Retour sur le questionnaire Légothèque portant sur l’Accueil des personnes trans en bibliothèques.

La légothèque a récemment organisé un questionnaire sur l’accueil des personnes trans en bibliothèques. Voici les premières observations sur cette enquête. Les résultats serviront de base pour la rédaction de fiches pratiques à destination des professionnel·les des bibliothèques afin d’améliorer l’accueil des personnes trans dans les structures de lecture publique. 

Mise en ligne du mois de Juin à Novembre 2021, notre questionnaire a reçu 135 réponses. Nous avons tenté de cerner les spécificités de ce public qui n’a pas été l’objet d’études spécifiques pour l’instant en France. 

I. Le public non fréquentant

Nous avons d’abord décidé de nous pencher sur les personnes non-fréquentantes : 31 répondant.es déclarent ne pas ou ne plus fréquenter les bibliothèques alors que 104 personnes fréquentent régulièrement ou non un lieu de lecture publique. 

Il nous a semblé intéressant de comprendre les raisons qui pourraient faire qu’une personne trans décide de ne pas se rendre en bibliothèque. Si la plupart des personnes déclarent ne pas trouver d’intérêt dans l’offre de services proposée dans les bibliothèques, d’autres causes plus propres à ce public sont à souligner :

  • De nombreuses réponses reviennent sur la difficulté de faire une inscription car les démarches peuvent être l’occasion d’un malaise voire de réactions transphobes : mégenrage, questions indiscrètes voire agressives, etc. Ces démarches sont un effet de seuil empêchant l’accès à la culture.
  • D’autres soulignent les difficultés matérielles et économiques qui empêchent de profiter entièrement des bibliothèques. Cette cause n’est certes pas propre au public trans mais semble d’autant plus importante dans cette part de la population. En effet, de nombreuses personnes trans vivent dans des situations de précarité et n’ont tout simplement pas accès aux établissements de lecture publique à cause des tarifs d’inscriptions encore en vigueur dans de nombreuses médiathèques.
  • Quelques réponses permettent de constater une grande différence entre l’offre proposée dans les bibliothèques en milieu urbain et des bibliothèques plus rurales avec un accès physique parfois contraignant (absence de transports en commun, distance physique).

II. Le public fréquentant

Les autres répondant·es à notre questionnaire sont donc des personnes qui fréquentent, à différents niveaux, les bibliothèques et médiathèques – et ce quel que soit leur type : municipales, universitaires, associatives, voire centres de documentation de collèges ou lycées. Nous les avons interrogé·es sur leurs pratiques en bibliothèque : usage des espaces, des collections, présence aux animations, etc.

Les collections et les pratiques documentaires

Une question portait sur les termes utilisés par les personnes interrogées lors de leurs recherches documentaires. Cette question nous a permis de montrer, au regard des commentaires rédigés par les personnes répondantes, que les termes utilisés et les termes actuellement présents dans les catalogues des bibliothèques sont très différents. 

Aussi, les mots les plus souvents recherchés par les personnes interrogées sont les suivants : “Trans”, “Genre”, “Transidentité” et “Transgenre”, dans une moindre mesure “LGBT/I/QIA+”, “Non binaire” et “MTF/FTM”. 

Les répondant·es utilisent également “transsexuel” et “transsexualité” mais les commentaires précisent que ces deux termes sont utilisés par défaut. En effet, les termes “transsexuels” et “transsexualités” sont régulièrement remis en cause par les personnes concernées car ces termes sont pathologisants et relèvent d’un vocabulaire psychiatrique qui est désormais contesté par les personnes trans.

On constate donc une différence entre le vocabulaire qui vient naturellement dans la tête des usager·es et celui qui est utilisé lors du catalogage. Cette différence est de fait préjudiciable car elle rend difficile la recherche de documents sur un sujet par ailleurs très mal représenté dans l’ensemble de l’offre éditoriale.

En effet, de nombreux usager.es ou non-usager.es reviennent régulièrement sur le fait que les collections sont plutôt anciennes ou alors que les documents véhiculent une vision caricaturale et donc inadéquate de la transidentité. Pour de nombreux répondant.es c’est même une raison principale de la fin de leur venue en bibliothèque. 

Un large travail à mener afin de mieux correspondre aux attentes des usager.es trans

C’est d’ailleurs sûrement une des explications du grand paradoxe de cette enquête. En effet, si 82% des répondant·es estiment se sentir « plutôt bien voire très bien” dans une bibliothèque, 45,5% des répondant·es pensent que les bibliothèques ne sont pas pour autant des “safe spaces” au sens d’endroit où l’on peut exprimer sa personnalité librement et sans crainte. 

Si l’on creuse un peu les raisons de cette défiance, nous constatons que de nombreuses causes sont évoquées par nos répondant.es. La première cause évoquée est un accueil insuffisamment adapté. La demande de papiers de justificatifs d’identité lors de l’inscription est un effet de seuil qui détourne les personnes trans des services culturels. En effet, lorsque leurs papiers d’identité ne correspondent pas (encore) à leur apparence ou leur identité réelle, cela peut provoquer de la gêne voire un refus de comprendre la situation des usager·es trans, au risque de refuser d’inscrire la personne sous son prénom d’usage. Certaines réponses soulignent même des actes discriminatoires graves comme des refus d’inscription. Le frein financier est également régulièrement évoqué, les inscriptions payantes excluent de fait les personnes précaires.

Le rapport entre les personnes trans et les autres usager·es des bibliothèques est également présenté par nos interrogé·es comme souvent problématiques. Regards, remarques, questions intrusives voire franches altercations verbales sont une des raisons de l’éloignement de certaines personnes qui ne se sentent pas les bienvenues dans les bibliothèques publiques ou universitaires. De nombreuses réponses évoquent des situations de discrimination aux toilettes, par exemple.

En tournant la question autrement “qu’est-ce qui vous ferait fréquenter plus régulièrement les bibliothèques”, nous avons pu déterminer ce qui pourrait améliorer l’accueil des personnes trans en bibliothèques.

  • En premier lieu, l’accueil avec la mise en place de signaux de bienvenue (drapeaux, signalétique, formulaires d’inscription simplifiés, inscription dans le SIGB sans mention de genre). Des formations de sensibilisations pour les professionnel.les existent pour les publics LGBTQI 
  • Ensuite, la valorisation de collections pertinentes sur la transidentité ou avec des personnages trans auxquels les personnes concernées peuvent s’identifier. Cela peut s’effectuer également lors des grands événements propre à la communauté LGBTQIA (TDOR le 20 novembre, Journée internationale de la visibilité trans le 31 mars, Le mois des fierté LGBTQI tout le long du mois de juin).
  • Développer un espace accueillant et inclusif : c’est bien la médiathèque comme espace calme, comme une “bulle individuelle” qui est évoquée par certain.es comme un des grands attraits des médiathèques. Cela correspond également à un “espace refuge” où l’on n’est pas importuné·e par les autres usager·es ou par des comportements ou attitudes agressives. 
  • Enfin, des aménagements plus inclusifs (accès à des toilettes non-genrées notamment) permettent de désamorcer de nombreuses situations entre les usager·es. A cet égard, le concours Chouettes Toilettes de l’ABF vise à promouvoir des aménagements inclusifs pour tout·es.
  • De très nombreuses réponses reviennent sur l’absence d’animation sur le sujet des personnes trans et à destination de tous les public. Les commentaires insistent également pour que soient invitées plus de personnes trans expertes sur toutes sortes de sujet, ce qui permet une plus grande visibilité des personnes trans dans le quotidien de tous.

Conclusion

Ces constats invitent à nous repencher, en tant que professionnels, sur les réponses que nous devons apporter afin d’améliorer divers aspects qui interrogent depuis de nombreuses années les professionnels des bibliothèques : quelles sont les meilleures conditions d’accueil pour tous les publics? Comment valoriser au mieux les collections et constituer des fonds documentaires diversifiés et surtout actualisés? Quelques réponses ont montré également que la crise du Covid avait compliqué, de fait, l’accès à la culture et à la lecture publique. On savait déjà combien les vérifications du pass sanitaire a eu un impact sur la fréquentation des bibliothèques : si certain·es usager·es se sentent rassuré·es par ces contrôles, d’autres le vivent comme une atteinte inopportune à leur vie privée : c’est le cas de certaines personnes trans qui ont répondues à notre enquête, et pour lesquelles la présentation d’un pass qui ne correspondrait pas à leur apparence est un risque supplémentaire au quotidien. Un des grands enjeux sera donc de reconquérir certains publics fidélisés ou non, captifs ou non dans les années à venir.

La transidentité dans les livres / littérature adulte

Ce billet s’appuie sur le travail effectué par Julie Granier, bibliothécaire, et s’intéresse à la représentation de la transidentité dans la littérature. Afin d’orienter et d’encadrer ses recherches, elle s’est concentrée sur la production éditoriale de 2018 à aujourd’hui, en France. Son constat est que les personnages LGBTQIA+ sont de plus en plus représentés dans la production éditoriale francophone, qu’il s’agisse de littérature, de documents cinématographiques ou de jeux vidéo.

Ce deuxième billet s’intéresse à la représentation de la transidentité et des personnes transgenres dans les albums, romans et bande-dessinées. Cette deuxième partie couvrira la littérature adulte.

Introduction

Il convient, pour commencer, de s’attarder sur la terminologie employée. Selon l’Association Nationale Transgenre (ANT) :

“Genre »

Identité sexuée psycho-sociale. Rôle social, par exemple masculin ou féminin, et identification à la classe d’individus qui jouent ce rôle. Le genre résulte de stéréotypes culturels qui définissent les comportements masculins et féminins. Le genre n’est pas nécessairement congruent au sexe : une personne mâle peut très bien s’identifier au rôle lié féminin et être ainsi de genre féminin. Les genres « homme » ou « femme » ne sont que des conventions culturelles très réductrices pour étiqueter un ensemble complexe de traits de personnalité. Chaque être humain a en lui, à la fois, des traits de personnalité jugés féminins et des traits jugés masculins. Il existe donc plus de deux genres dans l’humanité mais une multiplicité. En outre, le genre est auto-déclaratif : seule la personne concernée peut déclarer son identité de genre.”

“Transgenre » (personne)

Est transgenre toute personne qui ne s’identifie pas complètement au rôle social culturellement assigné à son sexe, sans se croire pour autant atteinte d’un « trouble d’identité de genre » ou d’un syndrome, et qui se libère de toute croyance en des rôles sexués naturels et intangibles (cf. essentialisme). Il s’agit avant tout de vivre libéré de l’ordre symbolique et de ses sous-produits tel l’hétéro-patriarcat. Personne qui assume un genre, binaire ou pas , différent de celui qui lui a été assigné à la naissance au vu de ses organes génitaux. Ayant rompu avec la binarité sociétale liant sexe et genre, une personne transgenre vit son identité de genre en effectuant parfois, pour des raisons diverses (faciliter son insertion sociale, choisir sa sexualité, …), des modifications corporelles.”

“Transidentité »

Néologisme créé par le mouvement transgenre, par opposition au terme « transsexualisme ». Façon de vivre qui ne coïncide pas avec le rôle culturellement et arbitrairement assigné aux personnes de son sexe. La concordance entre le genre (identité sexuée psycho-sociale) et le sexe (identité sexuée physique) n’a de sens que si on a intégré le conditionnement d’une culture, qui assigne un rôle social – donc l’identité de genre qui lui correspond – à chaque sexe.”

“CIsgenre » (personne)

Personne dont le genre est relativement en adéquation avec le rôle social attendu en fonction du sexe. Exemple : dans la culture occidentale, une personne possédant un corps femelle et se vivant comme une femme.”

Un glossaire plus complet autour de la transidentité est disponible sur le site de l’ANT.

Il est important de préciser également qu’il existe une multiplicité d’identités de genres au-delà d’homme ou femme, comme une multiplicité de façons d’exprimer son genre. Néanmoins, d’autres genres comme non-binaires sont moins représentés dans la production éditoriale par conséquent vous en trouverez peu ci-dessous.

Libre d’être moi

-Deux bandes-dessinées notables abordent la thématique de la transidentité avec des regards très différents.

Appelez-moi Nathan de Catherine Castro paru chez Payot Graphix en 2018 présente le parcours d’un jeune homme trans et aborde principalement les questions de transition jusqu’au questionnement autour des opérations chirurgicales.

Tout va bien de Charlie Genmor paru chez Delcourt en 2019 aborde quant à lui les questionnements autour de l’identité de genre et l’orientation sexuelle.

 

-Du côté des romans, on peut citer le magnifique Poppy et les métamorphoses de Laurie Frankel paru chez Pocket en 2018, qui suit le parcours de Poppy, fillette transgenre merveilleusement soutenue par sa famille.

A noter également Les argonautes de Maggie Nelson paru aux éditions du Sous-Sol en 2018, à mi-chemin entre fiction et essai, qui couvre de très nombreux questionnements autour du genre et présente un personnage non-binaire.

-Petit aparté Science-Fiction Fantasy Fantastique (SFFF), un genre qui n’est pas en reste pour ce qui est de la mise en scène de personnages LGBTQIA+ .

En Fantasy, je tenais surtout à évoquer les trois cycles de l’Assassin Royal par Robin Hobb, excellente saga où apparaît notamment le Fou, personnage Gender-fluid à nouveau.

Du côté Science-Fiction, on retiendra le premier roman de Solomon Rivers, L’incivilité des fantômes paru aux Forges de Vulcain en 2019 qui intègre une héroïne intersexe et un personnage non-binaire dans un huis clos interstellaire.

-Pour finir, évoquons un roman de la rentrée littéraire 2020 : Mon père, ma mère, mes tremblements de terre de Julien Dufresne-Lamy édité par Belfond où une jeune fille de quinze ans raconte la transition de son père. Un auteur à suivre!

Bonus

Pour aller plus loin, je vous invite à parcourir la master liste LGBT proposée par Mademoiselle Cordelia ou la Rainbowthèque.

Bonnes lectures !

Sources

https://rainbowtheque.tumblr.com/

La chaîne Youtube de Mx Cordélia

http://mademoisellecordelia.fr/la-master-liste-lgbt-de-cordelia/ 

 

George – Alex Gino

9782211227452

Aujourd’hui sur le blog, nous vous proposons de découvrir un roman de l’Ecole des Loisirs, pour les 9-12 ans, qui aborde un sujet dont nous avons déjà pu parler sur le blog et qui fait partie des thématiques qui nous sont chères.

George, dont la quatrième de couverture porte la mention « BE WHO YOU ARE « , sous-titrée « Parfois, les gens ne voient pas les choses comme elles sont, mais comme ils croient qu’elles sont ». Lire la suite

Sortir des stéréotypes sur la transidentité : l’exposition « Illes » à la cité de la santé

La série Illes est composée de 15 photographies en noir et blanc de Carine Parola. Elle a été exposée en 2012 à la Cité de la santé, espace de ressources consacré à la santé au sein de la Bibliothèque des sciences et de l’industrie à Paris.

« Illes est une série qui traite d’une ambiguïté, de l’écart qu’il peut y avoir entre le corps et l’esprit, mais aussi de la mise à l’écart d’individus par une société qui se définit par des normes et des codes (…). Ces portraits mettent en scène des personnes transgenres, enfermées dans un corps qu’elles n’ont pas choisi et qu’elles remodèlent à leur image au fil de leur transition » explique l’artiste.

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Illes – tous droits réservés

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