+ DE 100 IDÉES POUR CHANGER TA BIB !

 – Le dossier du numéro 100 de la revue Bibliothèque(s) de l’ABF

Nous avons eu l’honneur de nous voir confier le dossier du numéro 100 de Bibliothèque(s). Intitulé “+ de 100 idées pour changer le monde ta bib !”, le dossier compte 178 idées qui témoignent du dynamisme sans cesse renouvelé des bibliothèques, et de la nécessaire adaptation de nos métiers à la société !
Nous avons essayé de relever le défi d’un non-inventaire à la Prévert, en essayant de couvrir au mieux tous les sujets, pour toutes les compétences et pour tous les budgets… Nous avons reçu pour cela l’aide de nombreux·euses bibliothécaires qui nous ont proposé des idées et envoyé des informations précieuses. Merci à elles et eux !
Nous avons aussi eu à cœur de citer des exemples illustrant les valeurs et les thèmes portés par Légothèque, tels que l’inclusion, la construction de soi, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, et l’égalité femmes-hommes.
Nous vous proposons donc ici quelques extraits de ce numéro sur ces thématiques, en guise d’ “apéritif de confinement”, en attendant d’avoir le numéro papier dans les mains… 🙂

En espérant que cela vous donne de l’inspiration et des envies de changer… votre bibliothèque… puis le monde !

Nathalie Étienne et Amandine Jacquet

Barbada de Barbades, drag queen intervenante pour l’heure du conte dans les bibliothèques de la région de Montréal, et qui a accepté de faire la couverture dont nous sommes si fières.
Crédit photo : © Matt Sirois

Voici les codes que nous avons utilisés pour mentionner les bibliothèques : Nom de la bibliothèque ou Commune (Type, (Communauté de) Communes, Département ou Pays, Nombre d’habitant·e·s).
Les types de bibliothèques ont été codés de la façon suivante :
BP : Bibliothèque publique
BN : Bibliothèque nationale
BU : Bibliothèque universitaire

Extraits choisis :

#4 Un « bibliobingo »

Bingo de la diversité à la bibliothèque Louise-Michel (BP, Ville de Paris, 2 187 500 hab.) : un «bibliobingo » en direction des adolescent·e·s : un badge maison à gagner pour celles et ceux qui remplissent une ligne en lisant les ouvrages répondant aux critères indiqués.

CC BY-SA Bibliothèque Louise-Michel (Paris)

Plus d’informations sur les bibliobingos dans le numéro 100 de Bibliothèque(s).

#35 « Livres vivants »

Dans la « bibliothèque vivante », les « livres vivants » sont des personnes qui acceptent de témoigner d’une conviction ou d’une expérience qu’ils ont vécue. Celle-ci peut être d’ordre privé ou professionnel, dans le domaine culturel, associatif, religieux, politique. Elle peut également avoir trait à l’orientation sexuelle et/ou de genre, à une expérience, éducative, morale et/ou affective (enfant adopté, deuil, par exemple). Les « livres vivants » seront présentés anonymement dans le catalogue avec un titre explicite en lien avec le témoignage qu’ils acceptent de partager. L’objectif d’une « bibliothèque vivante » est de lutter contre les stéréotypes et les préjugés. On privilégiera donc les « livres » ayant des expériences en lien avec les clichés et préjugés en cours dans la société. Les publics peuvent « emprunter les livres vivants » pour une durée d’environ 30 minutes, dans l’enceinte de la bibliothèque uniquement (les bibliothécaires sont les garant·e·s d’une expérience sereine et pacifique). 
Cette action est bien souvent organisée sur une journée (en tant qu’animation) comme à La Chapelle-aux-Bois (BP, Vosges, 700 hab.), Béziers (médiathèque communautaire André Malraux, Béziers Méditerranée, Hérault, 122 500 hab.), Toulouse (José-Cabanis, BP, Haute Garonne, 479 600 hab.). Elle peut être organisée avec des « livres » fournis par une association dédiée (la commission Légothèque de l’ABF peut vous fournir une liste), mais il est également possible de créer son propre catalogue. 

Livres vivants dans les bibliothèques et médiathèques de la Communauté d’agglomération d’Épinal
Crédit photo : ©bmi-CAE

Certaines bibliothèques la proposent en rendez-vous régulier : BAnQ (Bibliothèque et Archives nationales du Québec, BN-BP, Montréal, Québec, Canada, 4 098 900 hab.) donne rendez-vous chaque semaine avec deux « métiers hors de l’ordinaire » tels que sergent d’infanterie, charpentière-menuisière, experte en cyber-sécurité, débardeur… À Malmö (BP, Suède, 316 000 hab.), la « bibliothèque vivante » se tient tous les samedis avec un catalogue fixe, mais tous les livres ne sont pas présents à chaque fois. 

Livres vivants dans les bibliothèques et médiathèques de la Communauté d’agglomération d’Épinal
Crédit photo : ©bmi-CAE

La « bibliothèque vivante » peut également porter sur un sujet dédié, comme par exemple la santé mentale ou les migrant·e·s à Rennes Métropole (Les Champs-Libres, BP, Ille-et-Vilaine, 443 200 hab.), ou l’exil à Lyon (Part-Dieu, BP, Rhône, 516 100 hab.). Enfin, la bibliothèque vivante peut parfois être destinée à des publics spécifiques, comme par exemple l’opération « Emprunte un.e suédois·e » menée par six bibliothèques suédoises, dans le but de faciliter l’accueil et l’intégration des migrant·e·s : les personnes récemment immigrées peuvent emprunter un·e suédois·e à la bibliothèque afin d’en savoir plus sur les démarches à effectuer, apprendre et pratiquer la langue suédoise mais également découvrir la culture du pays. L’opération a connu un grand succès à la bibliothèque de Söderhamn (BP, Suède, 12 100 hab.) et a été rebaptisée «Emprunte un·e suédois·e ou un·e migrant·e».

Livres vivants dans les bibliothèques et médiathèques de la Communauté d’agglomération d’Épinal
Crédit photo : ©bmi-CAE

Découvrez les règles de la bibliothèque vivante de la Bibliothèque publique d’information (Bpi) dans le numéro 100 de Bibliothèque(s).
Sur le même sujet, voir aussi : https://legothequeabf.wordpress.com/2015/12/08/bibliotheque-vivante-et-migrant-es-comment-faire-lexemple-suedois/
https://legothequeabf.wordpress.com/2015/06/30/retour-sur-la-bibliotheque-vivante-questions-de-genre/

#75 Des toilettes fonctionnelles et inclusives

Rien de moins inclusif que les toilettes réservées aux personnes en situation de handicap (parce que non, le handicap n’est pas un genre à part), ou encore les tables à langer dans les toilettes pour les femmes uniquement (parce que oui les hommes aussi peuvent souhaiter langer leurs enfants). Par ailleurs, il est important de tenir compte des publics : les femmes utilisent plus souvent les toilettes que les hommes, et le public des bibliothèques est massivement plus féminin que masculin.
Dégenrer les toilettes présente donc le double intérêt de permettre une utilisation plus rationnelle des lieux mais aussi de simplifier les choses pour les personnes non binaires ou transgenres. […] 

Exemples de signalétiques pour toilettes dégenrées : militante à Stovner (BP, Oslo, Norvège, 690 300 hab.) (1), technique mais un peu elliptique à Silkeborg (BP, Danemark, 46 200 hab.) (2), mais un simple pictogramme (3) ferait sans doute également l’affaire.

La suite de cet article et un sketchnote “Récolter et fournir des protections périodiques” (#74) à découvrir dans le numéro 100 de Bibliothèque(s).

#112 Contribuer à  la dignité de chacun·e

La bibliothèque de Saint-Denis -lès-Martel (BP, Lot, 330 hab.), comprend une agence postale et un point social. Ces trois activités s’imbriquent totalement dans le paysage de cette commune ultrarurale et à la population précarisée. Tous les ans, en collaboration avec l’association des Restos du Cœur, a lieu un après-midi « coiffeurs solidaires » qui bénéficie  à une vingtaine de personnes. (voir photo ci-dessous) Des coiffeuses professionnelles viennent offrir leurs services dans ce salon de coiffure éphémère et solidaire. La bibliothèque est désacralisée et la lecture est à la portée de chacun·e et, en attendant son tour, on rit, on mange, on lit. Et quand on se sent beau, on se sent humain et peut-être plus d’envie et de légitimité pour fréquenter la bibliothèque qui est souvent perçue comme « pas pour nous ». La Riverside Library (BP, New York, État de New York, USA, 8 623 000 hab.)  prête des accessoires de mode pour les personnes les plus précaires : cravates, sacoches, pour les entretiens d’embauche, mais aussi pour un mariage, une audition, une remise de diplôme, un bal de promo ou tout autre événement officiel.

Bibliothèque de Saint-Denis -lès-Martel
Crédit photo : CC BY-SA Carine Verger

L’espace dédié aux adolescent·e·s de la Parkway Central (BP, Philadelphie, Pennsylvanie, USA, 1 581 000 hab.) propose en accès libre des produits d’hygiène de première nécessité: tampons et serviettes hygiéniques, coupes menstruelles, déodorants, préservatifs… (photos ci-dessous) Les jeunes peuvent ainsi s’approvisionner, qu’elles·ils soient dans une situation familiale et/ou financière compliquée ou qu’elles·ils soient sans foyer.

Parkway Central, Philadelphie USA
Crédit photo : CC BY-SA Amandine Jacquet

Dans un souci d’ouverture et de bien-être des jeunes, il leur est proposé de porter un badge pour que l’on puisse ainsi s’adresser à elles·eux avec le bon pronom (elle, il ou iel) :

Parkway Central, Philadelphie USA
Crédit photo : CC BY-SA Amandine Jacquet

#117 Une heure du conte inclusive

[…] Dans le cadre de la «Queer week», semaine de réflexion sur le genre et les sexualités, la bibliothèque Louise-Michel (BP, Ville de Paris, 2 187 500 hab.) a reçu en 2018 et 2019 des drag queens pour une heure du conte dédiée aux histoires qui déconstruisent les stéréotypes de genre. La lecture d’albums qui s’attaquent aux préjugés et cassent les codes, avec de superbes créatures pailletées, y rencontre un franc succès, malgré de violentes attaques sur les réseaux sociaux.

Crédit photo : CC BY-SA Bibliothèque Louise-Michel (Paris)

Vu aussi à BALO (Bibliothèque à livres ouverts, Centre de documentation spécialisé dans les questions reliées à la diversité sexuelle à Montréal, Québec, Canada), à BAnQ (BN-BP, Montréal, Québec, Canada), et dans neuf sites de la Free Library (BP, Philadelphie, Pennsylvanie, USA, 1 581 000 hab.).

À lire aussi dans le numéro 100 de Bibliothèque(s), l’heure du conte inclusive dédiée aux enfants qui ont des besoins particuliers (autisme par exemple).
Et « Des contes de Reines » ici

#119 «Mois des fiertés»

Pendant tout le mois de juin, depuis plusieurs années, la Free Library (BP, Philadelphie, Pennsylvanie, USA, 1 581 000 hab.) célèbre la diversité culturelle de la communauté LGBTQIA+ (lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre, queer (ou) en questionnement, intersexuelle, asexuelle (ou) alliée et plus encore). En 2019, plus de 30 bibliothèques du réseau de la Free Library ont participé au programme du «Mois des fiertés». Il regroupe des concerts pop-up, des projections de films, des discussions sur la littérature transgenre, de la poésie, des histoires non sexistes, des ateliers de compétences culturelles LGBTQIA+, des ressources éducatives en santé, des heures du conte par des drag queens, des soirées jeux, des lectures à voix haute et même un programme pour les propriétaires d’entreprises et les entrepreneur·euse·s LGBTQIA+, et bien plus encore !

Vu aussi à New York (BP, État de New York, USA, 8 623 000 hab.), à Washington D.C.  (BP, USA, 6 216 600 hab.), à McGill (BU, Montréal, Québec, Canada) et à BAnQ (BN-BP, Montréal, Québec, Canada) :

Festival Fierté Montréal à BAnQ (Montréal, Québec)
Crédit photo : CC BY-SA Delphine Zavitnik

#137 Des ateliers de conversation

Moments d’échanges et de rencontres conviviales, les ateliers, souvent hebdomadaires, de conversation en français pour les primo-arrivant·e·s et les personnes qui maîtrisent mal le français, ou de conversation dans une langue étrangère, apparaissent de plus en plus dans les médiathèques.
Chaque mercredi, à la médiathèque communautaire de Sarreguemines Confluences (BP, Moselle, 21 200 hab.), deux ateliers Français Langue étrangère (FLE) sont organisés et animés par une bibliothécaire. L’un s’adresse aux personnes de niveau débutant/intermédiaire et est axé sur la grammaire et le vocabulaire. Dans le second, les participant·e·s, plus avancé·e·s, discutent d’un sujet de société. L’intention était d’attirer de nouveaux publics, et de dynamiser le fonds FLE et langues étrangères, les cabines et les méthodes de langue FLE. Ces ateliers font de la médiathèque un lieu de référence et de ressources pour les personnes d’origine étrangère. Lors du festival nommé «Migration», les participant·e·s ont présenté leur parcours de vie, permettant de déconstruire les clichés autour des migrant·e·s économiques qui viendraient « profiter des prestations sociales »…

Vu aussi dans les médiathèques du réseau de Plaine Commune (BP, Seine-Saint-Denis, 435 300 hab.) avec leurs ateliers Blabla, à la bibliothèque Vàclav Havel (BP, Ville de Paris, 2 187 500 hab.),  à Langres (BP, Haute-Marne, 7 800 hab.). […]

Film documentaire Atelier de conversation (2018) de Bernhard Braunstein, dont l’ABF a été partenaire

« À la Bibliothèque publique d’information, au Centre Pompidou à Paris, des personnes venant des quatre coins du monde se rencontrent chaque semaine, lors de l’Atelier de conversation pour parler français. Les réfugié·e·s de guerre côtoient les hommes et femmes d’affaire, les étudiant·e·s insouciant·e·s croisent les victimes de persécutions politiques. Malgré leurs différences, elles et ils partagent des objectifs communs : apprendre la langue et trouver des allié·e·s et des ami·e·s pour pouvoir (sur)vivre à l’étranger. C’est dans ce lieu rempli d’espoir où les frontières sociales et culturelles s’effacent, que des individus, dont les routes ne se seraient jamais croisées, se rencontrent d’égal·e à égal·e. »

#175 Une signalétique percutante et inclusive

Dans l’esprit Code de la route, cet autocollant posé sur la porte de la bibliothèque d’Entresse (BP, Helsinki, Finlande, 642 000 hab.) affirme : « Zone sans discrimination ». Il a été conçu dans le cadre d’une campagne du ministère de l’Intérieur en lien avec de nombreux acteurs sociaux. 1 200 organisations se sont déclarées « Zone sans discrimination », dont 29 bibliothèques. […]

Bibliothèque d’Entresse, Helsinki (Finlande)
Crédit photo : CC BY-SA Amandine Jacquet

La suite de cet article ainsi que d’autres exemples de communication drôles et anti-clichés sont à retrouver dans le numéro 100 de Bibliothèque(s).

Vous en voulez plus ? Procurez-vous le numéro 100 de Bibliothèque(s) : c’est par ici !

Les auteures :

  • Après avoir travaillé à la bibliothèque municipale de Valence, Nathalie Étienne occupe désormais un poste d’assistante à la Médiathèque Départementale de la Drôme à CREST (site ouvert aux publics). Elle est responsable du secteur musique et de la communication.  Amateure de street art, elle y a organisé divers événements (Yarnbombing, Inside Out Project). Son compte Instagram @knittie_librarian est le reflet de cet intérêt. 
    Elle a collaboré avec Amandine Jacquet à élaborer le dossier « + de 100 idées pour changer ta bib» du numéro 100 de la revue Bibliothèque(s) (ABF, 2020).
  • Bibliothécaire et formatrice, Amandine Jacquet a travaillé en bibliothèques municipales et départementales, puis à l’Enssib, avant de devenir formatrice et consultante pour les bibliothèques.
    Elle est membre de la commission internationale de l’ABF et de la section Management des Associations de Bibliothèques (MLAS) de l’IFLA.
    Elle a coordonné l’ouvrage Bibliothèques troisième lieu (ABF, 2e édition revue et augmentée en 2017, publication en italien 2018), ainsi que l’ouvrage Concevoir une bibliothèque rurale (ABF-ABD, 2018). Elle a collaboré avec Nathalie Étienne à élaborer le dossier « + de 100 idées pour changer ta bib» du numéro 100 de la revue Bibliothèque(s) (ABF, 2020).

Retours sur l’ALMS LGBTQ : Archives, bibliothèques, Musées et collections spéciales LGBTQ+ [1/2]

par Renaud Chantraine . R. Chantraine débute une thèse en ethnologie à l’Ehess après des études de muséologie à l’école du Louvre. Ses recherches portent sur les questions de sexualité et de genre dans le domaine des musées et du patrimoine.

Pour celles et ceux qui s’intéressent de près aux questions relatives à l’histoire et aux mémoires, aux archives ou plus globalement au patrimoine[1] des minorités sexuelles et de genre, le congrès qui s’est déroulé à Londres du 22 au 24 juin 2016 a été un moment majeur. Son sigle un peu barbare, ALMS LGBTQ+ (traduit par « Archives, bibliothèques, Musées et collections spéciales lesbiennes, gais, bisexuels, trans, queer et + ») reflète d’emblée la grande diversité de communautés ou d’individu.e.s, de professions ou d’activités, de discours et d’enjeux rassemblés dans le cadre de cet événement. Lire la suite

Les sœurs de la Perpétuelle Indulgence à la BU Droit-Gestion de Lille

Auteure du billet : Elise Anicot, Action Culturelle, Bibliothèque Universitaire de Droit-Gestion, Université de Lille 2 (Téléchargez le PDF de l’article)

En novembre 2014, la BU de Droit-Gestion de l’Université de Lille 2 accueillait une exposition d’un genre peu ordinaire…

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Chaque année, la Faculté des Sciences Juridiques Politiques et Sociales et la bibliothèque de Droit-Gestion de l’Université de Lille 2 organisent conjointement un cycle de cinéma axé sur une thématique. En 2014/2015, la thématique « portraits de femmes » a donné l’idée à un doctorant en Droit, de mettre en place une exposition autour du mouvement « les sœurs de la perpétuelle indulgence ». Lire la suite

Une certification LGBT pour les bibliothèques ? L’exemple de la Suède

En Suède, l’acceptation des personnes LGBT est forte, relativement à d’autres pays comme la France [1].

Depuis sept ans maintenant, la plus grande association LGBT, la RFSL, propose une certification LGBT auprès des « organisations » dont les services publics, qui permet d’assurer que le service fait preuve d’efforts continus à l’attention des publics HBTQ (Homo-, Bisexuel-les, Trans et Queers, qui est l’acronyme consacré en Suède). Le processus permet d’attester que le service propose à ses usagers un « safe space » et des services qui leurs sont adaptés.

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Le meilleur de notre veille #4

À quelques jours de l’ouverture du Congrès de l’ABF, où la commission sera présente, voici le quatrième épisode des meilleures ressources glanées ces dernières semaines via notre fil Twitter et sur notre compte Diigo. N’hésitez pas à vous abonner à ces comptes pour être tenu au courant de notre activité, notamment, des évènements liés à nos thématiques !

Dans le cadre de la 9e édition du Lyon BD Festival, l’exposition Héro(ïne)s propose d’illustrer et de faire réfléchir à la disproportion des représentations homme/femme au sein de la BD. Cette exposition s’accompagne d’un dossier mis en œuvre par le Labo Junior Sciences Dessinées qui apporte un regard universitaire.
http://labojrsd.hypotheses.org/2204

En septembre, se tiendra en France le premier congrès sur les études de genre organisé par l’Institut du Genre. Durant trois jours, les 500 participants inscrits assisteront à des conférences et rencontres sur douze thématiques (politique, territorialités, genre, arts et littératures, sexualités, hétéronormativités, LGBT, …).
http://cafaitgenre.org/2014/06/10/1er-congres-des-etudes-de-genre-en-france/

En parallèle, l’association Mnemosyne a mis en lumière un document passé inaperçu. Il s’agit d’un rapport d’orientations stratégiques sur les études de genre, remis à la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche en novembre 2012. Au travers de vingt propositions, des experts donnent des pistes pour donner à la recherche sur le genre la place qu’elle devrait tenir dans l’enseignement et la recherche.
http://www.mnemosyne.asso.fr/mnemosyne/rapport-du-ministere-de-lenseignement-superieur-et-de-la-recherche-novembre-2012/

Un entretien de Christine Delphy, auteure et chercheuse au CNRS dans le domaine des études féministes et des études de genre. Dans cet entretien, elle aborde la notion de l’Autre, des Autres et de comment ils sont construit par les Uns qui parlent pour eux, renforçant leur position dominante. Son discours est à la fois anti-raciste et féministe.
http://lmsi.net/La-construction-de-l-Autre

GENRE !
Un livre édité par la maison d’édition Des ailes sur un tracteur regroupant trente auteurs de tous horizons (chercheurs, praticiens, …). Avec trente définitions et dix fiches auteurs, l’ouvrage balaye l’essentiel pour comprendre les concepts et notions autour du genre, en mettant l’accent sur son utilité sociale et politique.
http://www.desailessuruntracteur.com/GENRE–Un-livre-collectif-pour-comprendre-et-en-finir-avec-les-rumeurs_a107.html

Au moment où le genre suscite le débat, le Dictionnaire genre et science politique ne fait pas seulement l’état des savoirs dans ce domaine. L’ouvrage rappelle également que le politique implique toujours des partages sexués qui le définissent, et que l’intégration récente des questions de genre dans la sphère politique pose de nouvelles questions.
http://www.laviedesidees.fr/Le-genre-le-politique-et-les.html

Le site du Guardian nous propose une infographie sur les droits des homo, bi et trans. Elle a été réalisée à l’occasion de la journée du 17 mai, journée mondiale de lutte contre l’homophobie. Elle permet d’explorer les droits et les discriminations dont ils sont victimes.
http://www.theguardian.com/world/ng-interactive/2014/may/-sp-gay-rights-world-lesbian-bisexual-transgender

Nous vous donnons rendez-vous dans un mois pour le 5e épisode !

Un exemple de fonds LGBT en BU (États-Unis)

La bibliothèque de l’université d’État de St-Cloud, aux États-Unis, dans le Minnesota gère une collection destinée aux publics LGBT. Elle travaille avec les enseignants sur ces questions et avec le Centre LGBT de la ville de St-Cloud pour répondre aux besoins des usagers.

Nous avons joint la responsable, Rachel Wexelbaum, afin qu’elle nous explique comment s’est créé ce fonds et comment il est géré.

Rachel Wexelbaum devant une table de présentation de titres à la BU de St. Cloud State University pour la semaine OUTPROUD

Rachel Wexelbaum à la BU de St. Cloud State University

 

Légothèque : Où travaillez-vous et quelles sont vos fonctions dans la bibliothèque?
Rachel Wexelbaum : Je travaille au Centre Miller, un centre de ressources et d’apprentissage, à St. Cloud State University (SDU). Mon titre officiel est responsable de collections (collection management librarian). Les bibliothécaires de notre institution sont aussi professeurs, et je suis enseignante associé. À la bibliothèque, je développe et gère des collections de livres, de livres électroniques, et de films. Je suis également une personne référente sur le campus pour des questions relative audroit d’auteur, au fair use et aux droits d’usages. Je propose  une assistance à la recherche et à l’utilisation de la bibliothèque aux enseignants et aux étudiants. Je donne enfin des cours sur les stratégies de recherche et les médias sociaux.

L : Quelle est la mission de cette bibliothèque? Comment et depuis quand s’adresse-t-elle aux usagers LGBT?
RW : La mission de notre bibliothèque est d’ «[accompagner] l’université dans la fourniture, l’organisation, la gestion et la compréhension critique de ressources scientifiques qui favorisent la découverte intellectuelle et la réussite scolaire. » Nous avons des étudiants et des professeurs de tous horizons, y compris LGBTQ, et nous suivons la déclaration des droits de l’American Libraries Association des bibliothèques à la lettre.

L : Quels types de services proposez-vous en direction des publics LGBTQ ?
RW : Je suis en charge des collections destinées aux publics LGBTQ, du soutien à la recherche sur ces questions et de la formation aux ressources liées à ces thématiques, quand les enseignements ont un volet recherche. Je travaille aussi à me faire connaître comme personne ressource auprès  des étudiants et du directeur du Centre LGBT.

L : Quel est votre public cible ? Quelle est la fréquentation ? Essayez-vous d’élargir vos services à d’autres publics ?
RW : Les usagers « de base » de notre bibliothèque sont les étudiants et les enseignants de l’USCU. Parce que nous sommes une institution publique, cependant, nous avons aussi des usagers extérieurs qui, s’ils prennent une carte de bibliothèque, peuvent emprunter et utiliser nos ordinateurs. En ce moment, nous essayons de toucher les anciens étudiants pour nous construire un réseau de bailleurs de fonds potentiels. Je valorise également nos ressources LGBTQ à l’occasion de la Marche des Fiertés locale et à l’occasion de conférences de la bibliothèque.

L : Comment développez-vous les collections à thématiques LGBTQ ? Suivez-vous une politique d’acquisition particulière, avez-vous une ligne budgétaire spécifique ?
RW : Quand j’ai commencé en 2008 , j’ai négocié un pourcentage de notre budget de monographies à consacrer aux ressources LGBTQ . Mon argument était que, même si nous n’avons pas de programme académique sur les LGBTQ , toutes les disciplines abordent ces questions d’une manière ou d’une autre. Je fais donc de mon mieux pour sélectionner des ressources qui traitent de ces thématiques en sciences humaines, sciences sociales , dans le domaine de l’éducation , le commerce, les sciences et les techniques. Comme ces titres circulent à une fréquence plus élevée que la moyenne, le budget augmente. Je sélectionne les titres à partir d’un grande variété de sources, dont Choice Magazine, le site de la Fondation Lambda Literary ( qui propose nombre de recensions de titres dans tous les domaine et pour lesquels j’écris aussi des critiques) , les recensions du groupe GLBT de l’American Libraries Association, et un outil de sélection en ligne que possède notre bibliothèque YBP GOBI. Je m’assure que nous commandons les lauréats des prix Lambda, Stonewall, et Publishing Triangle quand ils sont appropriés pour une bibliothèque universitaire. Depuis peu, nous désherbons cette collection pour faire place à de nouveaux documents, et je passe en revue lentement les titres afin de déterminer lesquels sont obsolètes et lesquels doivent être conservé à des fins de recherche.

Logo du groupe de travail LGBT de l'ALA

Logo du groupe de travail LGBT de l’ALA

L : Quel est votre système de classification ? Est- il pertinent pour ces collections ou l’avez-vous adapté et de quelle manière ?

RW : Notre bibliothèque utilise la classification de la Bibliothèque du Congrès, commune aux bibliothèques universitaires américaines. Bien que nos catalogueurs s’assurent d’une bonne visibilité des documents LGBTQ dans notre catalogue en ligne, ce système de classification sépare l’essentiel des documentaires LGBTQ dans une section à part de la bibliothèque .

L : Comment le personnel a-t-il réagi à la mise en place de ces services et ressources ? Aviez-vous organisé des formations ?
RW : J’ai la chance de travailler avec des collègues et des professeurs associés ouverts sur ces questions. Dans d’autres bibliothèques – y compris l’UCLA , ce qui m’a choqué- il y a eut des exemples de collègues qui  » perdaient » les documents LGBTQ afin qu’ils ne soient jamais proposés aux publics. Cela n’arrive pas là où je travaille. Même avant mon arrivée, les enseignants demandait des livres et des films LGBTQ qui étaient généralement acquis à moins d’un coût prohibitif. Nos bibliothécaires au service de renseignement feront de leur mieux pour aider tout usager à trouver l’information qu’il recherche. Si ce dernier recherche des informations sur une thématique LGBTQ spécifique qui dépasserait leur domaine d’expertise, ils me l’enverront. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai reçu aucune demande de formation sur les thématiques LGBTQ émanant de collègues ou des enseignants, mais je présente l’état de l’accroissement des collections et les meilleures pratiques pour toucher les usagers LGBTQ lors du congrès annuel des bibliothèques du Minnesota. Je fais aussi des présentations thématiques très appréciées par les usagers. Vous pouvez me voir sur la page Facebook de notre bibliothèque. La plupart du temps ces présentations promeuvent également le Centre de ressources LGBTQ.

L : De quoi parlez-vous lors de ce congrès annuel ?
RW : Lors de ces conférences, je ne met pas vraiment l’accent sur ​​les statistiques de développement des collections. J’essaie d’expliquer que les documents intéressant les publics LGBTQ ne sont pas tous accessibles au format électronique  (même si c’est de plus en plus le cas), et qu’il est nécessaire d’avoir des documents de tous formats.

Je présente également les outils permettant de sélectionner ces documents, les moyens d’obtenir des informations pour les LGBTQ sur quelques-unes des bases de données auxquelles toutes les bibliothèques du Minnesota ont libre accès, et comment obtenir des informations dans des ressources officielles et gouvernementales.

Enfin, j’explique comment on peut négocier un budget pour des acquisitions à destination des LGBTQ, comment on peut valoriser ces ressources, et comment impliquer les usagers dans le développement de la collection.

L : Quels conseils donneriez-vous à des collègues qui souhaiteraient toucher des publics LGBTQ ?
RW : D’abord, je leur proposerai de sortir de la bibliothèque pour aller dans les endroits où les publics LGBTQ sont (centres communautaires, groupes de soutien, marches de fierté , cafés, cliniques, etc. ) afin de promouvoir la bibliothèque et ses ressources LGBTQ / services. Si ces endroits ou organisations ont des sites Web , demander d’ajouter un lien vers les ressources de la bibliothèque sur leur site web, de vous connecter avec eux sur les réseaux sociaux (comme «ami» sur Facebook , Twitter, …).

Ensuite, faire des étalages de livres, que ce soit physique ou par le biais de Pinterest , pour promouvoir les ressources en profitant, tous les mois, d’événements liées aux LGBTQ (dont les anniversaires de personnalités par exemple). Si votre bibliothèque a une présence sur les médias sociaux, l’affichage du livre peut être photographié ou le conseil Pinterest peut être partagée de cette façon.

Une autre proposition serait de faire savoir à la communauté LGBTQ si votre bibliothèque dispose d’un espace pour organiser des réunions , des groupes de lectures, etc. Les associations sont souvent à la recherche d’espaces tranquilles gratuits ou à faible coût pour des réunions quelconques. Cela amènera des usagers LGBTQ dans la bibliothèque.

Enfin, regardez si votre université locale possède un centre de ressources LGBTQ, un groupe d’étudiants LGBTQ ou des enseignements autour des LGBTQ. Allez leur rendre souvent visite, évoquez leurs travaux à rendre, leurs recherches, etc,  essayez de savoir comment la bibliothèque peut les aider dans leurs projets. Parfois, le travail est lié aux LGBTQ, parfois ce n’est pas le cas, mais c’est une autre façon de connecter les personnes LGBTQ à la bibliothèque et les amener à découvrir la collection et les espaces.

L : Avez-vous mis en place des partenariats spécifiques ?
RW : St. Cloud State University appartient au réseau universitaire de l’État du Minnesota (Minnesota State Colleges and Universities system). Notre établissement fait partie d’un consortium de bibliothèques appelé MnPALS , où nous avons des accords de prêts entre bibliothèques avec certaines écoles du réseau, avec de petites écoles privées, et avec  l’Université du Minnesota. Nous n’avons pas un gros budget d’acquisitions et nous ne pouvons malheureusement pas nous abonner à beaucoup de revues et de bases de données. Heureusement , ces accords avec l’Université du Minnesota , ainsi que d’autres États, nous permettent de donner accès à des articles que nous n’aurions pas. Nos accords de prêts entre bibliothèques sont particulièrement utiles pour ceux qui font de la recherche sur des thématiques LGBT et qui ont besoin de trouver des informations dans des revues académiques auxquelles nous n’avons pas accès .
J’ai également travaillé avec le Centre de ressources LGBT afin de mettre en place un « système de tri » pour que leurs employés puisse déterminer vers qui envoyer les usagers venus chercher des informations spécifiques. Ceux qui ont besoin d’aide pour trouver des informations sur des documents de recherche me sont adressés, ceux qui ont besoin de ressources communautaires et de groupes de soutien sont envoyés au Centre .

L : Quels sont vos projets pour 2014 ?
RW : 2014 est presque terminée, j’essaie de faire avec ! En ce moment je suis en train de finir mon livre « Queers en ligne : pratiques numériques pour les LGBT dans les bibliothèques, archives et musées » (Queers Online: LGBT Digital Practices in Libraries, Archives, and Museums).

L : Allez-vous participer au congrès de l’IFLA à Lyon , en France ? et en profiterez-vous pour faire connaître votre bibliothèque ?
RW : J’aurais aimé y assister. Je suis désolé de manquer la première réunion du groupe d’intérêt spécial IFLA LGBTIQ SIG – ce sera certainement un événement historique . Est-il possible de participer en ligne ? Comment puis-je obtenir des notes ou des documents de la réunion ? Je suis sur la page de l’IFLA LGBT SIG Facebook , cependant, et fréquemment connectée. Je suis désireuse d’échanger avec quiconque de l’IFLA sur les ressources et les services des bibliothèques adressées aux publics LGBTQ, et de collaborer sur des projets ensemble .

Pour me contacter, mon adresse e-mail est rswexelbaum@stcloudstate.edu , mon compte Twitter est @voxpopulare, et mon Skype est skypelibrarian.

Merci