Ensemble pour lutter contre les stéréotypes de genres dans l’édition

Je m’appelle Julia Pietri,  je me considère comme une Féministe Pop’, c’est à dire que j’utilise dans mon travail la “Pop’ Culture” pour déconstruire les stéréotypes de genres, et rendre mon travail le plus accessible pour toutes et tous.

Photo d'une femme blanche aux cheveux châtains décolorés qui porte un manteau noir. Elle se tient devant une devanture de magasin et tient une affiche avec une représentation d'un clitoris rose, avec la mention "it's not an emoji".

Je ne m’adresse pas aux convaincu.e.s. J’essaie de créer de petites “portes ouvertes” vers le féminisme,  des portes d’éveil pour que de nouvelles personnes y entrent, et par la suite, commence à détricoter la pelote de laine du patriarcat par elles-mêmes.  

C’est pour cette raison que j’ai crée ma maison d’édition BETTER CALL JULIA, une maison d’édition indépendante, qui a pour but de faire avancer la réflexion sur les questions des droits des femmes et des questions de genres, en explorant de thématiques et des approches novatrices. 

J’ai lancé une rubrique Jeunesse pour écrire les livres que j’aurais adoré lire quand j’étais petite. Des livres où l’on trouve des réponses simples et sans tabous sur les sujets d’éducation et de santé sexuelle. Les enfants doivent avoir conscience de ce qu’ils ont entre les jambes. Sinon, comment peuvent-ils avoir conscience du consentement et se protéger? Si rien n’existe, il n’y a rien à protéger… »

Visuels de deux livres : le petit guide de la foufoune sexuelle et son second tome.

Inclusive et bienveillante, je parle à la première personne dans mes livres, un lien direct afin de créer un lien de confiance avec les jeunes lectrices et lecteurs. 

Dans Le petit guide de la foufoune sexuelle – Tome 1, je parle de consentement et de corps aux petites filles et aux petits garçons de 4 à 12 ans.

Sans précéder les attentes de l’enfant, ce livre permet de poser des questions aux enfants qui pourront y répondre en fonction de leur âge et de leur maturité. Dans ce livre on parle du sexe comme on parle de l’estomac et j’invite les enfants à exprimer leurs émotions, à poser leurs questions pour les inciter à prendre la parole sans tabou.

Sommaire d'un livre avec quatre parties : découverte du corps, notre corps nous-mêmes, tu grandis ton corps aussi et le monde des grandes et des grands.

On y parle de corps, de pipi, de caca, de l’intimité, de la nudité, de la découverte de l’anatomie, de l’image de soi,  de nos émotions, des câlins, de l’amour, des bébés, mais aussi de la sororité, des frères et des soeurs, à l’importance du respect mutuel ou encore des interdits. Le livre se termine sur les âges de la vie… Grandir c’est quoi ? Et dévoile un peu le monde de la puberté. 

Ensuite, j’ai écrit le Tome 2 pour les ados. 

Le petit guide de la foufoune sexuelle – Tome 2, pour les filles et les garçons. Dans ce livre, on parle aux filles et aux garçons c’est important.

Je parle avec bienveillance et inclusivité de la puberté. J’y explique les émotions, les pics d’hormones, le consentement, les premières fois, les règles, les poils, l’égalité HF et aussi comment mettre un préservatif par exemple …

L’illustratrice Pauline Deshayes accompagne ce guide de magnifiques planches anatomiques, où l’on découvre la véritable anatomie de la vulve, du clitoris, du vagin et aussi du pénis bien sûr.

Planches anatomiques dessinées du pénis, interne et externe et du complexe utéro-clito-vaginal, interne.

Parler d’éducation sexuelle est d’utilité publique car c’est une question de santé sexuelle pour toutes et tous. Ce petit guide prône l’égalité des sexes, aborde les notions d’identité, de liberté, sans oublier de parler des droits fondamentaux et de la prévention.

Tout ce que l’on a besoin d’entendre pour grandir dans une atmosphère heureuse et bienveillante est à l’intérieur !

Dessin de quatre personnages, deux ayant une vulve et deux ayant un pénis. Les différentes évolutions à la puberté sont notées selon le type d'organe génital possédé.

L’éducation à la sexualité est un droit. Toute personne doit recevoir une information de qualité, non discriminatoire et adaptée à sa maturité puisque la sexualité est présente à tous les âges, elle joue un rôle important dans notre développement personnel et nos rapports sociaux. 

Mes références:

Vous pouvez retrouvez mes livres sur le site: https://gangduclito.com/

Le site de la maison d’édition:  http://bettercalljulia.com/

Mon site personnel: https://www.juliapietri.com/

Mon insta : @gangduclito

Les éditions Double ponctuation : l’indépendance au cœur

Entretien avec Étienne Galliand, éditeur

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’exercer votre métier d’éditeur ?
C’est forcément l’histoire d’un parcours personnel… Mais je dirais que comme beaucoup de gens, le livre a été un espace-temps charnière dans ma construction – que ce soit en tant qu’individu ou en tant que citoyen. J’ai donc grandi avec ces livres-mondes, férocement intimes mais ouverts sur l’universel – de ceux qui comptent autant, parfois, que certaines expériences vécues… Je sais ce que je dois aux livres.
Après des études d’Histoire, je me retrouve « tout naturellement » au Festival du premier roman de Chambéry, où j’assurais la relation aux éditeurs – il fallait convaincre d’envoyer gracieusement au Festival plusieurs services de presse pour que les Comités de lecture puissent lire les livres parus dans l’année ! Le Festival était hébergé par la Médiathèque de Chambéry – j’ai pu approcher alors de près le fonctionnement d’un « navire amiral » de lecture publique comme l’était la Médiathèque. J’ai compris à ce moment-là toute l’importance que ces lieux pouvaient avoir, comme espaces de contact au livre évidemment, mais bien plus largement comme lieux de sociabilisation, d’acceptation, de bienveillance – où les conventions sociales reposant sur la hiérarchisation, sur la compétition, sur la justification permanente n’ont plus vraiment la même importance… Passer la porte d’une bibliothèque ou d’une librairie reste encore pour moi, y compris au niveau sensoriel (ne trouver là que de petits bruits enveloppés de silence), une expérience unique, pacificatrice.
Après être passé par l’École de la Paix à Grenoble, j’ai cofondé l’Alliance internationale des éditeurs indépendants, que j’ai dirigée pendant 10 ans. Ce fut une formidable aventure, d’une intensité humaine incroyable. Mais je ressentais le besoin depuis quelques temps de « passer de l’autre côté », de me rapprocher du texte – et c’est ainsi que sont nées les éditions Double ponctuation. Même si mon histoire avec le livre et l’édition est déjà longue, mon activité proprement éditoriale est assez récente, puisque le premier ouvrage commercialisé professionnellement (par le biais d’un diffuseur et d’un distributeur, CEDIF et POLLEN) est Interdiction de publier de Jean-Yves Mollier, sorti en 2020. Depuis, le catalogue compte une vingtaine de titres et ne va pas cesser de s’enrichir, vu le programme de publication prévu !
En tant qu’éditeur indépendant, je me considère vraiment comme un artisan – en opposition à la fois aux logiques quasi industrielles et fortement capitalistiques des grands groupes éditoriaux mais aussi en matière de savoir-faire : là où la division des tâches est la règle dans une grande structure, la polyvalence, une ligne hiérarchique quasi inexistante, des processus de codécision et la possibilité d’avoir toujours une vision d’ensemble me semblent être intrinsèquement attachés à la figure de l’éditeur et de l’éditrice indépendant·e. Il y a par ailleurs dans ce métier, tel que j’essaie de le pratiquer, un geste, une esthétique… Je crois aussi que les éditeurs et éditrices indépendant·es sont porteurs/porteuses d’une responsabilité, celle de lutter contre la surproduction des livres, contre leur clonage aussi (où toutes les publications finissent par se ressembler, traitent des mêmes sujets, de la même façon). L’éditeur et l’éditrice indépendant·e doit porter d’autres regards sur le monde ; dans tous les domaines, la diversité est vitale. Les grands groupes éditoriaux ont une logique et il serait bien caricatural de dénigrer systématiquement leurs productions (dont certaines sont de très grande qualité). Mais il nous est autorisé aussi de marquer notre différence, en tant qu’éditeurs et éditrices indépendant·es ; et de s’inquiéter, en tant que citoyen·nes, des phénomènes de concentration éditoriale toujours plus importants… Tous ces excès ne sont pas bons, ni pour la bibliodiversité, ni pour la démocratie… Par ailleurs, très concrètement, je déplore les logiques de censure (et d’auto-censure) de plus en plus présentes dans nos métiers – et la judiciarisation croissante de nos pratiques ; il est difficile de publier un livre critique, aujourd’hui, sans devoir le faire relire par un avocat !


Si on considère votre catalogue, pouvez-vous nous expliquer ce qui guide votre travail, quels sont vos sujets de prédilection ?
J’ai essayé d’organiser les éditions selon quelques axes de travail et en montant dès le début des collections. J’ai aussi fait le choix de bâtir un catalogue essentiellement axé sur les sciences humaines et sociales (en attendant peut-être, un jour, de m’aventurer en littérature).
Les axes thématiques couvrent d’un côté tout ce qui se rattache au genre (le féminisme, les mouvements LGBTQ+, etc.), de l’autre tout ce qui concerne les problématiques environnementales (lutte contre les logiques extractivistes et de prédation en particulier) et enfin, tout ce qui tourne autour des notions d’altermondialisme et de décolonialisme (même si ce dernier terme doit être utilisé avec précaution, car il peut recouvrir des réalités très différentes).
Pour chacun de ces axes thématiques, les ouvrages peuvent prendre la forme de témoignages (collection « Deux points »), des essais écrits par des « lanceurs d’alerte » (collection « Point d’exclamation »), des études et analyses plus académiques (collection « Point d’interrogation »). Nous publions par ailleurs des ouvrages sur les mutations du monde du livre et de l’écrit (collection « Bibliodiversité », dont fait partie la revue du même nom), qui rencontrent d’ailleurs une vraie reconnaissance aujourd’hui (voir https://www.double-ponctuation.com/categorie-produit/bibliodiversite/).
En dehors des axes thématiques, de la forme des écrits et des collections, je trouve très important aussi de parler des méthodes de travail que nous essayons de suivre. Ainsi, dans chaque exemplaire sont présentés les engagements des éditions : respect de toutes les formes de droits d’auteur, défense de la librairie indépendante, lutte contre la surproduction des livres – qui nourrit essentiellement, au final, le pilon –, contre le clonage des livres, engagements environnementaux… Les livres sont pensés pour être le plus accessibles possibles tout en restant de très bon niveau ; ils laissent – y compris en maquettage – de la place au lecteur et à la lectrice ; certaines collections utilisent aussi les codes QR pour lier le texte aux références bibliographiques qui sont présentes en ligne… Il est important à ce sujet que le livre intègre des passerelles avec les outils numériques d’aujourd’hui, quand cela a un sens et à la condition de ne pas se perdre…

Pouvez-vous nous présenter brièvement quelques titres de votre catalogue ?

Pour illustrer un peu notre travail, je pense qu’on peut mettre en avant 3 publications qui font partie du programme éditorial de 2022. Difficile de ne pas parler tout d’abord de Inclusi(f‧v‧e‧s) – Le monde du livre et de l’écrit : quelles diversités ? qui vient de sortir et qui présente une analyse plurielle de l’inclusion dans le monde du livre. Quelle est la place qu’on offre réellement aux femmes, aux personnes LGBTQ+, aux groupes socio-économiques traditionnellement exclus (personnes immigrées ou issues de l’immigration, aux personnes précaires, handicapées…), dans nos maisons d’édition, dans nos rédactions, dans nos bibliothèques, dans nos librairies ? Quelles sont les initiatives positives qui essayent de répondre à cette problématique – je suis d’ailleurs ravi que le travail de la Légothèque soit présenté dans cet ouvrage, c’est typiquement ce genre d’initiatives que nous voulons mettre en avant… Voir https://www.double-ponctuation.com/produit/inclusif%c2%b7v%c2%b7e%c2%b7s/

Dans Terre brisée – Pour une philosophie de l’environnement (à paraître), Amaeana Guéniot explore, avec l’aide des plus grands philosophes, notre responsabilité environnementale. C’est important de s’appuyer sur des savoirs philosophiques pour penser une catastrophe environnementale si importante que celle que nous commençons à vivre – pour la première fois due aux activités humaines… Cette responsabilité fondamentale doit être analysée, comprise, acceptée pour pouvoir en faire un levier d’action et non pas une charge culpabilisante handicapante…

Enfin, je suis ravi de publier Vivre sa transidentité à l’école – Parcours et point de vue d’une transeignante, de Mika Alison, qui nous propose son témoignage « de l’intérieur » sur la façon dont se vit un parcours personnel de transition dans un contexte scolaire, mais aussi une analyse sur les points qui pourraient sans doute être améliorés pour permettre une meilleure inclusion des personnes LGBTQ+ dans nos écoles. Ce parcours de vie, ces réflexions pourront sans doute être précieux à la fois pour toutes celles et ceux qui souhaitent continuer à faire des écoles des lieux d’inclusion, mais aussi pour les personnes directement concernées, qui peuvent parfois se sentir bien seul·es…

Il y aurait tant d’autres titres à présenter !… Et tant d’envies, en particulier celle de renforcer les liens interprofessionnels au sein de la chaîne du livre, de la création à la lecture… Je trouve d’ailleurs qu’il faudrait créer plus d’occasion de se parler, tout particulièrement entre éditeurs/éditrices et bibliothécaires… C’est pour cela que je trouve cette occasion que vous m’offrez de présenter notre travail si importante. Merci encore !

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