Une bibliographie sur le genre et l’homosexualité dans le théâtre jeune public

Cette semaine, nous vous présentons une bibliographie de pièces de théâtre jeune public, sur les thématiques du genre et de l’homosexualité, d’après les travaux du département des arts vivants de la Médiathèque de Vaise. Via L’Influx, le webmagazine de la Bilbiothèque municipale de Lyon.
Sur le thème de l’homosexualité

Pour enfants

La cantine de l’amour / Kristian Hallberg / 2013
Roland, tout en servant des boulettes de viande à la cantine, imagine la façon de reconquérir Bart, son amoureux qui vient de le quitter. D’autres parmi les élèves comme Elmer, Anjou, Hedda ou Lawen, s’aiment, se mentent et enchaînent les malentendus.
Pré-adolescents 11-14 ans.

Pierre est un panda / Christophe Pellet / 2014
Pierre est un garçon très délicat. Il a deux mamans et un papa. Et il a aussi son amie Maria. On dirait que la famille de Pierre dérange beaucoup les parents de Maria…
Tendre et cruelle, cette pièce aborde la question de la famille, celle que l’on a et celle que l’on voudrait avoir. Elle offre, à hauteur d’enfants, un regard sur l’homoparentalité et sur la difficulté à surmonter la peur de la différence.

Le journal de Grosse Patate / Dominique Richard / 2001
Grosse patate essaie de comprendre le monde à travers des exercices de maths, en regardant Rémi qui a une ombre de petite fille. Dans ses rêves elle rencontre l’homme en noir qui l’aide aussi à mieux comprendre.
Une pièce drôle et cruelle comme l’enfance. Aborde les thèmes de : l’amitié, l’amour, le deuil et la différence.

Hubert au miroir / Dominique Richard / 2008
Hubert aime se regarder des heures dans le miroir et adore que les autres le contemplent. Sa mère est morte et il vit avec son père et son petit frère. Il discute de football avec son entraîneur, se heurte à son père et, en rêve, aide son professeur à démêler des énigmes.
Une pièce jeune public qui ose aborder des sentiments mitigés, le narcissisme, la méfiance, l’attirance entre petits garçons. Un texte sans concession et original !
Distribution : 3 hommes + 2 femmes + 1 enfant

Sur la question du genre

Plutôt pour enfants

Sous l’armure / Catherine Anne / 2013
Conte
« Sous l’armure, il y a quoi ? Un chevalier. Et pourquoi pas une chevalière ? Ah, ça ne se dit pas ? Au temps des châteaux-forts, Monseigneur veut partir au combat, embarquer son fils et mener sa fille au couvent. Et pendant ce temps, la châtelaine pleure en brodant ? Ça ne va pas se passer comme ça. Christine, vive et intrépide, préfère mourir sur son cheval plutôt qu’étouffée sous un voile. » (Extrait)
À partir de 10 ans.

Stroboscopie / Sébastien Joanniez  / 2015
Raconte l’histoire d’un garçon et d’une fille qui sont sous un réverbère qui s’allume et qui s’éteint. Ils parlent de ce que c’est que d’être une fille ou un garçon.

Elle pas princesse, lui pas héros / Magali Mougel / 2016
Trois enfants se confient tour à tour et dévoilent leur personnalité. Leïli aime les jeux de garçons et refuse de porter du rose. Nils est timide et cache un cœur sensible. Cédric veut jouer à l’homme parfait. Trois textes sur les stéréotypes de genre et qui invitent à la tolérance.
Enfants 6-10 ans.

Mon frère, ma princesse / Catherine Zambon / 2012
Un petit garçon préférerait être une princesse ou une fée, avoir des cheveux longs et porter des vêtements roses. Chahuté et moqué à l’école, il peut compter sur sa grande sœur pour le défendre.
Distribution : 7 personnages

Plutôt pour adolescents

Fille de / Leïla Anis / 2013 [Livre]
Un monologue évoquant l’expérience de l’exil. Cette adolescente pose la question de l’exil au féminin et des stéréotypes de genre.
Pour grands ados.
distribution : 1 femme
Lilli-Heiner Intra muros / Lucie Depauw / 2014
L’histoire d’une jeune fille Lilli qui n’aura pas le temps de devenir une femme, victime du dopage aux hormones masculines pratiqué en ex-RDA. C’est l’histoire des déchirures de l’Allemagne, de Berlin par un mur, les déchirures des corps par les muscles, les frontières, les désirs et les genres.
Pour grands ados.

En délicatesse / Christophe Pellet / 2001
Une sorte de dissolution a eu lieu. Les contours des hommes et des femmes sont plus flous. Ils vacillent entre hétérosexualité et homosexualité. Le sexe fort est devenu le sexe faible et la psychologie traditionnelle qui déterminait leurs comportements a disparu.

Ces filles-là / Evan Placey / 2017
Drame
Histoire de Scarlett, jeune lycéenne dont la vie bascule le jour où une photo d’elle nue fait le tour de l’école. Elle est victime de harcèlement. Au milieu du chœur des filles, surgissent les voix des femmes des générations passées qui se sont battues pour leurs droits et leur liberté, afin de ne plus être surveillées et jugées. Scarlett découvre que les filles se montrent aujourd’hui plus cruelles encore que les hommes de l’époque.

Désertion / Pauline Sales / 2005
Texte jouant habilement sur le devenir femme qui habite le corps masculin et surtout celui des acteurs. Un homme en robe est-il toujours tout à fait un homme ?
Pour grands ados.

Groenland / Pauline Sales / 2003
La pièce parle de la difficulté d’être une femme. La pièce évoque aussi la place de la femme dans la société, ce qu’est être mère et la transmission de mère à fille. Le personnage principal laisse des recommandations à sa fille : ne pas se faire piéger par les codes sociaux, par les hommes, par le sexe, par la maternité…
Pour grands ados.

Fantaisies / Carole Thibaut / 2010
Aborde les questions de la construction des genres et de l’identité des femmes et donc des hommes, en s’amusant avec les différents codes de la représentation sexuée et théâtrale. L’auteur démonte la mécanique d’oppression qui se cache derrière la notion d’idéal féminin. Elle s’attaque aux représentations de l’instinct maternel, du phallocentrisme, des canons esthétiques, des traditions…
Pour grands ados.

Sources :

http://www.linflux.com/arts-vivants/pieces-pour-enfants-et-ados-sur-la-question-du-genre/ 

http://www.linflux.com/arts-vivants/pieces-sur-lhomesexualite-pour-enfants-et-adolescents/

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Rainbowthèque

Genèse du projet la Rainbowthèque

Cordélia est vidéaste et autrice. Elle étudie notamment les représentations LGBT+ dans la littérature jeunesse et nous présente dans cet article la genèse du projet Rainbowthèque.

Si vous prenez au hasard un roman dans une bibliothèque ou dans une librairie francophone, il est très probable que le héros ou l’héroïne soit cisgenre et hétérosexuel⋅le. Faites l’expérience chez vous : il est difficile de trouver “par hasard” un roman, une bande-dessinée ou un album qui proposent des héros et héroïnes LGBT+ (lesbienne, gay, bi, trans, non-binaire, intersexe, asexuels, etc).

Partant de ce constat, j’ai réfléchi à une façon de permettre aux lecteurs et lectrices d’accéder à ce qu’on pourrait appeler grossièrement “la littérature LGBT+” sans forcément avoir besoin de demander à un⋅e bibliothécaire ou un⋅e libraire (au risque qu’il ou elle n’ait pas non plus de moyens d’identifier ces ouvrages). Lorsque le projet “Rainbowthèque” a été lancé, il existait déjà plusieurs répertoires consacrés à la diversité dans la littérature sur l’internet anglophone : We Need Diverse Books étant sans doute le plus connu sur Tumblr.

La délimitation du champ d’action de la Rainbowthèque était importante. Quels livres accepter ? Quels livres refuser ? Nous avons choisi de nous concentrer sur le recensement des livres disponibles en française (écrits en français ou traduits en français), pour la simple et bonne raison que si vous cherchez des livres en anglais, vous trouverez très facilement d’autres répertoires. Dans un premier temps, nous répertorions les fictions et biographies, en excluant les ouvrages universitaires, les essais, les livres d’histoire, etc. Les fanfictions sont elles aussi exclues du répertoire. Par contre, la Rainbowthèque ne se limite pas aux livres publiés à compte d’éditeur, on trouve ainsi des livres auto-publiés et des webcomics.

Le mode collaboratif s’est imposé très vite. Il était impossible de monter une équipe de lecteurs et lectrices chargé⋅e⋅s de lire tous les livres avec des personnages LGBT+, en plus de les dénicher (ce qui est déjà une lourde tâche). Un répertoire collaboratif était sans doute le meilleur moyen de référencer facilement de nombreux livres, sans surcharger de travail les bénévoles. Chaque internaute a donc la possibilité de proposer un ouvrage à la Rainbowthèque, en remplissant un formulaire. Les suggestions sont ensuite relues, mises en forme et publiées par des modérateurs et modératrices. Ces dernier⋅e⋅s sont également chargé⋅e⋅s de classer les livres avec des tags, pour faciliter la recherche. 80% des usager⋅e⋅s de la Rainbowthèque savent qu’il leur est possible de proposer des livres, mais seulement 28% l’ont déjà fait*.

La Rainbowthèque aujourd’hui

Née en novembre 2016, la Rainbowthèque est un répertoire participatif de livres en français ayant des personnages LGBT+. En septembre 2018, plus de 400 livres étaient déjà référencés sur la Rainbowthèque. Le but est de donner de la visibilité à ces ouvrages et de permettre aux lecteurs⋅trices recherchant ce type de lecture de les trouver facilement. C’est également un outil qui peut être utilisé par les professionnel⋅le⋅s du livre : les bibliothécaires souhaitant diversifier leur collection, mais aussi les libraires, professeurs⋅e⋅s, éducateurs⋅trices, etc.

La lecture est pour nous un vecteur essentiel dans la lutte pour l’égalité, la sensibilisation, l’éducation, la prévention et la tolérance. Les personnes LGBT+/MOGAI ont besoin de personnages qui leur ressemblent auxquels s’identifier, à prendre pour modèles ou à admirer, mais les personnes a priori non-concernées ont également beaucoup à gagner et à apprendre en lisant des récits reflétant la diversité et la pluralité des identités.

Sur la Rainbowthèque, chaque livre possède une fiche où sont rassemblées les informations de base : titre, auteur⋅trice, maison d’édition, nombre de pages, résumé. Compte tenu que l’utilisateur⋅trice recherche des lectures LGBT+, il était essentiel d’ajouter des informations sur ce sujet. Nous proposons ainsi un listing des identités représentées dans l’histoire (exemple : personnage principal gay, personnage secondaire lesbienne et racisée), en plus des mots-clés résumant les thématiques abordées. Les TW (trigger warning) ont également une place importante, pour prévenir les lecteurs⋅trices de certains sujets sensibles. Chaque fiche est – en théorie – conclue par un ou plusieurs avis de lecteurs⋅trices ; 93% des utilisateurs⋅trices consultent ces avis, 45% en prennent compte et 83% pensent qu’il est important d’avoir des avis*.

La Rainbowthèque est animée par un collectif informel de bénévoles, chargé⋅e⋅s de la modération des livres, ainsi que de l’animation des réseaux sociaux (Twitter et Facebook). Il est possible de rejoindre l’équipe (et de la quitter) à n’importe quel moment, pour cela il vous suffit de nous contacter via les réseaux sociaux.

Zoom sur les usager⋅e⋅s de la Rainbowthèque

L’usager⋅e type de la Rainbowthèque est un⋅e lecteur⋅trice ayant entre 18 et 25 ans, utilisant la Rainbowthèque à titre personnel.

  • Les 18-25 ans constituent 47% du public, avec 29% de 26-35 ans, 18% de 13-18 ans et 5.5% de 36-45 ans.
  • 91% déclarent être lecteur ou lectrice, 13% sont prescripteurs⋅trices (booktube, blog, etc), 12% sont auteurs⋅trices et 13% sont des professionnel⋅le⋅s du livre.
  • 85% utilisent la Rainbowthèque à titre personnel, 13% à titre personnel et professionnel et moins de 1% exclusivement à titre professionnel.
  • 72% des usager⋅e⋅s déclarent avoir déjà lu un livre suite à leur visite sur la Rainbowthèque*.

* chiffres de l’enquête de juillet 2018 réalisée auprès des usagers et usagères de la Rainbowthèque avec 110 répondant⋅e⋅s

Femmes, informations et bibliothèques au Congrès de l’IFLA 2018

Le Groupe d’intérêt spécial Femmes, informations et bibliothèques de l’IFLA s’intéresse aux femmes en tant que productrices d’information, usagères des bibliothèques et professionnelles donnant accès à l’information. Le congrès annuel de l’IFLA est un moment fort de l’année pour nos activités. Cette année, il a été accueilli à Kuala Lumpur du 23 au 30 août.

 

Femmes, informations et bibliothèques au Congrès mondial des bibliothèques et de l’information

 

« Collections, éthique, perspectives et parole »

Le groupe Femmes, informations et bibliothèques y organisait, avec le groupe Usagèr.e.s LGBTQ, deux temps d’échange et de réflexion autour du thème «  Collections, éthique, perspectives et parole ».

Nous avons d’abord abordé le thème sous une forme classique, avec la présentation de 5 communications dans une session dont le sous-titre était « L’importance du contexte » :

Programme et liens vers les articles publiés, les vidéos et les diaporamas : https://www.ifla.org/node/91653?og=93

  • Introduction : Clare O’Hanlon, La Trobe University, Bundoora, Australia : A continuum of LGBTIQA+ community engagement in libraries: From collections and cataloguing to book displays, bathrooms and beyond. Video (Unabridged version)
  • LaVerne Gray, University of Tennessee, Knoxville, United States: Uncovering Collective Voice: Using archives to explore community-based information environments of African-American Activist-Mothers in Chicago Public Housing, 1955-1970
  • Reiko Aoki, National Women’s Education Center, Japan: Collection Development on Women’s Earthquake Disaster Experiences and Support Activities in Japan. Paper.
  • Hollie White, Curtin University, Australia: Decolonizing the Way We Organize. Paper
  • Bernard Dione, Université Cheikh Anta Diop, Senegal: Collection development and cultural context: The accommodation of professional to cultural values among Senegalese Academic Librarians Paper. Slides.

Après une introduction en vidéo par Clare O’Hanlon, pleine d’informations et d’idées simples et concrètes pour changer nos pratiques et nos bibliothèques, LaVerne Gray a ouvert la session avec une présentation de sa recherche doctorale sur les logements sociaux de Chicago entre 1955 et 1970. Son travail met en lumière le rôle des femmes Afro-Américaines dans la construction d’une communauté par l’information (autour de l’accès à la culture et à l’éducation, en particulier). Au cours de sa recherche, LaVerne Gray a découvert le rôle que sa propre grand-mère a joué dans cette communauté, à travers des archives et des journaux relatant la mobilisation pour la construction d’une bibliothèque publique.

Reiko Aoki a rendu vivante pour tou.te.s l’expérience des survivantes du séisme et du raz-de-marée de 2011 au Japon dans une présentation qui donnait à voir les modes d’expression choisis par ces femmes : broderie, photographie, écriture fournissaient des illustrations puissantes à un article qui plaçait dans une perspective historique les enjeux de la prise en compte des besoins spécifiques et des voix des femmes dans des situations de catastrophe naturelle.

Hollie White nous a ouvert les coulisses de son travail de recherche : les observations et expériences personnelles qui peuvent pousser à étudier un sujet comme celui du colonialisme culturel, et les premières observations qu’elle a faites sur le terrain en Thaïlande. Nous attendons avec impatience les résultats des études plus poussées qu’elle compte mener dans les années à venir sur les systèmes d’organisation du savoir d’origine occidentale dans le reste du monde et la manière de s’en libérer lorsqu’ils ne sont pas appropriés au contexte local.

Bien qu’il n’ait finalement pas vu faire le voyage jusqu’à Kuala Lumpur, Bernard Dione nous a donné une présentation de son travail d’enquête sur les bibliothécaires universitaires sénégalais.e.s qui nous a permis de mesurer concrètement les difficultés qu’il peut y avoir à appliquer de grands principes fondamentaux de la profession (liberté intellectuelle, accès à l’information, etc.), auxquels on adhère en théorie, lorsqu’ils se trouvent en contradiction avec les valeurs culturelles, sociales ou religieuses des individus. Un sujet qui a trouvé des échos dans la discussion du lendemain.

 

Des initiatives de terrains

Le lendemain, nous nous sommes retrouvé.e.s, avec d’autres intervenant.e.s, pour une discussion plus ouverte sur des initiatives de terrain. À partir de la présentation de Muy-Chen Peich (Bibliothèques Sans Frontières) sur le déploiement des célèbres Ideas Box dans différents contextes, nous avons pu parler des manières de co-construire les services avec les usagèr.e.s, en particulier lorsqu’il s’agit de groupes « minoritaires ». À partir des présentations de Brittany Jacobs sur les livres d’images pour la jeunesse et de Christer Edeholt sur l’Étagère Arc-en-ciel de la bibliothèque municipale d’Umeå (Suède), nous avons pu aborder les questions de représentation des identités  queer et des manières de montrer la diversité et de lutter ouvertement contre les discriminations.  Enfin, la présentation de Katherine S. Donaldson sur les programmes de bibliothécaires résident.e.s au États-Unis nous a permis de discuter des barrières au recrutement de bibliothécaires issu.e.s de groupes sous-représentés, et les solutions pour lever ces obstacles.

Programme et liens vers les articles publiés, les vidéos et les diaporamas :

  • Jérémy Lachal, Muy-Cheng Peich, Bibliothèques Sans Frontières, France: Libraries as empowerment levers: defining the collections and the contents with the users – The example of the Ideas Box. Slides.
  • Brittany Jacobs, University of Illinois at Urbana-Champaign, United States: I Read you Loud & Queer. Paper. Video.
  • Christer Edeholt, Umeå public library, Umeå, Sweden, The Rainbow Library
  • Katherine S. Donaldson, University of Oregon: Recruiting diverse librarians: Residency programs as an entry point to the academic librarian profession in the United States. Paper. Slides.

 

Nous avons trouvé l’inspiration dans les travaux de la section Indigenous matters, en particulier la session « Diverse indigenous voices: decolonizing, transforming and centering practices », et espérons faire aboutir un projet commun avec cette section et celle des Populations multiculturelles dans les années à venir.

 

Un lieu de rencontres et d’échanges

Comme toujours, le congrès est un lieu de rencontres et d’échanges extraordinaire. Les collègues malaisien.ne.s nous ont réservé un excellent accueil et ont été nombreux/ses à participer à nos travaux et discussions.

Nous avons conçu cette réflexion comme un travail sur plusieurs années, nous envisageons quelque chose de plus pratique, avec production de contenus, l’année prochaine, avec plusieurs partenaires potentiels.

2019 sera une année d’élections au sein de l’IFLA. Pas besoin d’attendre jusque-là si vous souhaitez participer à nos activités, partager des idées ou des questionnements avec nos membres !

Toutes nos adresses (liste de diffusion, twitter, facebook) sont sur le site de l’IFLA : https://www.ifla.org/women-information-and-libraries.

 

Mathilde Koskas,
responsable du groupe Women, information and Libraries, IFLA

Rencontre avec la responsable du fonds Aspasie

Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir un centre de ressources sur le genre, référencé sur notre carte en ligne disponible en cliquant ici. Merci à Véronique Reynard* d’avoir répondu à nos questions.

Légothèque : Bonjour, vous êtes responsable du fonds Aspasie et je vous remercie d’accepter de répondre à quelques questions.  Quel est l’historique du fonds Aspasie ?

Véronique Reynard : Le fonds Aspasie a été constitué dans le cadre d’une convention interministérielle sur l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif, en 2000.
Il est ouvert au public depuis 2001.
Le nom du fonds a été choisi en hommage à Aspasie, une intellectuelle grecque, compagne de Périclès, vivant au Vème siècle avant JC. Elle créa une école de rhétorique et de philosophie pour les femmes.
Initialement constitué grâce à des subventions de la Direction de l’enseignement supérieur et du Fonds social Européen sur 3 ans, il est maintenant financé par l’ESPE, composante de l’Université Claude Bernard Lyon 1. Physiquement, le fonds est localisé dans la BU Education Lyon Croix-Rousse et sous la responsabilité d’une responsable documentaire qui travaille en collaboration étroite avec les enseignant.e.s concerné.e.s par ces questions.
Le fonds Aspasie est constitué d’environ 6000 documents, auquel s’ajoutent les revues de niveau grand public au niveau recherche.


L : Quelle est sa mission ? 

Le fonds Aspasie rassemble des ressources documentaires autour de la question des femmes et du genre en Education. Cette documentation doit permettre aux étudiant.e.s, aux enseignant.e.s stagiaires et aux enseignant.e.s en poste de se former sur ces thématiques et notamment de porter l’égalité à l’école. Ce fonds, dont une partie est de niveau recherche, est aussi un appui pour les chercheur.se.s dans leurs travaux sur les questions du genre dans le contexte du système éducatif, la recherche permettant ensuite l’évolution et l’enrichissement de la formation des enseignant.e.s.


L : Quels services liés à ce fonds proposez-vous ?

Le fonds bénéficie des services mis à disposition du public des BU Lyon 1 : recherche à partir de l’outil de découverte Sherlock, renseignement en ligne, service de rendez-vous avec un.e bibliothécaire (accompagnement à la recherche documentaire dans le cadre des mémoires), service de prêt entre bibliothèques et localisation sur le Sudoc (catalogue du Système Universitaire de Documentation).


L : Quel est le cœur de votre activité : les collections ou les animations ?

L’enrichissement des collections est notre priorité mais la valorisation du fonds prend toute son importance pour un fonds spécialisé pour lequel la visibilité doit être nationale voire internationale. Certaines revues (comme la revue Nora – Nordic journal of feminist and gender research) et certains ouvrages sont peu ou pas du tout disponibles ailleurs dans le paysage documentaire universitaire. Le fonds est valorisé par des actions récurrentes comme les tables thématiques, les bibliographies, des articles sur le site web, et plus ponctuelles en accompagnement d’évènements et d’actions culturelles sur ces thématiques.
Des actions sont mises en place afin de valoriser la recherche sur le genre : un BARCamp Egalité et Diversité est organisé le jeudi 29 novembre, les doctorants présenteront en une dizaine de minutes leurs sujets de thèses sur des thématiques traitées par le fonds Aspasie : l’homophobie et le sexisme. Il sera diffusé sur Youtube.


L : Avez-vous une politique documentaire ? Laquelle ?

La politique d’acquisitions est menée en concertation avec les formateur.trice.s et enseignant.e.s chercheur.se.s spécialistes de ces thématiques, à l’instar de Muriel Salle, maîtresse de conférence à l’Université Lyon 1.
Le niveau du fonds est celui d’un fonds universitaire avec une part de documentation de niveau recherche. Les documents sont en majorité en langue française mais 20% des acquisitions concernent des langues étrangères. Le fonds comprend aussi une part de littérature pour la jeunesse, des albums non stéréotypés, des fictions et des documentaires permettant de traiter les questions de genre à l’école. Cela concerne 8% des acquisitions. Les axes de la politique documentaire sont adaptés à l’évolution sociétale des thématiques (questions de politique familiale par exemple) ainsi qu’à l’évolution des études sur le genre.


L : Quel système de classification utilisez-vous ? Convient-il à vos collections ou devez-vous l’adapter ? 

Nous utilisons la classification décimale Dewey pour une part importante du fonds, mais les fictions pour la jeunesse sont cotées avec des cotes locales plus adaptées à ce type de documentation.


L : Quel est votre public cible ? Quelle est votre fréquentation ? Essayez-vous d’élargir vos services à d’autres publics ? 

Notre public est majoritairement le public de l’Université Lyon 1.
Ce fonds est emprunté par des étudiant.e.s en Master MEEF (Métiers de l’Enseignement, de l’Education et de la Formation) de l’Université Lyon 1 ou d’autres universités (Lyon 2 et Lyon 3), des doctorants, des formateur.trice.s et des enseignant.e.s chercheur.se.s. Ce fonds intéresse aussi les enseignant.e.s stagiaires et titulaires du primaire et du secondaire, qui peuvent l’utiliser dans le cadre de la formation continue ou de leur travail quotidien dans les écoles.
Côté chiffres, ce fonds compte 1774 prêts en 2017 soit 2,3% des prêts de la BU Education de la Croix-Rousse.


L : Avez-vous des partenaires récurrents ? Quels types de partenariats mettez-vous en place avec ces partenaires ? 

Le personnel des BU Education travaille avec le personnel de l’ESPE (Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education) de l’Académie de Lyon qui finance les acquisitions pour ce fonds, notamment avec le groupe GEM (Genre Education Mixité), une équipe d’enseignant.e.s chercheur.se.s investi.e.s sur ces questions. Nous travaillons ensemble à la fois pour l’élaboration de la politique documentaire : acquisitions et entretien du fonds et dans le cadre de la valorisation. Des présentations du fonds sont organisées lors des formations de l’ESPE.
Nous travaillons également avec la Mission Egalité-Diversité de l’Université Lyon 1, pour la valorisation du fonds et la diffusion de la recherche sur ces thématiques.

L : Votre bibliothèque fait-elle partie d’un réseau : bibliothèques universitaires, bibliothèques spécialisées…?

Les BU Education font partie du service commun de la documentation de l’Université Claude Bernard Lyon 1.


L : Où peut-on suivre vos activités en ligne (site web, réseaux sociaux ?)

Les activités des BU Lyon 1 sont valorisées sur le site web :
https://portaildoc.univ-lyon1.fr/

Mais aussi sur le Facebook et le compte twitter des BU Lyon 1 :
https://fr-fr.facebook.com/bibliotheque.universitaire.lyon1/

Les évènements comme les BARCamp et les conférences sont diffusés sur la playlist BU Lyon 1 sur la chaîne Youtube de l’Université.

L : Justement, quels sont vos projets pour 2018-2019 ?

La valorisation des collections est un des grands axes de travail pour les BU Lyon 1 pour l’année 2018-2019. Dans ce contexte, nous prévoyons d’améliorer la visibilité du fonds Aspasie par diverses actions :
Refonte de la page Aspasie sur le site web des BU Lyon 1 et création d’un visuel afin de renforcer l’identité de ce fonds
Elaboration de tables thématiques et de bibliographies à l’occasion d’évènements particuliers : Journée internationale des droits de la femme le 8 mars, Mondial de football féminin en juin- juillet 2019…
Création de signets Aspasie présentant le fonds, pour une diffusion dans l’ensemble des BU Lyon 1
Participation au blog de la Mission Egalité-Diversité : valorisation des nouveautés ou sélection de ressources autour d’une thématique
Candidature pour l’obtention du label CollEx : valorisation des collections d’excellence pour la recherche

En bonus : une référence sur Aspasie en cliquant ici.

Véronique Reynard* est Responsable de collections des BU Education, Service Commun de la Documentation
Université Claude Bernard Lyon 1
BU Education Lyon-Croix Rousse
5, rue Anselme
69317 Lyon Cedex 04

Bibliographie jeunesse : lutter contre les stéréotypes de genre

Les institutions nous aident beaucoup quand il s’agit de retrouver des bibliographies thématiques et on se souvient combien certains travaux peuvent avoir des conséquences improbables. N’hésitez pas à ce titre à parcourir les billets de ce blog qui regorgent de conseils de lectures et de retours d’expériences mise en place dans telle ou telle bibliothèque.

Mais les militants et les individus ne sont pas en restent qui effectuent parfois un long travail de recherche et d’analyse par intérêt et par passion. Nous avons ainsi reçu, récemment cette bibliographie d’albums jeunesse à thématique LGBT et lutte contre les stéréotypes de genre, répartis en plusieurs catégories que nous vous proposons ci-après.

Un travail de deux ans a ainsi permis à Matthieu de retrouver et rassembler plusieurs titres d’albums pour les proposer ensuite au plus grand nombre.

L’ensemble de la bibliographie est accessible en ligne : Bibliographie jeunesse : lutter contre les stéréotypes de genre [mise à jour du 14 décembre 2018] (English version)

Catégories :

  1. Livres de jeunesse avec une thématique LGBT
    1. homoparentalité
    2. catalogues de familles
    3. histoires post-gay
    4. relations amoureuses de même sexe
    5. transidentités
    6. sida
  2. Livres de jeunesse avec pour thématique genre et féminisme
    1. des filles différentes
    2. catalogues contres les idées reçues
    3. des garçons différents
    4. livres contre le sexisme
  3. Des livres de jeunesse pour s’ouvrir aux autres
    1. des livres contre toutes les discriminations
    2. se senti bien dans son corps
    3. des familles différentes
    4. des relations homophiles
  4. Autres listes :
    1. les livres très anciens (pré-1990)
    2. les livres de Talents Hauts

 

Afin de mieux cerner cette démarche, nous avons interrogé ce militant. Entretiens :

Légothèque : D’où vient l’idée d’une telle bibliographie ?

Matthieu : Mon but initial était de proposer une liste des livres de jeunesse à thématique LGBT autrement très peu accessibles physiquement (car tirage ancien, limité, peu accessible en bibliothèque, etc.). La plupart de ces livres sont d’ailleurs aujourd’hui épuisés et introuvables dans le commerce.

Légothèque : Quel en est l’objectif final ? Qui vois-tu comme publics cible ?

Matthieu : J’ai d’abord fait ça pour moi. Mais au-delà, il s’agissait de donner plus de visibilité à ces titres et ces ouvrages et de mieux les faire connaître auprès du grand public, auprès de la Communauté également. Après je pense que ça peut intéresser des miltantEs et des chercheurEs intéresséEs par ces questions.

Légothèque : Quelle démarche pour trouver tous ces titres, méthodologie de recherche ?

Matthieu : J’ai toujours conçu cette bibliographie comme une première étape, qui me permettra de travailler un peu sur le corpus.

J’ai donc d’abord essayé de construire un corpus à partir d’éléments que je trouvais en ligne (internet et merci la Manif pour Tous qui a permis de faire émerger nombre des titres trouvés, en réaction) puis j’allais emprunter les albums dans les bibliothèques pour les lire et en déterminer le contenu. Finalement j’ai agencé cela dans cette proposition de bibliographie.

Du coup, je n’ai pas voulu m’y pencher avant d’avoir un corpus satisfaisant, ce qui sera le cas d’ici la fin de l’année 2018 (soit 2 ans de constitution, je suppose que c’est classique). Il y a encore 4-5 livres qui sont dans une bibliothèque en travaux depuis 2 ans qui devraient être disponibles prochainement. La bibliographie finale devrait encore évoluer à la marge.

Légothèque : Comment les titres étaient signalés dans les établissements ?

Matthieu : C’est un sujet intéressant. On ne trouve pas ces titres toujours aisément dans les bibliothèques. J’ai la chance d’habiter à Paris et donc de disposer d’un réseau important. Les titres étaient souvent accessibles dans l’une des bibliothèques du réseau. Pour les quelques rares titres que les bibliothèques parisiennes ne possédaient pas, il a fallu un peu plus insister. J’en ai trouvé dans les bibliothèques lyonnaises (par contre, cette fois, rangés dans le magasin, en accès indirect) et j’en ai acheté un en ligne aussi, absolument introuvable.

Légothèque : Quels projets pour la suite ?

Sur la suite du travail, je serai plus mature plutôt fin 2019. D’ici là, je vais continuer à développer mon corpus. J’ai déjà clairement des pistes de travail sur lesquelles je souhaiterais travailler :

  • reprendre l’émergence d’une culture aux discriminations dans le contexte français (lié au PaCS). Beaucoup a été dit déjà. L’histoire de la poule rousse de Bruel est fantastique.
  • travailler sur les intersectionnalités entre LGBT et discriminations de genre. On voit les parallèles évidents avec les féministes.
  • passionnant : l’évolution de la représentation des familles homoparentales dans les livres de jeunesse, par les auteurs eux-mêmes. On voit des livres très différents avec les années sur le même sujet, parfois avec le même auteur.
  • tout aussi passionnant : j’ai découvert le rôle majeur de quelques auteurs jeunesse (Turin, Bruel) qui révolutionnent le secteur, voire s’impliquent et le transforment de l’intérieur). Il y aurait à dire entre les « grands » auteurs classiques LGBT qui s’impliquent (Browne, Janosch) et les auteurs « militants » qui arrivent parfois à l’opposé de l’objectif.
  • Autre découverte : j’ai monté une revue de presse sur les cabales politico-médiatiques sur les livres corrupteurs de jeunesse. Quand on voit que c’a a été utilisé il y a peu par le candidat d’extrême-droite à la présidentielle au Brésil, c’est d’une actualité brûlante. L’analyse sur 20 ans (voire sur 50 ans en cherchant plus loin dans l’origine de la loi de 1949) est très intéressante.
  • D’un point de vue édition, il est très intéressant aussi pour moi d’analyser les choix éditoriaux dans les couvertures qui changent d’une ré-édition sur l’autre (« Finemouche », « Anna ») ou pas (« Julie »).

Mon passé militant m’entraîne naturellement sur les analyses autour des livres de Jeunesse, mais je pense que d’un point de vue littéraire sur le corpus lui-même on peut sûrement avoir des sujets intéressants :

  • comment la représentation de la virilité dans la littérature Jeunesse française évoluent (« Paul »).
  • comment la poésie est utilisée dans la littérature Jeunesse, soit de façon littérale sur les rimes (« Buffalo ») ou à l’opposé sur de la prose (« Mehdi » ou « chat qui est chien »), voire le jeu sur les mots « sèkçuel ») ou les images (Heidelbach).
  • le rôle de l’ « animalisation » est sûrement intéressant à traiter (curieusement en particulier pour les questions d’identité de genre, avec l’opposition chien-mâle chat-femelle)
  • j’aimerai beaucoup travailler sur le rôle de l’amitié et de l’amour dans la littérature jeunesse car cela permet d’aborder le sujet des relations de mêmes sexes sans le côté sexuel, ce que les adultes ont beaucoup de mal à faire alors que les enfants font cela naturellement.
  • le rôle de l’évolution de la représentation de famille dans le temps et en particulier la représentation de tout ce qui n’est pas nucléaire doit être très bien aussi.
  • le rôle du monde imaginaire (féérique) par rapport au monde réel pour aborder les questions de genre ou d’orientation sexuelle (selon que l’on veut interroger par rapport aux préjugés de la société réelle ou au contraire sur les évidences « naturelles » des genres qui ne sont pas si naturels que ça).

Bref des sujets d’étude pour les prochaines années, j’en ai des tonnes…  🙂

Une nouvelle carte pour signaler les centres de ressources sur le genre

La commission Légothèque propose depuis 2013 une carte en ligne afin de géolocaliser les centres de ressources sur le genre. En cette fin d’année, il était temps de lui offrir un relooking !

Avec le soutien de l’AbF, nous avons adopté un nouvel outil qui nous permet toujours de poursuivre sa mission de signalement des centres de ressource sur le genre. Nouveauté, cette carte est ouverte à votre participation : vous pouvez nous aider à signaler des bibliothèques ou centre de ressources.

Pour y accéder, suivez le lien :

http://www.abf.asso.fr/pages/carte_lego/carte_bib_genre.php