A propos
Nous sommes des bibliothécaires ayant souhaité réfléchir sur des problématiques autour de la construction de soi et de la lutte contre les stéréotypes.
Il nous semble, en effet, que nos établissements ont véritablement un rôle à jouer dans la libre diffusion de la culture et, partant, peuvent amener le public à découvrir et s’ouvrir au monde qui l’entoure sous toutes ses formes.
Ainsi, il apparaît plus précisément que les questions liées au multiculturalisme, aux genres (rapports hommes/femmes mais aussi masculins/féminins), à l’orientation sexuelle et sentimentale, sont des domaines qui nous permettent en tant que professionnels de repenser nos missions, nos services, et par là-même nos espaces et l’accès à nos collections.
La construction de soi
Si le monde est un « espace en crise », pour reprendre l’expression de Michèle Petit , non pas uniquement d’un point de vue économique mais également en fonction de l’accélération des transformations sociales, l’accroissement des disparités et des inégalités culturelles et sociales, il nous semble que la bibliothèque se doit de lui opposer un espace d’opportunités, favorisant la rencontre de l’autre en soi et facilitant la construction ou la reconstruction de l’individu.
Au droit à l’éducation, au droit à l’information et au savoir, il convient dès lors d’ajouter un droit d’accès à son histoire et sa culture d’origine comme un droit « de se découvrir et de se construire à partir d’un espace à soi, en y étant aidé par des mots qui parfois ont été écrits à l’autre bout de la Terre et qui en apprennent long sur [soi]-même, sur des régions de [soi que l’on n’avait] pas explorées ou pas su dire ».
La bibliothèque en tant qu’institution culturelle et plus encore, les bibliothécaires en tant que médiateurs du livre et de l’information, en tant que passeurs de culture, ont réellement un rôle à jouer dans la construction de l’individu en lui donnant accès à des collections et des espaces en lesquels il peut interroger, construire et affirmer ce qu’il est, ce qu’il souhaite être, ce qu’il se pense être.
Un espace de Rencontres
Accompagner l’expression des minorités doit permettre également de lutter contre les stéréotypes en favorisant des rencontres et, sinon créer des prises de consciences, du moins faciliter la prise en compte de la différence. L’enjeu devient de mettre en exergue les minorités afin de créer la surprise, de proposer tours et détours aux rencontres inattendues et d’encourager le dialogue.
De fait, si aucun texte légal en France n’affirme le rôle de la bibliothèque dans la société, de nombreux documents viennent au contraire le souligner depuis la charte du Conseil Supérieur des Bibliothèques (1991) au code de déontologie de l’ABF (2003), en passant par le Manifeste de l’IFLA sur la bibliothèque multiculturelle (2006) ou la déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle (2002).
Concrètement donc, ces actions transparaissent à travers les différentes composantes de la bibliothèque. Soulignons une fois de plus l’importance de l’accueil, de la qualité de présence, le fait de considérer chacun comme un sujet, de se montrer disponible. Soulignons l’importance de proposer des collections, des animations abordant une multiplicité de points de vue, de ne pas favoriser uniquement la culture dominante, conditions sine qua non pour proposer des passerelles entre cultures. Il n’est alors pas important que les individus empruntent ou utilisent les ressources, au moins se sentent-ils reconnus et accueillis, au moins ouvre-t-on le lieu des possibles.
Un groupe ABF
C’est pourquoi, nous, bibliothécaires de divers établissements universitaires et municipaux, nous lançons ce groupe « bibliothèques, construction de soi et lutte contre les stéréotypes » au sein de l’Association des Bibliothécaires de France.
Parce que nous espérons promouvoir l’idée d’une bibliothèque non plus seulement ouverte et tolérante, mais aussi agissante, ce groupe « bibliothèques, construction de soi et lutte contre les stéréotypes » s’est donné pour objectif de partager des références, des actualités, des liens, des comptes rendus d’ouvrages ou de vidéos utiles à la communauté des bibliothécaires intéressé-e-s par ces questions. Pour atteindre ces objectifs, vont être mise en place un comité de lecture, une liste de diffusion, une veille partagée, ainsi qu’un rencontre annuelle sous la forme d’une conférence.
En espérant que ce groupe permettra de fédérer les énergies qui travaillent déjà en ce sens, créera de nouvelles synergies et fera émerger de nouveaux projets, nous vous souhaitons à toutes et à tous la bienvenue sur ce blog qui ambitionne de devenir un véritable outil collectif.
Raphaëlle Bats, Enssib
Thomas Chaimbault, Enssib
Philippe Colomb, BPI
David-Georges Picard, BNU

[...] AccueilA propos [...]
Belle initiative !
Deux remarques quand même sur le vocabulaire que vous employez et qui me semble parfois inapproprié.
Quand vous parlez de “prise en compte de la différence” ou de “minorités”, à mon sens, ce sont des mots pièges. Parler de “différence” sous-entend une hiérarchie entre quelque chose qui serait “normal” (homme, blanc, riche, hétérosexuel, bien portant…), et quelque chose qui serait “différent” (femme, non-blanc, pauvre, homo, handicapé…), c’est donc toujours rester dans une vision hiérarchique et normée du monde. Parler de “diversités” par exemple me semblerait plus juste, parce que cela ne sous entend pas qu’il y a des identités plus “normales ” que d’autres. Et cela permet de sortir de la politique de la différence qui à mon avis ne peut qu’être productrice de discriminations.
Et idem sur le mot “minorités”, ça m’interroge quand même beaucoup de mettre par exemple les femmes ou les non-blancs dans le concept de minorités (en termes de quoi ? de nombre ?!!). D’une certaine manière c’est aussi un mot à double tranchant parce qu’il minimalise l’importance de ces groupes de personnes. Après je suis d’accord que ça n’est pas simple de trouver les mots appropriés…
Bon courage dans votre démarche en tout cas !
Merci beaucoup !
En effet, ces mots nous posent problèmes aussi. Ne serait-ce que parce que le mot “minorité” semble induire qu’un des groupes a de fait plus de poids et d’importance que l’autre. Notre premier texte est visait aussi à faire accepter aussi notre groupe par l’ABF, d’où notre prudence. En revanche, j’aime assez utiliser l’expression “dits minoritaires” qui porte bien l’idée que la représentation sociale est largement discriminante.
Pour finir, si cette initiative vous intéresse, rejoignez-nous ! Nous avons besoin de personnes capables de se saisir de ces concepts et de les tordre.
à bientôt, j’espère.
Bravo pour ce groupe. Je m’étais fait l’écho d’une initiative de l’ARL pour mesurer la qualité du “climat professionnel” notamment par une enquête (ClimateQual) sur la diversité ethnique, générationnelle, etc. dans les équipes de bibliothécaires. Il y a peu être des trucs à piocher de ce côté là
http://assessmentlibrarian.wordpress.com/2008/03/07/climatequoi/
C’est fou, ton commentaire était parti direct comme indésirable. Pourtant on n’a rien paramétré, promis. En tous cas, merci pour ce soutien ! On va aller voir de près l’enquête dont tu nous parles et on fera un retour sur le blog sur ce qu’il s’est passé depuis.