Le mois des fiertés dans les bibliothèques

Les bibliothèques et le mois des fiertés en juin : et vous dans vos bibliothèques, vous faîtes quelque chose ? Voici un panorama d’actions menées dans différentes bibliothèques. Merci aux collègues qui ont pris le temps de répondre!

L’inclusion de tous les publics est au coeur de nos missions en bibliothèque et de Légothèque. Le mois des fiertés est l’occasion de mettre en valeur espaces, collections, et animations variées.

  • Les médiathèques d’Epernay ont mis en place tout un cycle d’animations.

-Exposition photo « J’existe » (collaboration avec l’association FACE A TOI MEME de Liège et EX Aequo Reims). Cette exposition présente des portraits photographiques qui dépeignent l’être humain dans toute sa diversité.

-Stop motion « Le coeur Arc-en-ciel ». Réalisation d’un film en stop motion. Une autre manière d’aborder les différences et de parler de ses émotions.

C’est cliché ! (jeux Mémo de l’égalité + C’est cliché Canopé). Jeux qui questionnent les stéréotypes et les questions de genre, points communs et différences filles/garcons

-Iel était une fois… avec le collectif Paillettes ! Lectures de contes par le collectif paillettes (Drag queens)

-Stand d’information et de prévention. Information auprès du grand public. Groupe LGBT Sparnacien + SOS Homophobie

-Projection « Lola vers la mer » + discussion

Discussion avec association Ex-aequo à l’issue de la projection du film. Association Ex-aequo Reims.

  • Médiathèque de Floirac située en Gironde. Médiathèque Jean Darriet M270

Les cafés de Roland : spécial mois des fiertés. Présentation d’une sélection de textes sur les thématiques LGBTQIA+ de façon théâtralisée avec un comédien.

  • Médiathèque Andrée Chedid (Andernos)

Table documentaire ado / young adult / jeunesse

Mise en valeur des fonds documentaires, fiction et non fiction avec une guirlande « mois des fiertés »

  • bibliothèque Claude Lévi-Strauss (Paris)

Le nouveau fonds LGBTQI+ de la bibliothèque Claude Lévi-Strauss (Paris) : en plus du fonds Féminismes, déjà présenté sur ce blog, les bibliothécaires font coïncider l’inauguration de ce mini fonds LGBTQI+ avec le mois des fiertés, en l’illustrant avec une table thématique et une bibliographie sélective.

  • Bibliothèque François Villon (Paris)

Rencontre BD live avec l’illustratrice Soizick Jaffre

A l’occasion du mois des fiertés : réalisation de dessins en direct et en musique sur la thématique LGBT+

Le mois des fiertés sera aussi l’occasion de mettre en avant des titres LGBTQ et d’étoffer les sélections en ligne préparées en 2021.

  • Bibliothèque de l’INSA à Rennes :

Exit Lyon, l’association LGBTQ de l’INSA Lyon, a sélectionné un corpus de livres LGBT à destination de la Bibliothèque de l’INSA à Rennes. Ils seront exposés lors de la semaine des arts et sciences Queer et également mis à l’honneur en juin.

  • Médiathèque George Sand :

table thématique « mois des fiertés » avec documentaires, albums, films, jeunesse et adultes Lgbt+.

  • Bibliothèque Publique d’Information (BPI) : chroniques sur des romans et BD aux thématiques LGBT

Ensemble pour lutter contre les stéréotypes de genres dans l’édition

Je m’appelle Julia Pietri,  je me considère comme une Féministe Pop’, c’est à dire que j’utilise dans mon travail la “Pop’ Culture” pour déconstruire les stéréotypes de genres, et rendre mon travail le plus accessible pour toutes et tous.

Photo d'une femme blanche aux cheveux châtains décolorés qui porte un manteau noir. Elle se tient devant une devanture de magasin et tient une affiche avec une représentation d'un clitoris rose, avec la mention "it's not an emoji".

Je ne m’adresse pas aux convaincu.e.s. J’essaie de créer de petites “portes ouvertes” vers le féminisme,  des portes d’éveil pour que de nouvelles personnes y entrent, et par la suite, commence à détricoter la pelote de laine du patriarcat par elles-mêmes.  

C’est pour cette raison que j’ai crée ma maison d’édition BETTER CALL JULIA, une maison d’édition indépendante, qui a pour but de faire avancer la réflexion sur les questions des droits des femmes et des questions de genres, en explorant de thématiques et des approches novatrices. 

J’ai lancé une rubrique Jeunesse pour écrire les livres que j’aurais adoré lire quand j’étais petite. Des livres où l’on trouve des réponses simples et sans tabous sur les sujets d’éducation et de santé sexuelle. Les enfants doivent avoir conscience de ce qu’ils ont entre les jambes. Sinon, comment peuvent-ils avoir conscience du consentement et se protéger? Si rien n’existe, il n’y a rien à protéger… »

Visuels de deux livres : le petit guide de la foufoune sexuelle et son second tome.

Inclusive et bienveillante, je parle à la première personne dans mes livres, un lien direct afin de créer un lien de confiance avec les jeunes lectrices et lecteurs. 

Dans Le petit guide de la foufoune sexuelle – Tome 1, je parle de consentement et de corps aux petites filles et aux petits garçons de 4 à 12 ans.

Sans précéder les attentes de l’enfant, ce livre permet de poser des questions aux enfants qui pourront y répondre en fonction de leur âge et de leur maturité. Dans ce livre on parle du sexe comme on parle de l’estomac et j’invite les enfants à exprimer leurs émotions, à poser leurs questions pour les inciter à prendre la parole sans tabou.

Sommaire d'un livre avec quatre parties : découverte du corps, notre corps nous-mêmes, tu grandis ton corps aussi et le monde des grandes et des grands.

On y parle de corps, de pipi, de caca, de l’intimité, de la nudité, de la découverte de l’anatomie, de l’image de soi,  de nos émotions, des câlins, de l’amour, des bébés, mais aussi de la sororité, des frères et des soeurs, à l’importance du respect mutuel ou encore des interdits. Le livre se termine sur les âges de la vie… Grandir c’est quoi ? Et dévoile un peu le monde de la puberté. 

Ensuite, j’ai écrit le Tome 2 pour les ados. 

Le petit guide de la foufoune sexuelle – Tome 2, pour les filles et les garçons. Dans ce livre, on parle aux filles et aux garçons c’est important.

Je parle avec bienveillance et inclusivité de la puberté. J’y explique les émotions, les pics d’hormones, le consentement, les premières fois, les règles, les poils, l’égalité HF et aussi comment mettre un préservatif par exemple …

L’illustratrice Pauline Deshayes accompagne ce guide de magnifiques planches anatomiques, où l’on découvre la véritable anatomie de la vulve, du clitoris, du vagin et aussi du pénis bien sûr.

Planches anatomiques dessinées du pénis, interne et externe et du complexe utéro-clito-vaginal, interne.

Parler d’éducation sexuelle est d’utilité publique car c’est une question de santé sexuelle pour toutes et tous. Ce petit guide prône l’égalité des sexes, aborde les notions d’identité, de liberté, sans oublier de parler des droits fondamentaux et de la prévention.

Tout ce que l’on a besoin d’entendre pour grandir dans une atmosphère heureuse et bienveillante est à l’intérieur !

Dessin de quatre personnages, deux ayant une vulve et deux ayant un pénis. Les différentes évolutions à la puberté sont notées selon le type d'organe génital possédé.

L’éducation à la sexualité est un droit. Toute personne doit recevoir une information de qualité, non discriminatoire et adaptée à sa maturité puisque la sexualité est présente à tous les âges, elle joue un rôle important dans notre développement personnel et nos rapports sociaux. 

Mes références:

Vous pouvez retrouvez mes livres sur le site: https://gangduclito.com/

Le site de la maison d’édition:  http://bettercalljulia.com/

Mon site personnel: https://www.juliapietri.com/

Mon insta : @gangduclito

Enquête sur les espaces publics en Inde

Le point de départ du projet « La ville pour toutes et tous » qui inclut 6 villes en Inde (Jaipur, Chandigarh, Ahmedabad, Pune, Bengaluru et Delhi) est né du constat suivant : en Inde les hommes se déplacent librement à toute heure de la journée et de la nuit, dans tous les espaces de la ville. Mais il n’en va pas de même pour les femmes qui se déplacent plutôt en groupes ou accompagnées dans certains lieux à certaines heures. La notion d’espace pose également question dans la mesure où la plupart des espaces publics sont dévolus aux hommes cisgenres, alors que par exemple les espaces pour changer les bébés manquent cruellement.

A l’initiative de ce projet se trouvent l’architecte Swati Janu (Design social) et l’anthropologiste urbaine Chris Blache (Genre et société). Les instituts français ont été partenaires de cette enquête en lien avec la thématique « Bonjour India 2022 ».

L’objectif de ce travail qui est résumé dans cet article du journal « Pune Mirror » interroge plus largement la notion de sécurité, d’espaces publics bienveillants et inclusifs, et s’intéresse à tous les publics, transgenres, non binaires et LGBTQI+ y compris.

Il apparaît sans surprise que la notion de « safe space » : espace où on se sent en sécurité, revêt une acception différente selon l’âge, le genre, la caste, l’appartenance religieuse, et les quartiers qu’on fréquente.

À l’issue de ce travail, un comics sera édité afin qu’il soit facilement compréhensible et utilisé par un large public, dont des étudiant·es en design et en architecture, qui re-penseront le monde et la ville de demain.

Les éditions Double ponctuation : l’indépendance au cœur

Entretien avec Étienne Galliand, éditeur

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’exercer votre métier d’éditeur ?
C’est forcément l’histoire d’un parcours personnel… Mais je dirais que comme beaucoup de gens, le livre a été un espace-temps charnière dans ma construction – que ce soit en tant qu’individu ou en tant que citoyen. J’ai donc grandi avec ces livres-mondes, férocement intimes mais ouverts sur l’universel – de ceux qui comptent autant, parfois, que certaines expériences vécues… Je sais ce que je dois aux livres.
Après des études d’Histoire, je me retrouve « tout naturellement » au Festival du premier roman de Chambéry, où j’assurais la relation aux éditeurs – il fallait convaincre d’envoyer gracieusement au Festival plusieurs services de presse pour que les Comités de lecture puissent lire les livres parus dans l’année ! Le Festival était hébergé par la Médiathèque de Chambéry – j’ai pu approcher alors de près le fonctionnement d’un « navire amiral » de lecture publique comme l’était la Médiathèque. J’ai compris à ce moment-là toute l’importance que ces lieux pouvaient avoir, comme espaces de contact au livre évidemment, mais bien plus largement comme lieux de sociabilisation, d’acceptation, de bienveillance – où les conventions sociales reposant sur la hiérarchisation, sur la compétition, sur la justification permanente n’ont plus vraiment la même importance… Passer la porte d’une bibliothèque ou d’une librairie reste encore pour moi, y compris au niveau sensoriel (ne trouver là que de petits bruits enveloppés de silence), une expérience unique, pacificatrice.
Après être passé par l’École de la Paix à Grenoble, j’ai cofondé l’Alliance internationale des éditeurs indépendants, que j’ai dirigée pendant 10 ans. Ce fut une formidable aventure, d’une intensité humaine incroyable. Mais je ressentais le besoin depuis quelques temps de « passer de l’autre côté », de me rapprocher du texte – et c’est ainsi que sont nées les éditions Double ponctuation. Même si mon histoire avec le livre et l’édition est déjà longue, mon activité proprement éditoriale est assez récente, puisque le premier ouvrage commercialisé professionnellement (par le biais d’un diffuseur et d’un distributeur, CEDIF et POLLEN) est Interdiction de publier de Jean-Yves Mollier, sorti en 2020. Depuis, le catalogue compte une vingtaine de titres et ne va pas cesser de s’enrichir, vu le programme de publication prévu !
En tant qu’éditeur indépendant, je me considère vraiment comme un artisan – en opposition à la fois aux logiques quasi industrielles et fortement capitalistiques des grands groupes éditoriaux mais aussi en matière de savoir-faire : là où la division des tâches est la règle dans une grande structure, la polyvalence, une ligne hiérarchique quasi inexistante, des processus de codécision et la possibilité d’avoir toujours une vision d’ensemble me semblent être intrinsèquement attachés à la figure de l’éditeur et de l’éditrice indépendant·e. Il y a par ailleurs dans ce métier, tel que j’essaie de le pratiquer, un geste, une esthétique… Je crois aussi que les éditeurs et éditrices indépendant·es sont porteurs/porteuses d’une responsabilité, celle de lutter contre la surproduction des livres, contre leur clonage aussi (où toutes les publications finissent par se ressembler, traitent des mêmes sujets, de la même façon). L’éditeur et l’éditrice indépendant·e doit porter d’autres regards sur le monde ; dans tous les domaines, la diversité est vitale. Les grands groupes éditoriaux ont une logique et il serait bien caricatural de dénigrer systématiquement leurs productions (dont certaines sont de très grande qualité). Mais il nous est autorisé aussi de marquer notre différence, en tant qu’éditeurs et éditrices indépendant·es ; et de s’inquiéter, en tant que citoyen·nes, des phénomènes de concentration éditoriale toujours plus importants… Tous ces excès ne sont pas bons, ni pour la bibliodiversité, ni pour la démocratie… Par ailleurs, très concrètement, je déplore les logiques de censure (et d’auto-censure) de plus en plus présentes dans nos métiers – et la judiciarisation croissante de nos pratiques ; il est difficile de publier un livre critique, aujourd’hui, sans devoir le faire relire par un avocat !


Si on considère votre catalogue, pouvez-vous nous expliquer ce qui guide votre travail, quels sont vos sujets de prédilection ?
J’ai essayé d’organiser les éditions selon quelques axes de travail et en montant dès le début des collections. J’ai aussi fait le choix de bâtir un catalogue essentiellement axé sur les sciences humaines et sociales (en attendant peut-être, un jour, de m’aventurer en littérature).
Les axes thématiques couvrent d’un côté tout ce qui se rattache au genre (le féminisme, les mouvements LGBTQ+, etc.), de l’autre tout ce qui concerne les problématiques environnementales (lutte contre les logiques extractivistes et de prédation en particulier) et enfin, tout ce qui tourne autour des notions d’altermondialisme et de décolonialisme (même si ce dernier terme doit être utilisé avec précaution, car il peut recouvrir des réalités très différentes).
Pour chacun de ces axes thématiques, les ouvrages peuvent prendre la forme de témoignages (collection « Deux points »), des essais écrits par des « lanceurs d’alerte » (collection « Point d’exclamation »), des études et analyses plus académiques (collection « Point d’interrogation »). Nous publions par ailleurs des ouvrages sur les mutations du monde du livre et de l’écrit (collection « Bibliodiversité », dont fait partie la revue du même nom), qui rencontrent d’ailleurs une vraie reconnaissance aujourd’hui (voir https://www.double-ponctuation.com/categorie-produit/bibliodiversite/).
En dehors des axes thématiques, de la forme des écrits et des collections, je trouve très important aussi de parler des méthodes de travail que nous essayons de suivre. Ainsi, dans chaque exemplaire sont présentés les engagements des éditions : respect de toutes les formes de droits d’auteur, défense de la librairie indépendante, lutte contre la surproduction des livres – qui nourrit essentiellement, au final, le pilon –, contre le clonage des livres, engagements environnementaux… Les livres sont pensés pour être le plus accessibles possibles tout en restant de très bon niveau ; ils laissent – y compris en maquettage – de la place au lecteur et à la lectrice ; certaines collections utilisent aussi les codes QR pour lier le texte aux références bibliographiques qui sont présentes en ligne… Il est important à ce sujet que le livre intègre des passerelles avec les outils numériques d’aujourd’hui, quand cela a un sens et à la condition de ne pas se perdre…

Pouvez-vous nous présenter brièvement quelques titres de votre catalogue ?

Pour illustrer un peu notre travail, je pense qu’on peut mettre en avant 3 publications qui font partie du programme éditorial de 2022. Difficile de ne pas parler tout d’abord de Inclusi(f‧v‧e‧s) – Le monde du livre et de l’écrit : quelles diversités ? qui vient de sortir et qui présente une analyse plurielle de l’inclusion dans le monde du livre. Quelle est la place qu’on offre réellement aux femmes, aux personnes LGBTQ+, aux groupes socio-économiques traditionnellement exclus (personnes immigrées ou issues de l’immigration, aux personnes précaires, handicapées…), dans nos maisons d’édition, dans nos rédactions, dans nos bibliothèques, dans nos librairies ? Quelles sont les initiatives positives qui essayent de répondre à cette problématique – je suis d’ailleurs ravi que le travail de la Légothèque soit présenté dans cet ouvrage, c’est typiquement ce genre d’initiatives que nous voulons mettre en avant… Voir https://www.double-ponctuation.com/produit/inclusif%c2%b7v%c2%b7e%c2%b7s/

Dans Terre brisée – Pour une philosophie de l’environnement (à paraître), Amaeana Guéniot explore, avec l’aide des plus grands philosophes, notre responsabilité environnementale. C’est important de s’appuyer sur des savoirs philosophiques pour penser une catastrophe environnementale si importante que celle que nous commençons à vivre – pour la première fois due aux activités humaines… Cette responsabilité fondamentale doit être analysée, comprise, acceptée pour pouvoir en faire un levier d’action et non pas une charge culpabilisante handicapante…

Enfin, je suis ravi de publier Vivre sa transidentité à l’école – Parcours et point de vue d’une transeignante, de Mika Alison, qui nous propose son témoignage « de l’intérieur » sur la façon dont se vit un parcours personnel de transition dans un contexte scolaire, mais aussi une analyse sur les points qui pourraient sans doute être améliorés pour permettre une meilleure inclusion des personnes LGBTQ+ dans nos écoles. Ce parcours de vie, ces réflexions pourront sans doute être précieux à la fois pour toutes celles et ceux qui souhaitent continuer à faire des écoles des lieux d’inclusion, mais aussi pour les personnes directement concernées, qui peuvent parfois se sentir bien seul·es…

Il y aurait tant d’autres titres à présenter !… Et tant d’envies, en particulier celle de renforcer les liens interprofessionnels au sein de la chaîne du livre, de la création à la lecture… Je trouve d’ailleurs qu’il faudrait créer plus d’occasion de se parler, tout particulièrement entre éditeurs/éditrices et bibliothécaires… C’est pour cela que je trouve cette occasion que vous m’offrez de présenter notre travail si importante. Merci encore !

http://www.double-ponctuation.com

contact@double-ponctuation.com

La cerise sur le gâteau : l’inclusion n’est pas une variable d’ajustement

La Légothèque a participé aux journées d’étude du 10 mars 2022, organisée par le Département Documentation, Archives, Médiathèques et Edition de l’’UFR Histoire, Arts et Archéologie de l’Université Toulouse – Jean Jaurès. Ces journées d’étude avaient pour thème « L’inclusion dans les métiers du livre et du patrimoine : enjeux et perspectives », et la Légothèque a proposé l’intervention suivante :

La cerise sur le gâteau

J’aimerais tout d’abord préciser quelque chose : je ne suis pas là pour juger ou critiquer ce qui se fait – ni ce que vous pourriez faire. Ma présentation, qui est une sensibilisation à l’inclusion dans la lecture publique, a pour postulat que vous avez le temps et l’argent nécessaires pour tout faire dans les règles de l’art. J’ai bien conscience que ce n’est pas toujours possible, et qu’on fait alors de son mieux. Et c’est déjà pas mal. 

Le titre de mon intervention est « l’inclusion n’est pas une variable d’ajustement », mais il aurait été plus juste de dire « ne devrait pas être » : il existe une grande différence entre théorie et pratique. 

Mais qu’est-ce que l’inclusivité ? Au vu de la thématique de ces deux journées d’étude, j’imagine que vous avez déjà une petite idée : c’est le fait qu’un lieu – ici des établissements de lecture publique – soient accueillants pour tous types de publics, en particulier les minorités. Le volet le plus évident de l’inclusivité est l’accessibilité pour les personnes handicapées, mais ce n’est pas le seul : comment faire en sorte que les personnes racisées, que les minorités de genre, les personnes LGBTI+, les personnes précaires se sentent également les bienvenues dans nos bibliothèques et médiathèques ? 

Le cadre légal

En termes d’inclusivité, légalement, les choses sont assez sommaires. Évidemment, il y a toutes les lois sur l’accessibilité aux personnes handicapées dans les espaces recevant publics qui s’appliquent… Notamment la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, avec une échéance au 31 décembre 2014 (sauf exceptions : impossibilité technique avérée, préservation du patrimoine architectural extérieur, disproportion entre les améliorations apportées et le coût ou ERP situés dans un bâtiment à usage principal d’habitation).

Mais jusqu’à il y a peu, il n’y avait rien de concret pour les bibliothèques spécifiquement. Avec la loi Robert, récemment votée en décembre 2021 – mais qui ne concerne que les établissements territoriaux – , on trouve cependant dans le premier article des mentions concernant l’inclusivité : les bibliothèques « facilitent [leur] accès aux personnes en situation de handicap. Elles contribuent à la réduction de l’illettrisme et de l’illectronisme. Par leur action de médiation, elles garantissent la participation et la diversification des publics et l’exercice de leurs droits culturels. » 

Déjà dans le manifeste de l’IFLA et de l’UNESCO de 1994 – qui n’avait pas de valeur légale cependant – , il était précisé que « les services qu’elle assure sont […] accessibles à tous, sans distinction d’âge, de race, de sexe, de religion, de nationalité, de langue ou de condition sociale. Des prestations et des équipements spéciaux doivent y être prévus à l’intention de ceux qui ne peuvent, pour une raison ou une autre, utiliser les services et le matériel normalement fournis, par exemple les minorités linguistiques, les handicapés, les personnes hospitalisées ou incarcérées. » 

L’idée de l’inclusivité est donc au cœur des préoccupations des bibliothécaires depuis longtemps… Notamment à travers les obligations légales et autres adaptations pour l’accès physique aux bâtiments : rampes d’accès, ascenseurs, attention à la largeur des couloirs et des espaces de circulation, hauteur des rayonnages, présence de bandes podotactiles, de toilettes spécifiques, indications en braille, etc. qui sont souvent intégrées aux nouveaux bâtiments – mais qu’il est plus difficile à mettre en place sur de l’ancien.

L’inclusivité n’est pas un absolu

Laissez-moi mettre les pieds dans le plat tout de suite : l’inclusivité parfaite, universelle, n’existe pas. Et je ne parle pas là de moyens et de temps, mais vraiment en règle générale. Un exemple très simple : imaginez que vous fassiez une animation – n’importe laquelle, ça n’est pas très important. Si vous voulez la rendre accessible à des personnes malvoyantes, il faut que la lumière soit forte, mais pas trop vive pour autant. Mais s’il y a une personne photosensible – autiste par exemple – qui vient pour cette animation, à l’inverse il faudrait une lumière tamisée, voire une pénombre. Difficile de concilier les deux, donc. 

C’est valable pour d’autres aménagements, en termes de calme, de sons, mais aussi d’activités proposées. Par exemple, l’absence des ados en bibliothèque est souvent mise en avant : on aimerait qu’ils viennent, qu’ils lisent… Mais quand ils sont là, ils viennent en groupe, ils sont bruyants, ils gênent

Aussi, toutes les mesures d’accessibilité ne sont pas utilisables par toutes les personnes handicapées, même concernées par celles-ci. Le braille par exemple, n’est lu que par 10 à 15% des personnes aveugles, et la langue des signes françaises n’est pratiquée couramment que par ⅓ des personnes sourdes environ. Cela ne veut pas dire qu’il faut laisser ces solutions de côté, évidemment ! Mais qu’il faut aller au-delà et ne pas les prendre pour acquises. 

Dans tous les cas, pour une animation, l’organisation d’un espace : il faut voir l’inclusivité non comme la touche finale, mais comme une question à se poser dès le début du projet : pour qui, pour quoi ?

Communiquer sur l’accessibilité

Dans cette idée, il ne suffit pas de préciser dans votre communication « lieu et/ou événement accessible » – d’autant que souvent, quand c’est écrit de cette façon là, c’est l’accessibilité aux fauteuils à laquelle on pense. Et même quand c’est écrit, souvent, les gens n’ont pas conscience des conditions réelles d’accessibilité. Par exemple, s’il y a un petit écart de hauteur entre deux pièces, une personne avec une poussette, un rollator, ou un fauteuil manuel pourrait passer… Mais les fauteuils électriques ne passent pas les marches plus hautes de 3 à 6 cm, selon les modèles !

 Il est donc important de communiquer ce qui est accessible en des termes clairs : y a-t-il une marche, même petite ? S’il y a une rampe, est-elle amovible ? Faut-il sonner pour accéder à une porte à l’arrière ? (Ce qui, soit dit en passant, n’est pas vraiment accessible) Et les toilettes ? Même si ça parait superflu, n’hésitez pas à préciser et décrire ce qui existe. Et malgré tout, on risque de vous contacter pour vous poser des questions : comme je l’évoquais un peu plus tôt, l’accessibilité n’est pas universelle, et beaucoup de personnes handicapées ont l’habitude d’avoir des renseignements incomplets ou incorrects. Et je vais peut-être enfoncer une porte ouverte – mais ça va mieux en le disant : faire venir quelqu’un pour aider, pour porter un fauteuil par exemple, ça n’est pas rendre un lieu accessible. Lors de la création d’un événement, un lieu que nous avions démarché avec mon association nous avait précisé qu’ils avaient une mezzanine, mais qu’un système de treuille pouvait être installé pour attacher les fauteuils et les monter à l’étage… 

Premiers pas dans la bibliothèque

Outre l’accessibilité physique du bâtiment pour les personnes en situation de handicap, souvent, le premier contact qu’un·e usager·e fait avec une bibliothèque passe par le formulaire d’inscription. Plusieurs choses peuvent être mises en place pour être le plus inclusif possible lors de cette étape : 

  • la mise à disposition de formulaires en plusieurs langues – si la structure reste la même d’une fiche à l’autre, il n’est pas nécessaire que le ou la personne qui transcrit les informations maîtrise la langue en question ;
  • de manière globale, il peut être intéressant d’indiquer les langues parlées par les agent·es sur leur badge s’ielles en disposent, ou bien de créer un document les recensant – y compris la LSF !
  • ne pas demander de justificatif de domicile, et ne pas différencier les tarifs selon la domiciliation. Idéalement, même, un tarif gratuit pour tout·es ;
  • ne pas demander le sexe ni le genre des usager·es. Après tout, à quoi sert-il concrètement ? On parle souvent des statistiques, mais une fois celles-ci faites et différenciées entre hommes et femmes, est-ce que cette donnée est vraiment utilisée ? A part pour constater une situation, y a-t-il des mesures prises pour plus de parité chez les abonné·es ?
  • permettre aux usager·es d’utiliser un prénom d’usage, notamment pour la carte de bibliothèque ou les lettres de rappel. Un prénom « légal » peut toujours être renseigné dans le logiciel, pour toute démarche administrative plus importante (en cas de long retard, pour transmission au trésor public par exemple).

Dans tous les cas, les données d’inscription devraient pouvoir être reçues ou rectifiées sans questions de la part des bibliothécaires. 

L’autre point qui est primordial pour un accueil inclusif en bibliothèque, ce sont les locaux, notamment les toilettes. Parmi les points de vigilance dans ces lieux, il y a ;

  • la présence de toilettes non genrées (par exemple, faire des panneaux « toilettes assis » / « urinoirs » plutôt qu’hommes et femmes) ;
  • la présence de tables à langer dans tous les toilettes, même côté hommes s’ils sont genrées ;
  • la lutte contre la précarité menstruelle en mettant des protections périodiques diverses en accès libre, dans toutes les toilettes, encore une fois même côté hommes s’ils sont genrés, ainsi que des poubelles.

Pour des exemples de toilettes inclusives, écolos, n’hésitez pas à aller voir le travail du concours Chouettes toilettes, organisé par l’ABF. Certaines bibliothèques ont ainsi mis des sélections de documents dans leurs sanitaires, des QR code vers des coups de cœur,  mais aussi des vêtements de rechange, des chauffe-biberons, des réducteurs de toilettes pour les enfants, voire même des pots pour les tout·es- petit·es ! On peut également citer la présence de lavabos dans les cabines, pour favoriser l’utilisation de cups menstruelles.  

Les collections : classification et indexation

Je vais vous parler d’un autre volet de l’inclusion, qui ne soit pas l’accessibilité des lieux et événements eux-mêmes. Être inclusif, ce n’est pas qu’une question d’accès physique : comment les collections et leur agencement montrent aux gens qu’ils sont les bienvenus dans votre établissement ? Vous avez sûrement entendu de nombreuses critiques de la dewey, ou des différentes indexations qui existent : 

  • en ce qui concerne la dewey, parmi les multiples critiques qui lui sont adressées, une des plus flagrantes est celle du traitement de la religion, les 200. L’immense majorité de cette classe concerne le christianisme, et il faut attendre les 290 pour que les « autres religions » soient évoquées : par exemple 296 pour le Judaïsme et le 297 pour l’Islam… 
  • pour l’indexation, dans rameau on peut citer par exemple le terme « hermaphrodisme » qui est toujours utilisé pour désigner l’intersexuation – même si une mise à jour a été faite en 2020, pour ajouter le terme « intersexué », qui désigne les personnes intersexes. 

Pour l’indexation, utiliser une indexation interne peut être une possibilité notamment dans les établissements territoriaux. Pour la classification des documents, un fonctionnement par pôle thématique est possible, ou alors un éclatement de certains indices en redistribuant les documents dans d’autres, comme l’a fait la bibliothèque Claude Lévi-Strauss de Paris pour les documents initialement dans l’indice 305.8  (« groupes ethniques et nationaux ») par exemple. 

Pour un exemple concret, la Légothèque a proposé cette année un questionnaire pour les personnes trans, qu’elles viennent ou non en bibliothèque. Parmi celles qui en fréquentent (que ce soit des établissements territoriaux, scolaires ou universitaires) et qui font des recherches sur le catalogue, on voit vraiment un décalage entre les termes utilisés pour l’indexation et les mots utilisés spontanés par les usagers. Ainsi, dans la seconde catégorie, les mots qui reviennent le plus souvent sont : transidentité, transitude (qui se développe pour sortir des questions identitaires ou de sexualité) et trans (mais qui a le désavantage de créer beaucoup de bruit lors des recherches)… Mais les usagers doivent souvent retourner sur les terme pathologisants et psychiatrisants de « transsexuel » et « transsexualité ». 

La médiation et l’inclusion passe aussi par la possibilité de rendre les usagers indépendants, même s’iels ne savent pas utiliser le catalogue en ligne : par exemple, afficher les côtes dewey des sujets « sensibles » sur une affiche bien visible, à l’entrée des différents espaces. On peut citer les addictions, les dettes, l’infertilité, le cancer, l’inceste, etc. 

Les collections : mise en valeur de fonds spécifiques

Pour certains thèmes, il peut être intéressant de mettre en valeur des fonds spécifiques. Par exemple, la Médiathèque Olympe de Gouges de Strasbourg possède un espace « égalité de genre » : tous les documents traitant du féminisme y sont rangés, et d’autres en lien avec la thématique sont rangés dans le fonds classique et présentent des macarons sur la couverture pour les identifier. Ce fonds est né en 2012 suite à une volonté municipale après la signature de la charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale deux ans plus tôt : l’équipe de la médiathèque était déjà investie sur le sujet, et la situation géographique de la médiathèque, au centre-ville, facilitait le lien avec les associations féministes locales. En 2021, l’espace comportait 970 documents, plus 1 300 documents disséminés dans les différents secteurs de la médiathèque. En 2021, le taux de rotation des documents de l’espace était de 1,14 en moyenne. Le livre le plus emprunté était Le Génie lesbien d’Alice Coffin, avec 9 prêts dans l’année. Des sacs thématiques empruntables sont aussi mis à disposition, et les associations sont libres de déposer des brochures.

D’autres établissements ont fait un choix similaire pour mettre en valeur un fonds LGBTI+ par exemple. 

C’est une possibilité parmi d’autres, qui ont chacunes leurs forces et leurs faiblesses, notamment dans le cas de fonds « sensibles » : 

  • le choix de créer un espace particulier, avec une signalétique dédiée, fait passer un message fort, clairement visible ; les documents sont facilement accessibles. Cela peut cependant être intimidant, et les usager·es pourraient ne pas oser s’y rendre ; 
  • il est également possible de ranger les documents que l’on veut mettre en valeur avec le reste du fonds, mais en les signalant avec des autocollants. C’est plus discret, mais brise tout de même une certaine « confidentialité » : un·e ado qui prendrait un roman estampillé LGBTI+ chez lui par exemple, risque de se voir poser des questions par ses parents.

Pour ces deux façons de faire, il est possible d’avoir quelques documents en deux exemplaires : l’un qui soit clairement identifié comme faisant partie du fonds, et l’autre non. Bien évidemment, selon la taille du fonds, on atteint vite les limites (notamment financières et physiques) de ce système.

  • Une autre possibilité est de ne pas signaler physiquement les documents, mais de les mettre en valeur sur le portail : avec une sélection bibliographique, une indexation particulière, etc. Cela laisse les usager·es libres de tomber sur ces documents « par hasard » (notamment en ce qui concerne la fiction), mais les rend beaucoup moins visibles pour la majorité des lecteurs qui soit n’utilisent pas le portail, soit n’auront pas la curiosité de chercher ce fonds.

Il n’y a donc pas de solution idéale, mais pour une approche un peu différente de ce que j’ai évoqué, je laisse Max Junqua vous parler du fonds de Médiathèque José Cabanis.

Dans tous les cas, j’aimerais mettre en garde sur la sélection en elle-même. Si avoir des documents qui traitent tous les points de vue est tout à fait normal et souhaitable, il faut créer une politique documentaire spécifique aux documents mis en avant dans ces fonds. Est-il pertinent par exemple d’y intégrer l’essai La question trans, de Claude Habib, qui fait une comparaison entre l’affaire Matzneff et la prise en charge des enfants trans !? Ce qui ne veut pas dire qu’il faut bannir cet ouvrage des bibliothèques, bien évidemment ; mais de la même façon qu’on ne traite pas un ouvrage platiste de la même façon qu’un ouvrage scientifiquement rigoureux. 

De la même manière, on peut éviter de mettre en avant des documents venant d’auteur·ices accusé·es de violences sur des présentoirs ou des sélections thématiques : Woody Allen, Polanski,… Encore une fois, sans bannir les documents : pensez par exemple à Disney, qui a intégré des messages dans leurs films les plus anciens pour prévenir que telle ou telle représentation est datée et caricaturale. L’œuvre est toujours disponible, mais disponible avec une explication, un  contexte. A l’inverse, il peut être intéressant de créer des tables thématiques plus inclusives, avec des auteur·ices moins mis·es en avant d’ordinaire : des femmes, des personnes racisées, handicapées, LGBTI+, etc. 

Outre les fonds thématiques, il est aussi intéressant de créer des fonds spécifiques dans leur forme comme par exemple le fonds Facile à Lire et à Comprendre (souvent abrégé FALC), qui peut regrouper des documents adaptés aux personnes handicapées, ayant des troubles dys et/ou aux personnes apprenant le français. Souvent les sections jeunesse possèdent un tel fonds, mais des collections pour adolescents et adultes se développent également, comme la collection Livres faciles à lire et à comprendre d’Yveline Editions, Planète Falc de Mes Mains en Or, ou encore l’initiative Osez lire de l’Esat de Périgueux. 

Les livres audio sont aussi souvent mis en avant pour une démarche d’inclusivité pour les personnes aveugles ou malvoyantes. Malheureusement le format MP3 n’est pas vraiment adapté, surtout dans le cas des documentaires : la navigation est difficilement possible dans le livre à cause de l’absence de sommaire, les découpages ne sont pas toujours logiques… Il existe un format spécifique, le format daisy (Digital Accessible Information SYstem), conçu spécifiquement pour faciliter la lecture par des personnes handicapées : se déplacer dans le livre est plus simple, il y a la possibilité de placer des marque-pages, de contrôler vitesse de lecture et hauteur de la voix. Certains livres en daisy donnent également la possibilité de suivre le texte en braille en parallèle. Le format daisy demande cependant un lecteur spécifique pour être utilisé. A savoir, la Médiathèque Valentin Haüy de Paris, qui produit certains des livres de ce format grâce à des bénévoles, peut fournir le matériel pour les médiathèques, et vendre leurs documents. Seules les personnes en situation de handicap peuvent les emprunter cependant, car les documents ne sont pas soumis au droit d’auteur, grâce à l’exception handicap : les personnes aveugles ou malvoyantes, mais également les personnes dys. 

Enfin, il est également intéressant de mettre les DVDs qui proposent de l’audio-description en valeur, par exemple en imprimant des étiquettes en braille à poser sur les jaquettes, ou en mettant un logo rapidement repérable dessus.

Bibliothécaires et usager·es

Les différentes initiatives ou aménagements proposés pour rendre les bibliothèques plus inclusives sont plus ou moins visibles des autres usager·es – et plus ou moins acceptés. A l’époque des débats sur la loi mariage pour tout·es en 2012, dans la bibliothèque où je travaillais, des usager·es cachaient les albums jeunesse sur l’homoparentalité par exemple – et ils n’étaient particulièrement mis en valeur ! Plus récemment, en 2019, la bibliothèque Louise Michel de Paris avait organisé des lectures de contes non-genrés par des drag-queens, entre autres activités pour la Queer Week, semaine de réflexion sur les genres, les corps et les sexualités (qui avait déjà eu lieu sans problème l’année précédente). L’événement avait été repris sur des sites d’extrême-droite et une vague de harcèlement sur les réseaux sociaux s’en était suivie. L’ABF avait réagi avec les textes suivants : « [N]ous tenons à réaffirmer que c’est le rôle même des bibliothèques et des bibliothécaires que de proposer au public des services, des animations et des collections pour tou·te·s, et sur tous les sujets pour favoriser les débats, lutter contre les prescriptions idéologiques et donner aux enfants comme aux adultes les clés pour comprendre le monde dans lequel ils et elles vivent ». « En donnant à voir les identités plurielles qui nous composent, en favorisant le vivre-ensemble, en créant des espaces de dialogue où peuvent s’exprimer les questions et le débat d’idées, en permettant à chacun·e de construire et de se construire, les bibliothèques investissent pleinement le rôle qui est le leur de remettre les citoyen·ne·s en capacité d’agir ».

A noter cependant que dans ce cas, il s’agissait majoritairement de réactions extérieures : lors de cette édition, de la précédente ou des suivantes, le public avait été plus que ravi. 

Les réactions négatives des usager·es ne se limitent pas à ce qui est proposé par la bibliothèque. Certains publics peuvent aussi être mal perçus par les autres : adolescent·es, personnes handicapées, racisées, mais aussi personnes précaires notamment sans domicile. 

A la fois pour sensibiliser les collègues et pour permettre d’avoir les armes pour répondre aux potentiels commentaires négatifs – surtout avec les usager·es en face à face, sur les réseaux sociaux, bloquer les messages agressifs me semble être une meilleure stratégie, il est possible de faire des formations. Beaucoup sont axées sur la littérature jeunesse, mais ce ne sont pas les seules. Différents organismes en proposent : 

  • le CNFPT pour les bibliothécaires territoriaux : par exemple, le CNFPT de Lille a proposé en 2019 une formation « Les stéréotypes en littérature de jeunesse : des savoirs aux actions » ;
  • des mooc (cours en ligne), parfois en partenariat avec des acteurs publics comme le CNFPT avec « Les discriminations : comprendre pour agir » ; 
  • des bibliothèques départementales, comme celle d’Ille-et-Vilaine, qui avait proposé en 2019 également « Bibliothèques non-sexistes » ;
  • des bibliothèques municipales, comme celles de Brest qui avait proposé en 2018 une formation « Autodéfense verbale » ;
  • des associations comme Diveka ( « Comment raconter l’esclavage aux enfants »), Citoyenneté Possible ( « Renforcer sa posture professionnelle face à la parole raciste, antisémite et/ou extrémiste » ), ou EthnoArt et l’association Bibliothèques en Seine-Saint-Denis avec « Stéréotypes racistes en situation d’accueil ».

Les bibliothèques peuvent également jouer un rôle dans l’aide aux démarches numériques – et essayer de réduire la « fracture numérique » (même si l’expression couvre une variété de situations très différentes). Que ce soit le manque de matériel ou l’illectronisme, elles peuvent apporter du soutien à celles et ceux qui en ont besoin, soit en partenariat avec des associations, soit en formant les bibliothécaires (pour faire des ateliers numériques par exemple). Certains établissements ont fait le choix de devenir des Maisons des Services au Public, ou de s’intégrer dans de telles structures, comme celui de  Lorrez-le-Bocage-Préaux en Seine-et-Marne.

Conclusion

De manière plus globale, outre l’accessibilité et la médiation pour rendre les bibliothèques plus inclusives, on peut revenir à la base de notre métier et du développement de la lecture publique. Comment inclure les gens qui ne se reconnaissent pas dans la définition élitiste de la culture, et qui s’en détournent suite aux rejets qu’ils peuvent percevoir ? On a vu il y a quelques mois naître les polémiques autour de la carte culture pour les jeunes, qui osaient dépenser cet argent dans des mangas plutôt que Proust ou Balzac. Rendre la bibliothèque inclusive, ce n’est pas seulement donner une place à toutes les identités, mais également à tous les usages.

En tant que bibliothécaire, nous devons donc prendre ces sujets à bras le corps, et ne pas en faire la cerise sur le gâteau de nos actions : ils doivent être pensées dès le départ. Pour qui, pour quoi, faisons-nous notre travail ?

Mise en place et valorisation du fonds « All Genders » de la Bibliothèque Publique de Berchem-Sainte-Agathe

par Florence Cochin. Après un Master d’Historienne-Archiviste et 5 années passées à accompagner des adolescent-es autour des thématiques LGBTQIAP+ et de genre, Florence Cochin a repris un Bachelier de Bibliothécaire-Documentaliste à l’HE2B (IESSID) à Bruxelles en 2016. Elle a obtenu le titre de Bibliothécaire-Documentaliste en 2019, après avoir défendu son Travail de Fin d’Etudes « Somewhere Over the Rainbow. Mise en place d’un fonds LGBTQIAP+ en bibliothèque publique : le cas de la Bibliothèque Publique de Berchem-Sainte-Agathe ». Elle a depuis rejoint le LGBTQ Users SIG de l’IFLA et collabore avec la Légothèque à la mise en place d’une boîte à outils pour aider à l’accueil des personnes transgenres en bibliothèque.

Contact : florencecochin [at] hotmail.com

Résumé

Cet article présente la mise en place en 2019 du fonds « All Genders » de la Bibliothèque Publique de Berchem-Sainte-Agathe (Bruxelles), à destination des publics LGBTQIAP+ à partir de 12 ans et de leurs proches, ainsi que les activités de valorisation menées en 2020 et 2021, d’abord sous la direction de Laurence Duhin, puis sous celle de Kevin Aguilar San Feliz. Le soutien sans faille de la direction a permis qu’un budget de 2000 € soit attribué pour lancer ce projet. Projet qui a suscité de nombreuses questions en termes d’indexation, de classement, de sélection des ouvrages, de formation du personnel, d’inscription des usagers auxquelles nous avons répondu de notre mieux tout en respectant la législation des bibliothèques de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) et les règles en vigueur au sein du Catalogue Collectif Bruxellois Informatisé (CCBI).

1. Contexte

Berchem-Sainte-Agathe est une des 19 communes de la Région Bruxelloise. Bien que la commune a rejoint la campagne « All Genders Welcome », il n’y avait rien concernant les thématiques LGBTQIAP+ à destination du grand public sur le long terme. Cela nous posait question étant donné le caractère plutôt conservateur de la commune sur ces questions1.

La bibliothèque publique de Berchem-Sainte-Agathe est une bibliothèque bruxelloise francophone. Cela signifie que son fonctionnement est régi par le Décret de 2009 de la Fédération Wallonie-Bruxelles concernant les bibliothèques publiques. Celui-ci stipule entre autres que les bibliothèques publiques sont des opérateurs culturels devant permettre une émancipation individuelle et collective de l’individu, oblige les bibliothèques à travailler dans une logique de projet et de développement de partenariats (les plans quinquennaux de développement de la lecture). Il fixe également les outils d’indexation (RAMEAU et CDU/Dewey).

Elle fait également partie du catalogue collectif bruxellois informatisé. Afin de garantir la cohérence du catalogue, il y a donc certaines règles à respecter :

– on ne peut pas indexer la fiction, sauf cas exceptionnel. Si la fiction est indexée, cela ne doit pas être trop poussé : pas de subdivision de date ou de lieu. Le nombre de vedettes matières est limité à un ou deux.

– on ne peut pas utiliser le champ 610 d’indexation libre d’UNIMARC

2. Le projet

L’adolescence étant souvent considérée comme une période critique et les moins de 26 ans constituant 51 % des 3298 lecteurs inscrits 2en 2019 (ils constituent maintenant 60 % des inscrits), nous avons décidé, Laurence Duhin et moi-même, que ce fonds serait destiné prioritairement aux 12-26 ans (les adolescents et jeunes adultes) et à leurs proches. Comme le volet de lecture numérique est encore peu développé et dépend du service Lirtuel de la FWB, le fonds est composé uniquement de documents au format papier.

3. La méthodologie

Pour réaliser ce travail, j’ai d’abord réalisé un état des lieux de la situation dans le catalogue collectif bruxellois. Cet état des lieux s’est fait dans le catalogue collectif sur base des termes du sigle « LGBTQIAP+ » et de leur équivalent dans RAMEAU.

En 2019, il y avait 14 résultats à la bibliothèque de Berchem-Sainte-Agathe (puisque la fiction n’était pas indexée). Fin 2021, il y avait près de 300 documents dans le fonds.

Suite aux résultats obtenus, j’ai conçu une politique d’acquisition sur base d’un budget de 2000 €. Il a également fallu analyser RAMEAU pour savoir quelles vedettes existent, quels termes manquent et comment pallier ce manque. Se sont également posées les questions du classement des documents, de la pérennisation du projet (notamment la formation des bibliothécaires) et de la valorisation du fonds. Pour réaliser ce travail, j’ai pu compter sur le soutien total de Mme Laurence Duhin ainsi que sur l’aide de plusieurs associations aux différentes étapes du projet : Genres Pluriels ASBL, Merhaba VZW, Tels Quels ASBL, et à partir de 2021 Alter Visio ASBL.

3.1. Élaboration de la politique d’acquisition

Il a d’abord fallu repérer les fictions traitant des thématiques LGBTQIAP+ qui étaient déjà à la bibliothèque afin de les verser dans le fonds et de les rétro-indexer.

Ensuite, j’ai construit une politique d’acquisition avec l’aide de Genres Pluriels ASBL, Merhaba VZW et Tels Quels ASBL qui m’ont guidée sur les thèmes importants pour les documentaires et m’ont fourni leurs publications.

Les critères furent les suivants :

Avoir principalement de la fiction pour être cohérent avec le reste des collections

Privilégier les bandes dessinées et les mangas, car ce sont de puissants produits d’appel

Représenter autant que l’offre éditoriale le permette les différentes identités de LGBTQIAP+.

Une attention particulière a été apportée à la date de publication.

Il ne devait s’agir que de documents au format papier et en français.

Sur base de ces critères, il a fallu sélectionner des outils permettant de repérer les documents. J’ai principalement travaillé avec la Rainbowthèque, PlanèteDiversité et les chroniques de la chaîne YouTube Cordélia Aime.

3.2. L’indexation

À la bibliothèque de Berchem-Sainte-Agathe, on se sert de RAMEAU, la CDU étant utilisée principalement pour le plan de classement. C’est donc uniquement cet outil que j’ai analysé.

En 2019, mes constats furent les suivants :

Concernant l’homosexualité masculine, il y a une très grande diversité de termes et une mise à jour régulière. Concernant le lesbianisme également, mais les vedettes matières sont subordonnées à celles relatives à l’homosexualité masculine. À l’époque où j’avais rédigé mon travail de fin d’études, il n’y avait pas encore cette richesse de vocabulaire pour la bisexualité et la transidentité. Le terme hermaphrodisme — considéré comme insultant par les publics LGBTQIAP+ — était le descripteur en vigueur pour désigner l’intersexuation. Les termes d’asexualité, aromantisme, polyamour, pansexualité, non-binarité étaient absents. J’ai vu en 2021que les termes polyamour, intersexué ont été ajoutés dans RAMEAU. Les documents que nous possédions sur ces sujets ont donc été rétro-indexés.

Concernant les documents sur la pansexualité, décision a été prise de les indexer avec le terme « bisexualité » (qui peut être considéré comme un terme générique), les documents sur la non-binarité ont été indexés avec le terme générique « transidentité ». Pour les documents désignant l’asexualité et l’aromantisme, comme aucun descripteur ne pouvait être lié à ces concepts, nous avions initialement décidé forger des résumés contenant les mots-clés en question. En 2021, les termes étant dans repris dans le CCBI, nous avons pu les utiliser pour l’indexation.

Ce point nous semblait fondamental, car la recherche dans le catalogue se fait sur base de ces mots-clés. Si on veut qu’un usager puisse accéder à l’information, il est important que ceux-ci soient adéquats.

3.3. Le plan de classement et la signalétique

À la bibliothèque de Berchem-Sainte-Agathe, une signalétique sur le dos du livre signifie qu’on doit regrouper ensemble tous les livres avec cette signalétique.

Or regrouper les livres LGBTQIAP+ est quelque chose que nous voulions éviter. En effet, c’était selon nous une forme de stigmatisation. Cela aurait pu éloigner des lecteurs qui pourraient se dire « je ne suis pas LGBTQIAP+ donc cela ne me concerne pas » ou empêcher les personnes encore dans le placard de s’approcher de l’étagère. En effet, la bibliothèque est configurée de telle sorte qu’on voit qui va dans les différentes sections et il n’y a pas d’automate de prêt. Or les personnes dans le placard constituent 35 % de notre public cible1.

C’est également une approche qui nous avait été déconseillée par les trois associations avec lesquelles je travaillais.

Nous avons donc opté pour disséminer les livres dans la bibliothèque, ceci afin de respecter la vie privée des usagers et de faire de la médiation douce. Mais ils sont identifiés par un cachet « All Genders » sur la première page pour signifier leur appartenance au fonds.

Dessin du bas d'un téléphone avec des  breloques. Le texte "all genders" a été tamponné.

3.4 La pérennisation

Les bibliothécaires étaient très ouvertes sur la question, mais m’avaient très vite dit qu’elles ne connaissaient pas le vocabulaire et donc ne se sentaient pas forcément à l’aise pour continuer le projet après mon départ. C’est pour cette raison que j’ai organisé une formation théorique, qui a été donnée par Genres Pluriels. Celle-ci présentait les principaux concepts de manière théorique. J’ai ensuite complété cela par deux séances qui en tout ont duré 10 heures de tête-à-tête avec la bibliothécaire chargée de cataloguer et indexer les romans, BD, mangas et documentaires. Nous avons donc discuté ensemble de l’indexation la plus adéquate en fonction de ce que proposait RAMEAU et de ce qui avait été expliqué à la formation. De nouvelles formations sont prévues en 2022 avec Genres Pluriels et avec Alter Visio. En effet, il y aura à ce moment-là un recul de 3 ans sur le travail accompli, ce qui permettra d’affiner les questionnements.

J’ai également conçu une boîte à outils à destination des bibliothécaires qui reprend un lexique, un calendrier des principales dates du calendrier LGBTQIAP+ en Belgique (festivals, etc.) afin de leur permettre de mettre des livres en avant, une liste des termes retenus pour l’indexation, des pistes d’animation.

3.5 La valorisation

Plusieurs initiatives ont été lancées afin de faire connaître le fonds :

– en référence au projet « All Genders Welcome », il a reçu le nom « All Genders », ceci afin de le rendre clairement identifiable.

– un album dédié a été créé sur la page Facebook de la bibliothèque.

– un club de lecture a été organisé en collaboration avec Genres Pluriels pour le Pride Festival.

Cela a été un moment d’échange qui nous a permis de présenter le fonds, mais aussi d’aboutir à une procédure d’inscription permettant aux personnes transgenres qui le souhaitaient de s’inscrire avec leur prénom d’usage, même s’il était différent du prénom présent sur leur carte d’identité. Cela nous a démontré l’importance des activités en safe space

– la deuxième a été une soirée d’inauguration du fonds All Genders en présence de Mr Sébastien Ministru. À cette occasion, une interview avec la revue LGBTQIAP+ Rédac CHEFF a eu lieu.

– la troisième a été la création d’un folder présentant un résumé des BD et mangas présents dans le fonds.

– une page spécifique présentant le fonds a été créée dans le catalogue collectif.

Capture d'écran d'un site web "fonds all genders" avec les définition du sigle LGBTQIAP+ et les raisons de l'existence du fonds.

Grâce à un subside de l’équalité des chances de la Région bruxelloise octroyé en 2020, la bibliothèque a pu organiser :

– 4 animations en safe space LGBTQIAP+ en 2020 et 2021 (un atelier d’oralité, un partage de textes, des capsules créatives, un atelier d’écriture). Ces activités ont permis de renforcer les partenariats existants, notamment avec Genres Pluriels, et d’en créer de nouveau avec Alter Visio ASBL, Bicoli, Aline La Sardine.

– 1 spectacle de contes suivi d’une discussion modérée avec Alter Visio ASBL à destination des adolescents en partenariat avec la Maison des Jeunes de Berchem-Sainte-Agathe

Affiche du spectacle "Forzameta, récits et musiques d'un autre genre". Une femme blanche habillée d'une robe frappe un tambour.

– et réaliser une bibliographie exhaustive disponible au format PDF auprès de la bibliothèque à l’adresse allgendersbsa [at] gmail.com

– mise en place d’un présentoir de livres dédiés à la transidentité à l’occasion de la journée du souvenir trans le 20 novembre 2021. Cela nous a semblé une bonne idée d’avoir un présentoir pour quelques dates clés du calendrier LGBTQIAP+, car cela nous permet de visibiliser cette thématique sans risquer de compromettre les usagers qui auraient besoin de discrétion. Les retours ont été positifs.

Présentoirs de livres au sujet de la journée du souvenir trans : le Prince et la Couturière, Appelez-moi Nathan, Vernon Subutex, Justin, etc.

Conclusion

Ce projet a soulevé et continue de soulever beaucoup de questions auxquelles nous tâchons de répondre de notre mieux en fonction de nos moyens et de notre contexte de travail. Il nous a aussi appris que, lorsqu’on se positionne comme une bibliothèque inclusive, réfléchir aux collections ne suffit pas. Il importe au moins autant de réfléchir aux bâtiments, à l’accueil, aux procédures, à la sécurité… Bref il y a de quoi s’occuper pendant plusieurs carrières ! D’où l’intérêt de s’entourer de partenaires et de ménager des temps en safe space pour les publics visés qui peuvent ainsi nous accompagner, nous guider, enrichir notre réflexion avec leur ressenti et leurs idées. Car, in fine, n’est-ce pas pour eux que nous travaillons ?

1 Le drapeau arc-en-ciel hissé par le centre culturel néerlandophone De Kroon à l’occasion du 17 mai 2021 a été brûlé, par exemple. Source : https://bx1.be/communes/berchem-sainte-agathe/berchem-sainte-agathe-un-drapeau-lgbt-incendie-ce-week-end/

2 Entretien avec L. DUHIN, bibliothécaire responsable de la bibliothèque de Berchem-Sainte-Agathe, 20 mai 2019.