Egale à égal #1 : « Femmes et cinéma, sois belle et tais-toi! » de Brigitte Rollet

Sur le même modèle que notre précédente recension « littérature et banlieue« , nous vous proposerons quelques compte-rendu de lecture. Les titres choisis sont, cette fois, tous issus de la collection Egale à égal, que nous évoquions dans un récent billet.

Vous trouverez les billets à venir à travers le tag : Egale à égal

femmes et cinema

L’introduction dresse un sévère constat: l’absence de réalisatrices dans les plus grands festivals de cinéma.  A ce jour, le 7ème art compte :

1 / 1 femme oscarisée (K. Bigelow – Zero Dark Thirty)

2 / 1 femme palmée (J. Campion – La leçon de piano , mais ex-aequo avec un autre réalisateur !)

2. Voilà. Le cinéma n’échappe donc ni aux inégalités femmes/hommes, ni aux discriminations. Alors que les femmes « travaillent très tôt dans et pour le cinéma ».

Une industrie naissante, et déjà des inégalités

Les femmes sont pionnières dans l’industrie naissante qu’est le cinéma. Elles occupent principalement des postes techniques, mal rémunérés et nocifs pour la santé. La professionnalisation, succédant aux balbutiements, met un terme à la représentation des femmes. A l’instar d’ Alice Guy , première femme réalisatrice: ce n’est qu’exilée aux Etats-Unis qu’elle atteindra des postes de pouvoir.

Pour autant, le cinéma américain – le classique hollywoodien notamment –  fait la part belle aux stéréotypes. Bette Davis en fait le constat, dans une interview donnée en 1963.

« Je crois que les hommes doivent changer, et pas qu’un peu. Je crois que d’une certaine manière ils préfèrent toujours la femme fragile. Ils font perdurer les choses, comme une règle, alors qu’à mon avis, des millions de femmes sont très heureuses d’exister par elles-mêmes, elles sont lassées de ce rôle de « petite » femme, car il n’a plus d’existence réelle. Il a tout simplement disparu. La vraie femme devrait être en partie masculine et le vrai homme en partie féminin, de toute façon »  B. Davis

Les oubliées et les « reines d’un jour »

Ce second chapitre s’attache à l’invisibilisation des femmes dans l’historiographie du cinéma. L’exemple de Lois Weber est très parlant : 120 scenarii, 140 réalisations, et pourtant pas une mention dans l’histoire du cinéma. Du moins pas avant les années 1970, près de 30 ans après sa mort.

Dans leur documentaire « Et la femme créa Hollywood », Clara et Julia Kuperberg dressent le portrait de pionnières oubliées.

 Un siècle après sa création, le cinéma dispose d’enquêtes et de statistiques

Les chiffres, désormais disponibles, montrent des « décalages abyssaux entre les sexes ». De manière générale, au sein des institutions, le manque de statistiques domine: il est quasiment impossible de chiffrer les discriminations

Seule la Suède fait figure d’exception: la collecte systématique de données rend visibles les inégalités.

Aux Etats-Unis, Geena Davis fonde le « Geena Davis institute on gender in media« : cet organisme mène des recherches sur les inégalités et lutte contre les stéréotypes.

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Vent de révolte à Hollywood

En novembre 2015, la tribune du New York Times « The women of Hollywood speak out »

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Des dizaines de témoignages sur les discriminations dont sont victimes les actrices: salaire, sexisme, représentation stéréotypée, temps de présence, jeunisme, etc. Le constat est sans appel.

« L’industrie use et abuse de femmes jeunes et jolies, moins payées que leurs homologues masculins, et qui, contrairement à eux, peinent à poursuivre leur carrière au-delà d’un certain âge »  B. Rollet

Nombreuses sont celles qui prennent la parole; la comédienne Amy Schumer réalise un sketch pour dénoncer la date de « péremption sexuelle » des actrices : Last F***able day.

En France

En 2006, le rapport « Pour l’égal accès des femmes et des hommes aux postes de responsabilité, aux lieux de décision, à la maîtrise de la représentation » rédigé par Reine Prat impacte le monde du cinéma. En 2009, ce travail est prolongé par l’association homme/femme dans la culture .

En 2012, c’est Le Deuxième regard qui s’attache aux stéréotypes et qui fera adopter une Charte en faveur de l’égalité.

L’émergence de tendances positives

La multiplication d’initiatives, au niveau international, est un signe encourageant.

D’autant plus prometteur que ces propositions s’attachent, à la fois, à replacer les pionnières du cinéma dans l’histoire et à bâtir de nouveaux évènements.

 

L’auteure

Brigitte Rollet est chercheuse habilitée au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (UVSQ) et enseignante à Sciences-Po.

Le 14 mai, elle participera à la journée « Stéréotypes au cinéma« , organisée par Images en bibliothèques, en partenariat avec Légothèque.

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Une réflexion sur “Egale à égal #1 : « Femmes et cinéma, sois belle et tais-toi! » de Brigitte Rollet

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