Tour de veille #55

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Voici les éléments marquants de notre veille de décembre et de janvier !

Le projet Les Oubliées, qui permet d’envoyer un livre à des femmes en prison.

Les films LGBT+ qui ont marqué la décennie sur Komitid (en deux parties ! )

La chronique de Giulia Foïs sur France Inter, Pas son genre

Un article de Fabien Trécourt : Qui a peur du « genre » ?

Le livre Les dessous lesbiens de la chanson « rend à Sappho ce qui est à Sappho » en explorant en 40 chansons, de 1920 à nos jours, le thème de l’homosexualité féminine. Par Laura Lootgieter et Pauline Paris, illustrations par Julie Feydel.

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En anglais, l’article Wikipédia sur les bibliothèques et la communauté LGBT+

Le défi Je la lis, pour remettre les femmes de lettres à leur place !

Et enfin le livre Pour une histoire des femmes bibliothécaires au Québec.

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1 bibliothécaire + 1 référence = 1 Wikipédia meilleure

Logo de la campagne #1Bib1Ref / #1Lib1Ref de la Bibliothèque Wikipédia

Bibliothécaires francophones du monde entier, Wikipédia a besoin de vous ! Chaque année du 15 janvier au 5 février, la Bibliothèque Wikipédia fait appel à l’ensemble des bibliothécaires du monde entier pour ajouter au moins une référence à un article Wikipédia dans le but d’améliorer la fiabilité et la qualité de Wikipédia. Pour suivre la campagne globale, veuillez consulter le Tableau de bord global de la Campagne #1Bib1Ref / #1Lib1Ref.

Comment participer : cinq étapes à suivre

Logo de la Bibliothèque Wikipédia
  1. Trouvez un article qui a besoin d’une référence. Il y a beaucoup de façons de faire cela. Ici sont listés quelques conseils.
  2. Trouvez une source de qualité qui peut convenir pour l’article choisi dans vos fonds documentaires de vos bibliothèques
  3. Ajoutez une référence qui correspond au style de Wikipédia. Cliquez ici pour en savoir plus sur comment modifier Wikipedia
  4. Ajoutez le mot-clé du projet #1Bib1Ref / #1Lib1Ref dans le résumé de modification
  5. Partagez vos modifications sur les réseaux sociaux et apprenez-en plus à propos de la collaboration entre les bibliothèques et Wikipédia.
  6. Placez la Boîte utilisateur sur votre page utilisateur si cela vous plaît.

Source: La Bibliothèque Wikipédia

Améliorons des sujets marginaux

Il n’est plus du tout un secret qu’il y a d’énormes fossés en matière de contenus et d’articles Wikipédia qui portent sur nos communautés LGBTQI+, sur les femmes et sur les personnes racisées. En connaissance de ces fossés, la campagne annuelle de #1Bib1Ref / #1Lib1Ref offre aux bibliothécaires une occasion formidable de contribuer au référencement à la visibilité de ses communautés.

Logo de « Les sans pagEs »

Il existe plusieurs groupes dans l’univers de Wikimédia qui visent à améliorer les contenus à propos des communautés mentionnées ci-dessus :

Les Sans pagEs : https://fr.wikipedia.org/wiki/Projet:Les_sans_pagEs

  • À propos : combler le fossé et le biais de genre sur Wikipédia

Wikimedia LGBT+ : https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_LGBT%2B/Portal/fr

  • À propos : soutenir la communauté LGBT+ en développant les communautés de wikimédien-ne-s et les contenus LGBT+ au sein des projets Wikimédia

Art+Feminism (en anglais) : https://www.artandfeminism.org

  • À propos : campagne internationale pour améliorer la couverture des femmes cis, et trans, du genre et des arts sur Wikipédia

Pour aller plus loin

Pour en savoir plus sur les groupes qui oeuvrent dans l’univers de Wikipédia, veuillez consulter les listes de :

 

Interview de bénévoles de la bibliothèque du Centre LGBTQI+ Paris

Légothèque : Bonjour, vous êtes bénévoles à la bibliothèque du Centre LGBTQI+ Paris-ÎdF et je vous remercie d’accepter de répondre à quelques questions.

Quel est l’historique de la bibliothèque ?

Centre LGBTQI+ Paris-ÎdF (Louise et Jean Marc) : Dès la création d’un Centre parisien destiné à accueillir les personnes en raison de leur orientation sexuelle et de leur identité de genre, vivant à Paris ou en Île de France, ou de passage, se pose la question d’un Centre de documentation.
Ce dernier est fondé en décembre 1983 dans ledit Centre, alors appelé L’escargot .
Quand, en 1989, la Maison des Homosexualités (MH) ouvre ses portes, un espace est également dédié à la documentation.
En 1993, le Centre Gai et Lesbien (CGL) déménage au 3, rue Keller, et, un an plus tard, la bibliothèque y trouve sa place. Finalement, le Centre LGBTQI+ Paris-ÎdF s’installe au 63 rue Beaubourg en 2008 : il inclut la bibliothèque actuelle, rebaptisée Jean Le Bitoux en 2010, peu après le décès du cofondateur du périodique Gai Pied.
Cette salle, au premier étage du Centre, est polyvalente et accueille des réunions des associations adhérentes en dehors des horaires d’ouverture de la bibliothèque. Nos problématiques actuelles sont ainsi centrées sur l’espace de rangement des documents et d’accueil des usagères / usagers, la mise à disposition des ouvrages (lors des permanences de la bibliothèque), et leur temps de traitement et de rangement (quasiment exclusivement pendant les permanences).

L : Quelle est sa mission ?
C : À la bibliothèque Jean Le Bitoux, nous conservons des ouvrages (romans, bandes dessinées et documentaires), DVD et périodiques à thème LGBTQI+ ou d’auteurs.trices du milieu LGBTQI+. Nous avons vocation à être un lieu-ressource de recherches et de loisirs dans le domaine LGBTQI+. [Consultez le catalogue ICI]

L : Quels services liés à ces collections proposez-vous ?
C : Nous proposons plus de 10000 ouvrages en consultation et en prêt durant les heures d’ouverture, à savoir deux heures par jour du lundi au samedi, jeudi exclu.
Nous recevons les dons de particuliers, d’auteurs.trice.s et de maisons d’édition, nous les cataloguons et les équipons pour le prêt.
Nos doublons sont vendus à petits prix sur place et peuvent être donnés à d’autres associations et bibliothèques qui le désirent.
Nos périodiques en doublon sont, eux, offerts aux lectrices.lecteurs intéressé.e.s.
Dans la mesure du possible, nous essayons également de soutenir les activités du Centre, qui sollicite parfois notre aide pour enrichir les projets culturels élaborés par notre Pôle culture.

L : Quel est le cœur de votre activité : les collections ou les animations ?
C : Les collections, quasi exclusivement. Nous avons à cœur d’accueillir les lecteur.trices, de les conseiller et de les orienter au mieux dans leurs recherches.
Un club de lecture, et un club d’écriture ont également repris il y a peu.

L : Avez-vous une politique documentaire ? Laquelle ?
C : Nous ne conservons que des ouvrages à thématique LGBTQI+ ou bien d’auteurs.trices LGBTQI+. Nous essayons d’être exhaustives.exhaustifs en ce qui concerne notre fonds de périodiques (Gai Pied, Têtu, Lesbia…).
Notre principal défi en ce moment est de réussir à équilibrer nos collections entre les ouvrages L, G, B, T et I.

L : Quel système de classification utilisez-vous ? Convient-il à vos collections ou devez-vous l’adapter ?
C : Nous avons 9 sections : Bibliographies et Généralités, Sciences Humaines, DVD, Arts, BD, Littérature de fiction, Psychologie et Santé, Périodiques, et enfin Littérature Grise. Ces sections sont différenciées spatialement dans la bibliothèque et signalisées par un code couleur (rouge pour la fiction, bleu pour les sciences humaines…).
Les livres et les albums sont rangés par ordre alphabétique d’auteur.trice.s, et les DVD par ordre alphabétique de titre. Au sein des DVD, une sous-classification distingue les Courts-métrages, Documentaires, Séries, et Fictions.
Nous rencontrons peu de problèmes de classification (un périodique sous forme de bande-dessinée ira, selon sa taille, soit en BD soit avec les revues).
Notre SIGB est le logiciel libre PMB qui convient à nos besoins.

L : Quel est votre public cible ? Quelle est votre fréquentation ? Essayez-vous d’élargir vos services à d’autres publics ?
C : Notre public cible regroupe les personnes désirant consulter et emprunter des ouvrages LGBTQI+, pour le loisir et les recherches.
En 2018, nous avons eu 983 visiteurs, dont 459 pour les prêts.
Nous essayons pour le moment de faire connaître la bibliothèque à l’ensemble des personnes visitant le Centre.
Par ailleurs, nous recevons depuis quelques années de plus en plus d’étudiant.e.s, d’universités françaises, européennes et d’Amérique du Nord, en master et en thèse, venu.e.s numériser, photographier ou consulter notre très riche fonds documentaire : c’est sans doute le signe que notre bibliothèque commence à être répertoriée par les universités.

L : Avez-vous des partenaires récurrents ? Quels types de partenariats mettez-vous en place avec ces partenaires ?
C : Avec L’Académie gaie et lesbienne, nous avons des échanges d’ouvrages et des dons d’archives.
Avec la Bibliothèque LGBTQI de Lyon, ce sont des dons d’ouvrages ainsi qu’avec L’association Lire c’est vivre qui a pour objet le développement de la lecture en milieu carcéral, selon différents modes d’actions.

L : Votre bibliothèque fait-elle partie d’un réseau : bibliothèques universitaires, bibliothèques spécialisées…?
C : Non, car nous sommes une bibliothèque associative, principalement liée au Centre LGBTQI+ Paris-ÎdF.
Néanmoins, nous avons des contacts occasionnels avec les bibliothèques LGBT+ des autres villes de France.

L : Où peut-on suivre vos activités en ligne (site web, réseaux sociaux) ?
C : Sur le site web : centrelgbtparis.org/bibliotheque et les informations concernant les actualités de la bibliothèque sont relayées via les réseaux sociaux du Centre (Facebook, Instagram et Twitter).

L : Justement, quels sont vos projets pour 2019-2020 ?
C : En priorité, nous voulons continuer à assurer les permanences d’ouverture, tenues par une dizaine de personnes, exclusivement bénévoles.
Depuis septembre, nous avons organisé une vente de nos doublons à petits prix et nous étions present.e.s au Salon du Livre Gay, également pour y vendre nos doublons et faire connaître notre bibliothèque.
Au Centre, nous avons ouvert nos portes en dehors des horaires de permanence pour faire découvrir la bibliothèque à un groupe de femmes qui n’avaient pas eu l’occasion de s’y rendre dans le cadre de leurs activités au sein du Centre.
Notre principal objectif, cette année, est de trouver un moyen de valoriser nos doublons mis en vente. Dans cette optique, nous avons récemment fait l’acquisition d’une vitrine afin que ces derniers soient exposés et facilement consultables par les visiteurs sans notre aide.
Nous mettons également à jour notre flyer et notre page internet afin que le catalogue et la liste des doublons soient plus visibles, et établissons un travail d’inventaire et de vérification de cotes.

Sélection de podcasts pour vos oreilles

Vous qui errez casque sur les oreilles dans la brise hivernale, voici de quoi vous les réchauffer, les oreilles. Légothèque a sélectionné pour vous des podcasts bouillonnant de témoignages, débats et interventions afin de s’informer encore et toujours sur les questions de discriminations et de construction de soi. Bonne écoute !

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[Recension] User Experience in Libraries: Yearbook 2018 Inclusivity, Diversity, Belonging

Chaque année UXLibs (Design d’expérience en bibliothèque) publie les actes de ses journées d’étude. En 2018, la thématique de ces journées, organisées à Sheffield (Grande-Bretagne), était « inclusivity, diversity, belonging », que l’on pourrait traduire par « inclusivité, diversité, appartenance/légitimité ». Cette thématique m’a donc donné envie de me plonger dans l’ouvrage pour en faire une recension sur ce blog.

L’ouvrage est composé de 40 contributions, mais seule une petite partie d’entre elles abordent directement les questions d’inclusion, d’appartenance et de légitimité. En effet, trois conférences introductives ont été programmées sur le sujet, et quelques autres contributeurs ou contributrices se saisissent de ces questions, parfois très brièvement. Seule la lecture de l’ensemble des contributions permet d’identifier des enjeux d’inclusion disséminés ici et là, car il n’y a pas de structuration thématisée du volume. C’est donc une première critique, et non des moindres, à apporter à l’ouvrage : il en reste l’impression d’un rendez-vous manqué entre des bibliothécaires « UX Designers » et les problématiques d’inclusion. Pourtant, comme le précise le propos introductif d’Andy Priestner, le lien est de l’ordre de l’évidence : penser des services publics pour des utilisateurs et les inclure dans la démarche de construction de ces services implique de réfléchir aux obstacles excluant certains individus ou groupes d’individus. C’est également se poser la question de leurs besoins spécifiques.

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Je vais brièvement présenter les quatre contributions qui m’ont paru apporter le plus de matière à réflexion sur les questions d’inclusion et la façon dont le design d’expérience peut (ou non) contribuer à une meilleure inclusivité en bibliothèque. Je conclurai sur quelques réflexions évoquées dans certaines contributions, ou apparaissant en creux.

La toute première contribution est intitulée « Race, literacy and decolonising the library » et rédigée par Janine Bradbury, chercheuse en littérature à York St Jones University. L’autrice souligne la faible représentation des personnes noires ou de minorités ethniques dans le secteur de l’enseignement supérieur, particulièrement parmi les enseignants chercheurs, et le personnel des bibliothèques. Revenant sur son expérience de la bibliothèque, en tant qu’étudiante, puis chercheuse, noire elle rappelle alors également le rôle complexe des bibliothèques : à la fois lieu d’émancipation par l’accès aux savoirs, mais également institutions publiques réactivant les discriminations. Pour Bradbury, la sous-représentation de minorités dans les collections et parmi le personnel, le fait que l’institution sélectionne ce qui peut-être reconnu comme un capital social et culturel légitime et certaines pratiques (procédures complexes, amendes, organisation opaque, contrôle…) sont autant de signaux excluant pour certaines personnes. Elle conclut sur un appel à « décoloniser » les bibliothèques en invitant les professionnels à s’interroger : quel effet peut avoir la présence de personnel issu des minorités dans une bibliothèque ? Quels sont les auteur.rices mis en avant ? Témoignent-ils de la diversité de la société ? Il est à noter que dans cet ouvrage, les contributeur.rices abordant les questions d’inclusion sont anglo-saxons, et mobilisent un cadre d’analyse des rapports sociaux de race, envisagés ici comme terme sociologique, non biologique, c’est-à-dire comme un processus découlant des imaginaires, mais n’ayant pas moins d’impact concret sur le parcours des personnes objet de racisme, pour reprendre des éléments de définition de Colette Guillaumin (voir par exemple Guillaumin Colette, 1992, Sexe, race et pratique du pouvoir: l’idée de nature, Paris, Coté-Femmes Ed, 239 p.).

La deuxième contribution stimulante est proposée par Kit Heyam, chercheur et formateur à Leeds. Elle est intitulée « Creating trans-inclusive libraires : the UX perspective ». Après quelques rappels de notions primordiales pour parler des, et avec, des personnes transgenres, et le rappel des droits des personnes trans, l’auteur présente une série de cas exemplaires d’expérience utilisateurs.rices, mettant à jour un ensemble de difficultés que des personnes transgenres peuvent éprouver dans leur utilisation des bibliothèques. La mise à jour incomplète d’un fichier lecteur pour les personnes en transition, l’absence de mots-matière pertinents, voir la présence de mots-matière offensants lors de recherches, l’absence de toilettes non-genrées, ou encore les termes d’adresses (madame, monsieur), peuvent manifester l’absence d’une approche inclusive. Kit Heyam insiste sur le besoin de poser des signes d’inclusion, qui ne peuvent sembler que symboliques à des personnes cisgenre (le terme s’oppose à transgenre), et de formaliser des procédures pour répondre rapidement à certaines difficultés, mais l’auteur précise également que ces procédures sont peu de choses si le personnel des bibliothèques n’est pas sensibilisé à la mise en place de pratiques interactionnelles non-genrées. Les retours d’usagers trans et la collaboration en proximité sont donc précieux pour identifier l’ensemble de ces éléments.

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Kit Heyham

Deux contributrices proposent d’examiner leur pratique de design d’expérience avec une perspective critique. Dans l’article nommé « On the limits of UX research in academic libraries: notes from the Indigenous Studies Project », Danielle Cooper, bibliothécaire et chercheuse sur les pratiques informationnelles, met en avant l’ensemble des biais auxquels elle s’est confrontée pour la construction de services adaptés à des minorités, et les questions auxquelles elle cherche encore des réponses : comment s’assurer tout au long d’une démarche UX de son éthique ? La personne pilotant la démarche est-elle consciente de ses biais sociologiques lorsqu’elle collecte des données et les synthétise ? Comment se construit la relation entre les utilisateurs et les créateurs d’un service ? Qui « maîtrise » la tournure de la démarche et qui a « le mot de la fin » dans la construction des services ?

Ces questions traversent également la contribution de Heli Kautonen, directrice de la Bibliothèque de la Société de littérature finlandaise. Dans « Empowerment or exploitation? Perceptions on engaging people in accessibility design » elle synthétise ses observations sur le type de relation que les designers d’expérience entretiennent avec les utilisateurs. Elle en identifie quatre type: « La stimulation » (les utilisateurs sont considérés comme égaux aux designers et ils prennent les décisions finales, mais aussi la responsabilité de ces décisions), « l’exploitation » (les utilisateurs sont considérés comme compétents pour l’expression de leurs besoins, mais pas pour la création de nouveaux services), le « paternalisme » (l’intention des designers est de corriger le design d’un service et de protéger les utilisateurs), et « l’empouvoirement » (le design est coconstruit jusqu’au bout avec les personnes). Elle souligne la nécessité de définir le plus clairement possible avec les participants les véritables objectifs (économie de moyen, meilleur confort de vie/travail …), les règles, la temporalité de l’engagement et la méthodologie des activités réalisées dans une démarche de design d’expérience. Au sujet des méthodes, deux articles évoquent l’idée qu’il convient d’utiliser avec prudence certains outils. John Jung s’interroge par exemple sur la pertinence de l’utilisation du brainstorming dans un groupe dans lequel peuvent se jouer des rapports de pouvoir. Claire Browne quant à elle met en garde contre l’utilisation exclusive des feedbacks spontanés, qui ne permettent pas de recueillir la parole des personnes ne se sentant pas légitimes pour la prendre.

L’ouvrage présente un ensemble riche d’exemples très concrets de design d’expérience, mais il sera peut-être plus enrichissant pour quelqu’un souhaitant découvrir l’UX Design (et c’est d’ailleurs son objectif premier), qu’à une personne souhaitant réfléchir aux questions d’inclusion en bibliothèque. En effet, en dehors de quelques rappels sur les notions propres au design d’expérience, aucun cadre théorique sur les mécanismes d’exclusion et de domination n’est présenté, à l’exception de l’article de Kit Keyham. Il est frappant de voir que certaines thématiques, telles que les enjeux socio-économiques, la diversité linguistique ou le sexisme, ne sont pas abordées. Certaines contributions, comme celle de Maria Sindre sur le design d’un nouveau lieu sur un campus suédois, semblent par ailleurs confondre augmentation de la fréquentation et inclusion. Quelques retours de participants à ces journées d’étude concluent cependant de façon intéressante le volume et pointent des perspectives stimulantes pour le domaine. Par exemple, Rosie Hare, tout en soulignant la quasi-absence de diversité chez les intervenant.e.s comme chez les participant.e.s induisant un certain malaise pour aborder la thématique, plaide pour plus d’approches critiques dans les méthodes UX. Il semble cependant clair que les outils du design d’expérience peuvent véritablement aider à aller vers des services plus inclusifs, et des initiatives telles que ce type de conférence feront probablement évoluer les choses progressivement.

User Experience in Libraries: Yearbook 2018.
Edited by Andy Priestner, 288 pp. Publié le 14 décembre 2018 par UX in Libraries ISBN-13: 978–1790914746

« 77 » : premier roman de Marin Fouqué

Marin Fouqué est l’auteur d’un premier roman étonnant intitulé « 77 », un texte remarqué de cette rentrée littéraire. Marin Fouqué est diplômé des Beaux-Arts, il anime des ateliers d’écriture, étudie le chant lyrique et pratique la boxe française. Il écrit également de la poésie, du rap, des nouvelles et mêle sur scène des performances alliant prose, chant et musique.

« Longtemps j’ai cru venir d’un paysage sans identité. Du bitume et de la boue, on doute rarement de qui enfouira qui » : ces quelques mots plantent le décor et donnent le ton du texte.

77 est un premier roman périurbain d’une rare intensité à l’énergie rageuse. L’écriture orale de Marin Fouqué est magistrale et décrit le monde d’aujourd’hui vu par un lycéen à partir d’un territoire qui n’est ni la ville, ni la banlieue, ni la campagne.
Sous sa capuche, rempart contre le monde qui l’entoure, le dialogue intérieur qui l’anime et l’agite est un flow continu qui pourrait être slamé aussi. Comment se construire en regard des injonctions de la société : c’est quoi devenir un « vrai homme » ? Qui est cet adolescent qui un jour décide de ne pas monter dans le car scolaire et de passer la journée seul à cet endroit ? Passage à l’âge adulte ? Pas vraiment. Juste comprendre petit à petit qui il est. Et c’est déjà beaucoup.

Marin Fouqué se déplace dans des librairies, des bibliothèques pour parler de son livre, retrouvez son agenda ICI