L’intelligence artificielle, pas sans elles ! / Aude Bernheim et Flora Vincent

L’intelligence artificielle, pas sans elles ! Faire de l’Intelligence Artificielle un levier pour l’égalité / Aude Bernheim et Flora Vincent

Voici un titre qui résume fort bien le propos des 2 auteures, chercheuses talentueuses dans leurs domaines respectifs.

La collection Égale à égal des éditions Belin, en partenariat avec le Laboratoire de l’égalité, est la seule collection consacrée à l’égalité Femmes / Hommes. Elle dépoussière les idées reçues et montre les bénéfices individuels et collectifs d’une culture de l’égalité. Tous les thèmes sont abordés : cerveau et capacités cognitives, salaires, école, sexisme dans le monde du travail ou dans le monde politique, sport, partage de l’espace urbain, etc… Nous avons d’ailleurs écrit plusieurs recensions sur des titres de cette collection. Retrouvez-les sous le tag égale à égal.

Pourquoi les femmes sont-elles si peu représentées dans ce domaine de la recherche sur l’intelligence artificielle ? En quoi les algorithmes perpétuent les stéréotypes sexistes présents dans notre société et comment y remédier ? Voici quelques questions que pose ce texte truffé d’exemples concrets très intéressants.

Certes, il peut vous paraître difficile d’imaginer qu’un ordinateur ou un robot puisse être sexiste, et pourtant! En effet, quand on sait que seulement 12% de femmes travaillent dans ce domaine, on comprend mieux pourquoi un algorithme reflète des stéréotypes sexués présents dans notre socité et contribue, parfois à son défendant, à les véhiculer. Quelques exemples : si vous cherchez « writer » (écrivain ou écrivaine) dans Google Images, 26% des résultats montreront des femmes, alors que 56% des auteurs sont en fait des auteures! Autre exemple : si un réservoir d’informations identifie les femmes en blouse à des infirmières, et les hommes en blouse à des médecins, la plus grande chirurgienne de France sera sans doute assimilée à une infirmière!

Ce livre n’est qu’un premier pas qui ouvre la voie à des réflexions plus larges dans le domaine des études de genres (gender studies), où là encore préjugés et stéréotypes sont légion et les domaines d’étude à défricher immenses.

Ce livre est-il présent dans votre bibliothèque? Non? Alors qu’attendez-vous? 🙂

 

 

Bibliothèques et genre : des initiatives en Argentine

Cet article a été écrit par Maria Patricia Prada, une bibliothécaire argentine que nous rencontrée il y a quelques mois et à qui nous avons proposé de partager son expérience sur notre blog.

La bibliothèque comme espace d’émancipation cherche à porter un discours égalitariste et antisexiste. Elle doit s’interroger sur les rapports entre information, culture et pouvoir, y compris la question du genre, pour y réfléchir en relation avec ses usagers, ses ressources et ses services. Les bibliothèques et les bibliothécaires ont un rôle important à jouer pour intégrer la perspective de genre au centre du débat social.
Cette approche nécessite des ressources indispensables : moyens humains et financiers, organisation et stratégie, méthodologie et fabrication d’outils, communication et  surtout, sensibilisation et formation d’une prise de conscience autour de ce débat de la part des bibliothécaires.

La Chaire Libre Bibliothéconomie Sociale (CaLiBiSo), créée en 2014 au sein de l’extension de la Facultad de Filosofía y Letras de la Universidad de Buenos Aires, se définit comme un dispositif de formation en coopération avec la communauté qu’elle sert, et s’engage à la recherche, la consultation et l’enseignement actif de ses membres, à travers l’échange d’expériences et le développement de projets basés à l’académie pour répondre aux intérêts de la communauté. La CaLiBiSo veut donner une dimension sociale aux expériences académiques afin de collaborer à la formation des professionnels occupant l’espace social bibliothèque pour qu’ils puissent faire face à tous les défis que les documents présentent pour les rendre plus accessibles, sociaux et inclusifs.
La section Information et genre met en relief le domaine de la perspective de genre parmi les bibliothécaires argentin.e.s. Un processus de formation à ce sujet se développera à partir de l’année 2020, en ce qui concerne l’information, les ressources et les services dans les bibliothèques en relation avec la formation des bibliothécaires et l’alphabétisation pour informer les usagers afin de réduire la transmission des stéréotypes de genre et permettre une modification des comportements. Ce projet veut rendre l’accès à la documentation et à l’information plus inclusif et égalitaire, et propose aussi le soutien de la recherche documentaire sur cette thématique.
Dans cette perspective, cette section a développé un observatoire de l’établissement de produits et services au sujet du genre liés aux bibliothèques argentines. On a vu apparaître différentes actions un peu partout, tant au niveau territorial que parmi les divers types de bibliothèques. Ces expériences ont commencé à se déployer petit à petit encouragées par le mouvement local et mondial de femmes actif ces dernières années.
Voici ci-dessous une brève énumération d’initiatives développées aux quatre points cardinaux de l’Argentine par ordre chronologique :

Un réseau de bibliothèques encourageant la perspective de genre a vu le jour en 2016 à Cordoba. Il est unique en son genre et l’un des rares existant à l’échelle internationale. Avec la nécessité de renforcer et d’encourager la lecture de documents liés aux questions de genre, le réseau constitue un espace de promotion et d’action socio-culturelle. Il parvient à générer l’échange d’informations, à articuler les efforts de solidarité et à faciliter les processus d’apprentissage relatifs au sujet proposé. Le réseau propose de la littérature d’auteurs argentins et latino-américains, des histoires, des romans, de la poésie, de la théorie féministe, des législations nationales et internationales, ainsi que du matériel traitant de questions telles que la violence de genre, la traite des femmes, les inégalités.
En juin 2017, on a présenté une exposition bibliographique de collections de magazines et de livres liés à la perspective de genre et aux théories féministes disponibles à la bibliothèque centrale Arturo A. Roig de l’Universidad Nacional de Cuyo et à la bibliothèque et au centre de documentation Mauricio López de l’Asociación ecuménica de Cuyo, dans le hall de la Bibliothèque centrale Dr. Arturo A. Roig. Cette exposition avait pour but de valoriser cette partie des collections bibliographiques, afin que la communauté universitaire et le grand public puissent la consulter et en bénéficier dans leur travail.
En décembre 2017, la bibliothèque populaire Thay Morgenstern, située à Misiones, a proposé de sensibiliser des jeunes au problème de la violence de genre. Ce programme, qui a consisté en une installation thématique, des autocollants, des ateliers divers et la diffusion de bibliographies sur la perspective de genre chez les usagers de la bibliothèque, a été diffusé par le biais d’un réseau de radios scolaires.
En 2018, dans le cadre de l’atelier de Service Communautaire des études en bibliothéconomie de l’Université catholique de Santiago del Estero, à San Salvador de Jujuy, on a préparé le Dispositif d’information pour l’enseignement de la prévention contre la violence de genre (PVG), avec comme objectifs principaux de faire connaître la réalité du problème dans la communauté de la province de Jujuy les dernières années, et de concevoir un programme d’information à travers les professionnels des différentes unités d’information et bibliothèques de Jujuy.
En mars 2019, on a fait l’atelier Bibliothèques avec perspective de genre pour cibler les familles, la parentalité et le métier de parent. La Facultad de Humanidades de l’ Universidad Nacional de Mar del Plata, avec la participation du Departamento de Ciencia de la Información et de la Secretaría de Extensión, a proposé cette formation et avait déjà organisé une conférence sur le sujet en 2018.
En décembre 2019, on a organisé la Bibliothèque de genre, pour mettre en relief la bibliographie sur ce sujet disponible dans les Bibliothèques du Poder Judicial de Chubut.

On peut dire que ces initiatives sont développées tant au niveau académique pour le personnel des bibliothèques qu’autour du service aux usagers des bibliothèques. On espère que ces actions vont se multiplier à l’avenir, pour que les bibliothèques accomplissent leur rôle social envers la formation citoyenne.
Meneses Tello (2005) signale que les bibliothèques, en tant que facteurs culturels importants pour la transformation de la société traditionnelle en une nouvelle société, animent le changement social. Selon Thompson (1974), le pouvoir de la bibliothèque réside fondamentalement dans ses fonctions de dépôt et tutelle, mais en même temps elles ont été impliquées depuis toujours dans les besoins de diverse nature de la société sur le plan social, politique, économique et culturel.
Le genre constitue une prisme pertinent pour les bibliothèques pour sensibiliser le public au sujet, penser le choix documentaire et les services, et y inclure aussi la production d’informations et connaissances, comme Salanouve (2016) propose.

Bibliographie
Meneses Tello, F. (2005). Bibliotecas y sociedad : reflexiones desde una perspectiva sociológica. En: Revista Interamericana de Bibliotecología, 28 (2). Consultée le 24 janvier 2020 à http://www.scielo.org.co/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S0120-09762005000200005&lng=en&tlng=es.

Salanouve, F. (2016). Les bibliothèques en France ont-elles un Genre ? L’indispensable conversion du regard vers le Genre. Revue de l’Enssib, (3). Consultée le 24 janvier 2020 à https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/66162-les-bibliotheques-en-france-ont-ellesun-genre.pdf

Thompson, J. (1974). Library power : a new philosophy of librarianship. London: Clive Bingley, pp. 7 y 9.

 

Interview de bénévoles de la bibliothèque du Centre LGBTQI+ Paris

Légothèque : Bonjour, vous êtes bénévoles à la bibliothèque du Centre LGBTQI+ Paris-ÎdF et je vous remercie d’accepter de répondre à quelques questions.

Quel est l’historique de la bibliothèque ?

Centre LGBTQI+ Paris-ÎdF (Louise et Jean Marc) : Dès la création d’un Centre parisien destiné à accueillir les personnes en raison de leur orientation sexuelle et de leur identité de genre, vivant à Paris ou en Île de France, ou de passage, se pose la question d’un Centre de documentation.
Ce dernier est fondé en décembre 1983 dans ledit Centre, alors appelé L’escargot .
Quand, en 1989, la Maison des Homosexualités (MH) ouvre ses portes, un espace est également dédié à la documentation.
En 1993, le Centre Gai et Lesbien (CGL) déménage au 3, rue Keller, et, un an plus tard, la bibliothèque y trouve sa place. Finalement, le Centre LGBTQI+ Paris-ÎdF s’installe au 63 rue Beaubourg en 2008 : il inclut la bibliothèque actuelle, rebaptisée Jean Le Bitoux en 2010, peu après le décès du cofondateur du périodique Gai Pied.
Cette salle, au premier étage du Centre, est polyvalente et accueille des réunions des associations adhérentes en dehors des horaires d’ouverture de la bibliothèque. Nos problématiques actuelles sont ainsi centrées sur l’espace de rangement des documents et d’accueil des usagères / usagers, la mise à disposition des ouvrages (lors des permanences de la bibliothèque), et leur temps de traitement et de rangement (quasiment exclusivement pendant les permanences).

L : Quelle est sa mission ?
C : À la bibliothèque Jean Le Bitoux, nous conservons des ouvrages (romans, bandes dessinées et documentaires), DVD et périodiques à thème LGBTQI+ ou d’auteurs.trices du milieu LGBTQI+. Nous avons vocation à être un lieu-ressource de recherches et de loisirs dans le domaine LGBTQI+. [Consultez le catalogue ICI]

L : Quels services liés à ces collections proposez-vous ?
C : Nous proposons plus de 10000 ouvrages en consultation et en prêt durant les heures d’ouverture, à savoir deux heures par jour du lundi au samedi, jeudi exclu.
Nous recevons les dons de particuliers, d’auteurs.trice.s et de maisons d’édition, nous les cataloguons et les équipons pour le prêt.
Nos doublons sont vendus à petits prix sur place et peuvent être donnés à d’autres associations et bibliothèques qui le désirent.
Nos périodiques en doublon sont, eux, offerts aux lectrices.lecteurs intéressé.e.s.
Dans la mesure du possible, nous essayons également de soutenir les activités du Centre, qui sollicite parfois notre aide pour enrichir les projets culturels élaborés par notre Pôle culture.

L : Quel est le cœur de votre activité : les collections ou les animations ?
C : Les collections, quasi exclusivement. Nous avons à cœur d’accueillir les lecteur.trices, de les conseiller et de les orienter au mieux dans leurs recherches.
Un club de lecture, et un club d’écriture ont également repris il y a peu.

L : Avez-vous une politique documentaire ? Laquelle ?
C : Nous ne conservons que des ouvrages à thématique LGBTQI+ ou bien d’auteurs.trices LGBTQI+. Nous essayons d’être exhaustives.exhaustifs en ce qui concerne notre fonds de périodiques (Gai Pied, Têtu, Lesbia…).
Notre principal défi en ce moment est de réussir à équilibrer nos collections entre les ouvrages L, G, B, T et I.

L : Quel système de classification utilisez-vous ? Convient-il à vos collections ou devez-vous l’adapter ?
C : Nous avons 9 sections : Bibliographies et Généralités, Sciences Humaines, DVD, Arts, BD, Littérature de fiction, Psychologie et Santé, Périodiques, et enfin Littérature Grise. Ces sections sont différenciées spatialement dans la bibliothèque et signalisées par un code couleur (rouge pour la fiction, bleu pour les sciences humaines…).
Les livres et les albums sont rangés par ordre alphabétique d’auteur.trice.s, et les DVD par ordre alphabétique de titre. Au sein des DVD, une sous-classification distingue les Courts-métrages, Documentaires, Séries, et Fictions.
Nous rencontrons peu de problèmes de classification (un périodique sous forme de bande-dessinée ira, selon sa taille, soit en BD soit avec les revues).
Notre SIGB est le logiciel libre PMB qui convient à nos besoins.

L : Quel est votre public cible ? Quelle est votre fréquentation ? Essayez-vous d’élargir vos services à d’autres publics ?
C : Notre public cible regroupe les personnes désirant consulter et emprunter des ouvrages LGBTQI+, pour le loisir et les recherches.
En 2018, nous avons eu 983 visiteurs, dont 459 pour les prêts.
Nous essayons pour le moment de faire connaître la bibliothèque à l’ensemble des personnes visitant le Centre.
Par ailleurs, nous recevons depuis quelques années de plus en plus d’étudiant.e.s, d’universités françaises, européennes et d’Amérique du Nord, en master et en thèse, venu.e.s numériser, photographier ou consulter notre très riche fonds documentaire : c’est sans doute le signe que notre bibliothèque commence à être répertoriée par les universités.

L : Avez-vous des partenaires récurrents ? Quels types de partenariats mettez-vous en place avec ces partenaires ?
C : Avec L’Académie gaie et lesbienne, nous avons des échanges d’ouvrages et des dons d’archives.
Avec la Bibliothèque LGBTQI de Lyon, ce sont des dons d’ouvrages ainsi qu’avec L’association Lire c’est vivre qui a pour objet le développement de la lecture en milieu carcéral, selon différents modes d’actions.

L : Votre bibliothèque fait-elle partie d’un réseau : bibliothèques universitaires, bibliothèques spécialisées…?
C : Non, car nous sommes une bibliothèque associative, principalement liée au Centre LGBTQI+ Paris-ÎdF.
Néanmoins, nous avons des contacts occasionnels avec les bibliothèques LGBT+ des autres villes de France.

L : Où peut-on suivre vos activités en ligne (site web, réseaux sociaux) ?
C : Sur le site web : centrelgbtparis.org/bibliotheque et les informations concernant les actualités de la bibliothèque sont relayées via les réseaux sociaux du Centre (Facebook, Instagram et Twitter).

L : Justement, quels sont vos projets pour 2019-2020 ?
C : En priorité, nous voulons continuer à assurer les permanences d’ouverture, tenues par une dizaine de personnes, exclusivement bénévoles.
Depuis septembre, nous avons organisé une vente de nos doublons à petits prix et nous étions present.e.s au Salon du Livre Gay, également pour y vendre nos doublons et faire connaître notre bibliothèque.
Au Centre, nous avons ouvert nos portes en dehors des horaires de permanence pour faire découvrir la bibliothèque à un groupe de femmes qui n’avaient pas eu l’occasion de s’y rendre dans le cadre de leurs activités au sein du Centre.
Notre principal objectif, cette année, est de trouver un moyen de valoriser nos doublons mis en vente. Dans cette optique, nous avons récemment fait l’acquisition d’une vitrine afin que ces derniers soient exposés et facilement consultables par les visiteurs sans notre aide.
Nous mettons également à jour notre flyer et notre page internet afin que le catalogue et la liste des doublons soient plus visibles, et établissons un travail d’inventaire et de vérification de cotes.

Le meilleur de notre veille #55

Retour sur quelques sujets qui ont alimenté notre veille en novembre, et comme les Fêtes de fin d’année approchent, vous trouverez aussi des conseils de lectures qui vous donneront des idées pour offrir des livres!

Construction de soi et lutte contre les discriminations

Voici une sélection de podcasts pour vos oreilles.
Ce MOOC sur les discriminations permet de mieux comprendre les enjeux pour agir plus efficacement.
« 77 » : ce premier roman de Marin Fouqué s’interroge sur la construction de soi rendue encore plus difficile par rapport aux injonctions de la société : c’est quoi devenir un « vrai homme » ?

LGBT+

La Mare aux Mots propose 2 sélections antisexistes et LGBTQI+
Quid des personnages LGBT dans la BD
Cet article développe les projets autour des drag queens invitées pour faire des lectures dans les bibliothèques suédoises.

Multiculturalisme

Racisme, stéréotypes, appropriation culturelle : faut-il censurer les classiques Disney ? qui ne sont pas toujours blancs comme neige.

Féminisme

Retrouvez sur le compte Twitter de @meresauvage un chouette calendrier de l’Avent, sans chocolats mais truffé de conseils de lectures garanties sans stéréotypes. A dévorer et à partager sans modération 🙂
Dans cet article de Livres Hebdo, l’édition Jeunesse s’interroge et se demande : comment parler aux petites filles?
1001 héroïnes recense et conseille des œuvres féministes (livres, films et séries) et met en avant des autrices et réalisatrices

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« 77 » : premier roman de Marin Fouqué

Marin Fouqué est l’auteur d’un premier roman étonnant intitulé « 77 », un texte remarqué de cette rentrée littéraire. Marin Fouqué est diplômé des Beaux-Arts, il anime des ateliers d’écriture, étudie le chant lyrique et pratique la boxe française. Il écrit également de la poésie, du rap, des nouvelles et mêle sur scène des performances alliant prose, chant et musique.

« Longtemps j’ai cru venir d’un paysage sans identité. Du bitume et de la boue, on doute rarement de qui enfouira qui » : ces quelques mots plantent le décor et donnent le ton du texte.

77 est un premier roman périurbain d’une rare intensité à l’énergie rageuse. L’écriture orale de Marin Fouqué est magistrale et décrit le monde d’aujourd’hui vu par un lycéen à partir d’un territoire qui n’est ni la ville, ni la banlieue, ni la campagne.
Sous sa capuche, rempart contre le monde qui l’entoure, le dialogue intérieur qui l’anime et l’agite est un flow continu qui pourrait être slamé aussi. Comment se construire en regard des injonctions de la société : c’est quoi devenir un « vrai homme » ? Qui est cet adolescent qui un jour décide de ne pas monter dans le car scolaire et de passer la journée seul à cet endroit ? Passage à l’âge adulte ? Pas vraiment. Juste comprendre petit à petit qui il est. Et c’est déjà beaucoup.

Marin Fouqué se déplace dans des librairies, des bibliothèques pour parler de son livre, retrouvez son agenda ICI

 

Quelles approches et quels dispositifs pour l’accueil des migrant-es à l’étranger?

Nous vous proposons un retour sur la rencontre animée samedi 8 juin par Légothèque au Congrès 2019 de l’ABF intitulée « Quelles approches et quels dispositifs pour l’accueil des migrant-es à l’étranger? »

MODÉRATRICE : Eleonora Le Bohec, élève conservatrice territoriale des bibliothèques et membre de Légothèque

3 intervenant-es ont fait part de leur approche sur ce sujet :

Britta Schmedemann, responsable de la commission interculturalité de l’association des bibliothèques allemandes

Britta situe sa présentation à Brême, une ville située dans le Nord de l’Allemagne, où le % de migrants (34%) est supérieur à la moyenne fédérale (24%), ce qui donne d’emblée le ton de la difficulté à mettre en oeuvre des actions sur ce terrain, dans un pays et une ville où la société est aujourd’hui divisée sur les actions à mener ou non dans ce domaine.

Le réseau des Bibliothèques Municipales (BM) de Brême a mis en oeuvre tout un programme dédié à l’accueil des migrants en intégrant des réfugiés comme apprentis ; un cursus de formations professionnelles adaptées les accompagne tout au long de leur apprentissage. L’accent est mis plutôt sur l’attitude que sur les connaissances. Les personnels de la BM bénéficient également de formations à la diversité afin d’assurer la cohérence et la réussite du dispositif. Toucher ces publics est une chose, les conserver en est une autre.

La présentation de Britta est ICI

Vous trouverez également dans le numéro 94-95 de la revue Bibliothèque (s) un article détaillé traduit en français sur le cursus de formations mis en oeuvre par Britta à la BM de Brême : « Des réfugiées comme collègues » / Britta Schmedemann

 

Hasmig Chahinian, responsable d’IBBY France, BnF, l’Union Internationale pour les livres jeunesse.

Hasmig a mis l’accent sur la nécessité de favoriser en tout lieu l’accès des enfants à des lectures de réelle qualité littéraire et artistique, le devoir de protéger et défendre les droits de l’enfant conformément à la Convention des Nations Unies.

Une des difficultés majeures rencontrées est que par exemple en Italie les intervenants n’ont pas le droit d’entrer dans les camps de réfugiés. Beaucoup d’actions sont menées à travers le jeu, des ateliers où les enfants dessinent et mettent en scène des situations parfois traumatisantes.

Comment en tant que professionnel-le trouver des livres de qualité quand on ne parle pas la langue ? Le site IBBY Europe propose des sélections constituées par des professionnels des pays concernés comme Takam Tikou à la BnF. 

La présentation de Hasmig est ICI

Yannis Youlountas, philosophe, écrivain et réalisateur

Dans le quartier d’Exarcheia à Athènes où il oeuvre au sein d’associations, Yannis met l’accent sur le livre qui représente un enjeu important pour les lieux souvent auto-gérés. Souvent ces lieux rassemblent autant d’enfants que d’adultes. L’idée est de les rendre acteurs, notamment les enfants de migrant-es qui vont plus facilement vers les écrans. Donc le travail des associations vise à désacraliser les écrans, qui représentent souvent aussi le lien avec les familles éloignées. Les intervenant-es l’utilisent comme moyen de médiation et d’interaction. Le son et l’oralité lorsqu’on déclame des poèmes dans différentes langues sont également des éléments importants. Des goûters philo sont souvent organisés, car les enfants sont souvent très spontanés et livrent des réflexions qui peuvent les aider à surmonter leurs traumatismes ou à s’exprimer tout simplement..

Le blog engagé de Yannis est ICI. Son militantisme associatif lui a valu récemment en juin une agression de la part de fascistes opposés à son action en faveur de ces populations défavorisées et démunies que sont les réfugié-es. Nous lui faisons part de notre sympathie.

Enfin, le live tweet @legotheque vous permettra de saisir quelques instantanés de cette table ronde très enrichissante grâce à nos 3 intervenant-es et aux questions du public. A l’année prochaine à Dunkerque pour le Congrès ABF 2020!