Rainbowthèque

Genèse du projet la Rainbowthèque

Cordélia est vidéaste et autrice. Elle étudie notamment les représentations LGBT+ dans la littérature jeunesse et nous présente dans cet article la genèse du projet Rainbowthèque.

Si vous prenez au hasard un roman dans une bibliothèque ou dans une librairie francophone, il est très probable que le héros ou l’héroïne soit cisgenre et hétérosexuel⋅le. Faites l’expérience chez vous : il est difficile de trouver “par hasard” un roman, une bande-dessinée ou un album qui proposent des héros et héroïnes LGBT+ (lesbienne, gay, bi, trans, non-binaire, intersexe, asexuels, etc).

Partant de ce constat, j’ai réfléchi à une façon de permettre aux lecteurs et lectrices d’accéder à ce qu’on pourrait appeler grossièrement “la littérature LGBT+” sans forcément avoir besoin de demander à un⋅e bibliothécaire ou un⋅e libraire (au risque qu’il ou elle n’ait pas non plus de moyens d’identifier ces ouvrages). Lorsque le projet “Rainbowthèque” a été lancé, il existait déjà plusieurs répertoires consacrés à la diversité dans la littérature sur l’internet anglophone : We Need Diverse Books étant sans doute le plus connu sur Tumblr.

La délimitation du champ d’action de la Rainbowthèque était importante. Quels livres accepter ? Quels livres refuser ? Nous avons choisi de nous concentrer sur le recensement des livres disponibles en française (écrits en français ou traduits en français), pour la simple et bonne raison que si vous cherchez des livres en anglais, vous trouverez très facilement d’autres répertoires. Dans un premier temps, nous répertorions les fictions et biographies, en excluant les ouvrages universitaires, les essais, les livres d’histoire, etc. Les fanfictions sont elles aussi exclues du répertoire. Par contre, la Rainbowthèque ne se limite pas aux livres publiés à compte d’éditeur, on trouve ainsi des livres auto-publiés et des webcomics.

Le mode collaboratif s’est imposé très vite. Il était impossible de monter une équipe de lecteurs et lectrices chargé⋅e⋅s de lire tous les livres avec des personnages LGBT+, en plus de les dénicher (ce qui est déjà une lourde tâche). Un répertoire collaboratif était sans doute le meilleur moyen de référencer facilement de nombreux livres, sans surcharger de travail les bénévoles. Chaque internaute a donc la possibilité de proposer un ouvrage à la Rainbowthèque, en remplissant un formulaire. Les suggestions sont ensuite relues, mises en forme et publiées par des modérateurs et modératrices. Ces dernier⋅e⋅s sont également chargé⋅e⋅s de classer les livres avec des tags, pour faciliter la recherche. 80% des usager⋅e⋅s de la Rainbowthèque savent qu’il leur est possible de proposer des livres, mais seulement 28% l’ont déjà fait*.

La Rainbowthèque aujourd’hui

Née en novembre 2016, la Rainbowthèque est un répertoire participatif de livres en français ayant des personnages LGBT+. En septembre 2018, plus de 400 livres étaient déjà référencés sur la Rainbowthèque. Le but est de donner de la visibilité à ces ouvrages et de permettre aux lecteurs⋅trices recherchant ce type de lecture de les trouver facilement. C’est également un outil qui peut être utilisé par les professionnel⋅le⋅s du livre : les bibliothécaires souhaitant diversifier leur collection, mais aussi les libraires, professeurs⋅e⋅s, éducateurs⋅trices, etc.

La lecture est pour nous un vecteur essentiel dans la lutte pour l’égalité, la sensibilisation, l’éducation, la prévention et la tolérance. Les personnes LGBT+/MOGAI ont besoin de personnages qui leur ressemblent auxquels s’identifier, à prendre pour modèles ou à admirer, mais les personnes a priori non-concernées ont également beaucoup à gagner et à apprendre en lisant des récits reflétant la diversité et la pluralité des identités.

Sur la Rainbowthèque, chaque livre possède une fiche où sont rassemblées les informations de base : titre, auteur⋅trice, maison d’édition, nombre de pages, résumé. Compte tenu que l’utilisateur⋅trice recherche des lectures LGBT+, il était essentiel d’ajouter des informations sur ce sujet. Nous proposons ainsi un listing des identités représentées dans l’histoire (exemple : personnage principal gay, personnage secondaire lesbienne et racisée), en plus des mots-clés résumant les thématiques abordées. Les TW (trigger warning) ont également une place importante, pour prévenir les lecteurs⋅trices de certains sujets sensibles. Chaque fiche est – en théorie – conclue par un ou plusieurs avis de lecteurs⋅trices ; 93% des utilisateurs⋅trices consultent ces avis, 45% en prennent compte et 83% pensent qu’il est important d’avoir des avis*.

La Rainbowthèque est animée par un collectif informel de bénévoles, chargé⋅e⋅s de la modération des livres, ainsi que de l’animation des réseaux sociaux (Twitter et Facebook). Il est possible de rejoindre l’équipe (et de la quitter) à n’importe quel moment, pour cela il vous suffit de nous contacter via les réseaux sociaux.

Zoom sur les usager⋅e⋅s de la Rainbowthèque

L’usager⋅e type de la Rainbowthèque est un⋅e lecteur⋅trice ayant entre 18 et 25 ans, utilisant la Rainbowthèque à titre personnel.

  • Les 18-25 ans constituent 47% du public, avec 29% de 26-35 ans, 18% de 13-18 ans et 5.5% de 36-45 ans.
  • 91% déclarent être lecteur ou lectrice, 13% sont prescripteurs⋅trices (booktube, blog, etc), 12% sont auteurs⋅trices et 13% sont des professionnel⋅le⋅s du livre.
  • 85% utilisent la Rainbowthèque à titre personnel, 13% à titre personnel et professionnel et moins de 1% exclusivement à titre professionnel.
  • 72% des usager⋅e⋅s déclarent avoir déjà lu un livre suite à leur visite sur la Rainbowthèque*.

* chiffres de l’enquête de juillet 2018 réalisée auprès des usagers et usagères de la Rainbowthèque avec 110 répondant⋅e⋅s

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Le meilleur de notre veille #44

Retrouvez ici le meilleur de notre veille #44 sur notre blog.

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DE L INCLUSION ET DE LA LUTTE CONTRE LES STEREOTYPES DE GENRES

Cette remarquable bibliographie sur la représentation du genre dans les albums Jeunesse est le fruit d’un long travail de 2 ans.

A lire aussi cet article « Homosexualité dans les albums jeunesse » (partie 2) qui nous fait prendre conscience que l’univers bien connu des contes de fées permet aussi de mettre en scène des couples homosexuels, et de parler d’histoires d’amour naissantes, de rencontres.

 

ARCHIVES LGBTQ

La Fabrique de l’Histoire s’intéresse à l’histoire des homosexualités : représentations et archivage

 

MULTICULTURALISME

Comptines du monde entier : « e-comptines de Sevran et d’ailleurs » est une fenêtre ouverte sur Sevran, ville-monde qui dénombre pas moins de 99 pays de naissance différents sur les listes électorales. Ce livre numérique est un outil qui permet de mettre en lumière une ville riche d’habitant.es venu.es des quatre coins de la planète et de transmettre un patrimoine multiculturel universel? Une belle initiative!

 

LE FEMINISME EST PLURIEL

et c’est tant mieux!

En témoignent ces webzines (web magazines féminins) féministes d’un nouveau style comme Les Ourses à plume, Friction Magazine, Simonae, Well Well Well et Roseaux qui croisent des approches intersectionnelles, LGBT et Queer. Liste non exhaustive ci-dessous :

 

Aux marges de l’archivage : les questions LGBTQI, comment archiver une culture underground?

La commission Légothèque propose dans ce billet à Camille Briquet, étudiante en Métiers du livre spécialité Bibliothèque-Médiathèque-Patrimoine à l’IUT Bordeaux Montaigne, de présenter son travail autour de son mémoire de DUT intitulé « Aux marges de l’archivage : les questions LGBTQI, comment archiver une culture underground ? » soutenu en juin 2018.
Théoriquement la France n’a pas de problèmes avec ses archives. Contrairement à certains pays du Sud, la France a une vraie politique d’archivage depuis le XIIe siècle. Le principal problème aujourd’hui n’est pas d’archiver à proprement parler, mais plutôt d’archiver mieux, en tout cas moins, pour soulager les institutions saturées. Pourtant, malgré une véritable politique d’archivage, et des administrations pour la soutenir, certaines archives manquent à l’appel. Si l’on peut admettre que la communauté LGBTQI (Lesbienne, Gay, Bi, Trans, Queer, Intersexe) a obtenu en France de nombreux acquis sociaux, une question reste pourtant en suspens, et ce depuis au moins les années 80 : celle de l’archivage de ses mémoires.
Les textes réglementaires qui encadrent les archives nous montrent que la collecte et la conservation des archives sont une obligation légale. Et sont concernés par le terme « archives » « […] l’ensemble des documents, y compris les données, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, produits ou reçus par toute personne physique ou morale et par tout service ou organisme public ou privé dans l’exercice de leur activité. » Et pourtant malgré cette réglementation les archives dites LGBTQI ne sont pas, ou très peu et dans des conditions particulières, conservées par les institutions françaises. Si la question des archives LGBTQI est depuis longtemps en suspens c’est notamment parce qu’elle est sous-tendue par deux questions distinctes : déjà, pourquoi archiver les ressources LGBTQI et ensuite comment archiver ces ressources ?

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Temple Grandin interprète des animaux

Temple Grandin : interprète des animaux!

Mary Temple Grandin est née en 1947 à Boston.

Très tôt, elle est stigmatisée par sa différence, car elle ne parle pas, et ne supporte pas les contacts physiques. Sa mère consulte alors un neurologue qui déduit que Temple est enfermée et souffre d’une forme d’autisme. Elle est intelligente mais ne parvient pas à s’exprimer. Son père ne la comprend pas, seule sa mère s’efforce de trouver des solutions pour que sa fille s’épanouisse. Grâce à un orthophoniste, elle apprend à communiquer.

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Le meilleur de notre veille #42

Au programme de ce meilleur de notre veille pour le mois de juin : Pride Month et Genre

Pride Month

Avec l’organisation des Marches des Fiertés, le mois de Juin est traditionnellement le « Mois des Fiertés », ou Pride Month, outre-alantique. Les bibliothèques en profitent pour mettre en avant leurs collections en direction de ces publics et proposer des animations ciblées depuis les recommandations quotidiennes à la NYPL aux rencontres avec des auteurs à la Bibliothèque du Congrès, la mise en avant de bibliographies thématiques à la construction participative de témoignages à l’Université de Floride Speak Your Truth: A Queer History of UCF  et la valorisation des fonds comme à l’Université de Washington à Saint-Louis. De quoi vous donner des idées pour les jours restants.

Et vous en France, vous avez fait quoi ?

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« Esprit critique, es-tu là ? »

C’est l’intitulé d’une journée d’étude qui a eu lieu le 19/04/2018 à Tours.

Cette journée a été organisée par Bibdoc 37, un réseau départemental ouvert à tous les professionnels des bibliothèques et des centres de documentation, qui organise une manifestation professionnelle annuelle. Les présentations des intervenant.e.s sont désormais toutes en ligne.

Pendant la journée, les personnes  présentes ont participé à 2 ateliers au choix par les 4 suivants : l’éducation aux médias, c’est l’affaire de tous ; neutralité ou prises de position : les bibliothécaires dans le débat ; comment se positionner en tant que bibliothécaire par rapport à la surveillance de masse ? Présentation de l’ EPJT : le projet « FactoScope ».

La conférence inaugurale de Sylvain Delouvée, maître de conférences à l’Université de Rennes portait sur les notions de « raison(s) et déraison(s) » et la table ronde en fin de journée interrogeait le positionnement des bibliothèques dans la « fabrique de l’information ».

La commission Légothèque était présente avec une intervention intitulée : « neutralité ou prises de position: les bibliothécaires dans le débat », nourrie d’exemples issus d’articles du blog afin d’illustrer des prises de positions sur différents sujets comme par exemple : préjugés sexistes, de genre, écriture inclusive…

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