie de l’IFLA ou encore la session du groupe des nouveaux professionnels : « Library loves stories » sur l’amour et les bibliothèques.

Plusieurs sessions intéressaient Légothèque proposées par les sections et groupes travaillant sur des thématiques proches de la commission :

Légothèque a d’ailleurs fait l’objet d’une présentation de la commission de travail à l’occasion de la session du groupe LGBTQ+ Users. Ce groupe avait cette année proposé de coller des rubans sous son badge précisant les pronoms auxquels on s’identifiaient, en plus de toilettes mixtes.

Malheureusement, toutes les interventions ne sont pas encore dans la bibliothèque numérique de l’IFLA.

D’une manière générale, trois thèmes ressortaient des discussions selon moi : La question de l’inclusion, celle de l’IA et de la réalité augmentée, et le développement durable. On retrouve notamment ces éléments dans les posters présentés à l’instar de ceux présentés ci-après :

Le meilleur de notre veille #53

Avec la rentrée, nos tours de veille recommencent : voici la sélection de septembre d’articles autour des thématiques de Légothèque.

Commençons par l’actualité : dans le cadre du la loi bioéthique et du débat sur la PMA pour toutes, une petite explication de la PMA en vidéo par Arte. Sur le site des bibliothèques de la ville de Paris, des matières à réflexion sur la bioéthique et une sélection de lectures.

La rentrée est riche en nouvelles productions : sur France Inter est lancée une série de podcasts, Intérieur Queer entre conversation, reportage et documentaire, pour parler, avec les premier·ère·s concerné·e·s, des cultures et des identités LGBT+.

Camille Abbey, journaliste pour Konbini, a lancé Missives, une plateforme collaborative dédiée à la littérature féministe. Elle est interviewée dans Cheek Magazine.

Pour les plus jeunes, « Les Petites Glo » est une newsletter pour les adolescents et adolescentes queer, par la créatrice des Glorieuses.

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Et aussi :

– un article sur la place des femmes dans Wikipedia : « pourquoi Wikipedia est un enfer pour les femmes »

– un mode d’emploi (en anglais) sur la décolonisation des bibliothèques (avec des astuces !)

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Source

Enfin, la mairie de Paris annonce qu’une « Maison des cultures LGBTQI+ » verra le jour à Paris avant janvier 2020.

Bonnes lectures et bonnes écoutes !

Compte-rendu de congrès : la Wikiconvention Francophone 2019

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Photo de groupe de la Wikiconvention Francophone 2019 à Bruxelles. Source: Wikimédia Commons

La Wikiconvention Francophone est le rassemblement annuel des wikimédien-ne-s francophones et francophiles du monde entier. Les wikimédien-ne-s se réunissent autour des projets du Mouvement Wikimédia pour découvrir ce que font leurs collègues à travers le monde.

Après des conventions à Paris, Strasbourg et Grenoble, la Wikiconvention francophone a quitté la France pour s’envoler en Belgique à Bruxelles. Du 7 au 9 septembre plus de 200 wikimédien-ne-s du monde entier se sont réuni-e-s autour des projets Wikimédia.

Lors de l’édition bruxelloise, des conférencières et conférenciers diversifiés ont abordé de multiples sujets parmi lesquels les savoirs autochtones, la place des LGBTQI+ dans les projets, Wikimédia comme outil pédagogique et les rôles des bibliothécaires au sein de ces orientations. La programmation complète est disponible ici : https://meta.wikimedia.org/wiki/WikiConvention_francophone/2019/Programme

Les participant-e-s ont également pris beaucoup de notes collectives des conférences qui sont disponibles dans les descriptions de chaque conférence.

Préservation des langues et cultures

Il y avait une thématique sur la préservation des langues et des cultures à travers différents projets Wikimédia.

En Tunisie, en Algérie et au Maroc on utilise des projets Wikimédia comme outils de préservations du patrimoine matériel et immatériel.

Au Québec, il y a des efforts pour préserver et promouvoir la langue et la culture attikamecks. Thérèse Ottawa, Cécile Niquay-Ottawa et Luc Patin utilisent Wikipédia et Wikimédia Commons comme outil pédagogique et de mobilisation citoyenne pour assurer la préservation et la promotion de leur langue et de leur culture.

La place des personnes LGBTQ+ dans les projets de Wikimédia

Une conférence intitulée, Les transidentités, qu’est-ce que c’est et quels problèmes dans les wikis ?, a abordé des questions sur la place des personnes trans dans les projets Wikimédia en tant qu’édit-rice-eur-s. Une autre conférence, Les enjeux de la représentation sur Wikipédia, l’exemple des communautés LGBT, a abordé la question de la place des personnes bisexuelles au sein de Wikipédia et Wikidata.

Qu’est-ce que les projets de Wikimédia ?

  • Wikipédia, probablement le plus connu des projets, est l’encyclopédie collaborative qui vise à synthétiser l’ensemble du savoir humain.
  • Wikimédia Commons, la médiathèque des projets collaboratifs. Les photos utilisées dans les articles Wikipédia proviennent de Wikimédia Commons.
  • Wikidata, base de données ouverte, libre et multilingue.
  • Wikisource, une bibliothèque numérique utilisée souvent pour transcrire des manuscrits. Récemment, la BnF a incorporé Wikisource dans Gallica lorsqu’une version numérique d’un livre de la BnF a été téléversée dans Wikisource.
  • Wiktionnaire, dictionnaire collaboratif et descriptif de la langue française.

L’ensemble des projets du Mouvement Wikimédia se trouve ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_Wikimédia

Intéressé-e-s pour explorer des projets Wikimédia ?

Commence avec cette feuille de route ludique le Wikipédibus du bibliothécaire Pascal Martinolli de la Bibliothèque des lettres et sciences humaines de l’Université de Montréal. En suivant sa feuille de route, on peut devenir wikimédien-ne en 5 étapes faciles et divertissantes.

On peut également faire appel à la section « Débuter sur Wikipédia » où on trouve un WikiMooc et plusieurs pages de soutien et d’auto-formation.

Puisque nous sommes presque toutes des personnes en lien avec les bibliothèques, n’oublions pas que les projets Wikimédia ont plusieurs intersections naturelles avec nos bibliothèques. Si vous voulez approfondir ce sujet il y a plusieurs articles et livres qui explorent les différents rôles des bibliothécaires et des bibliothèques dans les projets Wikimédia.

Finalement, on peut toujours se mettre en contact avec notre chapitre ou groupe d’utilisat-rice-eur-s local. Voici ci-dessous une liste de Chapitres et Groupes d’utilisat-rice-eur-s Wikimédia dans la francophonie :

  • Algérie 🇩🇿
  • Belgique 🇧🇪
  • Bénin 🇧🇯
  • Canada 🇨🇦⚜️
  • Cameroun 🇨🇲
  • Côte-d’Ivoire 🇨🇮
  • France 🇫🇷
  • Guinée 🇬🇳
  • Maroc 🇲🇦
  • République démocratique du Congo 🇳🇦
  • Suisse 🇨🇭
  • Tunisie 🇹🇳

L’ensemble des groupes francophones se trouve sur le site de WikiFranca. On retrouve également l’ensemble des groupes d’utilisat-eur-rice-s thématiques et régionaux sur le site Méta-Wiki de Wikimédia.