Compte rendu du congrès de l’ABF 2022

Le 67e congrès de l’ABF s’est déroulé du 2 au 4 juin derniers à Metz. La légothèque était présente sur quatre moments forts.

La remise des prix du concours Chouettes Toilettes

Logo réalisé par Lucie Pécaut

Après une 1ere édition l’an passé, l’équipe du concours a relancé une nouvelle édition pour 2022. Six prix ont été décernés parmi les dossiers proposés.

L’intégralité du palmarès est à retrouver ici : Concours Chouettes Toilettes. Les établissements récompensés représentaient une palette diversifiée de bibliothèques : qu’il s’agisse de bibliothèques situées dans des villes de quelques milliers d’habitants, de bibliothèques universitaires et même des bibliothèques étrangères dans un pays francophone, tout le monde peut participer !

Cette heure passée avec le public a été l’occasion de discuter de la genèse et surtout de l’intérêt du concours.  Les discussions ont permis de rappeler qu’il avait pour but de mettre en lumière un accueil inclusif et bienveillant, où le public de nos établissements peut trouver des services utiles et un lieu agréable, de bons indicateurs de l’ambiance de l’ensemble du bâtiment.

De nombreuses questions ont été posées, ce qui a permis, par exemple, de rappeler au passage qu’aucun texte de loi n’impose, pour le public, des toilettes genrées. Les échanges ont également abordé le développement de toilettes plus écologiques, un critère qui est également pris en compte dans le choix du jury.

Une check-list a été établie par l’équipe pour commencer la réflexion sur un meilleur accueil dans cet espace.

Et chez vous, les toilettes sont-elles chouettes ?

La rencontre avec les commissions

Lors de cette édition, vous avez pu rencontrer trois membres de la commission et vous avez été nombreuses et nombreux à venir nous rendre visite ! Merci beaucoup pour votre intérêt et pour vos questions ainsi que vos remarques qui construisent aussi nos réflexions.

Si vous souhaitez nous poser des questions et/ou nous rejoindre, une seule adresse : legotheque@gmail.com

La bibliothèque vivante

Conçue en partenariat avec la commission AccessibilitéS, la bibliothèque vivante proposait la rencontre entre le public et 10 « ouvrages », c’est-à-dire dix personnes qui sont venues partager avec vous leur parcours et leur histoire. Sous titrée « Une histoire vraie pour briser les préjugés », ces rencontres ont attiré 80 personnes et ont été un moment apprécié.

L’atelier autour des fiches « Accueillir des personnes trans en bibliothèque »

Photo de trois paperboard qui reprennent les questions posées lors de l'atelier, avec les remarques des participants.

Suite à la création de la boîte à outils sur l’accueil des personnes trans en bibliothèque, la présentation d’une partie des fiches qu’elle contient a été proposée sous forme d’un world café. Ce format propose à plusieurs groupes de se pencher chacun sur un sujet, puis, au bout d’un certain temps de reprendre le sujet d’un autre groupe pour l’approfondir ou y opposer d’autres arguments.

Ce world café a été proposé en partenariat avec l’ANT, l’Association Nationale Transgenre, et Couleurs gaies, une association LGBTQI+ de Metz. Leur présence nous a permis d’avoir des voix d’usager·es des bibliothèques plutôt qu’uniquement professionnelles, notamment pour répondre aux interrogations des participant·es à l’atelier.

Les trois questions proposées étaient :

  • Un·e usagèr·e vous fait une suggestion d’achat. Un·e collègue vous fait remarquer qu’il s’agit d’un livre transphobe. Que faites-vous ?
  • Vous vous retrouvez face à un·e usagèr·e trans. Comment réagissez-vous ?
  • Qu’est-ce que vous pourriez proposer comme animation pour sensibiliser à la transidentité ?

Toutes les questions pouvaient être mises en lien avec certaines des fiches que nous avions créées.

Les participant·es ont soulevé de nombreux points, qui recoupaient ou pas nos propres propositions.

  • Concernant les collections, les premières remarques concernaient la vérification des informations : quelle maison d’édition, quel·le auteur·ice… La nécessité de s’appuyer sur la loi, ainsi que sur la politique documentaire, a été rappelée. Si l’ouvrage devait tout de même être acheté, des solutions de médiation ont été suggérées : écrire des « coups de gueule », mettre des avertissements, acheter d’autres documents pour contrebalancer, mettre dans un fonds particulier, etc.
  • Concernant l’accueil, les premières questions se sont posées sur la nécessité de genrer la personne, que ce soit à l’oral (« bonjour » plutôt que « bonjour monsieur/madame »), sur les courriers administratifs (lettres de rappel), ou dans les logiciels et questionnaires d’inscription. La question des toilettes a également été évoquée, ainsi que celle du pass sanitaire (qui a pu mettre en difficulté les personnes trans, à cause des problèmes de changement d’état civil).
  • Concernant les animations, de nombreuses idées ont été lancées : des heures du conte avec des personnages trans, des sélections de documents, des animations avec des partenaires associatifs, des projections de films, des bibliothèques vivantes, des animations avec des classes, des podcasts, etc. Des pistes pour faciliter la mise en œuvre de ces animations ont également été suggérées : proposer des formations et des journées de sensibilisation pour le personnel – et les élu·es, visiter des structures qui ont déjà des propositions fortes, etc.

Colloque Lutte contre les violences faites aux femmes : les droits des femmes à l’épreuve des crises

La ville de Strasbourg a organisé par la ville le 23 novembre dernier son colloque annuel sur la lutte contre les violences faites aux femmes. Cette année, c’était le covid qui a inspiré la thématique, Les droits des femmes à l’épreuve des crises. En effet, comme rappelé à de nombreuses reprises par les intervenant·es lors de la journée, la crise du covid a dégradé la situation des femmes : violences économiques, puisque de nombreux métiers de « première ligne » sont essentiellement féminins, et que dans les couples hétérosexuels, ce sont elles qui se sont occupées des enfants confinés ; violences physiques et morales, comme on a pu le constater avec l’augmentation des signalements pour violences conjugales (40% lors du premier confinement, 60% lors du deuxième). 

Ce colloque a été organisé par la ville de Strasbourg, en partenariat avec de nombreuses associations : le planning familial, SOS femmes solidarité, Ru’elles, la Cimade… Mais également Osez le féminisme et le Mouvement du nid. La présence de ces associations implique des discours abolitionnistes, transphobes ou racistes – qui ont été entendus lors des précédentes éditions du colloque. Cette année cependant, la parole était globalement plus mesurée, et certains sujets n’ont pas du tout été abordés (transidentité, voile, …)., au contraire de l’abolitionnisme. 

Leçons féministes d’une crises / Najat Vallaud-Belkacem

Pour Najat Vallaud-Belkacem, la crise du covid a eu un impact fort sur la place des femmes, notamment dans les pays pauvres où les femmes sont moins indépendantes et plus précaires : l’absence de compte bancaire signifie l’impossibilité de recevoir des aides financières ; la privation de nourriture et de soins au profit des hommes augmente les décès maternels et néonataux ; la fermeture des écoles fait augmenter les grossesses non désirées – surtout précoces -, les mutilations génitales et les violences dans leur ensemble. De plus, les métiers du soin donné à autrui (souvent appelés métiers du care), bénévoles ou salariés, sont souvent réalisés par les femmes, qui sont donc les premières à tomber malade – et à subir l’ostracisation. 

Les plans de relance internationaux oublient souvent les femmes : à l’ONU par exemple, le plan  global ne possède aucun alinéa à leur sujet. Seul le fonds de l’ONU sur les populations évoquent cette problématique.

Najat Vallaud-Belkacem évoque ensuite le harcèlement en ligne : les femmes en sont les premières victimes, quel que soit leur bord politique. Elles sont donc nombreuses à quitter les réseaux sociaux, ce qui fait encore baisser la place des femmes dans l’espace public. 

État des lieux : crise sanitaire, quelles menaces pour les droits des femmes en Europe ? / Amandine Clavaud

Amandine Clavaud présente les menaces sur les droits des femmes en tant de crise comme un problème circulaire. En effet, elles sont absentes des différentes instances qui font de la gestion de crise : dans les médias, plans de relance, instances d’aide à la décision,… fait baisser leur état de santé : santé mentale, risque de violences, manque d’accès aux droits sexuels et reproductifs, etc. En plus de cela, l’articulation des temps de vie avec les tâches ménagères et le télétravail crée une précarité économique et sociale, ce qui explique leur absence dans la gestion de crise.

Femmes providentielles mais femmes invisibles et sous payées / Rachel Silveira

Avec la crise du covid, la société se rend compte du rôle essentiel des femmes notamment avec les métiers du care : on se souvient des applaudissements lors du premier confinement pour les soignant·es, même la plupart de ces métiers sont toujours dévalorisés. Pour Rachel Silveira, « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur leur utilité commune.» 

Pourquoi revaloriser ces métiers ? Il ne s’agit pas uniquement d’augmenter les salaires, mais aussi de reconnaître le travail des femmes.
Comment le faire ? En appliquant la loi de 1982 : à travail égal, salaire égal. Mais il faut aller plus loin : à travail de valeur égale, salaire égal. Le management est aujourd’hui de plus en plus valorisé, quand les métiers de service et de soin le sont de moins en moins.

Il faut une reconnaissance des diplômes, des technicités, de toutes les responsabilités, mais aussi des charges physiques et nerveuses. 

La précarité des femmes tient des salaires inégaux pour un travail égal, mais aussi d’autres facteurs : les temps partiels imposés, les horaires atypiques, le temps de travail mesuré en actes, et la difficulté du déroulement de carrière.

Table ronde à quatre voix / Animée par Anna Matteoli

Suite à cette table ronde, deux questions ont été posées :

  • Suite à la crise du covid, des garde-fous existent-ils pour que la situation des femmes ne se dégrade pas lors d’une prochaine crise ?

Les intervenantes évoquent plusieurs possibilités : continuer la lutte, partager les infos ; faire pression sur la politique publique (pour demander par exemple que des données genrées soient collectées lors des enquêtes publiques) ; élire des gouvernements progressistes ; réunir les ministres des droits des femmes au niveau européen voire international ; former les décideurs. 

La question des droits des femmes est une question sociale. Porter une politique féministe ne peut pas suffire sans porter également la lutte des classes.

  • Quelles sont les actions simples pour améliorer les droits des femmes de manière structurelle ?

Le point de départ de toutes les actions doit être l’éducation. Aussi, faire signer des propositions aux candidat·es et faire des actions en justice s’iels ne les respectent pas est une solution évoquée. Enfin, la place importante des syndicats dans les luttes féministes est mise en avant, avec un mot d’ordre : syndiquez-vous !

Table ronde : Nouvelles dynamiques partenariales et retours d’expériences dans la prise en charge des femmes victimes de violences / animée par Françoise Poujoulet

Pendant le premier confinement, le 3919, numéro pour les femmes victimes de violence, a enregistré 45 000 appels, dont 29 000 en avril – soit 3 fois plus d’appels que d’ordinaire.

Il y a cependant eu pendant cette période une continuité de l’action des services sociaux et des associations, comme par exemple : 

  • un plan de lutte contre les violences faites aux femmes en période de confinement a été mis en place par le gouvernement depuis le 30 octobre 2020,
  • l’association SOS femmes solidarité a mis en place de nombreuses places d’hébergement d’urgence, surtout dans des hôtels. Entre 60 et 80 femmes et enfants en situation d’urgence ont pu bénéficier de ce service. La question des repas et du linge se posait, et c’est l’association qui a mis en place une buanderie et une cuisine dans leurs locaux. Il y a également eu la mise en place d’une continuité pédagogique, tant en termes de matériel (accès à des ordinateurs, à internet, à des imprimantes, etc.) que de formation (informatique, français langue étrangère, etc.)

Anne-Cécile Mailfert, dans son intervention Quelles perspectives pour les droits des femmes dans le « monde d’après » ?,  fait en quelque sorte une conclusion de la journée. Celle-ci a été l’occasion de se rendre compte que nous évoluons dans un monde d’hommes. Quatre points fondamentaux sont à retenir en ce qui concerne les violences sexistes : le caractère massif de ces violences, la cristallisation de ces problématiques en temps de crise, le monde de violences qui est légué aux enfants… Mais également l’espoir de démocraties qui donneraient leur place aux femmes.

Les actes du colloque seront disponibles à la Médiathèque Olympe de Gouges à Strasbourg. 

Mediasex 2020 : Médiatiser les sexualités

Les dates de rencontres professionnelles (ou non) qui s’annulent, les performances artistiques qui se dérobent comment les mots à nos bouches, les sons à nos oreilles, les gestes à nos yeux avides de sens… en attente d’un « plus tard » qui n’en finit pas d’arriver. On l’a tous.tes compris, la crise a bouleversé encore plus notre rapport au monde « physique » pour nous imposer, parfois, un monde virtuel, tant dans le monde du travail que dans le monde culturel et même dans nos alcôves !

Le confinement, c’est l’occasion de suivre de nombreuses manifestations en ligne qui permettent paradoxalement de penser nos pratiques et notre intimité par écran interposé. C’est pour cela que la Légothèque revient cette semaine sur un événement universitaire intéressant tant pour son engagement politiquement queer que sur la pluralité des points de vue proposés sur différents sujets trop souvent esquivés dans le débat universitaire par pudibonderie ou crainte de retour de bâton (la pornographie, le travail du sexe, l’hétéronormativité, le racisme dans nos réseaux sociaux de drague queer…). L’événement Mediasex 2020 réunissait du 2 au 4 novembre plus de 30 intervenant.e.s aux horizons divers.

Logo de l’événement, réalisé par Atelier Youpi, design graphique sans stéréotypes

Interroger nos représentations personnelles à l’ère du numérique : pour une EMI sur l’éducation sexuelle

Alors, certes, on s’éloigne un peu du domaine des bibliothèques. Mais force est de constater que les pratiques culturelles se sont déplacées vers des médias en lignes. Les pratiques sexuelles également. Et la sphère queer n’est pas en reste. De manière plus large, Mediasex s’intéresse aux manières de représenter la sexualité dans différents médias (télévision, cinéma, publicité…) et à la manière dont cette représentation impacte directement nos représentations personnelles. Ces analyses sont donc précieuses aux professionnel.le.s de l’information (et de médiateur.ices culturels) que nous sommes. On pourra ainsi comprendre ce colloque international comme une pierre apportée aux réflexions que nous pouvons avoir en termes d’éducation aux médias et à l’information (EMI). Or, l’EMI a encore peu (voire jamais) exploré le rapport que les médias ont avec les sexualités « minoritaires » avec les conséquences qu’on peut imaginer : quel rapport entretenons-nous avec les images, la publicité, la séduction, la pornographie ? On peut nous objecter que tout cela n’est pas du ressort des bibliothèques, déjà suffisamment occupées sur plusieurs fronts et dont les missions d’EMI se sont plutôt orientées, à juste titre, sur la question des « fake news » ou de la désinformation. Mais je pense qu’il est intéressant au moins de se pencher sur ces questions, même s’il peut être difficile de porter une animation sur le sujet de l’éducation sexuelle, sujet souvent tabou voire décrié en France.

Une conférence est intéressante à cet égard : Sharif Mowlabocus dans sa contribution « La modération du racisme sur les applications de drague gay : le cas de Grindr » souligne comment une campagne de sensibilisation contre le racisme, la transphobie, le validisme et la sérophobie d’une application de rencontre virtuelle mène subrepticement à un glissement vers « l’injonction au travail gratuit de modération […] adressée aux utilisateurs ». Un glissement qui dédouane progressivement les plateformes (on peut penser au cas de Twitter à cet égard). Ainsi, « cette injonction [fonctionne] comme un fardeau placé sur les épaules des utilisateurs les plus marginalisés de Grindr, à qui il est demandé de prendre soin de la plateforme et de la garder « propre ». »

L’éducation au média n’aura donc pas lieu sur ce type de plateforme, sauf a supposer qu’elle vienne des utilisateurs les plus « woke » (avertis) au risque de rendre impossible toute communication, créant encore une fois de nouveaux phénomènes excluants entre ceux qui « savent » déjà et ceux qui renouvellent consciemment ou inconsciemment les phénomènes d’exclusion déjà présents dans le monde « réel ».

De même, Andrea Zanotti analyse comment l’interface même de Scruff, une autre application, reproduit les normes sexuelles et de genre. Le recours aux filtres et à la géolocalisation faconne notre regard sur l’autre. « Structurées au croisement de la race, du genre, de l’âge, de la classe mais aussi des types de corps, de sous-cultures gays, et des facteurs sexuels (préférences et pratiques), ces normes créent des hiérarchies de désirs et de désirabilités auxquelles les utilisateurs doivent faire face. » Sortir de cette logique de sélectivité devient alors une gageure politique.

Autre contribution intéressante concernant l’enjeux des représentations de la fiction sur l’univers enfantin cette fois. Le travail d’Ariane Temkine remet en perspective l’univers de Disney présenté a priori comme désexualisé mais qui en réalité sublime les relations hétérosexuelles. Si ce sujet a déjà été abordé par de nombreux.ses militant.e.s, le travail de cette doctorante s’appuie sur les travaux de Vito Russo ainsi que sur les analyses des fans sur les réseaux sociaux. On attend donc avec impatience la publication de cette thèse dans les années à venir.

Médiations en établissement culturels : interroger nos pratiques inconscientes

Mais comment peut être pris en charge cette EMI difficile, pour sortir des représentations « classiques » du couple (disons le mot, des représentations hétéronormées) ? Une autre contribution [1] revient sur la manière dont une exposition sur les jeux vidéo est conçue par « [des] muséographes [qui] imaginent le futur public en se représentant une visite hétéroconjugale et familiale ». Vu sous ce jour, la médiation culturelle (physique) prend une dimension importante et oriente de fait les œuvres présentées, sans laisser l’opportunité d’une lecture plus queer ou simplement plus inclusive des mêmes œuvres exposées. Une étude d’un an et demi menée par Marion Coville permet d’analyser comment a été conçu cette exposition avec un regard normalisé hétérosexué. Cette muséographie se traduit par des dispositifs techniques permettant le jeu lors de l’exposition. Or, lors de l’exposition, selon l’étude de Marion Coville : « [les] visiteuses mettent en avant un statut de conjointe, se définissent comme « accompagnatrices » et minorent leur pratique. » [2] Ainsi, paradoxalement, une exposition « tout public », est à regarder au prisme du genre pour voir comment des rôles sexués sont reproduits. L’étude de Marion Coville ne propose pas de « solution » toute faite afin de lutter contre des phénomène d’invisibilisation. Mais à l’heure où la pratique des jeux vidéo entre de plus en plus dans le monde des bibliothèques, c’est une porte ouverte à la réflexion quant à cette pratique : quelle médiation permettra de rendre la pratique des jeux vidéo véritablement plus inclusive ?

Visibilité dans l’espace public : l’enjeu de la publicité et des campagnes de prévention

Mediasex 2020 s’intéresse dans un ensemble de trois contributions, au regard de la société sur l’homosexualité au travers du média publicitaire ou au travers des campagnes de prévention de santé sexuelle. Nombreuses ont été les controverses autour des représentations de l’homosexualité ou des sexualités queers dans l’espace public. Plusieurs mouvements de (l’extrême) droite ont plus d’une fois dénoncé des campagnes publicitaires ou gouvernementales mettant en scène des couples queers dans l’espace public.

La communication de Keyvan Gorbanzadeh revient sur l’histoire de la régulation des représentations sexuelles publicitaires par l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP). Les divers scandales liés à la publicité interroge sur les normes qui alimentent ces polémiques. Les deux chercheuses Cécile Loriato avec sa conférence « La visibilité de l’homosexualité dans l’espace public comme enjeu de prévention du VIH/sida » et Elise Marsicano avec sa contribution « S’aimer, s’éclater, s’oublier. Quand Santé Publique France prend des risques dans une campagne contre le sida » analysent d’autres scandales liés, cette fois ci, à des campagnes de sensibilisation grâce à un corpus composé des réactions présentes dans la presse. Elles reviennent sur les représentations proposées dans l’espace public. « Plus que la promotion de l’homosexualité, c’est probablement la proposition de dissocier sexualité et conjugalité ou d’associer sexualité et amitié qui a provoqué tant de réactions. » précise a cet égard Elise Marsicano. Ce qui est en jeu est donc bien la remise en cause d’un référentiel conjugal clos par des pratiques extraconjugales qui tardent à être reconnues comme « propres » par une partie de la population, au risque de créer une invisibilisation de ces mêmes pratiques avec des conséquences en termes de santé sexuelle que l’on peut imaginer.

C’est un point qui m’interpelle en tant que -thécaire. Quel est notre rôle en termes de prévention et d’éducation à la sexualité ? Bien sûr nous avons la possibilité de proposer des ressources, des collections au sein de nos établissements sur ces sujets qui en somme ne touchent pas que la communauté LGBTQ. Bien plus, nous ne devons pas penser ces sujets qu’au prisme de cette communauté, au risque de retomber dans une stigmatisation malsaine de la sexualité queer qui serait de fait « dangereuse ». Pour autant, rares sont, dans nos collections, les ressources sur la PrEP par exemple ou sur des sujets plus vastes comme la transition hormonale. En tant qu’établissements culturels ouverts au plus grand nombre, les bibliothèques participent d’une vaste chaine d’informations où les ressources sur ces sujets sont encore peu visibles (par peur de réactions de certains usagers, de certains élu.e.s peut-être). Mais en laissant au placard cet aspect de notre métier, nous donnons peut-être raisons à celles et ceux qui estiment que la santé sexuelle est une affaire « personnelle ». Laisser hors de nos murs ces ressources, c’est donner raison à celles et ceux qui pensent qu’il ne faudrait pas « choquer » les familles venant se documenter en bibliothèque… Et les conséquences en termes de construction de soi sont importantes : elles laissent sur la touche de nombreuses personnes avides de se renseigner sur les dispositifs contraceptifs déjà existants. Surtout, ce débat mène à consolider cette idée inconsciente que les bibliothèques fonctionnent comme un « espace pour la famille » au risque d’accroitre un effet de seuil déjà existant chez certains usagers (ou non-usagers).

Ainsi, en évoquant le rapport que les médias entretiennent avec la sexualité en 2020 et rétrospectivement dans l’histoire récente, Mediasex 2020 soulève un ensemble de questions qui, de près ou de loin, peuvent nous intéresser en tant que professionnels. Si peu de solutions concrètes sont proposées dans ces contributions universitaires, au moins proposent-elles un regard nouveau sur de nombreuses pratiques que nous pouvons avoir.


[1] « Les politiques sexuelles de la visite muséale. Le rôle de la culture hétérosexuelle et de l’imaginaire des usages ‘en famille’ dans la conception et la réception d’un jeu vidéo » par Marion Coville, université de Poitiers

[2] Marion Coville. Experts et non-initiées ? Médiation et rôles conjugaux dans le cadre d’une exposition sur le jeu vidéo. Normes de genre dans les institutions culturelles, Ministère de la Culture – DEPS, 2018, Question de Culture, p.2. On trouvera l’ensemble de cet article à cette adresse internet.


Pour aller plus loin

Vous retrouverez sur le site internet de Mediasex 2020 l’ensemble des descriptions des contributions.

Le compte twitter de Mediasex 2020 : @mediasex2020

Retours sur l’ALMS LGBTQ : Archives, bibliothèques, Musées et collections spéciales LGBTQ+ [1/2]

par Renaud Chantraine . R. Chantraine débute une thèse en ethnologie à l’Ehess après des études de muséologie à l’école du Louvre. Ses recherches portent sur les questions de sexualité et de genre dans le domaine des musées et du patrimoine.

Pour celles et ceux qui s’intéressent de près aux questions relatives à l’histoire et aux mémoires, aux archives ou plus globalement au patrimoine[1] des minorités sexuelles et de genre, le congrès qui s’est déroulé à Londres du 22 au 24 juin 2016 a été un moment majeur. Son sigle un peu barbare, ALMS LGBTQ+ (traduit par « Archives, bibliothèques, Musées et collections spéciales lesbiennes, gais, bisexuels, trans, queer et + ») reflète d’emblée la grande diversité de communautés ou d’individu.e.s, de professions ou d’activités, de discours et d’enjeux rassemblés dans le cadre de cet événement. Lire la suite

Multiculturalisme et Genre à l’IFLA

L’IFLA, association internationale des bibliothécaires, est organisée en section et en groupes d’intérêts spéciaux. Un certain nombre de ces groupes travaillent tout au long de l’année sur les thématiques qui nous intéressent ; d’autres s’y consacrent de manière plus ponctuelle à l’occasion des conférences (open session) organisées pendant le congrès annuel. Nous vous invitons à une découverte de ces groupes.

IFLA World Library and Information Congress 2013, Singapore

La commission FAIFE

Commençons d’abord par la commission FAIFE qui se consacre à la liberté d’expression. Ce groupe a publié un certain nombre de textes, notamment des guides sur la liberté d’expression, la lutte contre la corruption, la circulation de l’information sur le Sida…Il sont aussi rédigé un code d’éthique des bibliothécaires, qui existe en une dizaine de langues, mais malheureusement pas en français. S’il vous vient l’envie de traduire le code, cela serait certainement très appréciée par la commission FAIFE. Les thématiques de ce groupe ne concernent pas directement légothèque, mais dans beaucoup de pays, la question de la lutte contre les stéréotypes s’accompagne bien entendu d’un besoin de redéfinir la liberté d’expression.

La section : Services des bibliothèques aux populations multiculturelles / Library Services to Multicultural Populations

Cette section s’intéresse aux services proposées pour servir au mieux soit des populations diverses ou plus particulièrement des groupes numériquement minoritaires sur un territoire du point de vue culturel ou linguistique. Ils ont aussi un travail de publication et de mise à jour de guides et ont ainsi publié un guide sur les communautés multiculturelles et surtout le Manifeste des bibliothèques multiculturelles signé IFLA et Unesco. Ce manifeste est disponible aussi en Français.  Ils publient aussi une newsletter dans laquelle vous pouvez suivre les actions de cette section. Newsletter qui parait deux fois par an, mais uniquement en anglais. Pour savoir ce qui anime les membres de cette section ou simplement pour avoir des informations variées sur la question des services aux populations multiculturelles, vous pouvez vous inscrire à leur liste de diffusion. Pour 2013, cete section a lancé un appel à communication sur le thème suivant : « Indigenous knowledge and multiculturalism in LIS education and library training: infinite possibilities », à savoir la formation au multiculturalisme (…) dans les formations de bibliothécaires. c’est un thème qui peut intéresser soit des bibliothèques qui proposent des services multiculturels et qui ont un regard sur les besoins des bibliothécaires pour savoir mettre en place ces services, soit des enseignants et des formateurs. Les propositions sont à faire en anglais, mais l’intervention pourra se faire en français, car cette section demande toujours une traduction simultanée. N’hésitez pas à envoyer une proposition !

Le groupe d’intérêt spécial : questions indigènes

Ce groupe dépend de la section précédemment décrite mais est tout à fait autonome sur les conférences organisées, les publications…S’il dépend d’une section c’est qu’il ne réunit pas assez de membres inscrits pour être officiellement une section. C’est souvent le cas pour des points très spécifiques. Ce groupe propose quelques textes clés pour amorcer des discussions autour de ce thème. Il semblerait que cette année le groupe ne propose pas de conférence seul, mais le thème de sa section mère abordant les questions indigènes répond aussi à la demande du groupe.

Le groupe d’intérêt spécial : RELINDIAL

Ce groupe est tout nouveau ; il est né l’an dernier et a pour vocation le dialogue entre les religions notamment à travers les bibliothèques religieuses. Pour donner un exemple, la bibliothèque universitaire de l’université Catholique de Paris y est engagée. Ils proposent aussi une conférence cet été avec un appel à communication sur le thème des outils permettant un meilleur partage de l’information sur les religions. La question du multiculturalisme touche aussi bien sûr la question des cultures religieuses, spirituelles et nous vous signalons donc la possibilité de participer à cette conférence.

Le groupe d’intérêt spécial : Women, Information and Libraries

Ce groupe s’intéresse aux femmes bibliothécaires, aux femmes public de bibliothèques, aux femmes sources d’informations. Ce groupe a aussi une liste de diffusion à laquelle vous pouvez vous abonner et propose chaque année une conférence pendant le congrès. Vous pouvez retrouver les archives sur le site. Pour l’été 2013, au congrès annuel, le groupe va lancer un appel à communication sur le thème : « LIS professionals in the East contributing to improve women’s lives », soit la contribution des professionnels des sciences de l’information et de la bibliothéconomie à l’amélioration de la vie des femmes en Asie. Pour rappel, le congrès se passe à Singapour, d’où la thématique choisie. L’appel n’a pas encore été relayé, mais il ne saurait tarder.

Autres sections et groupes

D’autres groupes ou sections proposent pour 2013 des conférences sur ces thématiques, mais de manière tout à fait exceptionnelle. Le groupe d’intérêt spécial, histoire des bibliothèques, propose cette année une conférence sur le thème : Colonial and Post-Colonial Perspectives on Libraries, Readers, and Book Culture in Asia. Là encore l’appel n’a pas encore été lancé.

La section Théorie et Recherche en bibliothéconomie (LTR : Library Theory and Research) propose cette année le thème de la diversité pour sa conférence : « Diversity in libraries: research reflecting theoretical approaches and practical experimentation ». Pour cette conférence aussi la traduction simultanée a été demandée.

Comme on peut le voir, l’IFLA est riche en propositions sur les thèmes qui intéressent Légothèque et nos lecteurs. Tous ces appels à communication donneront lieu, certes à une conférence, mais aussi à la publication des articles sur le site web de l’IFLA. Quand les articles seront disponibles, nous vous les indiquerons.

Masculins/Féminins : dialogues géographiques et au-delà

Du 10 au 12 décembre prochain, les universités de Grenoble 1 et 2 organisent un colloque international sur le genre :

« Masculins/Féminins : dialogues géographiques et au-delà ».

Logo du colloque

Organisé par des chercheurs et chercheuses en géographie, ce colloque est itinérant. Conçu comme une biennale, il circulera une année à Grenoble, deux années plus tard à Bordeaux. Voici une courte présentation des enjeux du colloque :

« Il est fort à parier que les recherches interrogeant le rapport  genré à la spatialité, aux lieux, à l’action sont traversées par des controverses. Dans le champ de la géographie, les approches par genre ont été questionnées dans leur fondement épistémologique, leurs valeurs et leurs légitimités pour être aujourd’hui considérées comme un objet géographique, un « construit cognitif permettant d’appréhender un phénomène spatial » (Lévy et Lussault, 2003).  Il y a eu des moments, des lieux où cette controverse a été débattue (Lyon-Grenoble, 2004), (Bordeaux, 2010)… dévoilant ainsi les points aveugles et les effets d’occultation de la discipline dans l’analyse de la relation de genre à l’espace. « 

Pour ma part, donnant des cours sur la signalétique et donc intéressée par la dimension spatiale de nos bibliothèques, je me demande dans quelle mesure le genre prend position spatialement dans nos établissements. Michel Melot disait dans la Sagesse du Bibliothécaire avoir vu des bibliothèques à Dubaï et en Corée dans lesquelles des espaces non-mixtes étaient prévus. En d’autres termes, il y avait une salle pour les hommes et une salle pour les femmes. Il s’agit alors d’une spatialisation séparatrice, quelles qu’en soient les raisons. On reconnait le droit aux unes et aux uns d’entrer dans une salle mais pas dans l’autre. Il y a à la fois quelque chose de l’ordre de l’autorisation et de la restriction.

Qu’en est-il quand la spatialisation relève plutôt de la collection, plus que du public ? Il ne s’agit plus de dire que telle salle n’est accessible qu’à un tel public, mais que telle salle correspond à une collection qui attirera plutôt un public spécifique. Par exemple, une salle avec des fonds sur l’homosexualité ou une salle entièrement remplie d’ouvrages en espagnol sur un territoire où l’espagnol n’est pas la langue première mais est celle de la communauté immigrée la plus importante. Ces espaces générent-ils des recontres entre les genres, les cultures ? Sont-ils au contraire plutôt le lieu d’une construction de l’individu, face à l’appropriation de sa culture ? Comment devenons-nous les signaler ? Quelles y sont les règles d’usage ?

Si dans mes voyages, je croise une bibliothèque qui aura fait des espaces genré, je ne manquerais pas de leur poser ces questions et de vous trrasmettre leurs propres analyses. En attendant, nous pouvons toujours aller à Genoble pour suivre ce colloque.

Raphaëlle