La cerise sur le gâteau : l’inclusion n’est pas une variable d’ajustement

La Légothèque a participé aux journées d’étude du 10 mars 2022, organisée par le Département Documentation, Archives, Médiathèques et Edition de l’’UFR Histoire, Arts et Archéologie de l’Université Toulouse – Jean Jaurès. Ces journées d’étude avaient pour thème « L’inclusion dans les métiers du livre et du patrimoine : enjeux et perspectives », et la Légothèque a proposé l’intervention suivante :

La cerise sur le gâteau

J’aimerais tout d’abord préciser quelque chose : je ne suis pas là pour juger ou critiquer ce qui se fait – ni ce que vous pourriez faire. Ma présentation, qui est une sensibilisation à l’inclusion dans la lecture publique, a pour postulat que vous avez le temps et l’argent nécessaires pour tout faire dans les règles de l’art. J’ai bien conscience que ce n’est pas toujours possible, et qu’on fait alors de son mieux. Et c’est déjà pas mal. 

Le titre de mon intervention est « l’inclusion n’est pas une variable d’ajustement », mais il aurait été plus juste de dire « ne devrait pas être » : il existe une grande différence entre théorie et pratique. 

Mais qu’est-ce que l’inclusivité ? Au vu de la thématique de ces deux journées d’étude, j’imagine que vous avez déjà une petite idée : c’est le fait qu’un lieu – ici des établissements de lecture publique – soient accueillants pour tous types de publics, en particulier les minorités. Le volet le plus évident de l’inclusivité est l’accessibilité pour les personnes handicapées, mais ce n’est pas le seul : comment faire en sorte que les personnes racisées, que les minorités de genre, les personnes LGBTI+, les personnes précaires se sentent également les bienvenues dans nos bibliothèques et médiathèques ? 

Le cadre légal

En termes d’inclusivité, légalement, les choses sont assez sommaires. Évidemment, il y a toutes les lois sur l’accessibilité aux personnes handicapées dans les espaces recevant publics qui s’appliquent… Notamment la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, avec une échéance au 31 décembre 2014 (sauf exceptions : impossibilité technique avérée, préservation du patrimoine architectural extérieur, disproportion entre les améliorations apportées et le coût ou ERP situés dans un bâtiment à usage principal d’habitation).

Mais jusqu’à il y a peu, il n’y avait rien de concret pour les bibliothèques spécifiquement. Avec la loi Robert, récemment votée en décembre 2021 – mais qui ne concerne que les établissements territoriaux – , on trouve cependant dans le premier article des mentions concernant l’inclusivité : les bibliothèques « facilitent [leur] accès aux personnes en situation de handicap. Elles contribuent à la réduction de l’illettrisme et de l’illectronisme. Par leur action de médiation, elles garantissent la participation et la diversification des publics et l’exercice de leurs droits culturels. » 

Déjà dans le manifeste de l’IFLA et de l’UNESCO de 1994 – qui n’avait pas de valeur légale cependant – , il était précisé que « les services qu’elle assure sont […] accessibles à tous, sans distinction d’âge, de race, de sexe, de religion, de nationalité, de langue ou de condition sociale. Des prestations et des équipements spéciaux doivent y être prévus à l’intention de ceux qui ne peuvent, pour une raison ou une autre, utiliser les services et le matériel normalement fournis, par exemple les minorités linguistiques, les handicapés, les personnes hospitalisées ou incarcérées. » 

L’idée de l’inclusivité est donc au cœur des préoccupations des bibliothécaires depuis longtemps… Notamment à travers les obligations légales et autres adaptations pour l’accès physique aux bâtiments : rampes d’accès, ascenseurs, attention à la largeur des couloirs et des espaces de circulation, hauteur des rayonnages, présence de bandes podotactiles, de toilettes spécifiques, indications en braille, etc. qui sont souvent intégrées aux nouveaux bâtiments – mais qu’il est plus difficile à mettre en place sur de l’ancien.

L’inclusivité n’est pas un absolu

Laissez-moi mettre les pieds dans le plat tout de suite : l’inclusivité parfaite, universelle, n’existe pas. Et je ne parle pas là de moyens et de temps, mais vraiment en règle générale. Un exemple très simple : imaginez que vous fassiez une animation – n’importe laquelle, ça n’est pas très important. Si vous voulez la rendre accessible à des personnes malvoyantes, il faut que la lumière soit forte, mais pas trop vive pour autant. Mais s’il y a une personne photosensible – autiste par exemple – qui vient pour cette animation, à l’inverse il faudrait une lumière tamisée, voire une pénombre. Difficile de concilier les deux, donc. 

C’est valable pour d’autres aménagements, en termes de calme, de sons, mais aussi d’activités proposées. Par exemple, l’absence des ados en bibliothèque est souvent mise en avant : on aimerait qu’ils viennent, qu’ils lisent… Mais quand ils sont là, ils viennent en groupe, ils sont bruyants, ils gênent

Aussi, toutes les mesures d’accessibilité ne sont pas utilisables par toutes les personnes handicapées, même concernées par celles-ci. Le braille par exemple, n’est lu que par 10 à 15% des personnes aveugles, et la langue des signes françaises n’est pratiquée couramment que par ⅓ des personnes sourdes environ. Cela ne veut pas dire qu’il faut laisser ces solutions de côté, évidemment ! Mais qu’il faut aller au-delà et ne pas les prendre pour acquises. 

Dans tous les cas, pour une animation, l’organisation d’un espace : il faut voir l’inclusivité non comme la touche finale, mais comme une question à se poser dès le début du projet : pour qui, pour quoi ?

Communiquer sur l’accessibilité

Dans cette idée, il ne suffit pas de préciser dans votre communication « lieu et/ou événement accessible » – d’autant que souvent, quand c’est écrit de cette façon là, c’est l’accessibilité aux fauteuils à laquelle on pense. Et même quand c’est écrit, souvent, les gens n’ont pas conscience des conditions réelles d’accessibilité. Par exemple, s’il y a un petit écart de hauteur entre deux pièces, une personne avec une poussette, un rollator, ou un fauteuil manuel pourrait passer… Mais les fauteuils électriques ne passent pas les marches plus hautes de 3 à 6 cm, selon les modèles !

 Il est donc important de communiquer ce qui est accessible en des termes clairs : y a-t-il une marche, même petite ? S’il y a une rampe, est-elle amovible ? Faut-il sonner pour accéder à une porte à l’arrière ? (Ce qui, soit dit en passant, n’est pas vraiment accessible) Et les toilettes ? Même si ça parait superflu, n’hésitez pas à préciser et décrire ce qui existe. Et malgré tout, on risque de vous contacter pour vous poser des questions : comme je l’évoquais un peu plus tôt, l’accessibilité n’est pas universelle, et beaucoup de personnes handicapées ont l’habitude d’avoir des renseignements incomplets ou incorrects. Et je vais peut-être enfoncer une porte ouverte – mais ça va mieux en le disant : faire venir quelqu’un pour aider, pour porter un fauteuil par exemple, ça n’est pas rendre un lieu accessible. Lors de la création d’un événement, un lieu que nous avions démarché avec mon association nous avait précisé qu’ils avaient une mezzanine, mais qu’un système de treuille pouvait être installé pour attacher les fauteuils et les monter à l’étage… 

Premiers pas dans la bibliothèque

Outre l’accessibilité physique du bâtiment pour les personnes en situation de handicap, souvent, le premier contact qu’un·e usager·e fait avec une bibliothèque passe par le formulaire d’inscription. Plusieurs choses peuvent être mises en place pour être le plus inclusif possible lors de cette étape : 

  • la mise à disposition de formulaires en plusieurs langues – si la structure reste la même d’une fiche à l’autre, il n’est pas nécessaire que le ou la personne qui transcrit les informations maîtrise la langue en question ;
  • de manière globale, il peut être intéressant d’indiquer les langues parlées par les agent·es sur leur badge s’ielles en disposent, ou bien de créer un document les recensant – y compris la LSF !
  • ne pas demander de justificatif de domicile, et ne pas différencier les tarifs selon la domiciliation. Idéalement, même, un tarif gratuit pour tout·es ;
  • ne pas demander le sexe ni le genre des usager·es. Après tout, à quoi sert-il concrètement ? On parle souvent des statistiques, mais une fois celles-ci faites et différenciées entre hommes et femmes, est-ce que cette donnée est vraiment utilisée ? A part pour constater une situation, y a-t-il des mesures prises pour plus de parité chez les abonné·es ?
  • permettre aux usager·es d’utiliser un prénom d’usage, notamment pour la carte de bibliothèque ou les lettres de rappel. Un prénom « légal » peut toujours être renseigné dans le logiciel, pour toute démarche administrative plus importante (en cas de long retard, pour transmission au trésor public par exemple).

Dans tous les cas, les données d’inscription devraient pouvoir être reçues ou rectifiées sans questions de la part des bibliothécaires. 

L’autre point qui est primordial pour un accueil inclusif en bibliothèque, ce sont les locaux, notamment les toilettes. Parmi les points de vigilance dans ces lieux, il y a ;

  • la présence de toilettes non genrées (par exemple, faire des panneaux « toilettes assis » / « urinoirs » plutôt qu’hommes et femmes) ;
  • la présence de tables à langer dans tous les toilettes, même côté hommes s’ils sont genrées ;
  • la lutte contre la précarité menstruelle en mettant des protections périodiques diverses en accès libre, dans toutes les toilettes, encore une fois même côté hommes s’ils sont genrés, ainsi que des poubelles.

Pour des exemples de toilettes inclusives, écolos, n’hésitez pas à aller voir le travail du concours Chouettes toilettes, organisé par l’ABF. Certaines bibliothèques ont ainsi mis des sélections de documents dans leurs sanitaires, des QR code vers des coups de cœur,  mais aussi des vêtements de rechange, des chauffe-biberons, des réducteurs de toilettes pour les enfants, voire même des pots pour les tout·es- petit·es ! On peut également citer la présence de lavabos dans les cabines, pour favoriser l’utilisation de cups menstruelles.  

Les collections : classification et indexation

Je vais vous parler d’un autre volet de l’inclusion, qui ne soit pas l’accessibilité des lieux et événements eux-mêmes. Être inclusif, ce n’est pas qu’une question d’accès physique : comment les collections et leur agencement montrent aux gens qu’ils sont les bienvenus dans votre établissement ? Vous avez sûrement entendu de nombreuses critiques de la dewey, ou des différentes indexations qui existent : 

  • en ce qui concerne la dewey, parmi les multiples critiques qui lui sont adressées, une des plus flagrantes est celle du traitement de la religion, les 200. L’immense majorité de cette classe concerne le christianisme, et il faut attendre les 290 pour que les « autres religions » soient évoquées : par exemple 296 pour le Judaïsme et le 297 pour l’Islam… 
  • pour l’indexation, dans rameau on peut citer par exemple le terme « hermaphrodisme » qui est toujours utilisé pour désigner l’intersexuation – même si une mise à jour a été faite en 2020, pour ajouter le terme « intersexué », qui désigne les personnes intersexes. 

Pour l’indexation, utiliser une indexation interne peut être une possibilité notamment dans les établissements territoriaux. Pour la classification des documents, un fonctionnement par pôle thématique est possible, ou alors un éclatement de certains indices en redistribuant les documents dans d’autres, comme l’a fait la bibliothèque Claude Lévi-Strauss de Paris pour les documents initialement dans l’indice 305.8  (« groupes ethniques et nationaux ») par exemple. 

Pour un exemple concret, la Légothèque a proposé cette année un questionnaire pour les personnes trans, qu’elles viennent ou non en bibliothèque. Parmi celles qui en fréquentent (que ce soit des établissements territoriaux, scolaires ou universitaires) et qui font des recherches sur le catalogue, on voit vraiment un décalage entre les termes utilisés pour l’indexation et les mots utilisés spontanés par les usagers. Ainsi, dans la seconde catégorie, les mots qui reviennent le plus souvent sont : transidentité, transitude (qui se développe pour sortir des questions identitaires ou de sexualité) et trans (mais qui a le désavantage de créer beaucoup de bruit lors des recherches)… Mais les usagers doivent souvent retourner sur les terme pathologisants et psychiatrisants de « transsexuel » et « transsexualité ». 

La médiation et l’inclusion passe aussi par la possibilité de rendre les usagers indépendants, même s’iels ne savent pas utiliser le catalogue en ligne : par exemple, afficher les côtes dewey des sujets « sensibles » sur une affiche bien visible, à l’entrée des différents espaces. On peut citer les addictions, les dettes, l’infertilité, le cancer, l’inceste, etc. 

Les collections : mise en valeur de fonds spécifiques

Pour certains thèmes, il peut être intéressant de mettre en valeur des fonds spécifiques. Par exemple, la Médiathèque Olympe de Gouges de Strasbourg possède un espace « égalité de genre » : tous les documents traitant du féminisme y sont rangés, et d’autres en lien avec la thématique sont rangés dans le fonds classique et présentent des macarons sur la couverture pour les identifier. Ce fonds est né en 2012 suite à une volonté municipale après la signature de la charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale deux ans plus tôt : l’équipe de la médiathèque était déjà investie sur le sujet, et la situation géographique de la médiathèque, au centre-ville, facilitait le lien avec les associations féministes locales. En 2021, l’espace comportait 970 documents, plus 1 300 documents disséminés dans les différents secteurs de la médiathèque. En 2021, le taux de rotation des documents de l’espace était de 1,14 en moyenne. Le livre le plus emprunté était Le Génie lesbien d’Alice Coffin, avec 9 prêts dans l’année. Des sacs thématiques empruntables sont aussi mis à disposition, et les associations sont libres de déposer des brochures.

D’autres établissements ont fait un choix similaire pour mettre en valeur un fonds LGBTI+ par exemple. 

C’est une possibilité parmi d’autres, qui ont chacunes leurs forces et leurs faiblesses, notamment dans le cas de fonds « sensibles » : 

  • le choix de créer un espace particulier, avec une signalétique dédiée, fait passer un message fort, clairement visible ; les documents sont facilement accessibles. Cela peut cependant être intimidant, et les usager·es pourraient ne pas oser s’y rendre ; 
  • il est également possible de ranger les documents que l’on veut mettre en valeur avec le reste du fonds, mais en les signalant avec des autocollants. C’est plus discret, mais brise tout de même une certaine « confidentialité » : un·e ado qui prendrait un roman estampillé LGBTI+ chez lui par exemple, risque de se voir poser des questions par ses parents.

Pour ces deux façons de faire, il est possible d’avoir quelques documents en deux exemplaires : l’un qui soit clairement identifié comme faisant partie du fonds, et l’autre non. Bien évidemment, selon la taille du fonds, on atteint vite les limites (notamment financières et physiques) de ce système.

  • Une autre possibilité est de ne pas signaler physiquement les documents, mais de les mettre en valeur sur le portail : avec une sélection bibliographique, une indexation particulière, etc. Cela laisse les usager·es libres de tomber sur ces documents « par hasard » (notamment en ce qui concerne la fiction), mais les rend beaucoup moins visibles pour la majorité des lecteurs qui soit n’utilisent pas le portail, soit n’auront pas la curiosité de chercher ce fonds.

Il n’y a donc pas de solution idéale, mais pour une approche un peu différente de ce que j’ai évoqué, je laisse Max Junqua vous parler du fonds de Médiathèque José Cabanis.

Dans tous les cas, j’aimerais mettre en garde sur la sélection en elle-même. Si avoir des documents qui traitent tous les points de vue est tout à fait normal et souhaitable, il faut créer une politique documentaire spécifique aux documents mis en avant dans ces fonds. Est-il pertinent par exemple d’y intégrer l’essai La question trans, de Claude Habib, qui fait une comparaison entre l’affaire Matzneff et la prise en charge des enfants trans !? Ce qui ne veut pas dire qu’il faut bannir cet ouvrage des bibliothèques, bien évidemment ; mais de la même façon qu’on ne traite pas un ouvrage platiste de la même façon qu’un ouvrage scientifiquement rigoureux. 

De la même manière, on peut éviter de mettre en avant des documents venant d’auteur·ices accusé·es de violences sur des présentoirs ou des sélections thématiques : Woody Allen, Polanski,… Encore une fois, sans bannir les documents : pensez par exemple à Disney, qui a intégré des messages dans leurs films les plus anciens pour prévenir que telle ou telle représentation est datée et caricaturale. L’œuvre est toujours disponible, mais disponible avec une explication, un  contexte. A l’inverse, il peut être intéressant de créer des tables thématiques plus inclusives, avec des auteur·ices moins mis·es en avant d’ordinaire : des femmes, des personnes racisées, handicapées, LGBTI+, etc. 

Outre les fonds thématiques, il est aussi intéressant de créer des fonds spécifiques dans leur forme comme par exemple le fonds Facile à Lire et à Comprendre (souvent abrégé FALC), qui peut regrouper des documents adaptés aux personnes handicapées, ayant des troubles dys et/ou aux personnes apprenant le français. Souvent les sections jeunesse possèdent un tel fonds, mais des collections pour adolescents et adultes se développent également, comme la collection Livres faciles à lire et à comprendre d’Yveline Editions, Planète Falc de Mes Mains en Or, ou encore l’initiative Osez lire de l’Esat de Périgueux. 

Les livres audio sont aussi souvent mis en avant pour une démarche d’inclusivité pour les personnes aveugles ou malvoyantes. Malheureusement le format MP3 n’est pas vraiment adapté, surtout dans le cas des documentaires : la navigation est difficilement possible dans le livre à cause de l’absence de sommaire, les découpages ne sont pas toujours logiques… Il existe un format spécifique, le format daisy (Digital Accessible Information SYstem), conçu spécifiquement pour faciliter la lecture par des personnes handicapées : se déplacer dans le livre est plus simple, il y a la possibilité de placer des marque-pages, de contrôler vitesse de lecture et hauteur de la voix. Certains livres en daisy donnent également la possibilité de suivre le texte en braille en parallèle. Le format daisy demande cependant un lecteur spécifique pour être utilisé. A savoir, la Médiathèque Valentin Haüy de Paris, qui produit certains des livres de ce format grâce à des bénévoles, peut fournir le matériel pour les médiathèques, et vendre leurs documents. Seules les personnes en situation de handicap peuvent les emprunter cependant, car les documents ne sont pas soumis au droit d’auteur, grâce à l’exception handicap : les personnes aveugles ou malvoyantes, mais également les personnes dys. 

Enfin, il est également intéressant de mettre les DVDs qui proposent de l’audio-description en valeur, par exemple en imprimant des étiquettes en braille à poser sur les jaquettes, ou en mettant un logo rapidement repérable dessus.

Bibliothécaires et usager·es

Les différentes initiatives ou aménagements proposés pour rendre les bibliothèques plus inclusives sont plus ou moins visibles des autres usager·es – et plus ou moins acceptés. A l’époque des débats sur la loi mariage pour tout·es en 2012, dans la bibliothèque où je travaillais, des usager·es cachaient les albums jeunesse sur l’homoparentalité par exemple – et ils n’étaient particulièrement mis en valeur ! Plus récemment, en 2019, la bibliothèque Louise Michel de Paris avait organisé des lectures de contes non-genrés par des drag-queens, entre autres activités pour la Queer Week, semaine de réflexion sur les genres, les corps et les sexualités (qui avait déjà eu lieu sans problème l’année précédente). L’événement avait été repris sur des sites d’extrême-droite et une vague de harcèlement sur les réseaux sociaux s’en était suivie. L’ABF avait réagi avec les textes suivants : « [N]ous tenons à réaffirmer que c’est le rôle même des bibliothèques et des bibliothécaires que de proposer au public des services, des animations et des collections pour tou·te·s, et sur tous les sujets pour favoriser les débats, lutter contre les prescriptions idéologiques et donner aux enfants comme aux adultes les clés pour comprendre le monde dans lequel ils et elles vivent ». « En donnant à voir les identités plurielles qui nous composent, en favorisant le vivre-ensemble, en créant des espaces de dialogue où peuvent s’exprimer les questions et le débat d’idées, en permettant à chacun·e de construire et de se construire, les bibliothèques investissent pleinement le rôle qui est le leur de remettre les citoyen·ne·s en capacité d’agir ».

A noter cependant que dans ce cas, il s’agissait majoritairement de réactions extérieures : lors de cette édition, de la précédente ou des suivantes, le public avait été plus que ravi. 

Les réactions négatives des usager·es ne se limitent pas à ce qui est proposé par la bibliothèque. Certains publics peuvent aussi être mal perçus par les autres : adolescent·es, personnes handicapées, racisées, mais aussi personnes précaires notamment sans domicile. 

A la fois pour sensibiliser les collègues et pour permettre d’avoir les armes pour répondre aux potentiels commentaires négatifs – surtout avec les usager·es en face à face, sur les réseaux sociaux, bloquer les messages agressifs me semble être une meilleure stratégie, il est possible de faire des formations. Beaucoup sont axées sur la littérature jeunesse, mais ce ne sont pas les seules. Différents organismes en proposent : 

  • le CNFPT pour les bibliothécaires territoriaux : par exemple, le CNFPT de Lille a proposé en 2019 une formation « Les stéréotypes en littérature de jeunesse : des savoirs aux actions » ;
  • des mooc (cours en ligne), parfois en partenariat avec des acteurs publics comme le CNFPT avec « Les discriminations : comprendre pour agir » ; 
  • des bibliothèques départementales, comme celle d’Ille-et-Vilaine, qui avait proposé en 2019 également « Bibliothèques non-sexistes » ;
  • des bibliothèques municipales, comme celles de Brest qui avait proposé en 2018 une formation « Autodéfense verbale » ;
  • des associations comme Diveka ( « Comment raconter l’esclavage aux enfants »), Citoyenneté Possible ( « Renforcer sa posture professionnelle face à la parole raciste, antisémite et/ou extrémiste » ), ou EthnoArt et l’association Bibliothèques en Seine-Saint-Denis avec « Stéréotypes racistes en situation d’accueil ».

Les bibliothèques peuvent également jouer un rôle dans l’aide aux démarches numériques – et essayer de réduire la « fracture numérique » (même si l’expression couvre une variété de situations très différentes). Que ce soit le manque de matériel ou l’illectronisme, elles peuvent apporter du soutien à celles et ceux qui en ont besoin, soit en partenariat avec des associations, soit en formant les bibliothécaires (pour faire des ateliers numériques par exemple). Certains établissements ont fait le choix de devenir des Maisons des Services au Public, ou de s’intégrer dans de telles structures, comme celui de  Lorrez-le-Bocage-Préaux en Seine-et-Marne.

Conclusion

De manière plus globale, outre l’accessibilité et la médiation pour rendre les bibliothèques plus inclusives, on peut revenir à la base de notre métier et du développement de la lecture publique. Comment inclure les gens qui ne se reconnaissent pas dans la définition élitiste de la culture, et qui s’en détournent suite aux rejets qu’ils peuvent percevoir ? On a vu il y a quelques mois naître les polémiques autour de la carte culture pour les jeunes, qui osaient dépenser cet argent dans des mangas plutôt que Proust ou Balzac. Rendre la bibliothèque inclusive, ce n’est pas seulement donner une place à toutes les identités, mais également à tous les usages.

En tant que bibliothécaire, nous devons donc prendre ces sujets à bras le corps, et ne pas en faire la cerise sur le gâteau de nos actions : ils doivent être pensées dès le départ. Pour qui, pour quoi, faisons-nous notre travail ?

Tour de veille – Novembre 2021

Multiculturalisme

En préambule, saluons l’arrivée de Joséphine au Panthéon le 30 novembre! Nous lui dédions ce tour de veille.

Une femme libre, aux multiples facettes : artiste de music-hall née américaine, Résistante pendant la Seconde Guerre Mondiale, militante antiraciste et engagée pour les droits civiques et des femmes, elle a également adopté douze enfants. Joséphine Baker sera la sixième femme seulement à recevoir cet hommage de la Nation, après Sophie Berthelot, Marie Curie, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Simone Veil.

Genre

-IEL

La langue française est vivante : elle est en prise directe avec les évolutions de la société, en témoigne ce pronom « iel » introduit dans le dictionnaire Le Robert.

-Retour sur la journée « Bibliothèques sensibles au genre » organisée à Brest.

La Légothèque a participé à l’organisation, le 14 octobre dernier, à une journée d’étude sur les « Bibliothèques sensibles au genre » en partenariat avec la BPI et la bibliothèques de la ville de Brest. Retour sur le déroulé et le contenu de cette journée d’étude.

-Pauli Murray : portrait d’une figure pionnière de la lutte pour les droits civiques. « Je suis né‧e black et queer, en 1910. »

LGBTQI+

-Retour sur le questionnaire portant sur l’accueil des personnes trans en bibliothèque.

En effet, la commission Légothèque a récemment organisé un questionnaire sur l’accueil des personnes trans en bibliothèque. Voici les premières observations sur cette enquête. Les résultats serviront de base pour la rédaction de fiches pratiques à destination des professionnel·les des bibliothèques afin d’améliorer l’accueil des personnes trans dans les structures de lecture publique.

Lutte contre les violences

-Le 20 novembre a eu lieu en France une nouvelle marche pour dire STOP aux violences sexistes et sexuelles dont sont massivement victimes les femmes et les enfants en France. Ces violences peuvent être psychologiques, verbales, économiques, administratives, institutionnelles, médicales, physiques ou sexuelles. Depuis quelques années, des prises de conscience s’opèrent mais les actions restent trop timides.

Inclusion

-L’édition 2021 des Imaginales a eu lieu du 14 au 17 octobre dernier à Epinal. Cette édition a été riche en débats passionnés et passionnants. Les intervant·es en ont profité pour rappeler l’état du monde du livre, en mettant en exergue deux points principaux : le manque d’inclusivité et les oppressions toujours présentes dans le milieu (sexisme, racisme, validisme…), et la précarité des auteurs et autrices.

-Le concours Chouettes Toilettes revient pour une édition 2022!

Plus qu’un concours, c’est une autre façon de penser l’accueil du public, de tous les publics. C’est parce que nous pensons que ce sujet est très important que l’ABF, avec les commissions Legothèque et AccessibilitéS, s’intéresse au petit coin…

Des espaces inclusifs : quels signaux de bienvenue ?

Cette semaine, nous vous proposons un zoom sur cette table ronde organisée par la commission Légothèque lors du Congrès 2021 de l’ABF qui s’est tenu en ligne en juin.


Des espaces inclusifs : quels signaux de bienvenue ?

Intervenant·es :
-Aénor Carbain, responsable de la médiathèque de Pontarlier, membre de la commission Légothèque (ABF)

-Alicia Selles Carrot, présidente de la FESABID, l’association des Bibliothécaires espagnoles.

-Traductrice : Julie Calmus, responsable du service développement des publics, bibliothèque de Bordeaux, membre de la commission International (ABF)

-Modératrice : Fabienne Le Hein, responsable de la bibliothèque François Villon, Ville de Paris, membre de la commission Légothèque (ABF)

Cette rencontre portait sur les espaces inclusifs, et les signaux de bienvenue qu’ils véhiculent ou sont censés véhiculer. Un sujet qui fait partie des centres d’intérêt et de réflexion de la commission Légothèque.
Certes, les publics qui fréquentent nos bibliothèques les associent volontiers à des lieux accueillants, chaleureux, inclusifs, mais il est néanmoins légitime de s’interroger sur cette vision des choses, ou du moins de la questionner. En effet, ce critère de fréquentation de nos établissements est une focale très large, qui regroupe des réalités de nature très diverse : on dispose certes d’indicateurs quantifiables, à savoir le nombre de personnes inscrites dans les bibliothèques, mais ce n’est pas, ce ne peut pas être le seul baromètre. Il y a aussi des personnes qui viennent, mais sans être inscrites (ces données sont elles non quantifiables), et il y a aussi des personnes qui ne viennent pas, ou ne viennent plus, pour des raisons qui leur appartiennent.
L’accueil et l’inclusion dans nos établissements se jouent en fait à différents niveaux qu’il est crucial d’interroger à travers le prisme des espaces, des collections, et des services, c’est dans ce cadre que se situaient l’intervention d’Alicia et d’Aenor. Dans leurs interventions, Aenor et Alicia ont donc apporté leur vision personnelle, leur regard critique à travers des éléments théoriques et pratiques, et interrogé les marqueurs de l’inclusion (sociale et numérique), les notions d’aménagement de l’espace, et les enjeux matériels ou symboliques, implicites ou explicites qui peuvent en découler, comme ce peut être le cas autour des toilettes dont on a également parlé dans ce Congrès et à travers les prix décernés à l’occasion de la 1ère édition du concours « Chouettes Toilettes » !

-L’intervention d’Aenor s’est déroulée en deux temps
Un retour d’expérience pratique sur un stage collectif qui concerne l’aménagement urbain non genré. Vous trouverez un article détaillé sur ce sujet sur notre blog : « La Budgétisation sensible au genre : d’un outil budgétaire pour la réduction des inégalités de genre à un outil pour une politique documentaire inclusive ? »
Une réflexion plus théorique sur les espaces (« safe spaces » = espaces où on se sent en sécurité) en bibliothèque.

Alicia quant à elle a présenté une étude théorique menée par la FESABID et le ministère de la Culture dont l’objectif est d’aider les bibliothèques à mettre en œuvre des projets d’inclusion sociale et numérique. L’inclusion sociale est devenue un enjeu à part entière en Espagne, en raison de la crise économique ces dernières années. Cette étude s’inscrit dans une stratégie nationale en lien avec l’agenda 2030.
A suivi une présentation pratique : il existe un prix qui récompense les bibliothèques qui ont œuvré dans le domaine de l’inclusion sociale ; à l’aide d’une carte, Alicia a fait un focus sur des projets qui se sont distingués dans ces domaines.
La FESABID a diligenté le 1er rapport mesurant l’impact socio-économique des bibliothèques (2015).
https://www.ccbiblio.es/mapa-sello-ccb/
Fundació Biblioteca Social
Mapa de proyectos de bibliotecas públicas para la inclusión social

Retrouvez l’intégralité de cette table ronde en vidéo

Les captations vidéo des autres sessions en ligne du Congrès 2021 sont également disponibles gratuitement.

+ DE 100 IDÉES POUR CHANGER TA BIB !

 – Le dossier du numéro 100 de la revue Bibliothèque(s) de l’ABF

Nous avons eu l’honneur de nous voir confier le dossier du numéro 100 de Bibliothèque(s). Intitulé “+ de 100 idées pour changer le monde ta bib !”, le dossier compte 178 idées qui témoignent du dynamisme sans cesse renouvelé des bibliothèques, et de la nécessaire adaptation de nos métiers à la société !
Nous avons essayé de relever le défi d’un non-inventaire à la Prévert, en essayant de couvrir au mieux tous les sujets, pour toutes les compétences et pour tous les budgets… Nous avons reçu pour cela l’aide de nombreux·euses bibliothécaires qui nous ont proposé des idées et envoyé des informations précieuses. Merci à elles et eux !
Nous avons aussi eu à cœur de citer des exemples illustrant les valeurs et les thèmes portés par Légothèque, tels que l’inclusion, la construction de soi, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, et l’égalité femmes-hommes.
Nous vous proposons donc ici quelques extraits de ce numéro sur ces thématiques, en guise d’ “apéritif de confinement”, en attendant d’avoir le numéro papier dans les mains… 🙂

En espérant que cela vous donne de l’inspiration et des envies de changer… votre bibliothèque… puis le monde !

Nathalie Étienne et Amandine Jacquet

Barbada de Barbades, drag queen intervenante pour l’heure du conte dans les bibliothèques de la région de Montréal, et qui a accepté de faire la couverture dont nous sommes si fières.
Crédit photo : © Matt Sirois

Voici les codes que nous avons utilisés pour mentionner les bibliothèques : Nom de la bibliothèque ou Commune (Type, (Communauté de) Communes, Département ou Pays, Nombre d’habitant·e·s).
Les types de bibliothèques ont été codés de la façon suivante :
BP : Bibliothèque publique
BN : Bibliothèque nationale
BU : Bibliothèque universitaire

Extraits choisis :

#4 Un « bibliobingo »

Bingo de la diversité à la bibliothèque Louise-Michel (BP, Ville de Paris, 2 187 500 hab.) : un «bibliobingo » en direction des adolescent·e·s : un badge maison à gagner pour celles et ceux qui remplissent une ligne en lisant les ouvrages répondant aux critères indiqués.

CC BY-SA Bibliothèque Louise-Michel (Paris)

Plus d’informations sur les bibliobingos dans le numéro 100 de Bibliothèque(s).

#35 « Livres vivants »

Dans la « bibliothèque vivante », les « livres vivants » sont des personnes qui acceptent de témoigner d’une conviction ou d’une expérience qu’ils ont vécue. Celle-ci peut être d’ordre privé ou professionnel, dans le domaine culturel, associatif, religieux, politique. Elle peut également avoir trait à l’orientation sexuelle et/ou de genre, à une expérience, éducative, morale et/ou affective (enfant adopté, deuil, par exemple). Les « livres vivants » seront présentés anonymement dans le catalogue avec un titre explicite en lien avec le témoignage qu’ils acceptent de partager. L’objectif d’une « bibliothèque vivante » est de lutter contre les stéréotypes et les préjugés. On privilégiera donc les « livres » ayant des expériences en lien avec les clichés et préjugés en cours dans la société. Les publics peuvent « emprunter les livres vivants » pour une durée d’environ 30 minutes, dans l’enceinte de la bibliothèque uniquement (les bibliothécaires sont les garant·e·s d’une expérience sereine et pacifique). 
Cette action est bien souvent organisée sur une journée (en tant qu’animation) comme à La Chapelle-aux-Bois (BP, Vosges, 700 hab.), Béziers (médiathèque communautaire André Malraux, Béziers Méditerranée, Hérault, 122 500 hab.), Toulouse (José-Cabanis, BP, Haute Garonne, 479 600 hab.). Elle peut être organisée avec des « livres » fournis par une association dédiée (la commission Légothèque de l’ABF peut vous fournir une liste), mais il est également possible de créer son propre catalogue. 

Livres vivants dans les bibliothèques et médiathèques de la Communauté d’agglomération d’Épinal
Crédit photo : ©bmi-CAE

Certaines bibliothèques la proposent en rendez-vous régulier : BAnQ (Bibliothèque et Archives nationales du Québec, BN-BP, Montréal, Québec, Canada, 4 098 900 hab.) donne rendez-vous chaque semaine avec deux « métiers hors de l’ordinaire » tels que sergent d’infanterie, charpentière-menuisière, experte en cyber-sécurité, débardeur… À Malmö (BP, Suède, 316 000 hab.), la « bibliothèque vivante » se tient tous les samedis avec un catalogue fixe, mais tous les livres ne sont pas présents à chaque fois. 

Livres vivants dans les bibliothèques et médiathèques de la Communauté d’agglomération d’Épinal
Crédit photo : ©bmi-CAE

La « bibliothèque vivante » peut également porter sur un sujet dédié, comme par exemple la santé mentale ou les migrant·e·s à Rennes Métropole (Les Champs-Libres, BP, Ille-et-Vilaine, 443 200 hab.), ou l’exil à Lyon (Part-Dieu, BP, Rhône, 516 100 hab.). Enfin, la bibliothèque vivante peut parfois être destinée à des publics spécifiques, comme par exemple l’opération « Emprunte un.e suédois·e » menée par six bibliothèques suédoises, dans le but de faciliter l’accueil et l’intégration des migrant·e·s : les personnes récemment immigrées peuvent emprunter un·e suédois·e à la bibliothèque afin d’en savoir plus sur les démarches à effectuer, apprendre et pratiquer la langue suédoise mais également découvrir la culture du pays. L’opération a connu un grand succès à la bibliothèque de Söderhamn (BP, Suède, 12 100 hab.) et a été rebaptisée «Emprunte un·e suédois·e ou un·e migrant·e».

Livres vivants dans les bibliothèques et médiathèques de la Communauté d’agglomération d’Épinal
Crédit photo : ©bmi-CAE

Découvrez les règles de la bibliothèque vivante de la Bibliothèque publique d’information (Bpi) dans le numéro 100 de Bibliothèque(s).
Sur le même sujet, voir aussi : https://legothequeabf.wordpress.com/2015/12/08/bibliotheque-vivante-et-migrant-es-comment-faire-lexemple-suedois/
https://legothequeabf.wordpress.com/2015/06/30/retour-sur-la-bibliotheque-vivante-questions-de-genre/

#75 Des toilettes fonctionnelles et inclusives

Rien de moins inclusif que les toilettes réservées aux personnes en situation de handicap (parce que non, le handicap n’est pas un genre à part), ou encore les tables à langer dans les toilettes pour les femmes uniquement (parce que oui les hommes aussi peuvent souhaiter langer leurs enfants). Par ailleurs, il est important de tenir compte des publics : les femmes utilisent plus souvent les toilettes que les hommes, et le public des bibliothèques est massivement plus féminin que masculin.
Dégenrer les toilettes présente donc le double intérêt de permettre une utilisation plus rationnelle des lieux mais aussi de simplifier les choses pour les personnes non binaires ou transgenres. […] 

Exemples de signalétiques pour toilettes dégenrées : militante à Stovner (BP, Oslo, Norvège, 690 300 hab.) (1), technique mais un peu elliptique à Silkeborg (BP, Danemark, 46 200 hab.) (2), mais un simple pictogramme (3) ferait sans doute également l’affaire.

La suite de cet article et un sketchnote “Récolter et fournir des protections périodiques” (#74) à découvrir dans le numéro 100 de Bibliothèque(s).

#112 Contribuer à  la dignité de chacun·e

La bibliothèque de Saint-Denis -lès-Martel (BP, Lot, 330 hab.), comprend une agence postale et un point social. Ces trois activités s’imbriquent totalement dans le paysage de cette commune ultrarurale et à la population précarisée. Tous les ans, en collaboration avec l’association des Restos du Cœur, a lieu un après-midi « coiffeurs solidaires » qui bénéficie  à une vingtaine de personnes. (voir photo ci-dessous) Des coiffeuses professionnelles viennent offrir leurs services dans ce salon de coiffure éphémère et solidaire. La bibliothèque est désacralisée et la lecture est à la portée de chacun·e et, en attendant son tour, on rit, on mange, on lit. Et quand on se sent beau, on se sent humain et peut-être plus d’envie et de légitimité pour fréquenter la bibliothèque qui est souvent perçue comme « pas pour nous ». La Riverside Library (BP, New York, État de New York, USA, 8 623 000 hab.)  prête des accessoires de mode pour les personnes les plus précaires : cravates, sacoches, pour les entretiens d’embauche, mais aussi pour un mariage, une audition, une remise de diplôme, un bal de promo ou tout autre événement officiel.

Bibliothèque de Saint-Denis -lès-Martel
Crédit photo : CC BY-SA Carine Verger

L’espace dédié aux adolescent·e·s de la Parkway Central (BP, Philadelphie, Pennsylvanie, USA, 1 581 000 hab.) propose en accès libre des produits d’hygiène de première nécessité: tampons et serviettes hygiéniques, coupes menstruelles, déodorants, préservatifs… (photos ci-dessous) Les jeunes peuvent ainsi s’approvisionner, qu’elles·ils soient dans une situation familiale et/ou financière compliquée ou qu’elles·ils soient sans foyer.

Parkway Central, Philadelphie USA
Crédit photo : CC BY-SA Amandine Jacquet

Dans un souci d’ouverture et de bien-être des jeunes, il leur est proposé de porter un badge pour que l’on puisse ainsi s’adresser à elles·eux avec le bon pronom (elle, il ou iel) :

Parkway Central, Philadelphie USA
Crédit photo : CC BY-SA Amandine Jacquet

#117 Une heure du conte inclusive

[…] Dans le cadre de la «Queer week», semaine de réflexion sur le genre et les sexualités, la bibliothèque Louise-Michel (BP, Ville de Paris, 2 187 500 hab.) a reçu en 2018 et 2019 des drag queens pour une heure du conte dédiée aux histoires qui déconstruisent les stéréotypes de genre. La lecture d’albums qui s’attaquent aux préjugés et cassent les codes, avec de superbes créatures pailletées, y rencontre un franc succès, malgré de violentes attaques sur les réseaux sociaux.

Crédit photo : CC BY-SA Bibliothèque Louise-Michel (Paris)

Vu aussi à BALO (Bibliothèque à livres ouverts, Centre de documentation spécialisé dans les questions reliées à la diversité sexuelle à Montréal, Québec, Canada), à BAnQ (BN-BP, Montréal, Québec, Canada), et dans neuf sites de la Free Library (BP, Philadelphie, Pennsylvanie, USA, 1 581 000 hab.).

À lire aussi dans le numéro 100 de Bibliothèque(s), l’heure du conte inclusive dédiée aux enfants qui ont des besoins particuliers (autisme par exemple).
Et « Des contes de Reines » ici

#119 «Mois des fiertés»

Pendant tout le mois de juin, depuis plusieurs années, la Free Library (BP, Philadelphie, Pennsylvanie, USA, 1 581 000 hab.) célèbre la diversité culturelle de la communauté LGBTQIA+ (lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre, queer (ou) en questionnement, intersexuelle, asexuelle (ou) alliée et plus encore). En 2019, plus de 30 bibliothèques du réseau de la Free Library ont participé au programme du «Mois des fiertés». Il regroupe des concerts pop-up, des projections de films, des discussions sur la littérature transgenre, de la poésie, des histoires non sexistes, des ateliers de compétences culturelles LGBTQIA+, des ressources éducatives en santé, des heures du conte par des drag queens, des soirées jeux, des lectures à voix haute et même un programme pour les propriétaires d’entreprises et les entrepreneur·euse·s LGBTQIA+, et bien plus encore !

Vu aussi à New York (BP, État de New York, USA, 8 623 000 hab.), à Washington D.C.  (BP, USA, 6 216 600 hab.), à McGill (BU, Montréal, Québec, Canada) et à BAnQ (BN-BP, Montréal, Québec, Canada) :

Festival Fierté Montréal à BAnQ (Montréal, Québec)
Crédit photo : CC BY-SA Delphine Zavitnik

#137 Des ateliers de conversation

Moments d’échanges et de rencontres conviviales, les ateliers, souvent hebdomadaires, de conversation en français pour les primo-arrivant·e·s et les personnes qui maîtrisent mal le français, ou de conversation dans une langue étrangère, apparaissent de plus en plus dans les médiathèques.
Chaque mercredi, à la médiathèque communautaire de Sarreguemines Confluences (BP, Moselle, 21 200 hab.), deux ateliers Français Langue étrangère (FLE) sont organisés et animés par une bibliothécaire. L’un s’adresse aux personnes de niveau débutant/intermédiaire et est axé sur la grammaire et le vocabulaire. Dans le second, les participant·e·s, plus avancé·e·s, discutent d’un sujet de société. L’intention était d’attirer de nouveaux publics, et de dynamiser le fonds FLE et langues étrangères, les cabines et les méthodes de langue FLE. Ces ateliers font de la médiathèque un lieu de référence et de ressources pour les personnes d’origine étrangère. Lors du festival nommé «Migration», les participant·e·s ont présenté leur parcours de vie, permettant de déconstruire les clichés autour des migrant·e·s économiques qui viendraient « profiter des prestations sociales »…

Vu aussi dans les médiathèques du réseau de Plaine Commune (BP, Seine-Saint-Denis, 435 300 hab.) avec leurs ateliers Blabla, à la bibliothèque Vàclav Havel (BP, Ville de Paris, 2 187 500 hab.),  à Langres (BP, Haute-Marne, 7 800 hab.). […]

Film documentaire Atelier de conversation (2018) de Bernhard Braunstein, dont l’ABF a été partenaire

« À la Bibliothèque publique d’information, au Centre Pompidou à Paris, des personnes venant des quatre coins du monde se rencontrent chaque semaine, lors de l’Atelier de conversation pour parler français. Les réfugié·e·s de guerre côtoient les hommes et femmes d’affaire, les étudiant·e·s insouciant·e·s croisent les victimes de persécutions politiques. Malgré leurs différences, elles et ils partagent des objectifs communs : apprendre la langue et trouver des allié·e·s et des ami·e·s pour pouvoir (sur)vivre à l’étranger. C’est dans ce lieu rempli d’espoir où les frontières sociales et culturelles s’effacent, que des individus, dont les routes ne se seraient jamais croisées, se rencontrent d’égal·e à égal·e. »

#175 Une signalétique percutante et inclusive

Dans l’esprit Code de la route, cet autocollant posé sur la porte de la bibliothèque d’Entresse (BP, Helsinki, Finlande, 642 000 hab.) affirme : « Zone sans discrimination ». Il a été conçu dans le cadre d’une campagne du ministère de l’Intérieur en lien avec de nombreux acteurs sociaux. 1 200 organisations se sont déclarées « Zone sans discrimination », dont 29 bibliothèques. […]

Bibliothèque d’Entresse, Helsinki (Finlande)
Crédit photo : CC BY-SA Amandine Jacquet

La suite de cet article ainsi que d’autres exemples de communication drôles et anti-clichés sont à retrouver dans le numéro 100 de Bibliothèque(s).

Vous en voulez plus ? Procurez-vous le numéro 100 de Bibliothèque(s) : c’est par ici !

Les auteures :

  • Après avoir travaillé à la bibliothèque municipale de Valence, Nathalie Étienne occupe désormais un poste d’assistante à la Médiathèque Départementale de la Drôme à CREST (site ouvert aux publics). Elle est responsable du secteur musique et de la communication.  Amateure de street art, elle y a organisé divers événements (Yarnbombing, Inside Out Project). Son compte Instagram @knittie_librarian est le reflet de cet intérêt. 
    Elle a collaboré avec Amandine Jacquet à élaborer le dossier « + de 100 idées pour changer ta bib» du numéro 100 de la revue Bibliothèque(s) (ABF, 2020).
  • Bibliothécaire et formatrice, Amandine Jacquet a travaillé en bibliothèques municipales et départementales, puis à l’Enssib, avant de devenir formatrice et consultante pour les bibliothèques.
    Elle est membre de la commission internationale de l’ABF et de la section Management des Associations de Bibliothèques (MLAS) de l’IFLA.
    Elle a coordonné l’ouvrage Bibliothèques troisième lieu (ABF, 2e édition revue et augmentée en 2017, publication en italien 2018), ainsi que l’ouvrage Concevoir une bibliothèque rurale (ABF-ABD, 2018). Elle a collaboré avec Nathalie Étienne à élaborer le dossier « + de 100 idées pour changer ta bib» du numéro 100 de la revue Bibliothèque(s) (ABF, 2020).

Médiation numérique et bibliothèques

« Les bibliothèques et la transition numérique : les ateliers internet, entre injonctions sociales et constructions individuelles »

/ sous la direction de Pascal Plantard et Agnès Vigué-Camus

Ce livre a retenu l’attention de Légothèque car il s’intéresse à un aspect spécifique de la construction de soi : l’inclusion numérique dans un monde en perpétuelle évolution technologique. Il souligne le rôle d’accompagnement des bibliothèques dans la construction des individus via des collections, des espaces et des services, parmi lesquels se trouve la médiation numérique en bibliothèque. Cet article a pour objectif de balayer les enjeux à l’oeuvre dans ce processus.

Cet ouvrage apporte un regard croisé dynamique : analyses de sociologues et retour d’expériences de bibliothécaires en France et à l’étranger, ce qui en fait un texte vivant, ancré dans des pratiques concrètes. Lire la suite

Au pays des Lego et du design : tour d’horizon rafraîchissant de quelques bibliothèques danoises !

Retour sur les visites effectuées du 19 au 23 mars 2017 à l’occasion d’un voyage professionnel organisé conjointement par les groupes ABF Nord-Pas de Calais et Île de France.

Le “hygge” danois, concept qui fait écho au bien-être, au “cocooning”, n’est pas une légende ! Il n’a pas d’équivalent dans la langue française et se décline dans des lieux aussi différents que les cafés, les bibliothèques et les aéroports !

livre hygge aéroport Copenhague

Co-construction d’espaces confortables, multiculturels et ouverts, confiance réciproque dans les relations interpersonnelles et interprofessionnelles entre usagers, bibliothécaires et citoyens, bibliothécaires “facilitatrices/facilitateurs” qui proposent des services diversifiés et perçoivent les enjeux de l’inclusion numérique : voici quelques-uns des atouts des bibliothèques visitées !

Notre périple nous a menés de la bibliothèque municipale (BM) de Copenhague à Aarhus (BM Dokk1, bibliothèque universitaire), en passant par la BM d’Herning, avant de clore ce chouette séjour par la visite du Diamant Noir, la Bibliothèque Nationale et Royale de Copenhague.

En préambule, il est important de souligner la visibilité des bibliothèques municipales (BM) danoises grâce à la loi instaurée en 1920 qui garantit la création d’une BM dans chaque ville. Pour mémoire, un tel principe n’existe pas dans la législation française.

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