Dialogue entre la recherche, les militant.e.s, les archivistes et bibliothécaires ou quand un atelier universitaire et une brochure nous interrogent sur nos pratiques professionnelles

Par Marine Gilis, doctorante : année préparatoire à la thèse, diplômée du master Genre, Politique et sexualité de l’EHESS

Un atelier universitaire intitulé « Archives, mémoire, transmission du féminisme et LGBTQ+ » , soutenu par l’association EFiGiES (réseau de jeunes chercheur.e.s en étude de genre), a débuté le 6 octobre à Paris. Cet atelier vise non seulement à interroger les archives en tant qu’objet, à travers un regard pluridisciplinaire, mais il vise aussi plus largement à questionner la construction des identités, des mémoires, à explorer et comprendre le processus de transmission. Animé par des jeunes chercheur.e.s, mais ouvert aux chercheur.e.s plus expérimenté.e.s, aux professionnels de l’archivage, de la documentation, de la conservation et aux militant.e.s, cet atelier s’organise en quatre séances sur l’année, à Paris et à Toulouse. Il s’adresse à tous les publics : étudiant.e.s, chercheur.e.s, professionnel.le.s et usager.e.s.
Interroger le métier, les transformations technologiques, les savoirs, l’égalité.
Alors que le féminisme et les questions LGBT sont souvent envisagées du point de vue des politiques d’égalité et des discriminations, l’atelier se propose ici d’interroger cette mémoire collective d’un autre point de vue, celui des professionnel.le.s, chercheur.e.s et militant.e.s, qui ont la responsabilité de sa sauvegarde. Quel sens donner aujourd’hui aux études féministes et de genre ? Par qui, comment et pourquoi une mémoire « minoritaire » doit-est-elle être construite, écrite, racontée ? Comment mettre à disposition les ressources, archives et documentation, à tous les publics ? Comment inclure cette diversité des mémoires féministes et LGBT et assurer la pérennité et la visibilité des associations et institutions qui la transmettent ? Que faire en contexte autoritaire, répressif, face à la censure ou encore la globalisation et les transformations technologiques ?

Un nouvel outil : la brochure « Faire des études féministes et de genre en France »

La première séance de l’atelier s’est déroulée le 6 octobre. Partant du constat que les études de genre et études féministes en France sont encore peu visibles et qu’il reste difficile, notamment pour les étudiant.e.s étranger.e.s, de trouver les ressources (bibliothèques spécialisées, revues, réseaux, formations, etc) qui leur permettent de bien démarrer et poursuivre leur cursus, l’objectif de cette séance était de présenter ces ressources et de favoriser un échange d’expérience de recherche et en tant qu’usager.e. Lors de cette séance, un moment convivial a suivi le lancement et la présentation de la toute nouvelle brochure, « Faire des études féministes et de genre en France », soutenue par l’association EFiGiES et créée par quatre doctorant.e.s : Marine Gilis (année préparatoire à la thèse, diplômée du master Genre, Politique et sexualité de l’EHESS), Valentin Gleyze (art, lettres et langues à l’Université de Rennes 2), Marine Rouch (histoire contemporaine à l’Université Toulouse 2 et Lille 3) et Justine Zeller (histoire contemporaine à l’Université Toulouse 2). Cette brochure recense, sur une quarantaine de pages, les centres d’archives et de documentations spécialisées, musées, associations et réseaux universitaires, listes de diffusion et portails de recherche, revues, bourses, prix et formations existants en France. Sont mises en perspectives, en outre, aussi bien les bibliothèques municipales, qu’associatives et universitaires. Quelques encadrés présentent des fonds, collections et espaces dédiés comme le Centre de ressources sur le genre à la bibliothèque municipale de Lyon, les fonds de la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine, l’ « Espace Egalité de genre » de la médiathèque Olympe de Gouges à Strasbourg, etc. La brochure sera enrichie progressivement grâce à la collaboration de tous.tes.

Perspectives

Cet atelier et cette brochure nous mettent face à ce questionnement : comment s’empare-t-on de ces outils ? Si la mise en réseau et le dialogue entre bibliothèques spécialisées, municipales et associatives est un processus complexe, cet atelier est l’occasion de se réunir et peut-être, pendant une séance, le moment de questionner collectivement ses pratiques et la recherche en sciences de l’information et de la documentation. L’atelier est en effet ouvert à toute proposition, du moment que ladite séance soit ouverte à tout public.

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Médiation numérique et bibliothèques

« Les bibliothèques et la transition numérique : les ateliers internet, entre injonctions sociales et constructions individuelles »

/ sous la direction de Pascal Plantard et Agnès Vigué-Camus

Ce livre a retenu l’attention de Légothèque car il s’intéresse à un aspect spécifique de la construction de soi : l’inclusion numérique dans un monde en perpétuelle évolution technologique. Il souligne le rôle d’accompagnement des bibliothèques dans la construction des individus via des collections, des espaces et des services, parmi lesquels se trouve la médiation numérique en bibliothèque. Cet article a pour objectif de balayer les enjeux à l’oeuvre dans ce processus.

Cet ouvrage apporte un regard croisé dynamique : analyses de sociologues et retour d’expériences de bibliothécaires en France et à l’étranger, ce qui en fait un texte vivant, ancré dans des pratiques concrètes. Lire la suite

Littératures et « francophonie » #1 – Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne / Kaoutar Harchi

« Suffit-il d’écrire dans la langue de Molière pour êre reconnu comme un « écrivain français » ? Ou la littérature entretient-elle, en France, un rapport trop étroit avec la nation pour que ce soit si simple ? »i

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Manuels scolaires et stéréotypes, les études du centre Hubertine Auclert

Après les manuels scolaires d’histoire en 2011 et ceux de mathématiques en 2012, le centre Hubertine Auclert, centre francilien de ressources pour l’égalité femmes-hommes, décrypte cette année les stéréotypes sexistes dans les manuels  scolaires de français.
Les résultats de l’étude seront présentés jeudi 21 novembre 2013, dans le cadre du Salon européen de l’éducation, porte de Versailles à Paris.
Egalité femmes-hommes dans les manuels de mathématiques. Une équation irrésolue ?

Qui nous dit qui nous sommes ? (2e partie)

Ce billet fait suite à ce premier qui, il y a quelques mois, initiait une réflexion à partir de cours de l’enseignant-chercheur en sociologie Claude Poissenot. Ses interrogations se confrontent aujourd’hui au débat sur le « mariage pour tous ».

Du premier papier (je n’ose pas dire écran) je copie et je colle les réponses apportées à la question « Qui nous dit qui nous sommes ? » : « la famille, les amis, les enseignants, les thérapeutes, les fiches d’état civil, les médias, les sondeurs, les sociologues, les publicitaires, les gourous… ».

Je me fais aujourd’hui médiateur et j’invite les lecteurs du blog de légothèque à lire sur le site web de Médiapart la tribune de Anne-Laure BonvalotBrice ChamouleauBertrand Guest et Canela Llecha, doctorants en sciences humaines et sociales, entrant dans le débat sur le mariage pour tous afin « que de nouvelles manières d’exister, radicalement égalitaires, puissent un jour advenir ».

Cette tribune est intitulée Nos vies à la radio.

Selon moi ce titre est à entendre comme la dénonciation d’un vol, d’une usurpation de la parole (et de fait de la pensée) : sous prétexte que ceci lui est légitime, Untel dit ce que un Autre est censé penser, faire… enfin vivre. S’il s’agit bien là d’une appropriation (de la parole et de fait de la pensée), est-ce cela être légitime : s’approprier ?

Je pense que nous sommes bien dans la question posée par le sociologue Claude Poissenot : « Qui nous dit qui nous sommes ? » car nous avons dans cette tribune deux réponses : Qui nous dit…  « des partis politiques et des « responsables » religieux » ; …qui nous sommes ? « un groupe de personnes différentes ou pas tout à fait normales mais tellement sympathiques et même nécessaires ». Et ce qui est frappant c’est que le principal intéressé, le nous, n’est finalement pas présent : il est représenté (rendu présent) mais sans permission, il est interprété, sujet mais sujet de discussion.

Quel lien avec les bibliothèques et leurs enjeux ?

Peut-être discuter de la légitimité des bibliothécaires de juger ce que les lecteurs « doivent » lire et ce qu’ils « ne doivent pas » lire (écouter, visionner…) :

« Cet auteur est un auteur à succès qui ne changera pas la marche du monde. Celle-là est trop élitiste pour notre public majoritaire. Celle-ci ne vote pas pour le même parti politique que moi. Celui-là ne vole pas haut. »

Certes, plus un bibliothécaire a conscience de lui-même, plus il peut écarter ce genre de pensées ou leur apporter des nuances,  mais quel que soit le degré de conscience qu’il a de lui-même, le bibliothécaire doit faire des choix : il ne peut tout acheter, tout mettre en rayon, atteindre l’exhaustivité. Ou alors si : il le peut ?

Disons ici que non et disons encore une fois qu’un bibliothécaire, suivant le recul qu’il a sur lui-même (notamment son éducation, sa filiation), sera plus ou moins en mesure d’assurer un équilibre dans ses rayons, équilibre à l’image de la biodiversité (dans l’espère humaine…).

Je donnai en exemple l’éducation et la filiation mais il peut être aussi question de sentiment d’injustice : nous pouvons imaginer qu’un bibliothécaire qui milite dans sa vie privée pour une cause sera tenté, lorsqu’il passe commande d’ouvrages, de donner de la voix à cette cause et de faire taire la voix opposée. Quelle légitimité à cela ? N’est-ce pas s’approprier un sujet de discussion plutôt que le faire vivre ? N’est-ce pas dépasser le rôle strictement professionnel du bibliothécaire ? Mais alors, si un bibliothécaire met en avant par une animation un sujet peu ou très subjectivement traité par les massmedia (pour rester dans l’exemple de la tribune), que fait-il ? Milite-t-il ou exerce-t-il sa profession ?

S’il l’exerce alors bibliothécaire est le nom donné à la fonction qui consiste, entre autre, à être le gardien de la diversité de points de vue, de sentiments, d’émotions – exprimés par des livres, des images, du son…

Alors un bibliothécaire doit-il être en mesure d’assurer que son fonds est équilibré ou qu’à l’image de cet équilibre vers lequel il faut tendre il lui semble juste et même de son devoir de mettre en valeur un sujet peu ou très subjectivement traité hors de ses murs ?

(Bien sûr je dis son fonds et ses murs pour des facilités d’écriture non pour dire que le bibliothécaire s’approprie le bien public).

Ce rôle d’équilibriste est probablement encore plus affirmé dans les bibliothèques de petite taille : comment traiter partialement un sujet avec peu de place et de moyens financiers ? Le bibliothécaire doit toujours faire des choix : privilégier le point de vue le moins représenté dans les massmedia (pour rester dans l’exemple de la tribune) ?

(…)

Enfin, oui, bien que non prolifique sur ce blog, j’ai succombé à l’attrait du être dans l’actualité. Ou alors c’est que cette tribune m’est apparue au-delà de l’actualité. Ainsi je fais coup double. Par l’écriture je cherche à reproduire une intense sensation : un sentiment ou plutôt l’émotion d’un moi qui se sent proche d’autres mois. Un moi qui est, quelle que soit sa singularité, de ce Nous volatile qu’est l’Humanité.

C’est qu’il faut faire effort pour exister, se sentir vivre, se faire entendre ?

En tout cas, beaucoup ne se gênent pas pour se faire entendre au point de parler pour d’autres, ne se gênent pas pour dire de certains ce qu’ils pensent d’eux et non ce qu’ils savent d’eux (puisque : qu’en savent-ils ? Et même et avant tout, ces penseurs : que savent-ils et que disent-ils d’eux-mêmes ?).

Gérald Loye

NB : Médiateur : [Dictionnaire de la langue française, Encyclopédies Bordas, © SGED, Paris 1994] I. nom. 3. BIOCHIMIE, PHYSIOLOGIE. Substance libérée par les fibres nerveuses et par l’intermédiaire de laquelle ces fibres agissent sur d’autres éléments cellulaires. La noradrénaline et l’acétylcholine sont des médiateurs chimiques.

Enfance et homosexualité : un exemple d’animation

EDIT 09/07/2012 : Voici le lien vers la vidéo de la conférence : http://www.bm-lyon.fr//spip.php?page=video&id_video=629

Il me semble important de partager les exemples que nous pouvons trouver d’animations autour de nos trois thèmes (multiculturalisme, orientation sexuelle et sentimentale, questions de genre). Voici donc un exemple autour de l’enfance et homosexualité, partagé avec nous par Sylvie Tomollilo de la Bibliothèque Municipale de Lyon. Le 16 mai dernier, cette bibliothèque a organisé une projection-débat dont voici le programme :

1/Projection du court métrage d’animation « Le Baiser de la Lune »

Le baiser de la lune, un film de Sébastien Watel

Un film de Sébastien Watel (France, 2010, 26 mn, animation sable et pastel), produit parL’espace du mouton à plumes – JPL films – TV Rennes 35, avec notamment le soutien du CNC, de la Région Bretagne et de la Ligue de l’enseignement 35.En présence du réalisateur. Lire la suite