Le meilleur de notre veille #35

Comme tous les mois, voici une sélection des choses que les légothécaires ont repérées sur les réseaux, fruits d’une veille partagée.

Sexisme, harcèlement

C’est un sujet sur lequel on a pu beaucoup lire ces dernières semaines. La campagne sur Twitter #metoo et #balancetonporc en français a été très suivie, et pourtant, elle existe depuis dix ans ! Retour en anglais sur sa création par une femme afroaméricaine :

Black woman Tarana Burke and the #metoo movement

Cette question des violences faites aux femmes est sensible, et on a pu lire des résistances à ce qui était dénoncé. Les faits sont là pour nous rappeler qu’en France, des millions de femmes sont touchées :

Un article du Monde

Un article de Buzzfeed

Et voici des éléments de réponses aux critiques qu’on a pu entendre par le Monde

Au chapitre des bonnes nouvelles, nous pouvons noter la création d’une fondation pour les droits des femmes par l’ancienne ministre Yvette Roudy, hébergée par la fondation de France :

Un article de Ouest France

Intersectionnalité

On l’a vu, c’est une femme noire qui a lancé #metoo … à la croisée de plusieurs discriminations, les difficultés que vivent les femmes racisées ont été très bien documentées par la réalisatrice Amandine Gay qui a livré une interview pour le magazine Têtu :

Interview d’Amandine Gay dans Têtu

D’ailleurs, on peut relever qu’ici et là, des voix s’élèvent pour inclure les femmes et les minorités dans les débats de nos sociétés. Ce sera par exemple le cas lors de la COP23 qui reconnaît explicitement la nécessité d’inclure davantage de femmes et de personnes autochtones.

Article d’Allemagne Diplomatie

Que faire des enfants sans papier en bibliothèque ?

C’est une question très bien posée par une auteurs invitée à intervenir en bibliothèque : la bibliothèque discrimine-t-elle les enfants qui n’ont pas les justificatifs nécessaires à leur inscription ?

Une tribune publiée par le Time

Comment s’adresser et écouter des personnes trans ?

Dans le même ordre d’idée, cette vidéo d’une personne trans aborde la façon dont les personnes cisgenres peuvent et doivent les écouter et leur parler.

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Violences sexistes et sexuelles : informer et réagir en bibliothèque

Suite à l’affaire Weinstein, des milliers de femmes témoignent des viols, des violences, du harcèlement qu’elles ont subis. A l’approche du 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, Légothèque revient sur le rôle des bibliothèques en matière de lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Les bibliothèques comme lieux de ressources : informer sur les violences sexistes et sexuelles

Un des rôles les plus évidents des bibliothèques sur le sujet des violences sexistes et sexuelles est de diffuser de l’information et de la documentation sur ces questions.

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A Calais, littérature « Rouge Baiser » !

Depuis quelques années, certaines bibliothèques publiques en France proposent des étagères thématiques. Certaines bibliothèques, comme à Calais, offrent désormais des collections thématiques sur la New romance. Ces étagères participent à leur manière à la construction de soi des lecteurs et des lectrices en présentant les relations sentimentales et l’érotisme en littérature. Il est important dans ce contexte de présenter ces relations dans leur pluralité.

Nous avons proposé à Bénédicte Frocaut, directrice du réseau de lecture publique de Calais, de présenter sur le blog le fonds New romance qu’ils proposent.

Les relations sentimentales, l’érotisme occupent une place importante dans la littérature. Depuis quelques années le phénomène New romance a pris de l’essor et rencontre un franc succès auprès de nos publics. Les sagas de ce type sont très empruntées, sur-réservées et nous avons pu observer qu’une communauté de lecteurs s’est créée autour de ces livres, certains lecteurs ne fréquentant la médiathèque que pour ces ouvrages.

Et pourtant, ce pan de la littérature n’avait jamais été intégré à notre politique documentaire, ces livres étaient littéralement achetés « sous le manteau » , « à l’insu de la direction » ; leur valorisation totalement inexistante, signe de difficultés à assumer ce type de littérature, pouvant même laisser croire qu’il s’agit là d’un genre médiocre, tabou, ne méritant pas l’attention, voire le respect. En l’examinant de plus près, c’était bien de cela qu’il s’agissait : cette littérature n’était pas considérée comme légitime, comme digne d’être traitée , comme ayant une place dans nos rayonnages.
Il était temps d’y remédier.

Début 2015, une réflexion sur l’offre et la valorisation de ces collections a été entamée afin de défendre et d’assumer la place de ces titres dans nos rayonnages. Premiers pas : dédier un budget à ces titres, les considérer comme un segment de la collection et comme pour les autres, se former, s’éduquer et surtout s’intéresser à tout le spectre y compris la littérature gay, lesbienne. Lire de la guimauve dégoulinante qui fait du bien, rêver en lisant une histoire d’amour qui finit bien (ou mal), intéresse tout le monde. Même principe pour la littérature clairement érotique mais aussi sexuelle. Position de principe, loin d’être aisée à mettre en œuvre tant les résistances étaient grandes alors même que certains collègues sont les premiers à lire After, Driven, Dévoile-moi… Et nous achoppions toujours sur la littérature homosexuelle.

A l’été 2016, timidement, la New Romance, la littérature érotique ont été mises en avant à la médiathèque de plage, la saison estivale nous semblant propice à ce type de lecture. Les nombreux retours d’usagers, surpris et heureux de cette initiative, l’absence de récrimination ont achevé de nous convaincre d’aller plus loin dans la proposition ; il était temps de dépoussiérer l’image de la bibliothèque, de défendre haut et clair une animation complète autour de la littérature sensuelle, érotique, de parler de sexe aussi. Janvier 2016, deux collègues sont allées à la journée d’étude organisée par Médiadix « Pour adultes avertis » ; elles sont revenues enchantées, conquises, convaincues. Il ne nous restait plus qu’à passer à l’acte !

rouge baiser

Affiche de l’exposition Le Baiser au musée des Beaux-arts de Calais

Profitant en 2017, de l’exposition Le Baiser, de Rodin à nos jours présentée par le Musée des Beaux-Arts de Calais, la médiathèque a valorisé les fonds amoureux, érotiques… au travers d’une animation Le Baiser dans la littérature.

D’avril à septembre, des mots doux, des mots tendres, des mots brûlants… ont résonné (et raisonné !) au cœur de la médiathèque. Ont été présentés tous les livres qui, quelle que soit leur nature « mettent du rose, voire du rouge aux joues». C’est tout le spectre de la littérature érotique que nous avons mis en avant, des classiques, aux contemporains, des plus sages, aux plus aventureux.
Notre volonté fut d’aborder ce genre comme n’importe quel autre (science-fiction, polar, fantasy…), signifiant ainsi sa légitimité dans les collections. Bien en évidence au centre de l’espace adulte, estampillé amour, désir et sensualité, paré de paillettes et petits cœurs, trônait un présentoir où étaient exposés les documents relatifs à cette animation. Il y en avait pour tous.

Il est évident que certains lecteurs ne sont pas intéressés par les textes les plus crus; afin que chacun sache à quoi s’attendre, les livres contentant des scènes explicites sont signalés comme tels avec la mention « Public adulte et averti », rien d’illégal ou de répréhensible dans les textes mis à disposition mais chacun doit pouvoir être clairement informé de la nature des documents présentés. Il peut donc faire son choix librement, découvrir ou non, s’aventurer ou pas.

Pour accompagner nos lecteurs dans ce voyage, nous avons mis en place différents dispositifs :
• Une bibliographie, mêlant chroniques et notices signalétiques, a été élaborée et distribuée largement. Cette bibliographie s’intéresse à tous les styles.
• Des rencontres d’auteurs d’univers et de sensibilités différentes ont été proposées : Belinda Canonne est venue nous parler de l’écriture du désir. Octavie Delvaux, éditée à la Musardine, nous a expliqué son cheminement, son souhait d’écrire pour des femmes, de mettre en scène des femmes libres, indépendantes qui ont le choix car elle ne se reconnaissait pas, elle ne vibrait pas à la lecture de textes écrits par des hommes, pour des hommes.
• Une soirée Contes Coquins et Libertins (pour l’occasion de confortables transats étaient mis à disposition) par la conteuse Cindy Snessens a permis de redécouvrir des textes anciens, d’autres récents, tous ayant pour point commun le désir.
• Un atelier d’écriture mené par l’auteure Amandine Dhée , basé sur l’exposition du musée des Beaux Arts a permis à un groupe de femmes de s’autoriser du temps pour elle, de s’autoriser à écrire, à parcourir. L’atelier était ouvert à tous, seules des femmes de milieux très différents sont venues.

• La projection du film Ces baisers-là, en présence de son réalisateur Daniel Schick, mais aussi, tous les mardis, à la médiathèque, des films avec des scènes de baisers inoubliables, tout type de baisers, toute histoire d’amour.

Après 6 mois à creuser le sujet, le bilan est positif : aucune plainte d’usager, des lecteurs heureux de pouvoir emprunter ces livres, une collection plus riche et plus variée. Collection qui sera bientôt classée à part, au même titre que les romans policiers, la SF.
Néanmoins, tout n’est pas encore acquis : alors que les chroniques sont depuis 2014 systématiquement signées par les bibliothécaires de leurs nom et prénom, la bibliographie Le Baiser n’en a aucune, les bibliothécaires ont « oublié » pour cette bibliographie de le faire, leurs nom et prénom sont indiqués en début de bibliographie… Devant la réticence, j’ai préféré ne pas insister. Au niveau des films quelques difficultés, notamment un débat assez houleux par rapport au film Quand on a 17 ans, film qui raconte une histoire d’amour entre deux jeunes garçons. Des mots malheureux ont été prononcés, certains agents étant mal à l’aise car cela les heurtait qu’on puisse montrer une scène d’amour entre deux jeunes hommes ; scène qui ne les aurait pas gênés dans un rapport « normal, hétérosexuel ». Il a fallu faire preuve à la fois de pédagogie et d’autorité.

Entre art plastique et art littéraire, c’est un voyage de découvertes que nous avons offert à nos lecteurs, voyage source de moments exquis et séduisants.

Bénédicte Frocaut, directrice du réseau de lecture publique de Calais

Pour en savoir plus, retrouvez la bibliographie Rouge Baiser en PDF

 

Le congrès IFLA 2017

Cette année, le congrès international de l’IFLA 2017 se déroulait à Wroclaw, en Pologne, une ville particulièrement dynamique puisqu’après avoir été nommée capitale européenne de la culture en 2016, elle accueillait en juillet dernier les World Games, une compétition sportive rassemblant des disciplines non inscrites aux jeux olympiques et donc, l’IFLA du 19 au 25 août.

Outre qu’il permet de rencontrer et de partager avec des collègues du monde entier, ce congrès est l’occasion également de construire et participer aux groupes de travail sur nos thèmes de prédilection. Parmi ces derniers, ceux qui suivent ce blog savent que nous nous impliquons notamment dans les travaux de la section autour du Multiculturalisme, suivons le SIG Women, Information and Libraries et participons au SIG LGBTQ Users.

35006824856_44bbaedba9_z Lire la suite

J-2 avant le congrès ABF : parlons des WC !

Comme tous les ans depuis la création de la commission, nous serons présent.e.s lors du congrès de l’ABF. Nous vous donnions la semaine passée le détail de nos activités. Mais parmi nos actions lors du congrès, il reste un point dont nous ne vous avons pas encore parlé : les toilettes !

En effet, de jeudi 15 à samedi 17 juin, les toilettes qui seront proposées aux congressistes seront mixtes.

giphy

Image de présentation de toilettes mixtes (GIF)

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Retours sur l’ALMS LGBTQ : Archives, bibliothèques, Musées et collections spéciales LGBTQ+ [2/2]

par Renaud Chantraine, doctorant à l’Ehess. Cet article, qui porte sur la deuxième journée du congrès de l’ALMS LGBTQ à l’université de Westminster, fait suite à celui de la semaine dernière. Le compte rendu de la troisième journée aux Archives Métropolitaines de Londres est publié sur le blog de l’association Polychromes qui reprend l’intégralité de cette communication.

DAY II – UNIVERSITY OF WESTMINSTER

Si c’est une grande université londonienne qui a accueilli la deuxième journée de l’ALMS, ce n’est pas seulement que les études de genre et de sexualité sont valorisées et très développées de l’autre côté de la Manche, c’est aussi qu’il existe à l’Université de Westminster le Queer London Research Forum. Créé en 2013 et rassemblant universitaires, professionnel.le.s, étudiant.e.s et plus généralement tou.te.s celles et ceux qui s’intéressent aux questions LGBTQ, leur objectif est de susciter réflexions et débats autour de la variété des expériences et des vies des queers de Londres de 1850 à nos jours.

Les deux keynotes du matin sont venues répondre à point nommé au souhait, exprimé par le comité d’organisation de l’ALMS, que puissent se faire entendre les voix des plus minoritaires.

« When we speak, we are afraid, our words will not be heard or welcome,
but when we are silent, we are still afraid, so, it is better to speak 
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