Le meilleur de notre veille #59

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Nous vous avons sélectionné le meilleur des podcasts qui ont été mis en ligne pendant le confinement.

– Cinq conférences de Nancy Fraser, Françoise Héritier, Geneviève Fraisse, Rachel Silvera et Véronique Le Goaziou

–  une série de La compagnie des auteurs sur Goliarda Sapienza

–  un épisode sur Une chambre à soi de Virginia Woolf

Et en référence à Woolf, Un podcast à soi pose des questions sur le genre, les féminismes et l’égalité femmes-hommes, en treize épisodes (pour le moment !)

 

Netflix propose en ce moment un documentaire sur une librairie LGBT à Los Angeles, Circus of Books.

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via allocine.fr

Et enfin, venez découvrir le blog Egalitaria, un blog pour penser le féminisme !

À la semaine prochaine !

Étagères de livres

Rouvrir les bibliothèques pour toutes et pour tous

Comme pour beaucoup d’institutions publiques, les longues semaines de confinement et de fermeture ont été l’occasion pour les bibliothèques de s’interroger sur leur place et leur fonction dans la société. Les associations professionnelles s’en sont largement fait l’écho dans leurs colonnes et se sont retrouvées en première ligne pour construire des propositions et accompagner les établissements dans leur reprise d’activité (cf aussi le site BiblioCovid, séminaire Enssib). En tant que commission de l’AbF réflechissant aux questions de construction de soi, et alors que la réouverture (sous réserve que la sécurité sanitaire des agents et des usagers soit assurée) des bibliothèques publiques est autorisée depuis le 11 mai, la Légothèque souhaite contribuer à la réflexion professionnelle sur les enjeux des services qui vont pouvoir de nouveau être proposés aux publics.

Il s’agit notamment de rappeler l’importance des bibliothèques comme lieu de construction de soi. En Inversant le focus (des services à tout prix) et réfléchissant d’abord aux besoins fondamentaux des usagers. En permettant aux lecteurs et aux lectrices d’accéder dans l’anonymat d’une salle de lecture à des documents portant sur les questions de genre, la santé et la vie sexuelle, la complexité des identités culturelles et religieuses, la construction du racisme ou encore la façon de vivre son handicap, les bibliothèques ont une fonction sociale essentielle. En mettant à portée de main des centaines voire des milliers de documents et de ressources, elles ouvrent des possibilités souvent inaccessibles dans le contexte familial et offrent aux lecteurs et aux lectrices un espace de liberté indispensable. La liberté de découvrir, la liberté de ne pas choisir a priori, la liberté de l’inédit voire de l’interdit. Soit la démocratisation de l’accès à l’information et l’équité informationnelle.

Les dispositifs de “drive” (je réserve un document et je viens le retirer lors d’un créneau horaire déterminé) qui se mettent en place dans le cadre de la réouverture progressive des bibliothèques sont certes une première réponse efficace pour répondre aux besoins informationnels des usagers mais il faut reconnaître qu’ils s’adressent à un public aux choix déjà affirmés et construits, et privent toute une partie des usagers des possibilités (d’anonymat, de découverte…) liées au libre accès des collections.

La mise en espace est un des services qu’offrent les bibliothèques, et construire une offre de service cohérente implique de penser autant l’accès physique aux collections que le seul accès intellectuel aux ressources. En ce sens et dans le respect des normes sanitaires actuellement recommandées, la Légothèque invite les bibliothèques qui le peuvent à rouvrir le plus possible leurs espaces aux publics, à permettre le choix discret en rayon et à veiller à continuer à garantir le respect de la vie privée de leurs usagers. C’est ainsi que les bibliothèques poursuivront pleinement leurs missions de démocratisation de l’accès à l’information et d’équité informationnelle. 

+ DE 100 IDÉES POUR CHANGER TA BIB !

 – Le dossier du numéro 100 de la revue Bibliothèque(s) de l’ABF

Nous avons eu l’honneur de nous voir confier le dossier du numéro 100 de Bibliothèque(s). Intitulé “+ de 100 idées pour changer le monde ta bib !”, le dossier compte 178 idées qui témoignent du dynamisme sans cesse renouvelé des bibliothèques, et de la nécessaire adaptation de nos métiers à la société !
Nous avons essayé de relever le défi d’un non-inventaire à la Prévert, en essayant de couvrir au mieux tous les sujets, pour toutes les compétences et pour tous les budgets… Nous avons reçu pour cela l’aide de nombreux·euses bibliothécaires qui nous ont proposé des idées et envoyé des informations précieuses. Merci à elles et eux !
Nous avons aussi eu à cœur de citer des exemples illustrant les valeurs et les thèmes portés par Légothèque, tels que l’inclusion, la construction de soi, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, et l’égalité femmes-hommes.
Nous vous proposons donc ici quelques extraits de ce numéro sur ces thématiques, en guise d’ “apéritif de confinement”, en attendant d’avoir le numéro papier dans les mains… 🙂

En espérant que cela vous donne de l’inspiration et des envies de changer… votre bibliothèque… puis le monde !

Nathalie Étienne et Amandine Jacquet

Barbada de Barbades, drag queen intervenante pour l’heure du conte dans les bibliothèques de la région de Montréal, et qui a accepté de faire la couverture dont nous sommes si fières.
Crédit photo : © Matt Sirois

Voici les codes que nous avons utilisés pour mentionner les bibliothèques : Nom de la bibliothèque ou Commune (Type, (Communauté de) Communes, Département ou Pays, Nombre d’habitant·e·s).
Les types de bibliothèques ont été codés de la façon suivante :
BP : Bibliothèque publique
BN : Bibliothèque nationale
BU : Bibliothèque universitaire

Extraits choisis :

#4 Un « bibliobingo »

Bingo de la diversité à la bibliothèque Louise-Michel (BP, Ville de Paris, 2 187 500 hab.) : un «bibliobingo » en direction des adolescent·e·s : un badge maison à gagner pour celles et ceux qui remplissent une ligne en lisant les ouvrages répondant aux critères indiqués.

CC BY-SA Bibliothèque Louise-Michel (Paris)

Plus d’informations sur les bibliobingos dans le numéro 100 de Bibliothèque(s).

#35 « Livres vivants »

Dans la « bibliothèque vivante », les « livres vivants » sont des personnes qui acceptent de témoigner d’une conviction ou d’une expérience qu’ils ont vécue. Celle-ci peut être d’ordre privé ou professionnel, dans le domaine culturel, associatif, religieux, politique. Elle peut également avoir trait à l’orientation sexuelle et/ou de genre, à une expérience, éducative, morale et/ou affective (enfant adopté, deuil, par exemple). Les « livres vivants » seront présentés anonymement dans le catalogue avec un titre explicite en lien avec le témoignage qu’ils acceptent de partager. L’objectif d’une « bibliothèque vivante » est de lutter contre les stéréotypes et les préjugés. On privilégiera donc les « livres » ayant des expériences en lien avec les clichés et préjugés en cours dans la société. Les publics peuvent « emprunter les livres vivants » pour une durée d’environ 30 minutes, dans l’enceinte de la bibliothèque uniquement (les bibliothécaires sont les garant·e·s d’une expérience sereine et pacifique). 
Cette action est bien souvent organisée sur une journée (en tant qu’animation) comme à La Chapelle-aux-Bois (BP, Vosges, 700 hab.), Béziers (médiathèque communautaire André Malraux, Béziers Méditerranée, Hérault, 122 500 hab.), Toulouse (José-Cabanis, BP, Haute Garonne, 479 600 hab.). Elle peut être organisée avec des « livres » fournis par une association dédiée (la commission Légothèque de l’ABF peut vous fournir une liste), mais il est également possible de créer son propre catalogue. 

Livres vivants dans les bibliothèques et médiathèques de la Communauté d’agglomération d’Épinal
Crédit photo : ©bmi-CAE

Certaines bibliothèques la proposent en rendez-vous régulier : BAnQ (Bibliothèque et Archives nationales du Québec, BN-BP, Montréal, Québec, Canada, 4 098 900 hab.) donne rendez-vous chaque semaine avec deux « métiers hors de l’ordinaire » tels que sergent d’infanterie, charpentière-menuisière, experte en cyber-sécurité, débardeur… À Malmö (BP, Suède, 316 000 hab.), la « bibliothèque vivante » se tient tous les samedis avec un catalogue fixe, mais tous les livres ne sont pas présents à chaque fois. 

Livres vivants dans les bibliothèques et médiathèques de la Communauté d’agglomération d’Épinal
Crédit photo : ©bmi-CAE

La « bibliothèque vivante » peut également porter sur un sujet dédié, comme par exemple la santé mentale ou les migrant·e·s à Rennes Métropole (Les Champs-Libres, BP, Ille-et-Vilaine, 443 200 hab.), ou l’exil à Lyon (Part-Dieu, BP, Rhône, 516 100 hab.). Enfin, la bibliothèque vivante peut parfois être destinée à des publics spécifiques, comme par exemple l’opération « Emprunte un.e suédois·e » menée par six bibliothèques suédoises, dans le but de faciliter l’accueil et l’intégration des migrant·e·s : les personnes récemment immigrées peuvent emprunter un·e suédois·e à la bibliothèque afin d’en savoir plus sur les démarches à effectuer, apprendre et pratiquer la langue suédoise mais également découvrir la culture du pays. L’opération a connu un grand succès à la bibliothèque de Söderhamn (BP, Suède, 12 100 hab.) et a été rebaptisée «Emprunte un·e suédois·e ou un·e migrant·e».

Livres vivants dans les bibliothèques et médiathèques de la Communauté d’agglomération d’Épinal
Crédit photo : ©bmi-CAE

Découvrez les règles de la bibliothèque vivante de la Bibliothèque publique d’information (Bpi) dans le numéro 100 de Bibliothèque(s).
Sur le même sujet, voir aussi : https://legothequeabf.wordpress.com/2015/12/08/bibliotheque-vivante-et-migrant-es-comment-faire-lexemple-suedois/
https://legothequeabf.wordpress.com/2015/06/30/retour-sur-la-bibliotheque-vivante-questions-de-genre/

#75 Des toilettes fonctionnelles et inclusives

Rien de moins inclusif que les toilettes réservées aux personnes en situation de handicap (parce que non, le handicap n’est pas un genre à part), ou encore les tables à langer dans les toilettes pour les femmes uniquement (parce que oui les hommes aussi peuvent souhaiter langer leurs enfants). Par ailleurs, il est important de tenir compte des publics : les femmes utilisent plus souvent les toilettes que les hommes, et le public des bibliothèques est massivement plus féminin que masculin.
Dégenrer les toilettes présente donc le double intérêt de permettre une utilisation plus rationnelle des lieux mais aussi de simplifier les choses pour les personnes non binaires ou transgenres. […] 

Exemples de signalétiques pour toilettes dégenrées : militante à Stovner (BP, Oslo, Norvège, 690 300 hab.) (1), technique mais un peu elliptique à Silkeborg (BP, Danemark, 46 200 hab.) (2), mais un simple pictogramme (3) ferait sans doute également l’affaire.

La suite de cet article et un sketchnote “Récolter et fournir des protections périodiques” (#74) à découvrir dans le numéro 100 de Bibliothèque(s).

#112 Contribuer à  la dignité de chacun·e

La bibliothèque de Saint-Denis -lès-Martel (BP, Lot, 330 hab.), comprend une agence postale et un point social. Ces trois activités s’imbriquent totalement dans le paysage de cette commune ultrarurale et à la population précarisée. Tous les ans, en collaboration avec l’association des Restos du Cœur, a lieu un après-midi « coiffeurs solidaires » qui bénéficie  à une vingtaine de personnes. (voir photo ci-dessous) Des coiffeuses professionnelles viennent offrir leurs services dans ce salon de coiffure éphémère et solidaire. La bibliothèque est désacralisée et la lecture est à la portée de chacun·e et, en attendant son tour, on rit, on mange, on lit. Et quand on se sent beau, on se sent humain et peut-être plus d’envie et de légitimité pour fréquenter la bibliothèque qui est souvent perçue comme « pas pour nous ». La Riverside Library (BP, New York, État de New York, USA, 8 623 000 hab.)  prête des accessoires de mode pour les personnes les plus précaires : cravates, sacoches, pour les entretiens d’embauche, mais aussi pour un mariage, une audition, une remise de diplôme, un bal de promo ou tout autre événement officiel.

Bibliothèque de Saint-Denis -lès-Martel
Crédit photo : CC BY-SA Carine Verger

L’espace dédié aux adolescent·e·s de la Parkway Central (BP, Philadelphie, Pennsylvanie, USA, 1 581 000 hab.) propose en accès libre des produits d’hygiène de première nécessité: tampons et serviettes hygiéniques, coupes menstruelles, déodorants, préservatifs… (photos ci-dessous) Les jeunes peuvent ainsi s’approvisionner, qu’elles·ils soient dans une situation familiale et/ou financière compliquée ou qu’elles·ils soient sans foyer.

Parkway Central, Philadelphie USA
Crédit photo : CC BY-SA Amandine Jacquet

Dans un souci d’ouverture et de bien-être des jeunes, il leur est proposé de porter un badge pour que l’on puisse ainsi s’adresser à elles·eux avec le bon pronom (elle, il ou iel) :

Parkway Central, Philadelphie USA
Crédit photo : CC BY-SA Amandine Jacquet

#117 Une heure du conte inclusive

[…] Dans le cadre de la «Queer week», semaine de réflexion sur le genre et les sexualités, la bibliothèque Louise-Michel (BP, Ville de Paris, 2 187 500 hab.) a reçu en 2018 et 2019 des drag queens pour une heure du conte dédiée aux histoires qui déconstruisent les stéréotypes de genre. La lecture d’albums qui s’attaquent aux préjugés et cassent les codes, avec de superbes créatures pailletées, y rencontre un franc succès, malgré de violentes attaques sur les réseaux sociaux.

Crédit photo : CC BY-SA Bibliothèque Louise-Michel (Paris)

Vu aussi à BALO (Bibliothèque à livres ouverts, Centre de documentation spécialisé dans les questions reliées à la diversité sexuelle à Montréal, Québec, Canada), à BAnQ (BN-BP, Montréal, Québec, Canada), et dans neuf sites de la Free Library (BP, Philadelphie, Pennsylvanie, USA, 1 581 000 hab.).

À lire aussi dans le numéro 100 de Bibliothèque(s), l’heure du conte inclusive dédiée aux enfants qui ont des besoins particuliers (autisme par exemple).
Et « Des contes de Reines » ici

#119 «Mois des fiertés»

Pendant tout le mois de juin, depuis plusieurs années, la Free Library (BP, Philadelphie, Pennsylvanie, USA, 1 581 000 hab.) célèbre la diversité culturelle de la communauté LGBTQIA+ (lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre, queer (ou) en questionnement, intersexuelle, asexuelle (ou) alliée et plus encore). En 2019, plus de 30 bibliothèques du réseau de la Free Library ont participé au programme du «Mois des fiertés». Il regroupe des concerts pop-up, des projections de films, des discussions sur la littérature transgenre, de la poésie, des histoires non sexistes, des ateliers de compétences culturelles LGBTQIA+, des ressources éducatives en santé, des heures du conte par des drag queens, des soirées jeux, des lectures à voix haute et même un programme pour les propriétaires d’entreprises et les entrepreneur·euse·s LGBTQIA+, et bien plus encore !

Vu aussi à New York (BP, État de New York, USA, 8 623 000 hab.), à Washington D.C.  (BP, USA, 6 216 600 hab.), à McGill (BU, Montréal, Québec, Canada) et à BAnQ (BN-BP, Montréal, Québec, Canada) :

Festival Fierté Montréal à BAnQ (Montréal, Québec)
Crédit photo : CC BY-SA Delphine Zavitnik

#137 Des ateliers de conversation

Moments d’échanges et de rencontres conviviales, les ateliers, souvent hebdomadaires, de conversation en français pour les primo-arrivant·e·s et les personnes qui maîtrisent mal le français, ou de conversation dans une langue étrangère, apparaissent de plus en plus dans les médiathèques.
Chaque mercredi, à la médiathèque communautaire de Sarreguemines Confluences (BP, Moselle, 21 200 hab.), deux ateliers Français Langue étrangère (FLE) sont organisés et animés par une bibliothécaire. L’un s’adresse aux personnes de niveau débutant/intermédiaire et est axé sur la grammaire et le vocabulaire. Dans le second, les participant·e·s, plus avancé·e·s, discutent d’un sujet de société. L’intention était d’attirer de nouveaux publics, et de dynamiser le fonds FLE et langues étrangères, les cabines et les méthodes de langue FLE. Ces ateliers font de la médiathèque un lieu de référence et de ressources pour les personnes d’origine étrangère. Lors du festival nommé «Migration», les participant·e·s ont présenté leur parcours de vie, permettant de déconstruire les clichés autour des migrant·e·s économiques qui viendraient « profiter des prestations sociales »…

Vu aussi dans les médiathèques du réseau de Plaine Commune (BP, Seine-Saint-Denis, 435 300 hab.) avec leurs ateliers Blabla, à la bibliothèque Vàclav Havel (BP, Ville de Paris, 2 187 500 hab.),  à Langres (BP, Haute-Marne, 7 800 hab.). […]

Film documentaire Atelier de conversation (2018) de Bernhard Braunstein, dont l’ABF a été partenaire

« À la Bibliothèque publique d’information, au Centre Pompidou à Paris, des personnes venant des quatre coins du monde se rencontrent chaque semaine, lors de l’Atelier de conversation pour parler français. Les réfugié·e·s de guerre côtoient les hommes et femmes d’affaire, les étudiant·e·s insouciant·e·s croisent les victimes de persécutions politiques. Malgré leurs différences, elles et ils partagent des objectifs communs : apprendre la langue et trouver des allié·e·s et des ami·e·s pour pouvoir (sur)vivre à l’étranger. C’est dans ce lieu rempli d’espoir où les frontières sociales et culturelles s’effacent, que des individus, dont les routes ne se seraient jamais croisées, se rencontrent d’égal·e à égal·e. »

#175 Une signalétique percutante et inclusive

Dans l’esprit Code de la route, cet autocollant posé sur la porte de la bibliothèque d’Entresse (BP, Helsinki, Finlande, 642 000 hab.) affirme : « Zone sans discrimination ». Il a été conçu dans le cadre d’une campagne du ministère de l’Intérieur en lien avec de nombreux acteurs sociaux. 1 200 organisations se sont déclarées « Zone sans discrimination », dont 29 bibliothèques. […]

Bibliothèque d’Entresse, Helsinki (Finlande)
Crédit photo : CC BY-SA Amandine Jacquet

La suite de cet article ainsi que d’autres exemples de communication drôles et anti-clichés sont à retrouver dans le numéro 100 de Bibliothèque(s).

Vous en voulez plus ? Procurez-vous le numéro 100 de Bibliothèque(s) : c’est par ici !

Les auteures :

  • Après avoir travaillé à la bibliothèque municipale de Valence, Nathalie Étienne occupe désormais un poste d’assistante à la Médiathèque Départementale de la Drôme à CREST (site ouvert aux publics). Elle est responsable du secteur musique et de la communication.  Amateure de street art, elle y a organisé divers événements (Yarnbombing, Inside Out Project). Son compte Instagram @knittie_librarian est le reflet de cet intérêt. 
    Elle a collaboré avec Amandine Jacquet à élaborer le dossier « + de 100 idées pour changer ta bib» du numéro 100 de la revue Bibliothèque(s) (ABF, 2020).
  • Bibliothécaire et formatrice, Amandine Jacquet a travaillé en bibliothèques municipales et départementales, puis à l’Enssib, avant de devenir formatrice et consultante pour les bibliothèques.
    Elle est membre de la commission internationale de l’ABF et de la section Management des Associations de Bibliothèques (MLAS) de l’IFLA.
    Elle a coordonné l’ouvrage Bibliothèques troisième lieu (ABF, 2e édition revue et augmentée en 2017, publication en italien 2018), ainsi que l’ouvrage Concevoir une bibliothèque rurale (ABF-ABD, 2018). Elle a collaboré avec Nathalie Étienne à élaborer le dossier « + de 100 idées pour changer ta bib» du numéro 100 de la revue Bibliothèque(s) (ABF, 2020).

1 bibliothécaire + 1 référence = 1 Wikipédia meilleure

Logo de la campagne #1Bib1Ref / #1Lib1Ref de la Bibliothèque Wikipédia

Bibliothécaires francophones du monde entier, Wikipédia a besoin de vous ! Chaque année du 15 janvier au 5 février, la Bibliothèque Wikipédia fait appel à l’ensemble des bibliothécaires du monde entier pour ajouter au moins une référence à un article Wikipédia dans le but d’améliorer la fiabilité et la qualité de Wikipédia. Pour suivre la campagne globale, veuillez consulter le Tableau de bord global de la Campagne #1Bib1Ref / #1Lib1Ref.

Comment participer : cinq étapes à suivre

Logo de la Bibliothèque Wikipédia
  1. Trouvez un article qui a besoin d’une référence. Il y a beaucoup de façons de faire cela. Ici sont listés quelques conseils.
  2. Trouvez une source de qualité qui peut convenir pour l’article choisi dans vos fonds documentaires de vos bibliothèques
  3. Ajoutez une référence qui correspond au style de Wikipédia. Cliquez ici pour en savoir plus sur comment modifier Wikipedia
  4. Ajoutez le mot-clé du projet #1Bib1Ref / #1Lib1Ref dans le résumé de modification
  5. Partagez vos modifications sur les réseaux sociaux et apprenez-en plus à propos de la collaboration entre les bibliothèques et Wikipédia.
  6. Placez la Boîte utilisateur sur votre page utilisateur si cela vous plaît.

Source: La Bibliothèque Wikipédia

Améliorons des sujets marginaux

Il n’est plus du tout un secret qu’il y a d’énormes fossés en matière de contenus et d’articles Wikipédia qui portent sur nos communautés LGBTQI+, sur les femmes et sur les personnes racisées. En connaissance de ces fossés, la campagne annuelle de #1Bib1Ref / #1Lib1Ref offre aux bibliothécaires une occasion formidable de contribuer au référencement à la visibilité de ses communautés.

Logo de « Les sans pagEs »

Il existe plusieurs groupes dans l’univers de Wikimédia qui visent à améliorer les contenus à propos des communautés mentionnées ci-dessus :

Les Sans pagEs : https://fr.wikipedia.org/wiki/Projet:Les_sans_pagEs

  • À propos : combler le fossé et le biais de genre sur Wikipédia

Wikimedia LGBT+ : https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_LGBT%2B/Portal/fr

  • À propos : soutenir la communauté LGBT+ en développant les communautés de wikimédien-ne-s et les contenus LGBT+ au sein des projets Wikimédia

Art+Feminism (en anglais) : https://www.artandfeminism.org

  • À propos : campagne internationale pour améliorer la couverture des femmes cis, et trans, du genre et des arts sur Wikipédia

Pour aller plus loin

Pour en savoir plus sur les groupes qui oeuvrent dans l’univers de Wikipédia, veuillez consulter les listes de :

 

Sélection de podcasts pour vos oreilles

Vous qui errez casque sur les oreilles dans la brise hivernale, voici de quoi vous les réchauffer, les oreilles. Légothèque a sélectionné pour vous des podcasts bouillonnant de témoignages, débats et interventions afin de s’informer encore et toujours sur les questions de discriminations et de construction de soi. Bonne écoute !

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[Recension] User Experience in Libraries: Yearbook 2018 Inclusivity, Diversity, Belonging

Chaque année UXLibs (Design d’expérience en bibliothèque) publie les actes de ses journées d’étude. En 2018, la thématique de ces journées, organisées à Sheffield (Grande-Bretagne), était « inclusivity, diversity, belonging », que l’on pourrait traduire par « inclusivité, diversité, appartenance/légitimité ». Cette thématique m’a donc donné envie de me plonger dans l’ouvrage pour en faire une recension sur ce blog.

L’ouvrage est composé de 40 contributions, mais seule une petite partie d’entre elles abordent directement les questions d’inclusion, d’appartenance et de légitimité. En effet, trois conférences introductives ont été programmées sur le sujet, et quelques autres contributeurs ou contributrices se saisissent de ces questions, parfois très brièvement. Seule la lecture de l’ensemble des contributions permet d’identifier des enjeux d’inclusion disséminés ici et là, car il n’y a pas de structuration thématisée du volume. C’est donc une première critique, et non des moindres, à apporter à l’ouvrage : il en reste l’impression d’un rendez-vous manqué entre des bibliothécaires « UX Designers » et les problématiques d’inclusion. Pourtant, comme le précise le propos introductif d’Andy Priestner, le lien est de l’ordre de l’évidence : penser des services publics pour des utilisateurs et les inclure dans la démarche de construction de ces services implique de réfléchir aux obstacles excluant certains individus ou groupes d’individus. C’est également se poser la question de leurs besoins spécifiques.

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Je vais brièvement présenter les quatre contributions qui m’ont paru apporter le plus de matière à réflexion sur les questions d’inclusion et la façon dont le design d’expérience peut (ou non) contribuer à une meilleure inclusivité en bibliothèque. Je conclurai sur quelques réflexions évoquées dans certaines contributions, ou apparaissant en creux.

La toute première contribution est intitulée « Race, literacy and decolonising the library » et rédigée par Janine Bradbury, chercheuse en littérature à York St Jones University. L’autrice souligne la faible représentation des personnes noires ou de minorités ethniques dans le secteur de l’enseignement supérieur, particulièrement parmi les enseignants chercheurs, et le personnel des bibliothèques. Revenant sur son expérience de la bibliothèque, en tant qu’étudiante, puis chercheuse, noire elle rappelle alors également le rôle complexe des bibliothèques : à la fois lieu d’émancipation par l’accès aux savoirs, mais également institutions publiques réactivant les discriminations. Pour Bradbury, la sous-représentation de minorités dans les collections et parmi le personnel, le fait que l’institution sélectionne ce qui peut-être reconnu comme un capital social et culturel légitime et certaines pratiques (procédures complexes, amendes, organisation opaque, contrôle…) sont autant de signaux excluant pour certaines personnes. Elle conclut sur un appel à « décoloniser » les bibliothèques en invitant les professionnels à s’interroger : quel effet peut avoir la présence de personnel issu des minorités dans une bibliothèque ? Quels sont les auteur.rices mis en avant ? Témoignent-ils de la diversité de la société ? Il est à noter que dans cet ouvrage, les contributeur.rices abordant les questions d’inclusion sont anglo-saxons, et mobilisent un cadre d’analyse des rapports sociaux de race, envisagés ici comme terme sociologique, non biologique, c’est-à-dire comme un processus découlant des imaginaires, mais n’ayant pas moins d’impact concret sur le parcours des personnes objet de racisme, pour reprendre des éléments de définition de Colette Guillaumin (voir par exemple Guillaumin Colette, 1992, Sexe, race et pratique du pouvoir: l’idée de nature, Paris, Coté-Femmes Ed, 239 p.).

La deuxième contribution stimulante est proposée par Kit Heyam, chercheur et formateur à Leeds. Elle est intitulée « Creating trans-inclusive libraires : the UX perspective ». Après quelques rappels de notions primordiales pour parler des, et avec, des personnes transgenres, et le rappel des droits des personnes trans, l’auteur présente une série de cas exemplaires d’expérience utilisateurs.rices, mettant à jour un ensemble de difficultés que des personnes transgenres peuvent éprouver dans leur utilisation des bibliothèques. La mise à jour incomplète d’un fichier lecteur pour les personnes en transition, l’absence de mots-matière pertinents, voir la présence de mots-matière offensants lors de recherches, l’absence de toilettes non-genrées, ou encore les termes d’adresses (madame, monsieur), peuvent manifester l’absence d’une approche inclusive. Kit Heyam insiste sur le besoin de poser des signes d’inclusion, qui ne peuvent sembler que symboliques à des personnes cisgenre (le terme s’oppose à transgenre), et de formaliser des procédures pour répondre rapidement à certaines difficultés, mais l’auteur précise également que ces procédures sont peu de choses si le personnel des bibliothèques n’est pas sensibilisé à la mise en place de pratiques interactionnelles non-genrées. Les retours d’usagers trans et la collaboration en proximité sont donc précieux pour identifier l’ensemble de ces éléments.

Profile pic Kit

Kit Heyham

Deux contributrices proposent d’examiner leur pratique de design d’expérience avec une perspective critique. Dans l’article nommé « On the limits of UX research in academic libraries: notes from the Indigenous Studies Project », Danielle Cooper, bibliothécaire et chercheuse sur les pratiques informationnelles, met en avant l’ensemble des biais auxquels elle s’est confrontée pour la construction de services adaptés à des minorités, et les questions auxquelles elle cherche encore des réponses : comment s’assurer tout au long d’une démarche UX de son éthique ? La personne pilotant la démarche est-elle consciente de ses biais sociologiques lorsqu’elle collecte des données et les synthétise ? Comment se construit la relation entre les utilisateurs et les créateurs d’un service ? Qui « maîtrise » la tournure de la démarche et qui a « le mot de la fin » dans la construction des services ?

Ces questions traversent également la contribution de Heli Kautonen, directrice de la Bibliothèque de la Société de littérature finlandaise. Dans « Empowerment or exploitation? Perceptions on engaging people in accessibility design » elle synthétise ses observations sur le type de relation que les designers d’expérience entretiennent avec les utilisateurs. Elle en identifie quatre type: « La stimulation » (les utilisateurs sont considérés comme égaux aux designers et ils prennent les décisions finales, mais aussi la responsabilité de ces décisions), « l’exploitation » (les utilisateurs sont considérés comme compétents pour l’expression de leurs besoins, mais pas pour la création de nouveaux services), le « paternalisme » (l’intention des designers est de corriger le design d’un service et de protéger les utilisateurs), et « l’empouvoirement » (le design est coconstruit jusqu’au bout avec les personnes). Elle souligne la nécessité de définir le plus clairement possible avec les participants les véritables objectifs (économie de moyen, meilleur confort de vie/travail …), les règles, la temporalité de l’engagement et la méthodologie des activités réalisées dans une démarche de design d’expérience. Au sujet des méthodes, deux articles évoquent l’idée qu’il convient d’utiliser avec prudence certains outils. John Jung s’interroge par exemple sur la pertinence de l’utilisation du brainstorming dans un groupe dans lequel peuvent se jouer des rapports de pouvoir. Claire Browne quant à elle met en garde contre l’utilisation exclusive des feedbacks spontanés, qui ne permettent pas de recueillir la parole des personnes ne se sentant pas légitimes pour la prendre.

L’ouvrage présente un ensemble riche d’exemples très concrets de design d’expérience, mais il sera peut-être plus enrichissant pour quelqu’un souhaitant découvrir l’UX Design (et c’est d’ailleurs son objectif premier), qu’à une personne souhaitant réfléchir aux questions d’inclusion en bibliothèque. En effet, en dehors de quelques rappels sur les notions propres au design d’expérience, aucun cadre théorique sur les mécanismes d’exclusion et de domination n’est présenté, à l’exception de l’article de Kit Keyham. Il est frappant de voir que certaines thématiques, telles que les enjeux socio-économiques, la diversité linguistique ou le sexisme, ne sont pas abordées. Certaines contributions, comme celle de Maria Sindre sur le design d’un nouveau lieu sur un campus suédois, semblent par ailleurs confondre augmentation de la fréquentation et inclusion. Quelques retours de participants à ces journées d’étude concluent cependant de façon intéressante le volume et pointent des perspectives stimulantes pour le domaine. Par exemple, Rosie Hare, tout en soulignant la quasi-absence de diversité chez les intervenant.e.s comme chez les participant.e.s induisant un certain malaise pour aborder la thématique, plaide pour plus d’approches critiques dans les méthodes UX. Il semble cependant clair que les outils du design d’expérience peuvent véritablement aider à aller vers des services plus inclusifs, et des initiatives telles que ce type de conférence feront probablement évoluer les choses progressivement.

User Experience in Libraries: Yearbook 2018.
Edited by Andy Priestner, 288 pp. Publié le 14 décembre 2018 par UX in Libraries ISBN-13: 978–1790914746